‹ Clovis, tragédie en cinq actes, précédée de considérations historiques;Chapitre 6 sur 67 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Craint-oil de violer les droits des souverains ?

L'homme parjure aux dieux est parjure aux humains.

Tu le vis attaquer la majesté suprême \

Des habitans du ciel , de Jupiter lui-même ;

Faire à leur trépiés d'or succéder un vil bois ,

A notre Mars vainqueur le martyr d'une croix ;

Et changeant les objets des respects de la terre y

D'un front audacieux défier le tonnerre.

Ni tous nos temples saints affermis par le tems ,

Ni de tous nos ayeux les hommages constans ,

Ni les succès , garans de victoires futures ,

Secondés , obtenus , prédits par nos augures ,

Ni les princes armés au nom des immortels ,

N'ont pu de ses fureurs préserver nos autels ;

Et son impiété , fîère de leiir ruine j

Accueille des Chrétiens la naissante doctrine.

Tu le sais; et tu crois que sa témérité

JN'oserait de mon rang blesser la majesté !

Il ne s'arrête point au respect des couronnes :

Qui* brisa les autels sait renverser les trônes.

ADELMÀR.

Votre fils Clodoric, soutien de vos Etats , S'indignerait....

SIGEBERT

Mon fils le sert dans les combats \ Et pour s'en défier il n'est point assez sage.

ADELMAR.

De la guerre en ses camps il fit l'apprentissage : Blâmez-vous Clodoric ^ fier d'un laurier récent^

De montrer k soa gaide un cœur reconnaissant , De ne point concevoir de farouches alarmes Sur un roi dont vous-même avez suivi les armes ? Vous-même....

SIGEBERT

Il le fallut : dans quel temps , Adelmar y De sa gloire guerrière ai-je escorté le char ?

ADELMAR.

Alors que des Germains les légions entières Par torrens inondaient la Gaule et vos frontières , Lorsque de flots de sang ce trône environné Dans la chute de tous allait être entraîné , Que de Siagrius déjà vainqueur illustre , Clovis à ses exploits crut ajouter un lustre En offrant ses secours aux princes ses parens , Pour chasser loin de lui des barbares errants.

SlGBQERT.

Leurs courses désolaient nos villes alarmées :

La même cause alors unissait nos armées :

Clovis en mes périls affecta de m'aider ^

Et moi, dans ses efforts j'ai dû le seconder.

Mais , sous la même tente instruits h nous connaître ,

Je vis ce qu'il était et ce qu'il voulait être :

Usurpateur avide , impérieux, jaloux ,

J'appris qu'il deviendrait formidable pour tous ^

Que la paix n'était pas son but dans la victoire ,

Que pour nous dominer il s'armait de sa gloire,

Qu'il n'estimait la voix de l'adulation

Qu'en ce quelle a d'utile à son ambition ,

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