‹ Cluny, la ville & l'abbayeChapitre 11 sur 23 · LES ÉDIFICES PUBLICS · texte numérisé non relu

LES ÉDIFICES PUBLICS

aint Hugues est le fondateur de la commune de Cluny. La charte concédée à cette occasion est perdue ; mais, dès 1095*, dans une bulle d'Urbain II, ancien moine de Cluny, se trouvent, pour la première fois^ les expressions de Bourg et Faubourg, pour désigner la paroisse de Notre-Dame et celle de Saint-Marcel. Il est probable'*^* que le saint abbé, en donnant des franchises aux habitants^ se proposa de créer une force capable de résister aux seigneurs du voisinage, qui, malgré leurs serments et en dépit des défenses faites par l'autorité civile et par l'autorité religieuse,, renouvelaient souvent leurs attaques contre l'Abbaye. Il est aussi à remarquer que la fondation de la commune clunisoise coïncide avec la construction de la grande église. On peut supposer que saint Hugues voulut s'assurer par sa générosité le concours zélé des habitants^ pour le succès de son immense entreprise.

La commune de Cluny fut donc établie sans lutte, dès

* Bibl. Cl. p. 516.

Nous renvoyons, pour ce qui concerne les franchises et coutumes de la ville de Cluny, au savant travail que M, Çhavot a publié dans l'Albuin de Saône-et-Loire.

la fin du XP siècle. L'abbé retint le droit de haute justice et certaines redevances. Mais la ville s'administrait elle-même, et si l'on songe à la dure condition des roturiers et des vilains, au XP et au XIP siècle, on appréciera toute la valeur des concessions faites par saint Hugues.

Il serait difficile de dire où se réunirent d'abord les élus des bourgeois de Chiny, et si rHôtel-de-Ville démoli depuis la révolution avait été leur première maison commune. Cet Hôtel-de-Ville s'élevait sur la pente de la colline de Saint-Odile, dans la rue qui part de la place Notre-Dame. Le tribunal du juge-mage et l'école étaient dans le même bâtiment. Depuis^ l'administration municipale s'est transportée successivement dans l'église des Récollets et dans l'aile gauche de l'Abbaye. Après la fondation de l'Ecole, elle s'était établie dans un petit bâtiment de modeste apparence, adossé au chevet de Notre-Dame. Elle siège aujourd'hui au Palais abbatial de Jacques d'Amboise*.

La petite place en pente, (^ui est au bas de la rue Saint-Joseph, était couverte autrefois par les Halles, démolies en 1803. Les grains et les fruits ne pouvaient être exposés et n'étaient vendus que dans ces halles; l'Abbaye percevait certains droits sur les places occujtées par les jnarchands.

Ces lialles ne furent remplacées, pour le commerce des grains, qu'en 1811 . Une grenette fut établie à cette époque à l'Abbaye, dans l'ancienne chapelle de la Congrégation, qui est aujourd'hui la salle de chimie. Depuis la fondation de l'Ecole, elle a été transportée dans le vieux bâtiment, dit des écuries de saint Hugues ; le théâtre est au-dessus de cette nouvelle grenette.

Les fours banaux, qui étaient aussi une source de

* V, le chapilic : Palais abbatial et Musée.

revenus pour l'Abbaye, ont été démolis vers 1790. Ils occupaient un espace, resté vide, devant la tour du Moulin. Ils avaient donné leur nom au petit pont, sur lequel, près de là, passe la Grand'Rue.

Le bâtiment qui est â l'angle de la rue de l'Hôpital, un peu plus bas^ et auquel était adossée une petite chapelle gothique, dont on voit encore la porte et la fenêtre chargées de sculptures assez bien conservées, était l'hospice Saint-Biaise, réservé aux passants, aux étrangers.

Au milieu de la place actuelle de l'Hôpital s'élevait un pavillon carré à lucarnes, qui servait d'abattoir. Démoli en 1787, il fut remplacé, dès la même année, par une autre construction , bâtie près de la porte de Paris, et qui a été elle-même refaite et agrandie depuis.

C'est sur cette même place de l'Hôpital que se faisaient les exécutions publiques. La dernière fut celle d'une pauvre fille de La Vineuse, domestique dans une auberge de Cluny ; condamnée â mort pour avoir volé ([uelques bouteilles de vin, elle fut pendue en 1772.

Près de la porte du Merle, hors des murs, la maison où se trouvait autrefois la Chapelle évangélique était l'Hôtel de l'Arquebuse. Comme les principales villes de la Bourgogne, Cluny avait en effet sa société de l'Arquebuse ; c'était une compagnie de bourgeois, qui s'exerçaient, à certains jours, au tir à la cible. Les sociétés de plusieurs villes voisines se réunissaient une fois par an, et le tireur qui abattait le papegaut, c'est-à-dire l'oiseau de bois fixé, en manière de cible, àTextrémité d'une longue perche, était proclamé roi ou empereur de l'Arquebuse. Le vainqueur était, pour l'année, affranchi d'impôts.

Charles IX avait accordé ce privilège, qui fut confirmé

par ses successeurs^ à plusieurs reprises, même par Louis XV. Aussi, en 1766^ Rollet, marchand de Cluny, qui, ayant gagné le grand prix, était empereur de l'Arquebuse, voulut se faire exempter des impôts, et il refusa de payer la part de contributions que les rôles lui avaient assignée. Après avoir traité assez légèrement cette prétention, le rapporteur municipal formulait ainsi ses conclusions : « Les officiers de l'Arquebuse de Cluny (( peuvent rendre à leur empereur tous les hommages, c( mais jamais ils ne forceront les habitants à se charger, (( envers le Roi, dès charges de l'Etat qui lui sont c( imposées. Point de lettres patentes! Point de privi- (( lèges! Les rôles doivent être exécutés. » Ce langage clunisois^ en 1766, mérite d'être remarqué.

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