Saint- llilaire de Poitiers
On trouvera la bibliographie relative a ces documents dans Pardessus, Diplomata Chartœ Epistolse Leges, etc., Paris, 1843, t. I, et dans K. Pertz, M. G. IL, Diplomahim imperii tomus I, Hanovre, 1872. Pour les travaux les plus récents, voir dans le texte du chapitre xn les passages relatifs aux diverses fondations en particulier. Il est à noter qu'aucun diplôme de Clovis n'est authentique, et que tout l'ensemble aurait dû figurer sous la rubrique qui suit, si quelques-uns ne pouvaient être considérés comme étant le remaniement moderne d'un original disparu.
§ VI. -- DOCUMENTS APOOUYPHES
Nous ne mentionnerons pas ici les documents apocryphes qui sont depuis longtemps reconnus comme tels, par exemple le faux Hunibald de Tritheim et autres; il serait oiseux de faire rémunération de ces pièces, qui ne trompent plus personne. Il y a plus d'utilité à marquer que dans les derniers
temps une nouvelle officine de falsifications a été découverte, et que toutes les pièces sorties de cette fabrique doivent être tenues pour apocryphes. Le faussaire n'est autre que le savant Jérôme Vignier, et parmi les documents fabriqués par lui nous avons à noter ici :
1. La rédaction la plus courte du diplôme de Clovis pour Saint -Mesmin de Mici. C'était le seul diplôme de ce roi dont l'authenticité lût admise par les critiques, et notamment par les derniers éditeurs, Pardessus et Pertz.
2. Le Collatio episcoporum, c'est-à-dire le document relatif à une conférence d'évêques tenue à Lyon entre évèques catholiques et ariens, en présence du roi Gondebaud.
3. La lettre du pape Anastase II à Clovis. Bien que ne portant aucun caractère interne de supposition (elle est d'ailleurs trop courte pour offrir beaucoup de prise à la critique), cette lettre doit être tenue pour suspecte à cause de sa provenance.
Le mérite d'avoir dénoncé l'officine de Jérôme Vignier et d'avoir exclu par là de la littérature historique un bon nombre de pièces fausses appartient à Julien Havet, dans ses Questions mérovingiennes. (Bibliothèque de F Ecole des Chartes, t. XLVI, 1885.)
La question du lieu où Clovis reçut le baptême n'est pas une simple affaire de curiosité historique, livrée uniquement aux investigations des érudits. Le publie lui-même, si peu attentif en général aux discussions purement scientifiques, ne saurait y rester indifférent. Ce problème ne s'impose pas seulement aux recherches des savants; il intéresse aussi la piété des fidèles ; les uns et les autres ont toujours été désireux de connaître l'endroit précis où s'est accompli ce grand événement qui a eu une influence si décisive sur les destinées de l'Église et de la France. Dès le moyen âge, l'attention s'est portée sur ce point; diverses solutions ont été proposées, et comme les procédés d'une critique rigoureuse étaient fort étrangers aux habitudes de celte époque, on a tiré de quelques textes mal compris des conclusions arbitraires, et l'on a créé, à côté de la vérité et de l'exactitude, certains courants d'opinion qui se sont maintenus jusqu'à nos jours. Puisque ces erreurs trouvent encore du crédit, il est utile de les réfuter; nous nous efforcerons donc de reviser la cause et d'établir de notre mieux la thèse que nous jugeons la seule vraie et la seule admissible, celle qui fait d'un baptistère dépendant de la cathédrale de Reims le théâtre de la conversion du roi des Francs. Cette thèse n'est pas nouvelle : elle a été soutenue par la plupart des anciens érudits, en particulier par Marlof ', cet éminent bénédictin du xvne siècle, auquel nous devons la meilleure et la plus approfondie des histoires de Reims, et dont la science actuelle confirme très souvent les décisions, là où son esprit judicieux n'a pas trop subi le prestige des traditions locales. Si l'opinion (pie nous soutenons est déjà vieille, — nous la constaterons plus
1 Metropolis Remensis historia, t. I, p. 1Ô9; cf. llist. de la ville, cité et université de Reims, 1. II. p. 50.
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loin dès l'époque carolingienne, — la démonstration en peut être neuve : il est, en effet, certains détails qui ont échappé à nos devanciers, et certaines confusions dont ils n'ont pas assez nettement discerné l'origine. Aurons-nous réussi à compléter leurs recherches, et à faire la lumière sur ces points si obscurs? Tel est au moins le but que nous nous sommes proposé.
Avant d'entrer en matière, une première question devrait appeler notre examen, si elle n'avait été traitée ici même par une plume plus autorisée que la nôtre : Clovis a-t-il été réellement baptisé à Reims? Cette question, nous devons le reconnaître, est de celles qui peuvent être controversées; elle n'a pas pour elle de ces témoignages contemporains irrécusables qui suffisent à enlever toute incertitude, et à mettre un fait historique hors de contestation. Tout récemment, on l'a vu résoudre dans le sens de la négative, contrairement à l'opinion générale, par un érudit fort compétent dans les questions mérovingiennes '. Mais nous ne saurions accepter cette solution comme définitive, et les arguments présentés en sa faveur sont loin d'avoir celle clarté qui fait naître une conviction absolue dans tout esprit impartial. L'un des principaux et des plus solides en apparence est tiré d'une lettre de saint Nizier, évèque de Trêves, presque un contemporain de Clovis, qui semble placer à Tours le baptême de ce monarque 2. Ce texte mériterait d'être pris en sérieuse considération , si les termes en étaient assez précis pour autoriser celle explication et la rendre décisive; mais on en a donné d'autres interprétations qui nous paraissent aussi bien justifiées, et permettent de le concilier avec l'opinion traditionnelle fixant à Reims le lieu du baptême de Clovis 3. Celte opinion, il est vrai, ne se manifeste pas d'une façon formelle antérieurement au vue siècle*; est-ce une raison pour en conclure qu'elle a été inventée seulement à cette date, et qu'elle est dépourvue de toute valeur historique? Si Grégoire de Tours ne désigne point la ville où fut baplisé Clovis et ne fait pas mention de Reims dans son récit, toutes les circonstances qu'il indique concourent implicitement à faire attribuer à
1 B. Krusch, Zwei Heiligenîeben des Jonas von Susa; die àllere Yita Vedastis und die Taufe Chlodoveclts , dans les Mittheilungen des Instituts fur ôsterreichische Gesc/iiclitsforschung, t. XIV, y. 411 et suiv. — Un doute sur le baptême de Clovis à Reims a déjà été émis au xvne siècle par les frères de Sainte -Marthe; voy. Marlot, Melr. Rem. hist., t. I, p. 158. = 2 Dans cette lettre adressée à Clodosvvinde, reine des Lombards, pour l'exhorter à convertir, à l'exemple de Clotilde, son époux Alboin à la religion catholique, Nizier (évèque de Trêves depuis 525) dit en parlant de Clovis : « Cum esset homo astutissimus , noluit adquiescere , antequam vera agnosceret. Cum ista... probata cognovit , humilis ad domini Martini limina cecidit, et baptizare se sine mora promisit. » ilonumenla Germanix , Epistohv , t. I, p. 122; Recueil des hist. île lu France, t. IV. p. 77. Voy. ci-dessus, p. 339, note. = 3 Voy. l'explication proposée par Suysken, AA. SS. RolL, octobre, t. I, p. 83. = * Elle est formulée pour la première fois dans la Vie de saint Vaast et dans la Chronique dite de Frédégaire. Ces deux ouvrages ont été composés vers Oi'2 (Krusch, /. cit., p. 440; G Kurlh, l'Histoire de Clovis d'après Frédégaire, dans la Revue des questions historiques, t. XLV1I | ÎS'JO), p. 62).
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Reims cette scène du baptême, dont il nous trace un si poétique tableau '. Et la chose est si vraie, que ceux-là mêmes qui veulent voir en celte attribution une simple invention du vne siècle lui donnent pour origine une conjecture fondée sur le texte de Grégoire de Tours 2. Le silence de cet historien serait au contraire inexplicable, dans le cas où le baptême aurait eu lieu à Tours. Comment, en sa qualité d'évèque de cette ville, aurait- il pu l'ignorer, lui qui cherchait toujours, en écrivain consciencieux, à s'instruire de tous les faits et à recourir à toutes les sources d'informations 3? Il pouvait encore interroger des témoins contemporains, et l'événement n'était pas assez ancien pour qu'on en ait perdu le souvenir. Et s'il en avait eu connaissance, s'il savait qu'il s'était passé dans sa ville épiscopale, comment comprendre qu'il n'ait point fait à cette circonstance la moindre allusion?
Ainsi, sans vouloir pénétrer plus avant dans le débat, nous nous en tenons à l'opinion admise jusqu'ici par la très grande majorité des historiens, et malgré les objections qu'on a voulu lui opposer, nous pensons qu'elle a toutes les probabilités pour elle. Avec les érudits du xvne et du xvme siècle, avec Junghans 4, avec M. Kurth5, nous admettons que les prétentions de Reims sont fort légitimes, et que cette ville a été véritablement le berceau de la France chrétienne.
Après avoir reconnu que Clovis se rendit à Reims pour recevoir le baptême, il est permis de serrer de plus près la question topographique, et de rechercher en quel endroit il a dû être logé pendant son séjour, et dans quelle église il a embrassé la foi catholique.
L'abbé Lebeuf, dans une de ses savantes dissertations 6, prétend qu'il y avait à Reims un palais royal, d'où Clovis sortit pour aller au baptistère, et que « c'était l'ancien palais des empereurs romains », résidence de Valentinien I, qui y rendit plusieurs décrets dont le texte nous a été conservé dans le code Théodosien 7. Mais il ne nous paraît nullement certain que les empereurs romains aient eu un palais à Reims. Les lois que l'on nous cite se sont suivies à peu de jours d'intervalle; elles sont datées du 27 janvier, du l.i lévrier et du 2(.l mars 367. Valentinien, lorsqu'il lésa promulguées, était simplement de passage à Reims; son séjour a été de courte durée, et ne s'est pas prolongé sans doute au delà de quelques mois. Nous ne voyons
1 Historia Francorum, 1. II, chap. xxxi. = 2 Krusch, /. cit., p. 442. = 3 Sur la valeur de Grégoire de Tours comme historien, voyez le savant travail de M. Kurth sur les Sources de l'Iiistoirede Clovis dans Grégoire de Tours, dans la Revue des questions historiques, t. XL1V ( 1888), p. 386; cf. G. Monod , Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne. = * Geschichte der frânkischen Kônige Ghilderich und Chlodovecli , p. 57. = 5 L. cit., p. 415. = 0 Dissertation sur plusieurs circonstances du règne de Clovis, Paris (1738), p. 10 et 11. = 7 Marlot, Metrop. Remensis historia, t. I, p. 43; cf. Hist. de la ville de Reims, t. I, p. 554.
pas non plus qu'aucun autre empereur ait eu dans nos murs une demeure permanente.
Quant à relie des gouverneurs romains qui avaient ûxé leur résidence à Reims dès le temps de Strabon ', on ignore en quel quartier de la ville elle se trouvait. .Nous ne serions pas éloigné de la mettre dans le voisinage de la cathédrale, sur l'emplacement de l'archevêché actuel. En effet, l'évêque, devenu de bonne heure, à Reims en particulier, le personnage le plus important de la cité, a pu, au déclin de l'empire, prendre la place du gouverneur et s'installer dans son palais. On a découvert, à diverses reprises, dans les terrains de l'archevêché, des vestiges assez importants de constructions romaines. Au x\ 11e siècle, quand on rebâtit, — hélas! dans le goût de l'époque, — la façade du palais, on trouva à cinq ou six pieds de profondeur, en creusant des fondations, un pavé en mosaïque, et dans le voisinage, nous dit-on, « des fourneaux souterrains, » c'est-à-dire les restes d'un hypoeauste i. Des travaux, exécutés en 1845, firent mettre de nouveau au jour une assez belle mosaïque, qui a été transportée dans l'une des chapelles de la cathédrale 3. Ces trouvailles, sans apporter une preuve bien certaine, fournissent à notre hypothèse une présomption favorable. L'existence d'un édifice important par luimême et par les souvenirs qui s'y rattachaient n'a peut-être pas été étrangère au choix que fit l'évêque saint Nicaise de cet endroit pour y élever, au commencement du v° siècle, son église cathédrale, in arce sedis ipsius, — ce sont les expressions mêmes dont se sert l'auteur de la vie de ce prélat4.
C'est très vraisemblablement dans le palais épiscopal que Clovis a logé la veille de son baptême. Ses successeurs ont continué cette tradition; chaque fois qu'ils venaient à Reims, c'est à l'archevêque qu'ils demandaient l'hospitalité. 11 en était ainsi des rois capétiens : on a un diplôme de Louis YII , de l'année 1138, daté du palais du Tau', ou palais de l'archevêché; on lui donnait alors ce nom , à cause de sa salle principale qui rappelait , parait-il, par la disposition de son plan, la forme de cette lettre de l'alphabet grec. Jusque dans les temps modernes, les souverains ont conservé l'usage de prendre gîte a l'archevêché; ils y avaient leurs appartements, destinés surtout à les recevoir au milieu des pompes et des cérémonies de leur sacre.
llincniar, en parlant du logement de Clovis, a eu certainement en vue le
1 L. IV: voy. Cougny, Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules, t. I, p. 128. = 2 Note de Lacourt, chanoine de Reims, dans Yarin. Archives administratives de Reims, t. I, p. 7'2i; Tarbé, Reims, p. 306. = 3 Ch. Loriquet, la Mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, Travaux de l'Académie de Reims, t. XXXII (1862), p. 117, et pi. 3, fig. 4 et 5. = 4 T'iia sancti Nichasii, ms. de la bibliothèque de Reims, K 792 772 (xme siècle), fol. 3 r°. = 5 « Actum Remis, publiée in palatio Tau » Original aux archives de Reims, fonds de l'abbaye de Saint-Denis, liasse 1; cf. Yarin, Archives administratives de Reims, t. I, p. 293.
palais épiscopal habité par saint Rémi, et situé, à n'en pas douter, auprès de la cathédrale. Dans sa Vita Remigii, il nous raconte que le saint évêque eut avec Clovis, en la nuit qui précéda son baptême, un entretien où il acheva de l'instruire des vérités de la religion. Cette entrevue aurait eu lieu dans un oratoire consacré à saint Pierre, attenant à la chambre du roi, « oratorium beatissimi aposlolorum principis Pétri, cubiculo régis conliguuin '. » Nous n'avons pas à examiner si ce trait a un caractère historique. Hincmar a-t-il accueilli quelque tradition locale, plus ou moins véridique, qui avait cours de son temps et rattachait le souvenir de Clovis à l'oratoire de Saint- Pierre? A-t-il, en vue de la mise en scène, hasardé certaines conjectures et donné sur quelques points de détail un peu trop libre cours à son imagination2? L'entrevue de Clovis n'est rapportée par aucun autre chroniqueur; on ne la trouve que dans la vie de saint Rémi composée par Hincmar; or celte vie est remplie de fables, fabulis respersa, suivant l'expression sévère, mais rigoureusement exacte, des Rollandisles 3, et tout ce qui vient de cette source est justement suspect. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait à l'époque carolingienne, dans l'enceinte de l'archevêché, une chapelle dédiée au prince des Apôtres. Hincmar, qui la cite à propos de Clovis, l'avait encore sous les yeux, et son existence nous est confirmée par le témoignage de documents très précis.
Hincmar lui-même semble y faire allusion dans une lettre aujourd'hui perdue, mais dont l'analyse nous a été conservée par Flodoard, lettre de reproches adressée à un certain Rodoldus, qui avait indûment permis à d'autres prêtres de célébrer la messe « in quadam capella basilicœ corlis ecclesiie subjecta4 ». Celte désignation n'est pas très claire, et a prêté à différentes interprétations 5. Nous pensons que la corlis ecclesiœ est bien le palais attenant à l'église métropolitaine; nous verrons plus loin, en effet, la chapelle de l'archevêché mentionnée sous le nom de « ecclesia sancti Pétri
1 « Sed et rex... cum ipso et venerabili conjuge, in oratorium beatissimi apostolorum principis Pétri, quod... cubiculo régis contiguum erat, processif. s'Ch. îv, 58, .4.4. Sî'. BolL, octobre, I. I, p. 110. Hincmar, un peu plus haut (57), représente la reine Clolilde en prière, in oratorio sancli Pétri juxta domum regiam. = ! Hincmar se faisait une idée assez étrange de la manière dont on doit écrire l'histoire: « Vera est lex hystoriae, dit-il, simpliciter ea quse, fama vulganfe, eolliguntur, ad instruclionem posteritatis lilteris commendare. » lbid., p. 132.= 3 lbid., p. 131. = 4 « ... Pro eo quod incaute solverit quod ipse presul canonice obligaverit, et aliis presbiteris missarn celebrare permiserit in quadam capella basilicœ corlis ecclesiss subjecta. » Flodoard, Ilistnria Remensis ecclesia:, 1. III, chap. xxvm, ap. Monumenta German. Iiist., t. XIII, p. 552. Cette expression de subjecta ne désignerait -elle pas ici nue chapelle basse, située sous la chapelle principale, disposition que nous retrouverons au XIIIe siècle dans la chapelle du palais? = 5 Dans l'édition de Flodoard publiée en 4854 par l'Académie de Iteims, M. I.ejeune a traduit
pai m' chapelle dépendante de l'église de Bazancourt » (t. II, p. 394). Bazancourt, village de
l'arrondissement de Reims, s'appelait, en effet, Basilica Cortis au moyen âge, mais il est douteux qu'il eu soit question ici.
ad cortem ». Il ne faut pas s'étonner de voir employer ici le terme de basilica; réservé plus tard à des édifices importants, il n'avait pas primitivement une acception aussi restreinte, et s'appliquait parfois à de fort modestes chapelles '.
Flodoard nous apporte aussi sa part de renseignements sur l'oratoire du palais ; il le connaissait d'autant mieux qu'il le desservait en qualité de chapelain. C'était alors une crypte, une chapelle souterraine que l'archevêque Ebbon avait fait construire i opère decenli », en l'honneur de saint Pierre et de tous les saints, avec d'autres bâtiments annexes, destinés à renfermer les archives de l'église de Reims '-. Cette construction est celle qu'a connue également Hincmar ; elle n'était, comme on voit, nullement ancienne, car elle avait été rétablie peu d'années avant lui par le prélat qui l'avait immédiatement précédé sur le siège de saint Rémi.
Au commencement du xme siècle, tandis qu'on jetait les fondements de notre admirable cathédrale, on résolut en même temps de rebâtir de fond en comble la chapelle de l'archevêché. Le nouvel édifice, qui a heureusement survécu à toutes nos révolutions, est un chef-d'œuvre de goût et d'élégance, dû probablement à Jean d'Orbais, le premier architecte de Notre-Dame de Reims 3. Suivant une disposition qui se rencontre fréquemment au moyen âge dans les chapelles des palais et des châteaux, dans la Sainte-Chapelle de Paris, par exemple, on lui a donné deux étages. La chapelle supérieure, aux légers arceaux et aux voûtes élancées, était réservée aux archevêques et aux membres du clergé attachés à leur personne; l'étage inférieur, plus simple, moins orné et en partie souterrain, était affecté aux gens de service et aux officiers subalternes. Cette chapelle basse était restée sous le vocable de saint Pierre. Un manuscrit liturgique, écrit vers la fin du \uic siècle 4, mentionne une procession que l'on faisait le mercredi des Cendres « in capellam archiepiscopi inferiorem, scilicet in oraturium sancti Pétri », et où l'on chantait des antiennes en l'honneur de cet apôtre 5. On remarquera ici ces mots d'orutoriitm sancti Pétri; ils semblent être une réminiscence
1 Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes , p. 79. = * « Archivum ecelesiae (Ebo) lutissiinis aedilicis cum cripta in honore sancti Pétri, omniumque apostolorum, martirum, eonfessorum ae virginum dedicata, ubi Deo propitio deservire videmur, opère decenti construisit » Flodoard, llist., 1. II, chap. xix, Mon. Germ., t. XIII, p. 407. = 3 Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1894, p. '26, note. = i Bibliothèque de Reims, n° 327 (anc. C 174/185). La fête de saint Louis y est déjà indiquée, ce qui fixe sa date à la lin du XIIIe siècle. Les caractères de son écriture ne permettent pas de le rajeunir davantage. = 5 « ... Datis cineribus, incipit cantor anliphonam Inmutemur, et hanc décantantes ordinate procédant in capellam archiepiscopi inferiorem, scilicet in oratorium sancti Pétri... Introitu capelle canitur antiphona Tu es 2)<*stor... Qua finita, procumbunt ad orationem..., quousque tacite decurrerint VII psalinos penitentiales. Quibus lhiilis. presbyter dicit : Et ne nos inducas... Postea dicit orationem de sanclo Petro; qua finita, canitur in eodem reditu bec antiphona: Quodcumque ligaveris, que incipitur a cantore. » (Fol. 15 v°.) — Cf. Mabillon Annales benedictini, t. II, p. 422.