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cortège. Ceci démontre au contraire que les manifestants étaient loin d’avoir des intentions mauvaises.
Il y avait des bâtons. C’est vrai, mais quels bâtons? C’étaient des morceaux de planches de sapin : « Si l’on s’en était servi pour frapper, a dit un témoin, ils se seraient brisés comme verre, car ils n'avaient pas été sciés selon le fil du bois ».
Du reste, nous savons maintenant que les grévistes qui portaient ces bâtons et se tenaient en serre-file, avaient pour unique mission de maintenir la discipline dans le cortège.
Vous lé constatez, messieurs les Jurés, même ce jour-là, 18 juillet, pendant le cortège, au moment même du drame, l’attitude des grévistes est pacifique.
Bien différentes sont les dispositions d’esprit des Crettiez. Leur orgueil est à bout de patience. La réprobation dont ils se sentent enveloppés les exaspère contre les grévistes. Leur idée fixe est de se venger en mettant fin, par un coup d'éclat, à cette situation humiliante qui les emplit de haine. Le père Crettiez, surtout, ne se contient plus.
Ces cortèges quotidiens, ces cris, ces chants dirigés contre sa personne, Contre son usine, s'ils n’étaient pas de nature à lui inspirer de l’effroi, avaient du moins pour effet de porter sa rancune à son paroxysme. Îl lui parait inacceptable, contraire à tout droit, à toute justice, que des ouvriers, des gueux, puissent tenir tête au puissant et riche patron qu'il est et le narguer jusque sous ses fenêtres. Peu à peu, germe et se développe en lui, pour se communiquer ensüite à son entourage, la conviction qu'il a le droit, peut-être même le devoir de faire cesser tout cela par un
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coup de force. |
C’est alors qu'ilsonsé æs'armers à armer les siéens. Des le ro il écrit à un fabricant de Saint-Etienne de lui envoyer des fusils. Pas de luxe, du solide, de bons fusils faciles à manier, pouvant tirer le plus de coups possible dans un laps de temps restreint. Quelques jours après, la commande est livrée : il y. a des fusils, des revolvers, des munitions en abondance. Claude Crettiez en fait la distribution à son entourage. À son contremaître, il remet un revolver en lui disant : « Vous savez, ne vous laissez pas «'embêter » par les grévistes ». Le contremaitre a compris; il a deviné ce qui, fatalement, doit arriver bientôt. Aussi le 18 juillet, quand 1l voit passer le cortège des ouvriers, il ricane et murmure
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entre ses dents : « C’est bon, ils chantent maintenant, ils chanteront moins bien tout à l’heure ».
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À | essayé de mettre en doute la bonne foi et le désintéressement . dans toute cette affaire.
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Faut-1l rappeler aussi les paroles de M. Drompt, le maire, à k Mme Rassiaz: « Vous ferez bien de veiller sur votre fils, ma | bonne femme, et de l’empêcher d’aller avec les grévistes. Les Crettiez sont armés, ils tireront comme à la chasse. Quant à moi, si les ouvriers viennent rôder autour de ma maison. Ça ne me fera pas plus de les abattre que d’écorcher une grenouille ».
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Drompt est un ami intime de Claude Crettiez, ne l’oublions pas. Il a joué pendant la grève un rôle assez louche, tantôt exhortant le patron à la conciliation et tantôt le poussant à la résistance. C’est lui qu’un témoin a entendu dire au père Crettiez : &2Ne De cédez pas; tenez bon; la municipalité est avec vous ».
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À l'usine, depuis qu’on a reçu des armes, l’animosité contre les le grévistes va croissante; elle s’affirme même par de x provocations.
L’heure est psychologique ; les esprits sont au meurtre ; il semble qu’on ait hâte d’utiliser l'envoi de Saint-Etienne. Dans cette maison, où il y a des soldats pour la protéger, les fils Crettiez ont toujours les armes à la main. Le jour, la nuit, ils montentlac garde, l’œil collé aux vitres, impatients d'agir. Is arrivés à un degré d’énérvement tel qu’un soir, quelques pierres ayant été jetées contre la maison de leur père, ils se préc ipitent dans la rue, en quête des agresseurs pour leur faire un mauvais parti. [Is rencontrent un brave homme, inoffensif, qui rentrait tranquillement chez lui. Sans plus d’explications, ils lui mettent une épée et un revolver Sur la gorge, en lui criant au visage : « C’est toi qui as lancé les pierres P » Si le pauvre diable avait hésité dans sa réponse, que lui Serait-il arrivé ? Les fils Crettiez auraient-ils fait usage de leurs armes ? Non? Alors pourquoi les avaient-ils à la main ? Qu’estce qui les obligeait à courir ainsi la nuit, tout armés, à travers les
rues de la ville ? Pouvaient-ils sincèrement se croire en état de légitime défense ?
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Messieurs lés Jurés, j’arrive au drame. Je vous ai montré le
É cortège des grévistes se formant à la sortie de la réunion chez Ÿ Michaud, et se mettant en marche aux chants de la Carmagnole et de l/nternationale. Où va-t-il? [Il prend la rue qui longe Ia place de la Mairie, puis, arrivé à la route de Scionzier, au lieu de la suivre comme d’habitude, il tourne brusquement et s'engage entre la Grenette et l’usine, Que se passe-t-il alors? Avant les coups de fusil qui vont joncher la place de victimes, y at-il réellement de la part des grévistes, cris de mort, jets de pierres et, comme l'ont prétendu les accusés, assaut contre l’usine ?
Sur tous ces points, il faut faire la lumière. D’abord, pourquoi, | au lieu de prendre, selon leur coutume, la route de Scionzier, les 20 manifestants ont-ils cru devoir modifier leur parcours ? Pourquoi?
| C’est bien simple. Parce que le cortège du matin étant déjà allé vers
Scionzier, il devenait tout naturel de changer d'itinéraire l’après- 1 midi. Ce n’était pas la première fois, du reste, que pareil fait se +. . - produisait et il importait assez peu que le cortège prit l’une ou + l’autre rue puisque l'usine a façaue et entrée sur les deux. Il ne he faut donc pas voir là l’indice d’une disposition d’esprit particuliérement menaçante chez les ouvriers.
Quant à l’ordre dans lequel les événements se sont déroulés, la défense des Crettiez a surtout recouru, pour faire admettre sa thèse, aux dépositions des gendarmes. Soit, parlons des gendarmes, Oh ! je n’en veux pas dire de mal.
Je ne mettrai pas leur bonne foi en suspicion. Ils ont déposé en toute sincérité, selon leur conscience, c’est entendu. Mais ce sont des £endarm i voient et apprécient Q Ses sous ee. angle spécial. Ils ont leur psychologie dont il est he ne pas faire état, si lon tient à discerner, dans leur PRE
j le vrai de l’érreur. Comment un gendarme, en SDS de grève,
io pourrait-il se défendre de quelque humeur contre les ouvriers :
C’est à cause d'eux, par leur faute, que ce brave militaire à été arraché à sa famille, à son foyer, à ses petites habitudes et qu'il 1: sé voit, pendant d’interminables périodes, imposer des corvées f pénibles en même temps qu'une vie peu agréable de casernement tn improvisé dans des locaux incommodes, souvent malsains. De la
patron, au contraire, il est bien accueilli et souvent régalé d’un
Eu TC 2 ARR SR PE, bon verre de vin. Dans ces ces conditions, comment un gendarme pourrait € étre Tout à à fait impartiat dans le jugement qu'il Séra
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