‹ Clovis, tragédie en cinq actes, précédée de considérations historiques;Chapitre 58 sur 67 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Excusez Clodoric dont les avis d^AurelIe

Ont consterûé }e cœur , ont effrayé le zèle.

Eh ! qui n'eût pas frémi de l'entendre parler ?

Sa main, lui di^sait-il , vous devait immoler

Un père malheureux, fugitif de son trône,

Et de vous, par Ce meurtre, acheter la couronne :

Ou, si d'un tel forfait il avait trop d'horreur.

Sur moi-même attirant votre injuste fureur ,

Il allait aux bourreaux exposer ma faiblesse ,

Et mourir . en> dounant la mort à sa maîtresse.

Voilà comment Aurelle, ardent persécuteur.

Fut de vos volontés l'interprète menteur :

Voilà quels noirs arrêts son infime génie

Dicte au nom de Clovis, que sa voix calomnie :

Voilà comment , Seigneur , les grands rois tels que vous,

Par des ministres vils de leur plaire jaloux

Sont noircis de fureurs que leurs âmes igiiorent.

Et dont pour tous les temps les bruits les déshonorent I

Ce que vous avez fait , qui vous Ta suggéré ,

Seigneur ? L'espoir d'un nom plus beau , plus révéré.

Eh bien ! sûufTrirez-vous qu'un flatteur lâche, avare ,

Vous montre à l'univers sous les traits d'un barbare ?

Après tant de travaux , laisserez- vous ternir

Des faits qui passeront au dernier avenir ?

Mais quoi ? Tous ces guerriers, compagnons de vos armes,

Désormais leur devoir les remplira d'alarmes ,

Si, d'ordres criminels tremblant d'être chargés.

Par de honteux liens vous vous les engagez. "

Toute chaîne est fatale auprès d'un maître injuste.

Vous tiendrai-je, Clovis , un discours plus auguste ?

Vous parlerai-je au nom du roi de tous les rois

Dont votre foi naissante a proclamé les lois ?

Souverain étemel des souverains du monde ,

Il veut sur la vertu que leur trône se (onde ,

Et son souffle détruit le sceptre des humains

Dont Vaveugle injustice ensanglante les mains.

Vous avez embrassé sa religion sainte :

Les peuples diront-ils qu'avili par la feinte

Un héros se courba , les voulant abuser ,

Devant Fautel d'un Dieu qu'il semblait mépriser ?

Non, vous èt^ Chrétien ! plein de votre croyance ,

Dédaignez Fimposture , et surtout la vengeance ,

Et craignez à jamais de souiller en un jour

Tout un règne bientôt écoulé sans retour.

Prévenez , prévenez Faction la plus noire ;

Quelquefois un moment sauve un siècle de gloire!....

Vous vous troublez , Seigneur, et je lis sur vos traits...

c L o V I s ( oifcc promptitude ) .

Sur mes traits ! pensez-vous y lire mes secrets ? Ne vous en fiez pas à des marques peu sures : Parfois mes sentimens trompent les conjectures. Aurelle qui m'approche et croît m'înterprêter , Dicte en mon nom des lois qui peuvent m'îrriler , Et s'expose à subir la peine légitime De prétendre à me plaire en ordonnant un crime.

EDBLINDE.

L'espoir me r^ste donc de sauver mon amant ! • . Il vient... Quelle tristesse et quel abattement!....

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