‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 5 sur 18 · DESIRE EE LEE TE EC · texte numérisé non relu

DESIRE EE LEE TE EC

Messieurs les Jurés,

Re 2 On vous a dit: cette affaire est banale. Non elle ne l’est pas. Elle ne ressemble en rien à celles qui sont habituellement sou- | mises au jury et qui s’éteignent avec la solution. C'est par la : répercussion que votre verdict ne peut manquer d’avoir dans

| + ie l’opinion, par l'influence qu'il aura sur les événements ultérieurs, +. - que votre situation devient particulièrement délicate et que votre é ke responsabilité 1e redoutable. C’est surtout pour l’avenir que à 2e. vous avez à juger

en Banale, non elle ne l’est pas, cette affaire. Elle a bien

: perdu un peu de son caractère par l’absence de celui qui en est

ni à pour ainsi dire le personnage symbolique, par l’absence de Claude à Crettiez, père. | 4% se Ah ! Celui-là, S'il avait été conduit devant vous, n’aurait pas eu É 4 He j'en suis certain, l'attitude effacée et médiocre de ses Gi: "ba : 4 “ cause eût, avec lui, pris toute son ampleur. C’est avec crânerie :

qu'il eût défendu ses actes. Il aurait dit: « Voilà, en tant que patron, comment je comprends mon droit, et voilà comment Je

l'interprète. S'il me faut, pour le défendre, recourir au fusil, j’'emploie le fusil ! Et j'invite tous les patrons en pareil cas à faire comme moi ».

Telle eût été, sans doute, l'attitude du père Crettiez. Ses fils ne l’ont pas prise, leurs défenseurs non plus. Peut-être ont-ils plus sagement ag RE

Mais de ce que cette affaire s’en trouve ainsi rétrécie, il n’en persiste pas moins Æ votre verdict gardera toute sa portée. La cause est sociale; elle reste sociale. Et quand on envisagé le cas des accusés ouvriers, on est obligé de reconnaître qu'il se complique d’un grand intérêt moral, en raison duquel il nous est impossible d'admettre, pour les deux groupes, une solution : identique. Nous acquitter en même ve que les Crettiez ce nie serait pas nous acquitter. Un tel verdict nous atteindrait moralement dans nos personnes, dans celles de nos camarades, dans la classe ouvrière tout entière. Si vous disiez que les Crettiez étaient, dans la soirée du 18 juillet, en état de légitime défense, et . avaien ee droit de faire usage de leurs fusils contre nous,

e serait par là-même déclarer que nous étions dans notre tort, et notre acquittement prendrait en quelque sorte un caractère aVilissant.

Nous voulons partir d'ici la tête haute et cela ne peut être que Si, vis-à-vis des Cre tiez, c’est un verdict de justice qui sort dela salle de vos FOR

Messieurs,

On a dit que cette affaire n’est pas politique.

Cependant, de l’autre côté de la barre, on n a pas négligé les arguments d'ordre politique.

Je ne sais pas pourquoi, par exemple, on a tant insisté pour nous prouver que Crettiez père, Michel Crettiéz et ses frères, étaient tous de bons républicains, même, a-t-on ajouté, ges républicains ministériels. Je me demande à quoi tend cette révé-

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lation. On peut tre VE Dublicain , même “républicain ministériel, Êt commettre, un crime KE “quand on l’a commis, il ne suffit pas de Se réclam er de cette opinion politique, pour qu aussitôt le JUrY se croie en devoir d’ acquitter.

Vous avez aussi insinué que, depuis quelque temps, des élé-

ments étrangers s'étaient introduits dans la population ouvrière

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de Cluses et que leur propagande avait causé la grève ; celle-ci, d’après vous, aurait été poussée au paroxysme sous l'influence d’agents secrets suscités par la concurrence, étrangère.

J'ai attendu vainement que vous fissiez un peu de clarté dans ce mystère. Vous ne l’avez même pas essayé. Rien, dans l'information, rien absolument, pas un témoignage, pas le plus petit indice qui vous permit de dire que la déclaration de grève devait être imputée aux agissements d’un meneur.

+0 meneur! C’est le bouc hi de toutes les grèves. Savez-vous çe que cestquun meneur

Tenez, moi qui vous parle, j'en Suis un. J'ai été souvent de

noncé, menacé comme tel, pour être allé dans de grèv es porter à

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