ACTE Ivf’SCÊNE III
Hâtez-vous , le temps presse , et l’orage grossit.
Otez à la révolte un chef qui l’enhardit.
Prévenez , punissez ses trames criminelles ,
Et , sa tète à la main , montrez-vous aux rebellas.
EUDOMIRE.
N’écoutez pas, mon frère, un injuste courroux,
CLODÉRIC.
Eh madame !
EUDOMIRE.
Seigneur, je défends mon époux.
SYAGRIUS
Non , non; par mon silence on croirait me confondre, Madame , c’est à moi qu’il convient de répondre ,
Et d’écarter de vous l’injurieux soupçon De céder à l'amour bien plus qu’à la raison.
Roi des Francs, *vous savez quel fut mon esclavage.
* J’étais ici , sans fers , sans gardes , sans ôtage ;
* Votre sœur sur ma foi daignait se reposer;
* Et de ma liberté je pouvais abuser.
* Si mon cœur eut nourri des projets de vengeance^
* Eùt-il laissé sans fruit écouler votre absence ;
* Cachant ses noirs complots sous un voile d’amour ,
* Eut-il pour éclater choisi ce même joue ,
* Où, le front couronné d’une palme nouvelle,
* Où , suivi d’une armée à vos destins fidèle ,
* Vous revenez plus grand , plus puissant que jamais ,
* Combler votre captif d’honneurs et de bienfaits ?
* Non , seigneur*, envers moi vous fûtes magnanime, Et je ne palrai point vos bienfaits par un crime.
Je hais l’ingratitude autant que les détours ,
Et mon cœur n’a jamais démeuti mes discours.
5/f CLOVIS,
Qu'à la foi d’un guerrier un guerrier se confie ,
Je suis cher aux Gaulois ; ils ont craint pour ma vie $
Un vain bruit contre vous a pu les soulever :
Et de ces murs , peut-être , ils croyaient m’enlever. Permettez que ma voix aille éclairer leur zèle ,
Leur apprendre à quel rang mon vainqueur me rappelle^- Pardonnez-leur enfin des complots avortés ,
Et j’amène à vos pieds les chefs des révoltés.
tr ' ’ ' J
CLOVIS
Non , vos conseils ici feraient moins que mes armes.
De pareils ennemis me causent peu d'alarmes.
A leurs vaines fureurs laissez un libre cours.
Je rends grâce à vos soins et vous crois sans détours. Vous n’ètes point Hauteur de celte indigne trame;
Mes yeux vous observaient et lisaient dans votre âme ;
Et si quelque soupçon eût troublé mes esprits ,
C’est en vous immolant que je vous l’eusse appris.
Mais vous devez aux Francs un plus grand témoignage,
A leur cause, à la mienne , un serment vous engage.
Des Romains au combat viennent nous défier ;
Que l’époux de ma sœur n’y soit pas le dernier.