ACTE I, SCÈNE II. i
D^unlr aux Bourguignons nos intérêts cachés^
Sans feinte et hautement ne nous fit-il pas dire
D'éluder les traités que Gondebaud désire^
Et de ne pas quitter ou servir à demi
Un parent long-temps cher pour un nouvel ami ?
Vous daignâtes , Seigneur , soit prudence ou tendresse ,
Sur ce point important consulter ma jeunesse : ^
Dès-lors , vers Gondebaud un message parti
Lui porta le refus d'entrer dans son parti ;
Clovis l'apprit soudain , et sa reconnaissance
En accorde à tous deux la juste récompense.
SIGEBEKT.
Clodoric , est-ce donc pour la première fois Que Clovis, pour les perdre , a su flatter les rois; Et qu'à l'ambition , où son orgueil l'engage , L'amitié , l'amour même ont prêté leur langage ? Ce même Gondebaud , l'as-tu donc oublié ?
Deux fois son ennemi , deux fois son allié y ' ■ Par sa nièce Clotilde , en >sa cour recherchée , Crut la foi de Clovis à son trône attachée , Et voulut qu'un hymen cimentât l'union Qui devait arrêter son usurpation : , Mais Clovis l'épousa pour en venger le père Sur Gondebaud jadis meurtrier de ce frère, Et ne fît à la nièce accueillir ses sermens , Qu'à dessein de se joindre à ses ressentimens , De s'armer en son nom , d'«entrer dans ses offenses; Et l'amour alluma le feu de ses vengeances.
Cet artificieux , cruel au fond du cœur , D'un dehors de bouté couvre ainsi ^ sa rigueur;
i4 CLOVIS.
Et vous charmant d'abord d'une fausse caresse y
A tous vos intérêts se lie avec souplesse.
Ainsi des peuples même il séduit les fureurs ,
Et pour se les soumettre embrasse leurs erreurs.
Pour attaquer nos dieux |dein d'un zèle hypocrite ,
Pour gagner les Chrétiens se rendant néophyte ,
Sans rougir d'adopter leur superstition , .
Il osa tout trahir , lois et religion :
Sa feinte charité , qui parait leur sourire ,
N'est qu'un soin complaisant pour fonder son empire ,
Et bientôt resserrer leurs fers appesantis
Quand les rois i son joug seront assujettis.
CLODORIG.
Non, Seigneur^ de la croix il m'a parlé lui-même.
Pdur le Dieu des Chrétiens son respect est extrême.
Tant que de notre Olympe il resta convaincu y
Sous Mars et Jupiter ce héros a vécu ,
Et soumis à la foi que suivaient ses ancêtres
Il mêla son eticens à l'encens de nos prêtres :
Mais depuis que l'aspect des hautes vérités
Le retira , dit-il , de ses crédulités ,
Sa raison ne sait plus révérer l'imposture
De ces dieux dont Terreur a peuplé la nature ;
Monstres sourds et muets, à visages humains.
Armés de foudres d'or, ciselés par nos mains ,
Idoles de métal aisément renversées ^
Qu'à chaque pas ici le caprice a dressées :
Nos fleuves , nos forêts et nos champs ont leur dieu :
Lif^ien , présent, partout , invisible en tout lieu,
Des bois, de l'air, des enux n'emprunte nulle image ^