‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 11 sur 18 · D PA ER E RARE SAT · texte numérisé non relu

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Donc, le cortège qui est autorisé, par conséquent légal, se met en route. Il est, au dire de tous les témoins, composé de 140 ou 150 personnes, dont une soixantaine d'hommes seulement, j'entends d’hommes solides et vigoureux. Pour le surplus, ce sont des vieillards, des femmes et des enfants. En cas d'émeute, pour contenir ces manifestants, il y a, à Cluses, 140 hommes de troupes, les uns dans l’usine même, les autres groupés autour de l’usine dans un rayon de cent mètres au plus. Exactement, au moment du drame, il y a à la mairie, en face dé la maison Grettiez, 50 hommes ; 40 autres font l’exercice sur la route de SCIionzier ; enfin un peloton de 25 soldats est installé dans l’intérieur de l’usine. Les Crettiez ont prétendu qu’ils ignoraient la présence de ces soldats dans leur maison. Est-ce vraisemblable P C'est le matin même du 18 que le es Lapierre, commandant d’armes, a demandé à Michel Crettiez s’il pouvait loger 25 hommes et celui-ci a répondu : « Vous pouvez les envoyer tout de suite si vous voulez ». Or, ces soldats ont été installés en plein Jour, et pour arriver à l'usine il leur a tallu traverser la place sous les fenêtres des Crettiez. Ceux-ci ne les ont n: vus, ni entendus. Ils l’affirment, du moins, mais ce n’est pas croyable

Quoi qu’il en soit, ces 140 hommes de troupes qui auront, si besoin est, à faire face, en plein jour, à 150 manifestants, dont 6o vieillards, femmes et enfants dépourvus d’ armes, Sont tous à portée de geste ou d'appel. S'il y a alerte, eñ trois ou quatre minutes au plus ils peuvent être à l’usine.

Pourra-t-0n raisonnablement soutenir que, dans ces conditions, les Crettiez n'étaient pas assez protégés P Y avait-il pour eux la moindre raison de s’affoler, de se croiré menacés dans leurs personnes ou dans leurs biens P

Voyons, s'ils avaient été sous l'empire de la terreur, Michel et Marcel seraient-ils allés, ce jour même, à 2 heures de l’après- Midi, S’attabler dans un café de la place, sous les yeux des grévistes qui en voulaient à leur vie? S'il avait pu croire au moindre danger, Henri Crettiez aurait-il gardé auprés de fui, dans l’usine, les deux êtres qu’il chérit le plus au monde : son enfant et Sa femme, cette pauvre jeune femme, dont le sort est si digne de pitié, et qu’on aurait bien dû tenir à l’écart de ces tristes débats ?

On a allégué que Michel Crettiez avait reçu dans la Journée, de

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