LES BATIMENTS CLAUSTRAUX
es bâtiments, dans lesquels l'Ecole et le Collège sont installés^ ne datent, pour la plupart, que de 1750. Dom Dathoze, avec l'agrément et probablement les subventions des deux derniers abbés (Frédéric-Jérôme, 1747-1757, et Dominique, 1757-1789, de La Rochefoucault), entreprit la reconstruction de l'Abbaye et la poursuivit jusqu'à sa mort (1765). Il avait été nommé, par exception, prieur claustral à vie. Ses successeurs continuèrent son œuvre, et ils allaient démolir cette partie des bâtiments, dite Palais du pape Gélase, à l'est de la place de la Grenette, quand survint la Révolution.
11 est impossible, avec ces constructions nouvelles, de se faire une idée des anciens bâtiments de l'Abbaye. Il ne reste même, à notre connaissance, aucun plan qui permette de déterminer exactement leur position relative dans l'enceinte qui les contenait. Un seul fait paraît certain : l'Abbaye, depuis sa fondation, a toujours occupé le même emplacement, a toujours eu les limites que nous avons indiquées plus haut. Ce qui autorise cptte affirmation, ce qui empêche de croire, comme on l'a quelquefois soutenu, que l'Abbaye ait été d'abord établie sur la
colline de Saiiit-Mayeul, et qu'elle ait été, dans la suite, transportée plus près de la rivière, c'est que la première église du couvent avait été bâtie par Bernon et saint Odon*, les deux premiers abbés de Cluny^ à la même hauteur et tout aussi près de la rivière que le fut plus tard l'église de saint Hugues*"*". Cette église primitive subsista à côté de la seconde jusqu'au XIIP siècle, sous le nom de Saint-Pierre-le- Vieil. Son abside était remarquable par les tombeaux qu'elle renfermait, et servait aux sessions du Chapitre général, où se rassemblaient tous les trois ans les .prieurs des dix-huit cents abbayes ou prieurés qui dépendaient de Cluny. Est-il possible de supposer que l'église fut éloignée des bâtiments claustraux, et que les moines, pour se rendre aux offices, fussent obligés de franchir un grand intervalle? Ce serait contraire à toutes les traditions de l'architecture monastique, d'après lesquelles l'église s'élève toujours au milieu des bâtiments claustraux.
A défaut d'un plan. Bouché nous a conservé^ dans ses mémoires, le dénombrement des bâtiments de l'Abbaye, en 1622. Nous ne croyons pas qu'il soit imprimé nulle part; nous le donnons, sans pouvoir dire de quelle source il est tiré, mais en faisant remarquer qu'il a tous les caractères d'une pièce authentique.
* V. Hibl. Cluii., col. lG3o. A.-M. Pigiiot (Hist. de Wrdre de Cluny, t. II, p. 507)aUribuc ;ï loi t à Aimard et à saint Mayeul la construction de celte église.
** Celte position est indiiiuée par une gravure de 1650 environ, qui se Irouve au musée ; cette gi-avure n*est malheureusement pas assez claire pour qu'il soit possible de préciser aussi bien la position de la plupart des autres bâtiments.
DENOMBREMENT DES BATIMENTS DE l' ABBAYE EN 1622
Le grand cloître, composé de quatre côtés, à simples piliers, sans aucun pilier boutant, couvert de tuiles creuses et lambrissé, a, du côté du midi et de vent, en longueur 135 pieds, du côté du matin 170 pieds, et de largeur 17. Au milieu, du côté du midi, est le lavoir, pour aller au réfectoire, mesurant en carré 22 pieds, couvert en tuiles plates et lambrissé, en forme de pavillon.
Le grand réfectoire, composé de trois allées et de deux rangs de piliers^ carrelé"^, lambrissé et couvert de tuiles creuses, percé d'environ trente-six fenêtres à vitres, a 112 pieds de longueur et de largeur 67.
Le cliaufFoir^ au bout dudit réfectoire, voûté, avec chambre au-dessus, couvert de tuiles plates et percé de cinq jours, a 37 pieds de long sur 22 de large.
Le grand dortoir, carrelé, sans lambris, composé de quarante-six chambres, dont six sont sans jours, couvert de tuiles plates, a en longueur 225 pieds sur 45 de largeur; et au-dessous dudit dortoir^ sont le chapitre et une partie des caves.
Le petit dortoir, traversant le grand,, du côté du matin, a de longueur 67 pieds et à peu près même largeur que le grand, sans lambris.
Les lieux communs, au bout du grand dortoir, couverts de tuiles creuses, ont de long 105 pieds sur 48 de large.
Le noviciat, servant à présent de bûcher, sans pavé ni
* Il reste encore à Cluny beaucoup de vieilles briques émaillées et couvertes de dessins très variés, qui formaient les carrelages de l'ancienne Abbaye.
lambris, couvert de tuiles creuses, a en longueur 105 pieds et en largeur 32.
La chapelle de Saint-Pierre-le-Vieil, au bout du graud dortoir vers l'église, carrelée, voûtée, couverte de tuiles creuses, ayant plusieurs jours, la plupart sans vitres,, a 400 pieds de long*, et, de large, y compris les collatéraux, 52 pieds.
La chapelle des Abbés, vers le logis des Sacristains, sur le côté du cloître, partie couverte de tuiles creuses et partie de plates^ la chapelle étant couverte de tuiles creuses et le logis de plates^ comprennent la longueur du grand cloître, hormis la porte pour entrer à l'église, savoir 70 pieds de long sur 35 de large.
La galerie^, dite le poulailler (?), qui va du cloître à la nef, sous ledit logis du Sacristain, voûtée, a 40 pieds de long sur 25 pieds de large.
Le cloître, du côté du soir, est occupé en partie par un grand corps de logis, appelé la Chambrerie^ composé de quelques appartements, dans les masures et tours, de l'ancienne église Saint-Pierre, couvert en partie de tuiles creuses, en partie de tuiles plates, et sous lequel sont les grands celliers, a de longueur 56 pieds et 37 de largeur.
Ensuite, le grand bûcher, de trois largeurs (trois nefs) avec deux rangs de piliers en arcades, couvert de tuiles
* Il y n visiblement ici une faute de copie : l'église de Saint-Pierrele-Vieil ne devait pas avoir une si grande longneur avec une largeur de 52 pieds seulenfient. — D'après un nianusciit cité par M. l'abbé Cucherat (CInny au XI^ siècle^ p. 106), et rédigé par un moine de Farfa^ qni était venu s'informer, en 1009, des contumes de Cluny, il semble que l'église de l'Abbaye à cette époqne (c'est-à-dire Sainl- Pierre-le-Vieil) n'avait que 140 pieds. Celle longneur s'accorderait beaucoup mieux avec la largeur donnée, et l'on comprendrait aussi que cette église se soit bientôt trouvée trop petite.
creuses, sans lambris ni pavé, a 90 pieds de longueur sur 62 pieds de large.
La cuisirie,, ou dépense, ou paneterie, joignant audit bûcher, ont chacune 34 pieds en carré^ sont voûtées et couvertes de tuiles creuses, comme aussi deux autres petites dépenses joignant.
Le logis des Fours, composé de diverses chambre^^^ de bûchers, avec un puits et deux fours, couvert de tuiles plates, a 60 pieds de long sur 53 de large.
La tour du Moulin, divisée en quatre étages, au dessus du moulin où passe l'eau des quatre moulins, couverte de tuiles plates^ en forme de pavillon, a 36 pieds en carré.
Les grands greniers, carrelés, sans lambris^ occupant le plus haut étage, le farinier^ au milieu, voûté et le bas planchéié de simples ais ; le bas étage formant un cellier^ sans voûte, dont le plancher est porté sur divers poteaux, et soutenu de divers piliers en bois, ont 160 pieds de longueur sur 45 de large^ ayant trois appentis sur les portes et l'escalier, couverts de tuiles plates comme sont les grands greniers.
Le logis du Doyenné^ composé de diverses chambres liantes, avec une galerie et deux petites tours, et au dessus le bûcher et cuisine, couvert de tuiles creuses, a 82 pieds de longueur sur 37 de large. Il y a une autre galerie, joignant ledit Doyenné, qui a 45 pieds de long, sur 10 pieds de large^ couverte en tuiles plates.
L'écurie du logis, qui est couverte de tuiles creuses, a de long 48 pieds sur 22 de large.
La grande infirmerie, ayant deux rangs de piliers, trois largeurs et quatre cheminées, lambrissée, ayant divers jours, couverte de tiiiles creuses, a en longueur 165 pieds, sur 78 de large.
Le logis, en forme d'appentis, tenant à ladite infir-
nierie du côté du matin^ est couvert de tuiles creuses et a de long environ 140 pieds sur 18 de large.
Un autre logis, aussi en forme d'appentis, au bout de ladite infirmerie, du côté de vent (au midi), couvert de tuiles creuses, a de long environ 06 pieds sur 20 de large.
Le logis du Chantre, composé de diverses chambres, couvert de tuiles creuses, a environ 35 pieds en carré.
Les logis et galeries, qui vont de la grande infirmerie au petit Prieuré, divisés en deux étages, couverts de tuiles creuses, ont, avec les chambres qui les accompagnent, 135 pieds de longueur sur 24 de largeur.
Le logis du petit Prieuré, composé de diverses chambres et de divers étages, couvert de tuiles creuses, a 32 pieds de longueur sur 45 pieds de large.
Les galeries du petit Prieuré de Saint-Ode et du grand Prieuré, couvertes de tuiles creuses, ont 120 pieds de longueur sur 15 pieds de largeur.
Le logis du grand Prieuré*, composé de diverses chambres hautes et basses, et de diverses galeries couvertes de tuiles creuses et percées d'un grand nombre de fenêtres, a 618 pieds de longueur sur 49 de large.
L'écurie du grand Prieuré, en forme d'appentis^ couverte de tuiles creuses, est longue de 90 pieds sur 17.
Le logis de la Sacristainerie, composé de chambres, cabinets, grenier et grange, couvert de tuiles creuses, et aussi le logis de l'Archidiaconat, com^posé de diverses chambres, couvert de tuiles creuses, attenant à la Sacris. tainerie, ont 154 pieds de long sur 30 de large.
La galerie, qui va du grand Prieuré cà l'église, cou-
* Le grand Prieuré nous priraît être la même chose que le Palais abbatial.
verte de tuiles creuses^ lambrissée, soutenue d'un côté par la muraille^ et de Tautre par des piliers de bois posés sur uii mur, a 120 pieds de longueur et 16 pieds de largeur.
La galerie, qui va de la grande église à celle de Notre-Dame de Tinfirmerie, couverte de tuiles creuses et lambrissée, a 140 pieds sur 15.
L'ermitage du cimetière, composé de trois chapelles voûtées, couvertes de tuiles creuses posées sur la voûte, a de long et de large 25 pieds.
Le cloitre joignant l'église Notre-Dame, lambrissé, et couvert de tuiles creuses, en forme d'appentis^ a de long^ avec la chapelle Saint-Francois au bout, 90 pieds sur 15 de large.
L'église de Notre-Dame de Tinfirmerie, voûtée, ayant deux chapelles aux chefs des collatéraux, toute couverte de tuiles creuses posées sur la voûte, et les clochers d'icelle^ couverts de tuiles plates, a 120 pieds de long sur 40 pieds de large.
Les cloîtres de ladite église^ du côté de Tinfirmerie^ les autres cloîtres^ tenant à ladite infirmerie^ avec le lavatoire, couverts en tuiles creuses, sans lambris^ ont 150 pieds de longueur sur 14 pieds de large.
La tour du Trésor, couverte de tuiles plates, a en carré 35 pieds.
Le logis de l'abbé Ode, faisant un demi carré, avec chambres et salles, tout couvert de tuiles creuses^ a, d'un côté;, 75 pieds de longueur, et, de l'autre^ 65 sur 30 de largeur.
La tour de Saint-Quentin^ divisée en plusieurs étages, couverte de tuiles plates, laquelle a 30 pieds en carré.
Les galeries des petits Palais, doubles, hautes et
basses, carrelées et lambrissées, faisant trois cotés d'un carré, ont 110 pieds de longueur sur 14 de largeur.
Le logis et les chapelles du petit Palais, composé de chambres hautes et basses, chapelles dessus et dessous, a 40 pieds de long et 45 pieds de large.
La galerie des grands Palais, à double étage, faisant deux côtés et demi d'un carré de la seconde cour, carrelée^ lambrissée, couverte en partie de tuiles creuses et en partie de tuiles plates, a 400 pieds de longueur sur 15 pieds de large.
Les chambres joignant lesdites galeries du coté du midi^ carrelées et couvertes de tuiles creuses, ont 100 pieds de long et 30 de large .
La grande salle des petits Palais, couverte de tuiles creuses, carrelée et lambrissée, a 160 pieds de long sur 40 de large.
Les autres chambres joignant ladite salle^ couvertes de tuiles creuses, ont une longueur de 50 pieds et une largeur de 22.
La lavanderie, consistant en deux grands bassins^ faits de pierres de taille liées avec du ciment pour arrêter les eaux, et couverts d'un toit à tuiles creuses, en forme d'appentis, a 105 pieds de long sur 23 de large,
La tour des Fromages a environ 25 pieds en carré, et une petite chambre joignant icelle a 30 pieds de long sur 22 de large.
Un logis, en forme d'appentis, contre la petite nef de la cour du Palais, divisé en diverses petites chambres basses, couvert de tuiles creuses, a 90 pieds de longueur et une largeur de 17 pieds.
Une petite galerie, contre Téglise, derrière le logis du Sacristain, et la chapelle de Saint-Philibert au bout,
voûtée, couverœ de tuiles creuses a de long, avec ladite chapelle, environ 90 pieds sur 10 de large.
Les bâtiments ci-dessus ont été mesurés par M. Philibert le Long, charpentier à Cluny, en présence du soussigné, et les mesures rapportées se sont trouvées véritables.
Signé : Frère Joseph de Chastrelet, Soiis-cellerier .
Les bâtiments seuls, dont se composait l'Abbaye au XVIP siècle, couvraient donc plus de neuf hectares. Ils étaient entassés les uns auprès des autres et plantés sans doute avec l'irrégularité des constructions du moyen âge. Les abbés les plus riches avaient fait élever de nouveaux logis ou réparer les anciens, sans suivre un plan unique, et l'Abbaye présentait des monuments de tous les styles depuis le X" siècle. Quelques débris^ de cette ancienne Abbaye^ conservés aujourd'hui au musée de la ville ou à la chapelle Bourbon, peuvent donner une idée de cette variété^ comme aussi de la valeur artistique de ces constructions disparues.
Il serait bien difficile de déterminer exactement toutes les transformations que le monastère avait subies dans le cours de sept ou huit siècles. La Bihliotheca chiniacencis ne donne que de courtes indications et les moines semblent avoir pris à tâche^ en reconstruisant leur demeure^ de dérouter toutes les recherches. Nous hasarderons quelques conjectures.
Saint Odilon, le 5^ abbé (994-1049), avait, parait-il, renouvelé entièrement les bâtiments réguliers, ne laissant
* On a trouvé un certain nombre de colonneltes^ en pratiquant des ouvertures dans les murs des bâtiments nouveaux. Dans la reconsn-uction de l'Abbaye, on s'était servi indistinctement de tous les vieu^ înatériaux,
subsister que l'église de Saint-Pierre-le-Vieil. Il avait remplacé le cloître de bois par un cloître de marbre, et se vantait lui-même, à Timitation de l'empereur Auguste, dit son biographe^ d'avoir trouvé une abbaye de bois et de laisser une abbaye de marbre. Il ne semble pas cependant que le cloître de saint Odilon ait duré longtemps, puisque, d'après l'inscription de la sacristie, Ponce^ le 7" abbé (1109-1122)^ le successeur de saint Hugues, aurait bâti ce grand cloître dont le dénombrement de 1622 donne les dimensions. D'après le plan de Mabillon, ce cloître était à la même place que le cloître moderne. Les arceaux que l'on voit encore, dans le mur qui borne à l'est le cloître du XVIIP siècle^ en faisaient probablement partie,
Le cloître du cimetière, qui s'étendait à Test sur une partie de l'emplacement compris entre les deux ailes des bâtiments nouveaux, avait été construit par Otgérius, l)rieur claustral, sous l'abbé Guillaume P"" (1177-1179).
Saint-Hugues avait bâti le Réfectoire^ qui se trouvait sans doute au midi du grand cloître, a II contenait six c( rangs de tables sans compter trois autres tables transie versales^ destinées aux fonctionnaires de la commute nauté. Il était orné de peintures qui retraçaient les (( histoires mémorables de l'Ancien et du Nouveau a Testament;, et les portraits des principaux fondateurs e( et bienfaiteurs de l'Abbaye. On y voyait surtout un c( immense tableau représentant le Christ et le jugement a dernier^ ».
Le dortoir et le chapitre au dessous devaient s'étendre du nord au midi, entre le grand cloître et le cloître du cimetière ; l'église de Saint-Pierre-le-Vieil s'élevait entre ce bâtiment et l'église de saint Hugues.
* V , Lorain, j». 70,
Le jardin ou le grand Hort^ n'avait à cette époque que les proportions de notre jardin potager. Tout le reste, toute cette partie qui est aujourd'hui plus haute, était occupée par des constructions dont les débris ont précisément servi à faire le remblai*. C'étaient, sur l'emplacement de l'allée de Provence, l'infirmerie, le lavatoire, qui contenait la pierre sur laquelle on lavait les morts ; sur l'emplacement des deux allées de tilleuls plantées en face des deux ailes modernes, et entre ces deux allées^ Notre-Dame de l'infirmerie, le noviciat, les lieux communs, peut-être, le Doyenné et l'Archidiaconat^ et enfin, à côté de la tour du Moulin, les grands greniers, le farinier, etc.^ qui subsistent encore en partie.
Ce bâtiment^ élevé par Yves I", abbé de 1257 à 1275, avait 54 mètres de longueur. La construction de l'aile méridionale^ vers 1750, a forcé à le démolir en partie; il n'a plus que 36 mètres ; on a supprimé trois travées. De plus les terrassements, dont nous avons parlé, l'ont enfoui jusqu'il la naissance de sa double voûte ogivale. Les piliers qui partageaient le rez-de-chaussée en deux nefs sont cachés maintenant dans la maçonnerie, qui soutient la voûte des caves bâties au dessous du sol nouveau.
L'article qui se rapporte à ce bâtiment, dans le dénombrement de 1622, permet de croire que ces deux nefs étaient déjà divisées en deux étages. Un simple plancher d'ais, à la hauteur des chapiteaux, soutenu par des piliers de bois, séparait alors le farinier au dessus^ le cellier au dessous. Une partie du nouveau rez-de-chaussée, depuis 1750, avait été convertie en boulangerie, après la démolition de l'ancien logis des
* LespieiTes des mursde soutènement^ tout autour du jardin potager, proviennent évidemment des ces démolitions; quelques-unes sont sculptées»
fours. Il contient aujourd'hui des ateliers de mécanique pour l'Ecole et le Collège.
Le premier étage du même bâtiment forme une immense salle, éclairée par des ouvertures carrées. Sur le meneau de ces fenêtres ont voit encore une saillie autrefois percée d'un trou, pour passer la barre de bois ou de fer qui tenait les volets fermés. Il y a, comme dans la tour Ronde et la tour du Moulin, des bancs de pierre dans les embrasures. Cette salle est couverte d'une superbe charpente en berceau* qui s'élève à une grande hauteur, et qui n'était d'abord maintenue que par des entrais ou tirans^ placés de distance en distance. Mais il fallut plus tard, problablemeiit lorsque la démolition d'une partie de l'édifice eut ébranlé la toiture, consolider cette charpente par d'énormes piliers de bois. La reconstruction de la façade les a fait disparaître.
Au fond de cette salle, dans l'angle méridional, se trouve un conduit en pierre, par lequel les moines jetaient directement le grain dans la tour du Moulin.
Les autres bâtiments, indiqués dans le dénombrement de 1622, s'élevaient autour du grand cloître et surtout à l'ouest, autour de la place actuelle de la Grenette. Les palais dont il est question composaient problablement les bâtiments que Ton appelle le palais du pape Gélase.
Ces bâtiments, qui ont été en grande partie démolis, et relevés dans le même style, en 1873^ bornaient à l'ouest les reconstructions achevées déjà par les Bénédictins. Ils allaient disparaître à leur tour, lorsque la Révolution vint arrêter les travaux. Ils se composaient de plusieurs parties d'époques différentes. La démolition de la façade occidentale a mis à découvert un mur d'une grande
* Cet élage sert maiiileiiant de salle de gymnastique; un escalier en perron adossé à la façade nouvellement restaurée y conduit.
épaisseur encore percé d^arceaiix romans dans le goût du XP siècle ; c'était sans doute la façade primitive de l'ancien bâtiment, qui avait servi de résidence au pape Gélase II, lorsque, chassé de Rome par la faction des Frangipani^ il vint mourir à Clunj en 1119; de là, le nom donné à cette partie de l'Abbaye. Ce mur va du midi au nord jusqu'à la galerie septentrionale du cloître. Au XIIP siècle, on avait construit, en avant de ce mur, un petit cloître voûté* dont les piliers faisaient saillie au dehors, et se terminaient, au-dessus des voûtes, par des pinacles sculptés. Un peu plus tard, Bertrand de Colombiers (1295-1308) éleva une façade nouvelle sur les arceaux gothiques de ce cloître et il la prolongea au nord jusqu'au mur de l'église**. Cette façade se composa ainsi de deux parties distinctes, au midi et au nord. La première présentait au rez-de-chaussée l'arcature ogivale du cloître, l'autre, des ouvertures irrégulières. A la hauteur du second étage, une arcature de dix-neuf fenêtres gothiques^, formées chacune de deux arcs trilobés inscrits dans une arcade ogivale, séparés par une colonnette sculptée et surmontés d'une rose, régnait dans toute la longueur du bâtiment ; mais au midi, des
* On a retrouvé, dans la démolition, contre le mur du XI« siècle, deux sculptures d'un beau travail, qui supportaient deux arceaux de ce cloître du XIII^ siècle. L'une représente un buste de moine, la tête couverte d'un capuchon, l'autre un serf qui semble plier sous le poids ; l'effort est très bien exprimé dans cette dernière figure. Ces débris étaient noyés dans la maçonnerie, depuis que l'on avait remplacé, au XVIIe siècle, les voûtes du cloître par des voûtes nouvelles. — Les arcades elles-mêmes de ce petit cloître ont été murées vers le XVe siècle.
** V. Bibl. Clun., col. 1669. Ici surtout nous n'a''-nn<; qu'un texte fort bref, pour appuyer les conjectures fjue nous a suggérées l'étude de cette partie de l'Abbaye.
colonnettes engagées reliaient Farcature du rez-dechaussée et celle du second étage ; il n'y en avait pas au nord, et le mur, de ce côté, avait le même relief jusqu'au bandeau qui servait d'appui aux fenêtres gothiques*.
L'intervalle compris entre les deux étages était plein. Une seule fenêtre, encadrée de moulures, y fut ouverte au midi^ vers le XV^ siècle ; d'autres avaient été pratiquées beaucoup plus récemment, à la même hauteur.
Entre ces deux parties de la même façade, on avait élevé,, au XVIP siècle, une porte monumentale, ornée de colonnes^ de pilastres, de vases, etc . , dont la pompe contrastait singulièrement avec l'élégance et la légèreté des arcatures ogivales. Cette porte, que l'on peut attribuer à Richelieu, n'a pas été rétablie au même endroit; elle décorera quelque jour peut-être un autre passage mieux choisi pour elle.
Des bâtiments de 1622, il reste encore celui qui servait jadis de prison, près de l'entrée principale de l'Abbaye, et celui que l'on a appelé les écuries de saint Hugues. Il contenait problablement l'écurie et le logis (les hôtes. On y avait installé, de 1806 à 1817, les étalons du Dépôt de Cluny; depuis, le rez-de-chaussée a été transformé en grenette, et Tétage supérieur en salle de spectacle. Des restaurations successives lui ont enlevé tout caractère ; seule, la façade méridionale avec ses sept fenêtres, sur deux rangs que sépare une corniche à consoles, avec l'énorme lion de pierre sculpté sous le pignon, est restée ce qu'elle était. Les baies demi-circulaires du rezde-chaussée, à l'est, ont remplacé des ouvertures romanes réunies deux à deux dans de grands arceaux plein cintre
* Ces fenêtres étaient pointes, les colonnettes en rouge^ leurs chapiteaux el les arcades en noir. Cette galerie a été rétablie fout entière.
j|ui fermâiéiit iiïîé ârcatiîré eoutiniié à Fouést ét au midi de la place. Ce bâtiment se rattachait en effet à celui qui rénferme aujourd'hui Técole primaire, et il était reliée de l'autre côté, à l'extrémité du palais Gélase par un grand corps de logis^ qui avait la niême architecture et qui conténait, au dernier siècle, le collège de l'Abbaje*.
Les moines se proposaient de rebâtir toute cette placé et de substituer à ces vieilles constructions un hôtel pour les étrangers. On voit au musée tous les plans de ce projet. S'il avait pu être exécuté, il y aurait eu plus d'harmonie dans l'ensemble de l'Abbaye, mais nous aurions perdu cette charmante galerie gothique, dont la valeur artistique est jugée bien supérieure aujourd'hui à celle du genre Louis XV. Si l'on a été forcé de démolir la façade du palais, du moins l'a-t-on rétablie à peu près dans sa forme première; ce n'est plus une destruction, c'est une restauration.
Dans ces immenses bâtiments, l'Abbaye, au temps de sa plus grande prospérité, avait réuni quatre cents moines. En 1245, « dans l'intérieur du monastère, dit la « chronique, reçurent l'hospitalité le seigneur pape (( (innocent IV) avec ses chapelains et toute sa cour ; « l'évêque de Senlis avec sa maison ; l'évêque d'Evreux « avec sa maison ; le seigneur roi de France (saint Louis) c( avec sa mère, son frère, sa sœur et toute leur suite ; (( le seigneur empereur de Constantinople avec toute sa (( cour ; le fils du roi d'Aragon avec tous ses gens ; le
• L'Abbaye de Gluny avait trois autres collèges : celui de Dôle, celui d'Avignon et celui de Paris, foudé en 1296 par Yves 11, près de la Sorbonne et réservé aux religieux de l'Ordre. 11 falla I dès cette époque aller chercher au dehors, à Paris surtout, une instruction que les monastères ne pouvaient fournir eux-mêmes.
« fils du roi de Castille avec tous ses gens ; et beaucoup c( d'autres chevaliers, clercs et religieux que nous passons (( sous silence. Et cependant malgré ses innombrables c( hôtes, jamais les moines ne se dérangèrent de leur « dortoir^, de leur réfectoire, de leur chapitre, de leur (( infirmerie, de leur cuisine, de leur cellier^ ni d'aucun « des lieux réputés conventuels. L'évêque de Langres (( fut aussi logé dans l'enceinte du couvenf*" ». Clunj comptait encore près de trois cents moines. Le dénombrement de 1622 permet de comprendre comment l'Abbaye pouvait si magnifiquement ofi"rir l'hospitalité. Mais il fait comprendre aussi que les religieux, réduits à une centaine sous Richelieu, à la moitié de ce nombre au XVIIP siècle**, se trouvèrent comme perdus au milieu de toutes ces constructions. Déjà, en 1622, le noviciat est changé en bûcher, et l'église Saint-Pierrele-Vieil presque ruinée. De là, la grande entreprise de dom Dathoze, qui fut en somme un aveu de la décadence de Pordre.
Les bâtiments nouveaux^ ceux du moins qui ont été sauvés, se composent d'un cloître et d'un vaste corps de logis principal, terminé par deux ailes assez étendues***. L'ensemble de ces constructions ne manque pas de grandeur; on peut admirer la largeur des galeries, voûtées au premier étage comme au rez-de-chaussée, la beauté des escaliers, le travail des rampes et des balcons, œuvres de Jean Julien, plus connu sous le nom de frère
* Cilé par Lorain, p. 155, l>ibl. Clun., col. 16G6.
** Ouaiid les Bénédictins se dispersèrent, en 1791, il n'y avait plus que quarante moines à Cluny,
"* Le cloîJre n'est pas parfaitement carré ; il a M m. 60 à l'est et à l'ouest, en œuvre, 42 m. 00 au nord et au midi; la grande façade sur le jardin a 86 mètres de longueur et les ailes ont 42 mètres chacune.
Placide*, les proportions du cloître^ etc. Mais on chercherait vainement, dans cette Abbaye du XVII? siècle^ ces œuvres d^art qui remplissaient l'ancien monastère.
L'esprit des premiers âges avait disparu et cette foi, qui se marquait en quelque sorte sur chaque pierre, qui leur imprimait par la variété des sculptures un caractère propre et comme une personnalité, s'était éteinte sans retour. Ajoutez que les souvenirs historiques manquent entièrement à cette création de la dernière heure, que les moines ont fait disparaître sans scrupule tous les vestiges du passée et donné ainsi l'exemple de ce vandalisme qui devait détruire quelques années plus tard le seul monument qu'ils eussent respecté et une grande partie des constructions nouvelles.
Au midi du cloître^, en effet, la chapelle dédiée à la Vierge et à saint Pierre, en mémoire peut-être de Saint- Pierre-le-Vieil. et le grand réfectoire parallèle à cette chapelle, moins grand et moins beau assurément que le réfectoire de saint Hugues^ ont été démolis après avoir duré moins de cinquante ans, et remplacés par les maisons qui bordent à l'est la rue Municipale.
Les bâtiments qui subsistent encore ont été appropriés, depuis 1866, pour recevoir l'Ecole et le Collège d'enseignement spécial. Les changements principaux, au rezde-chaussée, ont consisté surtout à supprimer un certain nombre de murs de refend, à en élever d'autres et à
* Le nom du frère Placide est resté populaire à Cluny. C'était un excellent ouvrier et il recevait des commandes même du dehors ; mais il n'était pas toujours pressé de les exécuter : « Le frère Placide, c'est un vilain. Je n'en suis pas étonné : il ne tiendrait pas de la race monastique. Je lui ai dit cent fois de faire vos clefs. Le drôle n'a jamais eu îe temps ; il a bien eu celui de boire votre vin. Je vais lui faire voir votre lettre à cet article et lui demander absolument vos clefs p. Lettre de Prud'hon au baron de Joursanvault, 1780.
ouvrir des jours sur les galeries qui régnent^, dans le grand corps de logis, devant les salles où se font les cours et les classes. Ces galeries étaient autrefois des caves sans autres ouvertures que des portes. Du reste, l'aile droite, au midi, avait été déjà modifiée pour contenir le collège municipal de Clunj, qui fut un moment si florissant; c'est alors, sans doute, que la porte d'une de ces caves a été transportée à l'extrémité orientale du cloître, à l'entrée de la galerie qui lui faisait suite et qui donnait accès à la chapelle de la Vierge et au réfectoire des moines. Cette galerie ainsi fermée sert aujourd'hui de réfectoire; on y voit encore les trois portes de l'ancienne chapelle de la Vierge, et, nu fond, la porte de l'ancien réfectoire des Bénédictins.
Nous ne pouvons d'ailleurs entrer ici dans le détail de tous les travaux qu'il a fallu faire, surtout à l'ouest du cloitre, potir mettre ce grand établissement d'instruction publique eu l'état où nous le voyons aujourd'hui.
Le plan, que nous avons j(jint à ce livre, est celui de l'Abbaye, telle qu'elle était en 1789. Mais les chiffres de concordance que nous avons mis pour désigner l'ancienne destination des bâtiments et leur destination nouvelle, permettront au lecteur de se rendre un compte exact des transformations qu'il a fallu faire. Il nous paraît donc inutile d'insister ici sur ces changements.
Le premier restaurateur de l'Abbaye fut enseveli dans la chapelle de la Congrégation (aujourd'hui l'amphithéâtre de chimie) qu'il avait fait bâtir sur l'emplacement, selon toute apparence, de l'ancienne chapelle des abbés. Par une singulière fatalité, la pierre qui recouvrait le tombeau de dom Dathoze, après avoir servi de dalle de balcon, a été rapportée à l'Abbaye. On l'a déposé^
dans la chapelle Bourbon. L'inscription mutilée doit être ainsi rétablie :
HIC-JACET D . M ARCUS ■ ANT . D AT HOZ E IIU.TUSCE.ABBATI^-CLUNIACENSI^ PRIOR.CLAUSTRALIS CUJUS-^DIFICIA DE -NOVO-CONSTRUXIT DISCIPLIN^-REGULARIS ZELATOR-FUIT-STRENIJUS OBIIT-CALENDISAPRTLLS ANNO.DOMINI-MDCCLXV
REQ UIESC AT • IN • FACE
ENSEIGNE EN FER FORGÉ (XVIIie siècle)
(Musée)