‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 7 sur 18 · TRES · texte numérisé non relu

TRES

FTLes cortèges, au contraire, en les rapprochant chaque Jour, homi mes, \ femmes, enfants, entretiennent en eux, par l'action ccmmune, une sorte de gaité où persiste l’espoir du succès

final.

rencasÿ

Messieurs:les Jurés,

Comment les événements tragiques du 18. juillet ont-ils pu éclater r, frappant de stupeur la région de Cluses-et le pays tout entier ?

je vais essayer de vous l’expliquer sans mettre à une trop rude épreuve votre attention déjà fatiguée par de si longs débats.

Le 10 mai, la grève éclate dans les conditions que vous Savez. Quel ques jours avant avaient eu lieu les élections municipales, et les ouvriers, comme C'était leur droit, étarent allés à la bataille avec une liste. La liste adverse comptait, au nombre de ses candidats, Michel Crettiez. Ce fut celle-ci qui triompha et, naturellement, les ouvriers en éprouvèrent du mécontentement. Il s'ensuivit une manifestation avec cris, chants et cortège.

Le lendemain tout était fini et oublié, au moins du côté des ouvriers. Il n'en fut pas de même du côté des patrons.

Je pense que les relations assez étroites qui existaient entre le maire, M. Drompt, et Crettiez père n'ont pas été étrangères aux mesures que plus tard celui-ci a prises contre une partie de son personnel ouvrier. Peut-être cette influence n ‘aurait-elle pas suffi, car je ne crois pas Claude Crettiez capable de se déterminer par des considérations d’ordre exclusivement politique.

Mais, dans la circonstance, son intérêt de patron se trouvait

accord avec celui du maire. Il était, au point de vue économique,

ut naturellement enclin à atteindre, dans sa force naissante, le ndicat ouvrier dont les revendications commençaient à lui sus-

citer de vives inquiétudes. En le détruisant, il se débarrassait d’un contrôle gênant, consolidait son autorité patronale et, du même coup, affranchissait ses amis de la municipalité d’un voisinage gênant.

Claude Crettiez, a-t-on dit, était un bon patron ! On a amené ici de nombreux témoins qui, tous, l’ont affirmé. C'était, en effet, un patron ponctuel dans ses affaires ; les salaires n'étaient jamais en retard et tous ceux qui ont entretenu des relations commer- Ciales avec lui, s’accordent à dire qu'il faisait honneur à ses engagements. C’est entendu. Malgré cela, je dis que Crettiez père n’était pas un bon patron.

Il ne pratiquait pas, j’en conviens, à l'exemple d’autres patrons de la région, le « Truck-system », c’est-à-dire le paiement en nature qui constitue un véritable vol. Mais son système à lui était peut-être plus déplorable, plus odieux encore, car il consistait à faire «suer» aux ouvriers le maximum d'efforts pour le minimum de salaires. Sa combinaison vous a été dévoilée par l’ouvrier Peloux quand il expliqua, le malheureux, que plus ses efforts augmentaient, plus son habileté professionnelle devenait grande, plus sa production croissait, et plus il voyait ses salaires diminuer.

Le système est d’une ingéniosité féroce. .

Le patron appelle un bon ouvrier et Iui dit : « Voilà une pièce, exécute-la, je te la paierai tel prix ».

L’ouvrier se précipite à la tâche, y consacre ses journées, souvent même ses nuits. Il use ses forces et sa santé pour gagner une haute paye. Peut-être songe-t-il aussi à devenir patron un jour. Au bout du mois, au règlement, le patron remarque que le gain de l’ouvrier est assez élevé. Sous un prétexte quelconque, il abaisse un peu le prix de la pièce. Quel moyen de défense pour l’ouvrier ? C’est à prendre ou à laisser. Il cède, et se voit entraîné par la diminution même du prix de l’unité ou de la pièce, à travailler davantage pour réaliser le même salaire. Il fui paraïtrait humiliant d'apporter à sa famille une somme plus faible que le mois précédent. Sa femme lui dirait: « Tu n’a pas aussi bien travaillé cette fois ».

C’est un reproche qu’il ne veut pas subir et, pour léviter, malgré les exigences toujours plus grandes de son exploiteur, il se tuera à la besogne pour maintenir le taux de son premier salaire. Tel est, Messieurs, le système que Crettiez père, le bon patron,

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