‹ Clovis Gosselin (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

I<a ProTldenee donne ^iiel^iieM à-eomptes à PétndlABt CIotUi CLommIIb.

Cependant Clovis souffrait dans son lit et sa mère le veillait. Après la fièvre cérébrale survint une fièvre d'une autre nature. Le médecin dit : — Cette fièvre n'est pas contagieuse, mais elle est épidémique. J'en ai cinq dans ma clientelle ; et mes confrères en voient aussi beaucoup.

La veuve Gosselin resta fort soucieuse : une épidémie f — s'écria-t-elle enfin, — et mon fils n'est pas encore médecin ! une épidémie ! — elle ne pouvait donc pas attendre.

Ce qui lui paraissait dur surtout, c'était de payer un médecin. Si mon fils avait été reçu —

disait-elle, au lieu d*avoir à donner de Targent, c'est lui qui en aurait reçu, au lieu d'être un malheur, cette épidémie eût été une excellente affaire pour nous.

Elle ne pouvait donc pas attendre !

Une épidémie ! mais c'est que c'est excellent — les médecins qui ont leur clientelle faite ne peuvent suffire : alors on a recours au premier venu — et puis une fois entré dans les maisons, un jeune homme, doué, avenant comme est Clovis, savant comme il le sera, reste bien dans quelques-unes.

Une épidémie! ça répand dans les esprits une terreur salutaire qui restaure un peu le respect que Ton doit à la médecine.

La Providence nous fait tort de cette épidémie-là. — Elle ne pouvait donc pas attendre?

Pendant ce temps la Providence n'avait pas oublié qu'elle devait quelque chose à Clovis Gosselin — et elle lui amassait un trésor d'amour et de véritable féhcité dans le cœur d'Isoline Séminel.

La charmante fille n'avait perdu ni sa pro-

fonde tendresse ni son inaltérable confiance.

Elle continuait chaque soir à s'entretenir avec Clovis au moyen de nouveaux cahiers qui avaient succédé au premier.

Chaque soir elle lui racontait sa journée — sans jamais rien lui cacher — sans jamais lui dissimuler, lui déguiser même un sentiment ni une pensée. En lui gardant ce cœur naïf et tendre, je ne crois pas être partial en disant que la Providence payait au moins à Clovis Gosselin un fort à-compte sur ce qu'elle lui devait.

Et je le répète, je parle avec impartialité, je suis un juge que ladite Providence n'a pas pris la peine de corrompre.

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