ACTE II, SCÈNE ï. aS
Qa^anx autels de mon Dieu par ma flamme attire , Vous conduiriez en moi des rives de la Vienne Jusques aux bords du Rhin une épouse chrétienne y Et quMci , quelque jour , d'un trône possesseur , La foi qu*ils défendaient aurait un défenseur.
GLoàonic.
Un tel projet n^a rien que mon cœur appréhende.
T puis-je apercevoir des pièges qu^on me tende ?
Instruit de notre amour, Clovis n^a-t-il pas Heu
D'espérer que mon cœur se rende à votre Dieu ,
Et qu'à la vérité qui vous est révélée ,
Mon âme en s^éclairant soit par vous* appelée ?
Oui, votre foi me touche, oui, sans peine je crois
Au Dieu qui vous forma telle que je vous vois ,
Qui colora vos traits de pudeur attiraote.
Alluma de vos yeux la flamme pénétrante,
Et remplit votre cœur de célestes vertus :
Oui , devant ce seul Dieu, tous nos dîeux ne sont plus.
Je sens qu'on obéit i la voix du ciel même ,
Lorsqu^on suit doucement la loi de ce qu^on aime.
EDEtINDE.
En abjurant. Seigneur, vos rites paternels,
Nos nœuds à vos sujets paraîtront criminels ;
Et Sigebert, vieilli dans son: erreur profonde,. , .
Défendra que son flis à ma flamme réponde.
Ce germe de discorde etî vos Etats semé ,
Sert peut-être au dessein que GloVis a formé.
CLODOKTC.
Non , je ne doute point que mon père autorise
Mon oubli de ses dieux qu'il saitqtie je mc^pri^fr. Déjà par voire croix il ne peut empêcher," Son peuple chaque jour de se Taisscr toucher; L'idolàtrïc est douce et sans intolérance.* Son cœur de nos autels plaindra lai difflSrence ; Mais n^exhalera pas de. fanatique ardeur.
Il verra daos mon zèle une mêo^e pudeur.
Clovis s'est abus^, s'il pense en vos contrées
Qu'agitant les esprits par mes leçons sacrées ,
Perdant yotre royaume au nom d'un Dieu sauveur /
De la reine Clotilde imitant la ferveur , .
Je m'arme d'une croix redoutable et jalouse ,
Comme chez Gondebaud fit son aj*dente épouse.
Clotilde^ en s'attachant au destin du vainqueur.,
Portait moins que la foi 1^ vengeance en son cœur ,
Et brqlait qu'un grand roi séduit à ses prières,
De son oncle punît les fureurs meurtrières.
Je n'aurai point comme elle, en ma religion ,
Le zèle qui s'accorde avec l'ambition ,
Qui souvent des forfaits rend i^bs' désirs complices ,
Qui se plaît dans la gu^*re \ -et sovrit aux supptic)^^ »
Force en tous lieux le^ cœurs par l'effrc^ des tournxens ,
Et qui prêtant l'oreille aux conseils véhémçns ^
Montre les traits , l'orgueil ^ la rigueur despotique ,
Non de la piété , mais de \^ politique.
Elst-ce obéir au Jieu doiii^ l'ëquitaUe voix
Vint rendre sous le ciel le pâtre égal aux rois ,
Dont la morale auguste et la pure lumière
Abaisse le palais , rehausse la chaumière ,