CÉSAIRE , SYAGRIUS
SYAGRIUS
Souffrez que je la suive , et de ce qui se passe.... CÉSAIRE.
Eh ! ne le vois-tu pas ? c’est toi que l’on menace.
Les Francs à Clodéric s’unissent contre toi:
Leur avide fureur te demande à leur roi.
SYAGRIDS.
Moi , seigneur ! et Clovis a couru me défendre !
, CÉSAIRE
Qu’il les appaise ou non , garde toi de l’attendre !
On accorde souvent à la soumission Ce que l’orgueil refuse à la rébellion.
Chaque jour ces périls menaceront ta vie.
Leur haine ne mourra qu’après s’être assouvie.
Tu sais par quels chemin» on peut les éviter.
Sortons de ce palais , viens , il faut se hâter.
Viens, mon fils ; laisse-là ces Francs qui te détestent. Jette-toi dans les bras des amis qui te restent.
Leur zèle , avec la nuit , prêt à se signaler ,
N’attend que les renforts que j’ai su rassembler :
A ta valeur enGn tout un peuple se livre.
Sous le joug du Sicambre il refuse de vivre.
Dans ce palais surpris il veut l'exterminer ,
Et sur son corps sanglant il doit te couronner.
SYAGRIUS
Juste ciel ! quel moment choisit votre vengeance?
4s CLOVIS,
F.udomire et Clovis embrassent ma défense.
Ils protègent mes jours , vous proscrivez les leurs , Ft voulez que mon bras seconde vos fureurs.
De mon sort, de ma foi , je ne suis plus le maître j J’acceptai des bienfaits , je dois les reconnaître.
Je serais criminel si j’osais l’oublier.
CÉSAI RE.
La couronne t’attend pour te justifier.
SYAGRIUS
Des Césars d'Orient laissez là les maximes.
Malheur à qui s’élève et règne par des crimes !
Si j’étais sur le liône, on m’y verrait mourir ;
Mais jamais à ce prix je n’en veux acquérir.
CKSAIRE.
La Gaule te le donne , et ses peuples fidèles....
8YAGRIUS.
Mais l’intéiêt du peuple est-il dans ces querelles ? Sort afiieux des états en proie aux factions !
Chacu .<■ a ses projets et ses opinions;
Et , soit que le destin les élève ou les brise ,
De l’intérêt public chacune s’autorise ,
Égorge au nom du peuple un parti détrôné ,
Ou poursuit dans sa gloire un parti couronné;
Et de tous ces débats , dont le peuple est victime , L’étranger seul profite et nous en fait un crime.
* A peine sur mon front cinq lustres ont passé,
* Et | ai vu mon pays dix fois bouleversé.
* Ce besoin de changer qu’en a produit l’usage,
* Ce dégoût du présent est le triste héritage
* Que lègue à l’Occident la chute des Romains.