‹ Clovis, tragédie en cinq actes, précédée de considérations historiques;Chapitre 2 sur 67 · HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES

SUia MON SUJET.

Dfi ions U$ ouvrages drazuatiques, le ploa parfut incontestablement 9 c'est le Taetofb de Molière , )>arce qu'il est à la fois le plus régulier dans son genre 9 le plus théâtral dans son espèce, et le plu$ inoral dans son plan et dans son exécutioni En comparant les nombreux chefsr^d'œuvre de la Bcène française et eH les méditant, je reconnus qu'aucune de nos plus belles tragédies ne réunissait les trois qualités qui leur sont propres, la pitié ^ la terreur et la moralité pvofo^ide , aussi complet temenl que ciette comédie réunit, dans ses conditions distinctives , l'action des caractères y la force ou ridicule, et le pauvx>ir d'une leçon générale^ ment utile aux hommes de tous les pays. La seule pièce intitulés Rodooube , du grand Corneille , est aussi pathétique et aussi terrible que celle de l'im^ fHÎlàble Molière est tout ensemble fortement ri-

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sible et grave; mais celle-ci ^ mieux construite dans tous ses ressorts ^ plus instructive pour le genre humain y va mieux à soii but spécial : elle attache y plait et corrige.

D après ces réflexions^ on ne s'étonnera pas d'apprendre que la meilleure des comédies m'ait servi de modèle pour la création d'une tragédie que je crois la meilleure des miennes ; et qu'ayant long-temps étudié le Tabtufe comique soumis aux strictes règles de Thalie, je me sois efforcé de placer sur notre théâtre un Tartufe tragique, régularisé par les lois les plus sévères de Melpomène. ^ n me fallut donc choisir la figure d'un célèbre imposteur. Dès qu'on jette un coup -d'oeil sur l'histoire, on voit que les fourbes n'y manquent pas : ce sont eux qui ont joué les premiers rôles dans le monde; mais la tragédie ne doit s'attacher qu'aux plus remarquables ; et Voltaire , frappé de cette idée , s'empara soudain de Mahomet. L'offrir en spectacle était y certes, une éminente leçon philosophique ; mais qui a cessé detre, de nos jours j^ assez directe à nos mœurs nationales , assez con-» forme aux opinions eun^enues. Ce que le per-^ sonnage a d'extraordinaire ^ ce que sou culte araj^ a d'étrange pour nous, rend son image uii peu faur tastiqueà nos yeux. Son hypocrisie, dans Une ^uU?e croyance que la nôtre , s'expose avec des trai)^ df généralité qui ne me paraisoeuti en quelque sort^e»

qu allégorîquement applicables à la fausse sainteté de nos hypocrites. Ajoutons que les sectaires fondateurs^ que les aventuriers conquérans sont rares: les rois criminels le sont moins. Je voulais que la n^ralité, résultante de ma peinture nouvelle, fût commune à tous , moins indirecte et plus locale , afin qu'elle frappât vivement l'esprit public.

Lé premier qui s'offrit à ma vue , sous les faces que je cherchais , fut Constantin. Cet empereur qui , cédant à ^l'invasion d'un dogme populaire que le ^èle de l'apostolat répandait progressivement dans chacune de ses provinces, qui, commençant l'alliance du pouvoir spirituel avec le temporel , ne tarda pas à changer l'esprit de chrétienté morale en un esprit de catholicité politique, plus conforme auxréglemens du despotisme par lequel il s'est pour toujours altéré ; ce prince inique , sanguinaire et dévot , meurtrier de ses peuples , bourreau de sa famille, ne s'entourant pas moins de prélats que de satellites, avait trop habilement fait sanctifier ses crimes , pour ne pas se bien distinguer entre tous les oppresseurs apothéoses ou bénis. Néanmoins, je pensai que le savant ai^teur du Tartufe n'avait emprunté son personnage ni de ritalie, ni de l'Espagne, berceau de l'autorité inqutsitoriale; mais qu'il, en avait saisi l'original au milieu de la France même , et que son portrait , vigoureusement tracé , largement coloré , n'en était

que {^lus éclatant h. nos regards. Besoin de mar^ cher ajirec fidélité sur la trace de son génie j qui devint mon guide , jç tâchai d assujettir mon imitation dramatique à toute la conformité que souffrait un genre différent du sien, en choisissant mon héros d'hypocrisie dans notre propre nation. Ainsi donc , remontant auit sources de nos annales monarchiques , j y retrouvai ce cdnverU couronné qui baptisa de sang des villes entières, au nom de la charité , et qui multiplia sitôt ses conquêtes dèslors que ses armes furent assistées par les ésfêques catholiques qui vouturent, dit Grégoire de Tours^ ^e servir des Francs pour détruire les rois ariens. Cette seule phrase explique la conduit^ et la foiv tune de Clovis qui fut le Ccfnstantin de la Gaule. Or, mon imposteur tragique m apparut tout entier dans le premier roi chrétien.

Eh quoi ? le scrupule ne le défend pas de aos pinceaux ! Quelle témérité scandaleuse ! Quoi ! le chef de la première race de nos Rois ! Quoi ! 1^ fondateur de la monarchie française I lui j dont le sacre fut célébré par saint Rémi l Ah ! qu'on cess^ de se récrier sur ces grands titres : qu'on abjure les erreurs et les mensonges qui sanctifient un barbare Sicambre ! Démasquons l'hypocrisie même des historiens y plus pernicieuse que celle des héros dont ' ils préconisent l'exemple^ et qui , sous leur plume , fait jésuitiquement parler Thistoire en c(;^ntradic^

lion avec les faits qu'elle nous rapporte. Nom« mez^ nommez Clovis, cbef de Texécrable famille Mérovingienne, fondateur dune oppressive faié« rarchie militaire, spoliateur des nations qu'il conquit à l'Eglise. Voilà les vrais titres que lui recon-* naît l'équitable et libre philosophie. C'est Terreur la plus fatale , c'est l'outrage le plus mortel h toute dynastie régnante, que de rattacher sa grandeur au souvenir d'un monstre , convertisseur homicide , cupide ravisseur des produits territoriaux, édificateur de ruineuses abbayes , fléau des potentats ses voisins, et destructeur de sa propre maison. Détrompez-vous sur les apologies menteuses , et ne trompez plus autrui : fouillez dans les vieilles traditions ; feuilletez les chroniques sincères ; ne vous obstinez plus à signaler comme une race vraiment royale , cette succession d'assassins et d'empoisonneurs superstitieux qui sortirent de ce Clovis, en légitimes légataires des fruits d'un pieux brigandage. Ont-ils profité long-temps de ses forfaits ? Écoutez les âges reculés : bientôt après sa mort, votre oreille n'entend-elle pas les plaintes de son petitfils Chilpéric^ répétées par le véridique Montesquieu : « Notre fisc est devenu pauvre; nos richesses ont été transportées aux églises : il rCj a plus que les é\>êques qui régnent ; ils sont dans la grandeur y et nous ri y sommes plus. » Et comme averti par ces mots , le sage interprète de l'esphit

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BBi LOIS VOUS démontre le peu que valent ces princes, ou conquérans ou dominés, qui ont enfoui les biens de leurs États dans les monastères ; puis , dans un examen rapide des immunités et des donations saintes , vous indiquant que nos Rois éclairés et justes leur ont courageusement repris ce que nos Rois, hypocrites ou faiblement crédules, ïear avaient cédé, il termine par cette réflexion qui rédevient utile à nos contemporains : a Le clergé a toujours acquis , il a toujours rendu j et il acquiert encore. >« Remarquons, en effet, quels princes le dépouillèrent de ses larcins, ou combattirent ses usurpations : ce furent les plus équitables, grands et héroïques, qui aient gouverné la France : Charles-Martel; quelquefois Charlemagne ; lisez ses capitulaires : long-temps Philippe-Auguste ; souvent saint Louis même ;* Charles-le-Sage ; et , durant les deux tiers de sa vie, le tolérant et brave Henri IV. Tels sont les beaux noms qui honorent la monarchie, et par lesquels pn doit la vanter : mais la réprobation universelle que mérite la mémoire de Clovis , lui attirerait la haine et le mépris en se confondant avec elle. Si vous voulea rendre la royauté plus auguste, ne réclamez pas tes hommages du peuple en lui voilant la vérité : sépares» moralement sur la scène, ainsi que dans vos esprits, l'image des tyrans de l'image dés bons ïlois. SouVenez-vous qu'on souille les uns en ne les

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distinguant point des autres. Aucun respect hu«main u est durable s'il n a pour base la vertu pure, et pour obj.et des choses où des hommes vérita-blèment respectables. Cette mas ime s'accorde avec la leçon salutaire que j'expose en offrant le carac** tère d'un héros sycophaote, pour inspirer à tous l'horreiù: de ses pareils 9 pour arracher le masque k leur méchanceté si dangereusie au!x nations ^ et pour qu'on renonce enfin sagement à vouloir enter k glorieuse tige des lys français sur les débris d'une souche corrompue^ dont le septième »ècle vit pourrir tous les rejetons empestés.

Ce spectacle ne sera pas moins instructif par le tableau qu'il présente de la législation informe et grossière qu'avaient donnée des brigands vagabonds à des esclaves guerriers et à des prèles avides. L'^antique empreinte de barbariie qu'elle porte ^ à laissé ses marques, sur les institutions dé TËurope moderne* Nos codes semblent ternis encore de la rouîUe du £er des conquête. D'un coté^ la brutalité militaire ^ de. l'autre y la rose ecclésiastique y dictent tous les statuts d'une olygarchie graduelle et qualifiée d'ordre nobiliaire y qui seule élit les rois y qui les. léduit à subsister de leur trésor y qui leur, prête ou leur refuse un service temporaire y ne leur aecorde que des rétributions en nature y selon le rang d'une vassalité réc^oque y tandis que le i!este de la population campe sous le joug

dtt servage de la glèbe ^ et subit les extorsions de toute espèce , qu'il impose at^x terres et aux pcfr*^ sonnes 9 également possédées )^n propriété par la force du glaive. Considérez que; sous une telle forme établie y on comptait trois classes distinctes, dont une seule y la caste moyenne y jouissait de qudques droits indépendans, en qualité de seule propriétaire. La première vivait sans biens , soldée sur les produits fiscaux y et dans une brillante do-mesticité chez les rois et chez les princes : la dernière végétait sans possession aucune y et dans le plus abject esclài^age. Celle du milieu y composée de ce qu'on nommait ingénus ou hommes nés libres, existait d'un patrimoine, n'était assujettie qu'à quelques redevances, à des dîmes matérielles, ou à des /ournitures d'équipages et de chariots. Cette classe , peu nombreuse , comparable à notre bourgeoisie aisée , était vraiment noble puisqu elle né dépendait pas ; pourtant la haute noblesse ne s'attribuait qu aux leudes ou fidèles , aux comtes, compagnons et com^wes des princes , qui les nour» rissaient de leurs deniers et sur leurs fonds domaniaux, en ornemens fastueux de leur grandeur. Cette classe toute cliente , se régissait en vertu de la loi politique , loi de tyrannie en ces temps. La classe des ingénus se gouveirnait par la loi civile y loi moins étrangère à la liberté. Cependant, la cruelle inégalité des comportions du droit aalique^

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par lesquelles ob ne peut tuer un leude franc que pour six cents sous^ un ingénu franc que pour trois cents 9 un romain que pour moitié de ce prix y enfin un esclave ou serf que pour quelques obolesy valeur de sa tète qu on payait k son maître ; cette monstrueuse inégalité^ dis- je ^ retint longtemps les Gaulois et les Romains conquis , sous l'empire de la loi gothe et gombette^ et du. Code tbéodosien^ ques^Ies Bourguignons et les Visigoths^ autres vainqueurs préférés par eux» allièrent aux coutumes suivies par le catbolique Clovis.

Jugeons 9 d après cela^ si la chute de Siagriuset celle d'Alaric ^ en délivrant la Gaule de la dpnû* nation romaine et de larianisme^ dut être avantageuse ou défavorable aux libentés des peuples et des princes gaulois. N'était-il pas déjà bien fatal pour eux que leurs premiers conqaérans fussent venus se partager leur territoire , dont il ne . leur resta qu'un tiers ou que moitié ^ quotité que les Sa vans contestent encore ^ sans qu'un barbare ^ plus violent que tous , arrivât les .dépouiller de kurl derniers droits légaux ^ et leur 6ter les arts et lé$ usages qui les avaient policés? Du poîfii de sa conquête découlèrent ces inégalités révoltantes dont nous nous efforçons vainement d'âge en âge d'extirper les racines. Le service que devaient les leudes au monarque. n'étant alors que conditionnel et transitoire 9 il fallait que les bénéfices , les hon-

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netird, les gages de la fiscalité fussent amovibles , afin que la crainte d'en être privés les retint et les lui attachât. Les domaines, premièrement concédés par baux annuels, devinrent ensuite des fiefs où ils portèrent leurs prérogatives , tinrent des placites ou assises, origine des justices seigneuriales qu'ils exercèrent. Ces privilèges, accordés aux personnes , s'attachèrent aux biens territoriaux comme leurs produits ; elles les vendirent ; ils furent en proie aux plus forts ; ils passèrent de l'une à l'autre. De-là^ tant de petits suzerains formant ces cours féodales autour du souverain , à qui leur turbulent orgueil se rendait si redoutable. De-là , cette puissante aristocratie qui composait seule les assemblées publiques , et que l'ignorance confondit souvent avec* des assemblées nationales, jusqu'à répoqtie où les notables des communes prirent connaissance des affaires portées aussitôt devant les princes. Notea cette révolution que les formules de la seconde race confirment , tant au milieu de la féodalité des seigneurs séculiers que de la féodalité cléricale, parle texte descapitulairesde Charlesle-Chauve.

Lex corisenstu populijît , et constitutiûne régis,

La date de ce monument si bien en accord avec les principes consacrés par le double pouvoir légitime qui sanctionna le vœu de notre révolution constituante et constituée monarchiquement , ré-

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vèle depuis quel nombre de siècles ^ la nattpn et . ses rois cooibatteut ensemble contre les gothique^ établissemens d'une aristocratie enfimtée par ji^s* gens de guerre ^ dans les ténèbres de nos origino^^ Jadis les grands élisaient tous leurs préposés ^^ et même leurs rois qu'ils adoptaient ou déposaient h leur gré; jadis , ils leur refusaient leurs subside^ temporaires et leurs bras ; jadis , ils armaient con* tre eux leurs vassaux et leurs sQrfs ; autrefois en:r core , les seigneurs épiscopaux se croyaient maiires de les oindre ou de les excommunier , de les cpur ronner ou de les tonsurçr, de les tondre et de les interdire* Aujourd'hui le peuple vote §es lois et. set charges annuçlle^' son service régulier est pwr manent ; aujourd'hui y sa' tolérance , inscrite en maxime d'État p éteint les foudres des bulles révoy lutîonnaires ; aujourd'hui , le& corps de législation et de judicature sont présidés » d'après sa désigner lion , par des hommes que choisit le monarque.; et la féodalité^. dépannée » anéantie , ne réduit .plw celui-ci à 3oy tenir son faste d^ seul revenu. dW xnodiqiie domaine. Eh bien! que les favoris de cour y que les zélés chiens de leur patrona;^ noift» déclarent quel régime est préférable , de celui qui opprimait la France et $es princes^ ou de celui qui 1^ hoiiore et les ailranchit également en nof; jours ? Les rob oirt^ls perdn tant au change d'avoir plutôt affaire au peuple qu'aux grands?

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Que résuhait-il autrefois des abus de la force aveuglément despotique ^ introduits par les Germains et les Gotbs du Nord ? ils instituaient , quoi ? la nécessité de la fraude et du meurtre. Avant que les seigneurs , bien cantonnés dans leurs châteaux inféodés, pussent agir hostilement contre leur maître , les maîtres attaquaient et détrônaient leurs égaux. C'est là l'exemple que j'ai voulu présenter y dans ma Tragédie , sous des couleurs saillantes. Malheur à tout roi faible auprès d'un voisin puissant , qui le fait son tributaire ou le renverse !

Montesquieu nous développe en très-peu de lignes, mieux que le P. Daniel ^ que le duc de Ni- PernaiSj et que Vabbé Dubosy lek causes de l'agrandissement et des scélératesses de Clovis. Ce clair passage est bon à citer : a Clovis eut de plus grands succès dans les Gaules que les autres princes^ » Voici la raison simple exprimée par le docte publiciste : a II put donner des établissemens con«sidérâbles à Ceux qui l'avaient suivi. Les Francs accoururent à lui de toutes les tribus , et les autres chefs se trouvèrent trop faibles pour lui résister. Il forma le dessein d'exterminer toute sa maison^ et il y réussit : 11 craignait , dit Grégoire de Tours, que les Francs ne prissent un autre chef. » ( Les l^rricides familiers à ses successfeurs attestent qu'ils suivirent les traces de son esprit systématiquement sanguinaire ). u La loi séparait sans cesse lamonar—

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^chie ^ la crainte , l'ambition , la cruauté voulaient la réunir. »

Quelles conséquences induire de cette remarque? que ce qui arrive dans une vaste région, divisée en plusieurs royaumes , arriverait par la même cause sur toutes les régions continentales. Deux malheurs infaillibles les mîenaçent à la fois^ si le système guerrier, agrandi démesurément et concurremment avec le nôtre y durant une suite de folles victoires, demeure coordonné d'une manière permanentes i^ la sujétion de la plupart des principautés indépendantes où les couronnes payeront des tributs bonteux ; 2^ l'anéantissement progressif et total de la liberté politique et civile des nations. Il s'ensuit perpétuellement d'un tel système que le monarchique dégénère en pur despotique , et que la prépondérance fatale à tous les pouvoirs et à tous les droits^ n'appartient , en définitive , qu'au seul despote que protègent les plus grandes armées. Ce terme est celui de la nature des choses. Or, mille à parier contre un ^ dans les chances futures , que le plus fort de tous , en dernier , aura les mœurs des chasseurs d'hommes y tels qu'Attila et que Tamerlan , plutôt que celles des pasteurs de peuples , tels que Marc-Aurèle. Ainsi donc l'extension du pied militaire , appuyé des mysticités , nous ramènerait , non au iS"" sifècle, comme le répètent les adversaires des préjugés qui survivent , mais au 5*",

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mais au 6*" siècle des invasions de la Tartarie et de la Scythîe. Les empires romains et grecs ne s'écroulèrent que sous les pas des Ugions cimbriques, slaves, sarmaies, gothes, vandales, qui traversaient le monde civilisé pour détruire les lois, les monumens , et pour hériter du sol par la vior lence des armes. La servitude des hordes du Nord , toujours féroces et à demi-sauvages > n est-elle pas rinstrument le plus propre à forger sans cesse les chaînes des nations du continent ? Elle ressemble au vent glacé du pôle , qui ne souffle sur la terre que pour en ravager la culture et priver tout de la chaleur vitale. Les nomades guerriers qu'il chasse de leurs climats connaissent-ils des frontières ?

La puissance septentrionale la plus éclairée, TAngleterre , ne doit qu'aux fructueuses comnâanications du commerce, sou gouvernement mixte , et ces lumières philosophiques qui, de t(»is les points du globe , y furent comme importées avec les richesses des pays agricole^ qu'abordent ses flottes, que dépouillent ses rapines. Encore n'auraitelle pas eu sa grande charte de liberté , si les intérêts de sa noblesse olygarchique n'avaient soulevé les intérês communaux contre ceux du trône et de l'autel , que sa constitution restreignit. Pour nous , au contraire , chez qui le peuple et la royauté se liguèrent pour la destruction des suzerainetés nobiliaires , nous , dont les attaques eurent .lieu dans

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un sens inverse f nous qui , puîssans pir notre ter^ ritoire 9 existons sans crédit fictif ^ qu'avons-noos besoin d'ecnpranter ses. formes de parlement^ et de l'imiter ?

Les relations eteiidues.de son industrie, disais-je, lui inspirèrent les idées d'un juste affranchissement: mais bientôt Tinfluènce de ses troupes coloniales réagissant sur elle , ses chefs enrichis la précipiteront sur TaocieiHie pente du despotisme mili-f taire.

L'époque est venue d'opposer enfin la suprématie morale des ioetitutions à la suprématie physique du canon et du grand nombre des milices; il esttetnpsque les cabinets qui les soudoient pour l'asservissement général cessent de trouver dans les volontés des Cbambresreprœentatives de quoi fournir à leur solde pesante. Les cabinets, toujours fragiles dans les crises d'£tat,se rangent à ladirectiond'unjeul : si cet homme est fort 9 il hasarde les nations ; s il est faible y il peut les vendre, tandis qu'un gouvernement déliberatîf résiste et ne les vend jamais. Loin de crain* dre, de ralentir et.de détourner la piarche actuelle de la civilisatiou des peuples, faites que les épées défensives s'abaissent devant le droit de cilé; que Tarmement soit communal ; qu'un sentiment d'indépendance oppose de ville en ville , de bourgs en bourgs^ de guérels em guérets, une impénétraU^ et insurmontable bamère auK laves de fer périodi*^

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quement vomies par le cours des âges de par-delà le mont Tauras jusqu'au rocher de Gibraltar. Accélères la tendance des États à s unir par le lien mu-' nicipal : qu'ils s'entendent de toutes les parties da continent : qu'une même raison les anime ^ les enseigne y les ligue et les pousse ensemble : qu'il j ait entre eux unité d'action^ identité de courage. Peut-être n'aurez-vous pas assez des forces de la révolution , dont on accuse les principes aujourd'hui , et des hautes vérités de sa propagande, pour consommer la r^rme politique , pour désarmer l'ignorance^ et pour arrêter une révolution plus , terrible .que renouvellerait la barbarie enrégimentée, dans l'Europe , comme au temps où la tyrannie sacrée de Clovis écrasait les rois et les sujets par le double pouvoir de la mitre et de l'épée.

Voilà ce que mon sujet m'a fourni de vues principalement utiles à retracer devant les spectateurs. Ces grandes leçons ne ressortent que de l'histoire, et je ne me suis permis de l'altérer par aucun mélange romanesque. Voici comment j'ai disposé les élémens des faits dans l'ordre qu'exigeaient les règles de mon art.

' De tous les faits de mon héros je n'en ai choisi qu'un y et je. l'ai pris au moment où }\ va s'accom* plir^ afin de réunir, sans invraisemblance, les trois unités d'action , de temps et de lieU. L'époque

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éloignée de ce fait y se prêtant à l'exacte régularité des formes grecques et devenues classiques ^ cet avantage^ si rare dans les sujets plus modernes qui refusent souvent de s'y ployer, m'a suggéré l'invention de la fable la plus simple , concentrée dans une seule famille entre un petit nombre de personnages. Leurs seules physionomies , bien dis* tinctes , me sert à peindre l^s contrastes des prin*cipaux caractères du temps. Rien d^pisodique i|i dans l'action , ni dans les rôles ; point d'inciden», point de coups de théâtre y point de reconnaissances fortuite^, point de machines ; les péripéties se produisent par les sentimens, et tout se passe dans le cœur.

Averti par l'exemple des maîtres de l'art y qu'il fallait préférer 9 pour la scène , les dernières actions remarquables des héros aux premières de leur vie^ dont les détails rappelés dans les dialogues enrichissent naieux la diction y je me suis arrêté au trait le plus marquant dans la fin de l'histoire de Clovis, pour la développer \plus amplement.

'- Le meurtre de Sigebert, son parent , qu'il fit égorger par le fils dé ce roi y pour hériter de l'un et dé l'autre y en punissant le parricide qu'il avait commandé y m'a paru ce qui signale le mieux l'atrocité de ce saint usurpateur. C'est sous ce rapport criminel que j'avais à l'olSrir, et non sous les apparences de gloire et de piété que l'erreur lui prête et qui ne lui

ont que trop fait dé coupables iinitateurs. Selon moi 9 la poésie s'est souvent dégradée , en relevant sous des couleurs prismatiques ^ le portrait des scélérats illustres qu elle ne montre que de leur beau côté. Ce H est point le Clovis des romans que Melpomène doit peindre , mais le Clovis de Thistoire.

Ce rôle principal ne parait que rarement dans la pièce : mais dès qu'on te voit > il y apporte la terreur ; mais tout s'y fait par lui ^ pour lui y et contre lui ; mais la terreur le ramène au dénoùment qu'il occupe tout entier. Il n'a d'autre passion dans le cœur que son ambition ardente et profoq^e : mais cette passion est la plus cruelle , et le palliétique en dérive du fond de l'ame de toutes ses victimes. Or , l'acteur qui lé représentera , ne doit pas seulement débiter ou déclamer les choses qu'il dit y mais passionner fortement la politique en lui ; car dans ses déterminations , le vice a autant d'énergie que la vertu.

Son premier ministre Aurelle, contraste^ par sa dis*simulation servile , avec la fermeté réfléchie de son maître. C'est un subtil intrigant du bas-empire, accoulumé dans les palais à regarder f roideme nt les crimes, comme des moyens prompts d'accroitre son crédit : komme corrontpu partons les vices , et dégagé, par le raisonnement , des liens de la conscience. Sa vaaké n'ambitionne que le rang de favori du chef Mpréme , qu'il croit diriger par son habileté. Un

important monologue le caractérise ^ el développe les tortuosités intérieures^ et l'abject orgueil de ce nouveau Tigellin. Romain, il a les mœurs dégradées et les ralEnemens habituels de tous les Romains préfets qui gouvernaient alors la plupart des provinces gauloises. C'est le noble flatteur du roi des Francs , qui , non moins pénétrant que farouche, le subjugue par cette rudesse altière , dont les dehors couvrent une astuce perfide dans le naturel des hommes du Nord. Il ne faut pas moins que la souplesse d'Aurelle , pour servir d'agent docile à Clovis : car on se ferait une idée très-fausse de lui , si l'on imaginait qu'il ne fut qu'un barbare ignorant. Les princes de ce temps-là n'exerçaient pas une diplomatie moins compliquée , moins active , et moins étendue que la nôtre. A juger des relations multipliées qu'ils entretenaient dans la paix et dans la guerre y depuis les rives de la Seine et de la Loire , jusqu'aux bords du Tibre, et des bords de l'Afrique a ceux du Bosphore , on peut mesurer le vaste génie dont avait besoin, pour se maintenir et s'accroître, le rival du grand Tbéodoric , alors régnant dans Arles et dans l'Italie. Aussi n'ai-je pas négligé de lui faire déployer ses projets de domination et les causes de ses ambassades à la cour de Bysance. Les seigneurs francs s'y instruisaient à mener les affaires : ils occupaient les charges de proconsuls ; ils recevaient les dignités de préteurs et de pa-

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irices , chez les empereurs d'Orient et d'Occident. Qu'ai-je placé près du vainqueur de Tolbiac ? le général de ses armées le plus connu , Clodoric , fils de Sigebert , roi de Cologne. C'est sur la figure de ce prince royal que j'ai rassemblé toutes les quar lités de la franchise y de la valeur^ de la confiance, de l'amour , enfin tous les peuchans qui produisent l'héroïsme vertueux. C'est sur lui et sur la princesse dont il est aimé , que se fondent l'intérêt , la pitié de mon drame. A son égard seulement , les convenances de l'art m'ont détourné de suivre les annales , mais sans rien changer à l'événement historique. . Le spectacle d'un fils volontairement meurtrier de son père^ eut révolté sur notre théâtre. . Il suffisait à mon plan d'offrir Tapparence de ce sanglant parricide , exécuté par ordre de Clovis et puni par lui-même ; et j'ai corrigé ce que le sujet aurait eu de hideux et de dénaturé , de façon à le rendre plus touchant et plus terrible. En cela^ s'il est moins vrai y il est plus vraisemblable. L'ame de ce guerrier se peint dans ce peu de vers qu'il prononce après que le meurtre de son père lui a été proposé : .

Sous des astres sereins et des siècles tranquilles , Heureux penchant de f oi;s , les vertus sont faciles : Mais quand on les proscrit , c'est alors qu'il est beau De hâter noblement ses pas vers le tombeau , Et d'avoir ^ sans tremper dans le torrent des crimes , Traversé sa carrière au nombre des victimes.

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. Autant ai«je mis de soins à dessiner largement les traits d'un scélérat œint du diadème, autant je me suis appliqué à /colorer vigoureusement toutes les vertus dignes de la majesté rojale, dans le noble vieillard qui la représente en victime de l'usurpation. Sigebert, malgré sou grand âge, conserve la force de la magnanimité : son expérience voit tout y pressent tout , et juge tout avec sagesse. Il ne succombe que par Teffet des noires trames qu^il a soupçonnées , et dont Tenlacement le met dans l'impuissance absolue de se défendre. Lui-même fait l'exposition du sujet et des caractères dans le premier aele qui se compose simplement de-deux scènes; et d'elles seules on voit partir l'unique fil qui conduit l'intérêt progressif des passions jusqu'à la fîn« Dès le second acte , la chute soudaine de ce roi détrôné produit dans son sort et dans l'ame de son fils la plus étonnante péripétie que l'aie jamais imaginée. Elle amène au quatrième ^ entre ce vieillard et Clodoric , une scène vébé-« mente , de laquelle Monvel ne craignait pas d augurer que j'obtiendrais un effet entraînant sur les spectateurs. Le dernier acte , où tous les ressorts de la terreur sont tendus , renferme un dialogue de Clovis et du fils de Sigebert , dialogue sombre et entrecoupé ^ que j'ose indiquer comme étant le plus conforme dans ma pièce à ceux qui causaient de tragiques frémissemens sur les théâtres

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des Grecs ^ dont j'ai fait une longue étude.

Qu'on me permette y en expliquant les intentions qui ont dirigé mon travail ^ de m'arréter aux points capitaux sur lesquels je fondai mes espé^ rances d'attacher le public assemblé. C'est dans la pratique de l'art que j'en ai appris la vraie théorie ; et je puis affirmer que y si je n'en avais su appliquer toutes les règles à la composition deClovis^ je n'eusse jamais été capable de faire mon Couvs analytique de littérature.

Une des conditions que j'y recommandai le plus y fut celle de l'observation des mœui^ locales qui m'ont procuré le moyen d'opposer en mon drame le langage et les idées du paganisme y qu'avait jadis introduit l'Empire sur les bords du Rhin y au culte du * christianisme que la ferveur épisco-* pale introduisait partout.* D'aune part^ les ornemens mythologiques rehaussaient la poésie dans ma pièce ; de l'autre y lé développement de la morale évangélique tempérait l'image des rigueurs de la catholicité. Il fallait , pour que mon ouvrage ne fut point, même en apparence , une sinistre satire de la religion , séparer la pureté de ses préceptes d'avec leur crueUe application ; et montrer, à côté des attentats commis en son nom y les services qu'elle put rendre aux barbares adoucis par elle.

Considérons impartialement ce qu'elle fit de boi:^

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