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L'ENCEINTE DE L'ABBAYE

es bâtiments et les jardins de l'Abbave occupaient^ avant 1789, tout l'espace compris entre les remparts, au nord et à l'est, la rue des Tanneurs et la Grand'Rue, au midi^ la rue de la République (autrefois rue de TAbbaje), et celle de la Clianaise, au couchant. Ils étaient entourés d'une enceinte fortifiée^ dont une grande partie, au midi et au couchant, était devenue à peu près inutile depuis la construction des murs de ville. Aussi les habitants avaient-ils obtenu de bonne heure, moyennant certaines redevances toutefois*, l'autorisation d3 bâtir contre le rempart de TAbbaje. Cette enceinte, du côté de la ville, subsiste sur différents points ; mais elle

* Ces redevances se payaient encore en 1789,

est cachée presque partout* par les maisons qui bordent, au nord et à l'est, les rues dont nous venons de parler.

Des tours de l'Abbaje^ à l'intérieur de Cluny, deux seulement sont encore debout : la tour du Moulin, et celle des Fromages. Elles sont carrées toutes les deux. La première est située derrière l'emplacement des fours banaux, au bout d'un grand bâtiment construit beaucoup plus tard. Elle est traversée par une dérivation du bras de la Grosne qui passe à la papeterie, et elle a servi de moulin jusqu'à ces -dernières années. Un escalier à vis est pratiqué au nord, dans l'épaisseur du mur. Au-dessus du rez-de-chaussée, les deux premiers étages^ transformés par le dernier propriétaire et coupés par des planchers, sont éclairés par trois grandes fenêtres, et munis de meurtrières du côté de la ville. On voit, sur les murs du second, une série d'écussons grossièrement gravés tout autour de la salle et à demi-effacés pour la plupart. C'est une curieuse collection d'armoiries abbatiales, qui paraît remonter au XVIP siècle. La plus haute salle est beaucoup mieux conservée. Elle a dix fenêtres, et les mui's sont percés, au niveau du carrelage, d'un grand nombre de trous carrés qui correspondent à autant de pierres en saillie au dehors sur les quatre faces. Il est rare aujourd'hui de trouver aussi complet cet appareil autrefois nécessaire à l'installation des hourds. Cette tour dépend de l'Ecole.

La tour des Fromages (nous ne savons d'où vient ce nom singulier)** s'élève au milieu de maisons particulières,

* De la cour du inusée, on voit une assez grande partie du mur de l'Abbaye à l'ouest.

*• 11 y avait aussi, parmi les vieilles constructions de 1 Abbaye, la tour des Fèves, turris Fabonim. Au XVIIe siècle, elle était déjà démolie ou bien elle avait changé de nom.

près de Notre-Dame, dont elle domine le clocher. Elle n'a qu'une i),etite fenêtre à plein cintre, ouverte des quatre côtés, à la hauteur du premier étage, et, sous les combles, une ouverture carrée. L'intérieur est vide du haut en bas ; un système de poutres et d'échelles permet seul d'atteindre le faîte, et l'on ne voit aucune trace d'escalier intérieur. La Malgouverne, c'est-à-dire le logis des domestiques, était adossée à cette tour. Leur réfectoire voûté et leur cuisine n'ont été démolis ou transformés que depuis peu.

On peut voir dans une maison proche de cette tour, une dizaine de dalles sculptées, dont les creux ont été remplis de cubes de marbre, ou de mastic de diverses couleurs. Ces pierres, dont les dessins sont tous différents, sont peut-être les débris d'un ancien dallage d'église.

L'enceinte de l'Abbaje, ouverte au nord à la porte des Prés, l'était encore à l'est, en face de la rivière, et au midi près du moulin. Mais l'entrée principale était au couchant, en face de la rue d'Avril, probablement sur l'ancienne route de Lyon à Autun. De ce côté, l'ancienne porte de l'Abbaye subsiste encore en grande partie; c'est un des monuments les plus anciens et les plus remarquables de Cluny.

Cette belle entrée, évidemment imitée des portes romaines d' Autun, est composée de deux arceaux romans, construits à grand appareil, presque sans ciment. Chacun de ces arceaux est orné, en avant des pieds droits, de colonnes à demi engagées, cannelées, dont les chapiteaux richement sculptés soutiennent une archivolte très ornée. Les cannelures des colonnes sont droites jusqu'à la moitié de la hauteur, spirales au-dessus, et cette disposition est renversée d'une porte à l'autre. Trois pilastres cannelés, de chaque côté et au milieu des deux arceaux,

soutenaient une corniche, qui a disparu, et de ces pilastres eux-mêmes il ne reste que celui de droite, en entrant : il a été à demi caché, mais en même temps préservé, par la maison de bois qui s'appuie de ce côté sur le mur de TAbbaje,

Cette double porte, qui date du XP siècle, était peutêtre surmontée à l'origine d'un attique semblable à celui de la porte d'Arroux, composé, comme les claires-voies du premier étage dans les maisons romanes,, d'une série d'arcades cintrées.et séparées par des pilastres cannelés. Mais l'épaisseur des piliers qui sont en arrière de la porte et qui paraissent d'une date un peu plus récente, permet de conjecturer que l'entrée principale de l'Abbaye a été fortifiée dans la suite.

Ces piliers, reliés entre eux par des arceaux * perpendiculaires à ceux de la porte elle-même, devaient supporter une tour quadrangulaire assez élevée, et cette tour existait sans doute encore au XV* siècle : on ne s'expliquerait pas autrement pourquoi la petite aile du palais abbatial, au couchant, se terminerait si brusquement par un simple mur sans fenêtres ; elle était sans doute masquée par une autre construction qui a disparu.

Cette magnifique entrée, que l'on pourrait comparer à un arc de triomphe, par laquelle ont passé, avec leur cour. Innocent IV et saint Louis, plus tard Boniface VIII, après eux Philippe-le-Bel et ses deux fils, enfin le roi Charles VI et ses oncles, est aujourd'hui décoiironnée . Quelques tuiles la protègent à peine contre la neige et la pluie ; ses pierres, posées en délit, s'effritent, sa base est mutilée, et ses colonnes, privées de leur plinthe, se

* l/un de ces arceauX; à droite, se voit tout entier ; il est muré. On ne voit plus que la naissance des deux autres au milieu et à gauche.

soutiennent comme par miracle. Mais elle a survécu à la grande église qu'elle avait précédée, et ses arceaux ont vu, à sept cents ans d'intervalle, apporter les matériaux de la basilique romane et emporter ses débris.

ENTRÉE DE L'ABBAYE (Xl® siêcle)

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