‹ Cluses! 18 juillet 1904Chapitre 9 sur 18 · SES · texte numérisé non relu

SES

Ja tête vers le parquet pour qu’aussitôt celui-ci fût jonché de

débris.

À lui seul, ce pauvre être aurait suffi à affoler une petite ville comme Cluses ; mais on le connaissait ; sa terreur n'était pas communicative.

Seulement, voilà, un anarchiste était venu, qui avait parlé dans une réunion des grévistes. Qu’avait-il dit, cet anarchiste r Oh! des choses importantes, assurément, des choses graves.

Mon cher confrère, votre imagination dont nous avons pu admirer toutes les facettes, vous a conduit à refaire le discours de l’anarchiste. Pourtant, vous ne l’avez pas entendu, ce discours, moi non plus. Aucun de ceux qui ont assisté à la réunion n’a pu nous renseigner sur les paroles de l’orateur. Il y avait un commis- Saire à la réunion, pas celui que vous tenez pour suspect, un autre, le commissaire de Bonneville. II n’a rien retenu du discours de l’anarchiste et le secrétaire du Syndicat, Mugnier, n’en a pas retenu davantage. N'est-ce pas à décourager de faire de la propagande ?

Oui, il a parlé, cet anarchiste, le 24 mai, et l’impression laissée par ses paroles a été si profonde qu'après son départ, jusqu’au 18 juillet, le calme des grévistes et des habitants de Cluses a été complet, absolu, si complet que toutes les troupes ont, pendant ces trois semaines, été successivement retirées.

Donc, pendant près d’un mois, Cluses reste sans soldats. A peine quelques gendarmes y ont été laissés. Remarquez que la grève est à l’état aigu. La situation des grévistes devient d’autant plus inquiétante que la conciliation apparaît plus difficile et que le pain commence à manquer à la maison. Cependant les ouvriers ne se départiront pas de leur calme et persistent à marquer une confiance touchante dans un dénouement amiable du conflit.

Messieurs les Jurés,

Si Claude Crettiez avait eu le cœur accessible aux sentiments d'humanité les plus élémentaires, devant le spectacle de misère qu'il avait sous les yeux et dont tous les braves gens de Cluses étaient émus, n’aurait-il pas imposé silence aux conseils impitoyables de son orgueil et accepté les transactions si raisonnables qui de toutes parts lui étaient offertes P? Pour justifier ses refus

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