‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 12 sur 18 · MT: ER · texte numérisé non relu

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Son ami le boucher Bau, une lettre qui l'avait profondément troublé. Vous avez entendu l’auteur de cette lettre. Je n’ai pas voulu insister sur sa déposition. Le pauvre diable m’a fait pitié: 1l avait l'air si mal à l’aise! Je me serais fait scrupule d'augmenter Son trouble. Pourtant elle est Singulière, sa lettre. étranges aussi les conditions dans lesquelles il l’a écrite. Elle reproduit les propos d'un client que le boucher n’a pu nommer parce que, a-t-il dit, il ne l'a pas reconnu. Dans une petite villé comme Cluses, un boucher qui ne connaît pas ses clients, avouez que c'est chose assez étonnante.

Mais s’il a vraiment entendu un Propos inquiétant, pourquoi le boucher Bau, au lieu de recourir à la correspondance, n'est-il pas allé lui-même trouver son ami Michel Crettiez pour le mettre en garde ? [ls habitent à deux pas l’un de l’autre. Pourquoi une lettre ?

Enfin, cette lettre, si elle avait réellement produit sur Michel le grand eflet que l’ôn a prétendu: si elle lui avait suggéré des inquiétudes, pourquoi n’en a-t-il parlé à personne P Rien ne lui était plus facile que de s’en ouvrir au Capitaine Lapierre, au Commissaire de police ou au maire. Michel Crettiez n’en souffle mot. Est-ce l'attitude d’un homme troublé et qui redoute le danger ?

La vérité, c'estque, même s’il a reçu la lettre Bau dans les condiions qu'on a dites, il n'y a attaché aucune importance: sa quiétude n’en a pas été altérée.

Non, messieurs les Jurés, ce n’est pas cela encore qui pourra expliquer l’acte des Crettiez, justifier les coups de fusil, innocenter le meurtre.

Est-ce donc que l’attitude des grévistes, en Cette journée du 18 Juillet était devenue particulièrement menaçante ? En quoi menaÇante ? Pas par la composition du cortège : je vous ai dit ce qu'elle était.

Par les cris que proféraient les manifestants ? par les refrains Qu'ils chantaient ? Mais ces cris, ces Chansons, on les avait entendus déjà dans toutes les manifestations précédentes. Mes confrères ont attaché à ces incidents une grosse importance.

Ayec un art consommé, ils ont fait ressortir ce qu'il y a de menaçant, de sanguinaire, dans les couplets de l’/nternationale, le refrain de la Carmagnole. Malgré tout, ce ne sont que des

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