‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 13 sur 18 · LAS · texte numérisé non relu

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méme. Eh!oui, la Marseillaise n’est pas précisément un

cHänt de douceur et de paix. Le sang y coule à plein refrain; il

est vrai qu’il est impur. Les tyrans, non plus, n’y sont pas mé-

nagés. Cela n'empêche pas les souv erains qui nous visitent, sans en excepter le tzar, de se découvrir avec respect quand on la chante ou qu'on la joue en leur présence.

Les Crettiez n’étaint pas hommes à s’effaroucher d’une chan son, fût-elle l’Internationale ou la Carmagnole.

Serait-ce la vue du cortège qui subitement leur aurait fait perdre tout sang-froid ? Allons donc! Ils y étaient habitués aux cortèges et s’en effrayaient si peu que, du haut de leurs fenêtres, ils faisaient des grimaces aux manifestants. Des témoins vous ont dit qu’ils leur tiraient la langue.

Oui, mais, nous a-t-on fait observer, ce jour-là le danger était réel, car Scionzier, le: terrible Scionzier, devait descendre en masse sur Cluses. Mais est-il descendu ? Vous savez bien que non. Le commissaire de police, M. Maury, nous a expliqué que, par un coup de téléphone du maire de Scionzier, il avait appris que les ouvriers de ce pays ne viendraient pas à Cluses, que tous étaient occupés, soit dans les ateliers, soit aux champs. En vain a-t-on essayé d’affaiblir la portée de ce témoignage en le mettant en contradiction avec celui du maire de Scionzier. La déclaration du sous-préfet de Bonneville, en corroborant les dires de M. Maury, a réduit cette tentative à néant.

On a essayé d’établir ue »s grévistes avaient des armes : fusils, fourches, barres de fer. L'arrêt étrange, — pour ne pas le qualifier plus sévèrement, — qu’a rendu la Chambre des mises en acCusation fait grand état de ces armes dangereuses que portaient les ouvriers. Evidemment les magistrats qui ont collaboré à ce monument juridique ont pris leurs désirs pour la réalité. Quant à moi, j'ai vainement cherché dans la procédure la moindre preuve de cette allégation. Vous-mêmes, Messieurs les Jurés, qui avez entendu les témoins, vous êtes renseignés sur ce point.

Quelques-uns nous ont bien dit avoir vu des fourches entre les mains des ouvriers, mais ont ajouté que ces instruments avaient été déposés dans la remise d’un café avant la formation du

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