OD L*A01TATI0!I ANGLAISE
lumière, parce que leurs actions ne sont pas pure^«
Est Tenu ensuite le bill sur les travaux des manU'* factures, connu sous le nom de «t bill des dix heures. » El qu'avons-nous vu ? Une majorité étalant sa fastueuse sympathie pour les classes ouvrières, déclarant que le peuple de ce pays est soumis à un trop rude travail, et que Tintensité de ce travail, pour les femmes et les enfants, est incompatible avec la santé de leur corps et même de leur âme. Mais quoi, c'est cette même majorité qui, en maintenant la loi-céréale, force le peuple à demander sa subsistance à ui; travail excessif. La ioi-céréale dit au peuple : < Tu n*aura$ pas à ta disposition les mêmes moyens d'existence que si le commerce des blés était libre. Tu n'auras pas les mêmes Bkoyens de travail que si de grandes importations provoquaient des exportations correspondantes et augmenteraient'ainsi l'emploi des bras. » C'est dope cette loi qui broie le peuple et le force à chercher une maigre pitance dans des sueurs excessives, dans un travail incessant, incompatible avec le maintien de sa santé, de ses forces et de son bien-être. Mais nous avons vu autre chose. Nous avons vu tomber cette philanthropie aflectce, et dès l'instant que le ministère actuel eut déclaré qu'il faisait de cette proposition une question de cabinet, nous avons vu la majorité défaire ce qu'elle avait fait, moins soucieuse de sa prétendue sympathie pour le peuple que de maintenir le pouvoir aux mains des ministres de son choix.
Ce n'est pas qu'il n'ait été fait quelques timidçs; p^ dans b voie de la liberté commerciale. On a diminijifi
tes droits sor les raiûiis de corynthe (curraitfi), (Rires). J'eo félicite sinqèrement les amateurs de puddingi. (Éclats de rire). Mais il faut autre chose que des rs^slius pour faire du pudding. Il y entre aussi de la farine, et en abrogeant la taxe sur le blé, on eût mieux servi les intérêts de ceux qui mangent du pudding^ et de Timmense multitude de nos frères qui n'en ont jamais ?u même en rêve. C'est au peuple de leur dire : « Vous deviez faire ces choses sans négliger le reste. »
L'orateur aborde la question des sucres et la distinction proposée entre le produit du travail libre et celui du travail esclave. — Si nousadoptons cette distinction en principe, dit-il, où nous arrêterons-nous? Si noQS devons nous enquérir de la tradition sociale, morale et politique de tous lespeuples avec lesquels ii nous sera permisd'entretenir des relations, où poserons^nous lalimite? Une grande partie du blé qui arrive dans ce pays, mémesous la loi actuelle (et il en viendraitdavaalagesiellenes'y opposait), provient d'un pays où l'esclavage est dans toute sa force, je veux parler de la Russie. (Grognements). Vraiment, je suissurpris que les sociétés en faveur de la' protection, qui battent les buissons pour chasser aux arguments, et ne sont pas difficiles, ne se soient pas encore emparé de celui-ci : « Maintenons la loi-céréalepour exclure le blé russe. »
M. HiLNER GibsoN, m. P.pour Manchester. (Nous sommes forcés par le déÊiut d'espace à nous renfermer dans l'analyseetquelques extraits du cemarquaUe discours de l'honorable représentant de Maochesler).
ou L'A^itTÀTION ANGLAISE. 349
M. le président, c*est ave? bonheur que je vous at entendu déclarer, à Touverture de la séance, que vous étiez résolu à ne jamais ralentir vos efforts jusqu^au triomphe de la liberté commerciale. Je me réjouis de vous entendre exprimer que vous sentez profondément la justice de cette cause, car je sais que cette association et ces meetings ne surgissent pas d*une impulsion nouvelle et soudaine, mais qu'ils sont fon* dés sur la large et éternelle base de la justice immuable. (Acclamations). La liberté commerciale n'est pas une question de sous, de shellings et de guinées. Cest une question qui implique les droits de Thomme, le droit, pour chacun, d^acheter et de vendre, le droit d'obtenir une juste rémunération du travail, et je dis qu'il n'est aucuns des droits, pour la protection desquels les gouvernements sont établis, qui soit plus précieux que celui de vivre d'un travail libre de toute entrave et de toute restriction. (Acclamations).
L'honorable orateur traite longuement la question à ce point de vue.
Je me rappelle que le duc de Richroond disait dans une occasion : c Si Ton abroge les lois-céréales, je quitte le pays. » (Éclats de rires). On lui répondit -. c Au moins vous n'emporterez pas vos4erres. » (Nouveaux rires). Mais consi«> dérons la posilion où se place un homme qui fait une telle déclaration. Qu'est-ce que la loi-céréale? Quelle est sa nature? Cela se réduit li ceci : Des gens qui tiennent boutique d'objets de consommation ne veulent pas que d'autres venr dent desol^ets similaires. Le noble duc est grandemenl engagé dans ce genre d'aflaires, et il voudrait bien être o;ie sorte de marchand breveté. (Rires). Mais je dis que tout Anglais a le même droit que lui d'approvisionner le marché de blé,
330 COBDEN ET LA tlOUEf
pourvu quMI Tait acquis honuél^ment Comme Anglais, j*ai le droit die vendre du blé que je me suis procuré par réchauge, justement comme le duc de Richmond a le droit de vendre du blé qu'il s*est procuré par la culture. Mais, me dit-on, vous ne devez pas le faire^ parce que cela empêcherait le noble duc de tirer un parti aussi avantageux de sa propriété. € Et quel droit ce grand seigneur a4*il sur moi? Je ne sache pas lui devoir quelque chose; qu'il existe des comptes entre lui et moi, et qu'il doive avoir un contrôle sur mon industrie. — A ce point de vue, 6h! combien est monstrueuse l'intervention de la loi-céréale sur la liberté civile des sujets de S. M. la reine (acclamations)! Quel est le but du gouvernement? quel est le but de la société? L'objet unique du gouvernement est d'empêcher les citoyens de se faire déloyalementdu tort les uns aux autres, d'empêcher une classe d'envahir les droits d'une autre classe. Or, je dis que le droit de suivre une branche d'affaires, le commerce, est k ma portée, que c'est une propriété que le gouvernement doit me garantir. Mais qu'a Tait le gouvernement? Jl a aidé une classe de la communauté \k me dépouiller de ce droit, de cette propriété , k m'interdire l'échange du produit de mon travail ; il s'est départi de sa vraie et seule légitime mission. (Acclamations.) J'espère, Monsieur, que l'on me pardonnera d'insister autant sur ce sujet (continuez, continuez); mais je considère ce point de vue comme le plus important dans la question. Je crois qu'on n'a pas assez considéré le système protecteur au point de vue de la liberté civile. Je soutiens que, comme vous avez aboli Tesclavage dans vos colonies, comme vous avez aboli, dans toute l'étendue des possesâons britanniques, la faculté pour l'homme de faire de son firèra sa propriété, vous devez, pour être conséquent à ce prineipe, abolir aussi le monopole. (Acclamations.) Qu'est-ce que l'es-
ou l'agitation anglaise. U21
elavage? La prétention de la part d'une classe d'hommes au contrôle du travail d'une autre classe, et k l'usurpation des produits de ce travail ; — mais n'est-ce pas la le monopole? (Applaudissements prolongés.) En détruisant l'un, vous vous êtes engagé à détruire l'autre. La servitude reconnaît dans un homme un droit personnel à s'emparer de l'esprit , du corps et des muscles de son semblable. Le monopole reconnaît aussi le droit inhérent k l'aristocratie de s'emparer de la rémunération industrielle qui appartient et doit être Jaissée aux classes laborieuses. (Applaudissements longtemps prolongés. ) Entre l'esclavage et le monopole, je ne vois de différence que le degré. En principe, c'est une seu|e et même chose. Car pourquoi le planteur avait-il des esclaves? ce n'est pas pour en laire parade ou pour les regarder eomme desx^anariens en cage, mais pour consommer le fruit de kjur travail. Or, c'est précisément là le principe qui dirige les défenseurs de la loi-céréale. Ils veulent s'attribuer, sur le produit des classes manufacturières et commerciales, une plus grande part que celle à laquelle ils ont un juste droit.....
La question , dans ses rapports avec la liberté civije me parait donc aussi simple qu'importante. Cependant j'ai entendu de profonds théologiens , versés dans la philosophie ancienne , dans les mathématiques, capables d'écrire et de composer en hébreu et en sanscrit, déclarer que cette loicéréale était si compliquée, si difficile, si inextricable» qu'ils n'osaient s'en . occuper. Je crains bien que ces excellents théologiens de l'Eglise d'Angleterre n'aperçoivent ces diffîcaltés que parce qu'ils oublient cette maxime, que pourtant ils citent souvent : c Mon royaume n'est pas de ,ce monde. i> Jecrains que l'acte de commutation des dîmes ecdésiasliques ait introduit dans leur esprit des idées préc;onçues, et que
32S CÛBDflN ET LA LI«UE,
ce qu'ils redoutent surtout, c'est que TabrogaitioB des toto-^sé^ réaies, en diminuant le prix du pain, ne diminoe aussi la Taletir de leur ditne» Si ce n'étaK cette appréhension, jVtte croire que le clergé angfican serait pour nous, car le prncipe de la liberté est en parfaite harmonie avec la morale dirétienne, el les meilleurs arguments qu'on puisse invoquer 6b sa fiaiTeur «e trouvent encore dans la Kble. (Applaudisse-
ments.)
La tibercé comtnèreiâle tend k réaliser pardle-mteie
tout ce qui fait rotqeidfiis^cett du philantkrope. EXJie oAe les moyens de répandre 'la dVHlsation et la liberté religiciwc, non-setAetnent dans les possesstims britanniques, mais dtens toutes Tes parties dm globe. Si nous voulons voir le BkénI et Cuba aïïlranârïr 4eurs escla^irés , H ne faut pas isoler oe» eon- Trées des natiotrs'plus civiKsée^où Tesciavageest en horwur. Quelle était notre conduite alors que nous étions liOBSrttémes possesseurs d'esclaves, alors que nous tous, Mt^% I et jwqu'aux évëques de la chambre des lords, soutenions la tmiie des nègres? ComtneiA agissions-nous? Le gouvernement de ce pays connaissait bien l'inQuence des communications counmerciales sur la propagation des idées, et il ne manqua pas d'iiiterdire toutes relations entre nos colonies oceidentales^et Saint-Dotningûe de peur de leur inoculer le voMn de la liberté: Les transactions commerciales sont, croyea4e bien, les nidyéns aorquels la Providence a confié la civilMlîon du genre Iramarn, ou du moins la diftisiou des vérités «ivilî* ^trices. En ce^momMit, l'empereur de Russie esA kisMMtras. ^Grognentéiïis' et sifflets.) Quand j*ai nommé «eeiSMvcoAi, je n'ai^psis voulu provoquer ^ftes'marqves vie ddsipiffohaÉMi. Je pense qile'toouis ne tfeMlta i/^lr«n cette* cvrooafliiMe qne la simple' VTtiie^'unhotnffleprivéâatt^«iepGi^r«ot»:ptMée sir Pétât de laDMssie.'QoOi qu^il^^n'Soit, «e mmarqne ^est
ou L'AfllTATlOiN AiNGLAfSE. Xt9
pami jHMii»« ainsi qsie le roi d^ Saxe, ei roo i^teod le r^ de$ FnuDçaîa. On nous aasure que les visites réeipr4M]ues de ces augustes personnages tendent à affermir la paix du monde. Je me réjouis d'être témoin de ces communicationa amicales; mais quant à établir la paix sur des irises solides , ii font antre chose , il Taut faire triompher les principes de ig Ligue, il but attacher les nations les unes aux autres par les liens d'un commun intérêt, et étouffer )*e6prit d*antagQnisme dans son germe, la jalousie nationale* (Acclamations.) Les empereurs et les ambassadeurs y peuvent quelque ^^boseftaws doute, mais leur ioAoence est bien inefficace auprès de cet înléiiél commun qui naîtra pacmi les peuples «de la liber(é^4e leurs transactions. Que les hommes soient tous cvRtr'eoy des client» réciproques ; quMls dépendent les uns des autmes piour leur bleuâtre, pour 4a rémunération de kw travail , et vous verrez s'élever .une opinion pobMqne panni les natiofs qui ne permeltfa pas aux aouverains et k leurs ambaasadews (ie les entraîner dans la goeitce» comme cela est trop sooivwt arrivé autrefois...*.
Nous citerons un dernier extrait de ce.4if^c<Mir9DO|ir montrer que la question est pius prés de sa $olii(K)P qu'on ne s'en doute en France.
c Le ministère demande à être (forcé; il nous jnvjte ^i^)^ forcer. Plus vous le presserez, plus il :VOua accordera.. Jle^nîs persuadé qu'à aucune époque de notre histoire, on jn'ta vuJus ministres de la^uronne en appeler aussi diffec^l^emenliJiJIagitation et insinuer h l'opposition qu'ils. ne demandant «qu'^i aiK>ir la main forcécVous le voyez fréquemment emporter les questions, non par le secouia 4e lents amis q^i ne^isofit gfe des dupes,«inais ff^ l'infloepcede leurs adversaires, c Voyez,
disent-Us, te brait que font tous ces messieurs engagés dans la Ligue, nous ne pouvons plus maintenir ces lois de protection. Vous devez y renoncer. Le pays est en danger; si vous n'abandonnez pas la protection, vous serez réduits à abandonner bien davantage. Soyez donc prudents à propos, car la pression est devenue trop forte pour pouvoir y résister. Vous ne pouvez chercher les éléments d'une administration dans la Société centrale pour la protection de Tagriculture, ni dans l'association des Antilles. Elles ne présentent pas des hommes assez forts. Pour avoir un cabinet conservateur, il vous faut avoir recours à nous, et (ajoute sir Robert Pee)), je vous le déclare , gentlemen , la pression du parti free-irader est devenue irrésistible, et je ne veux pas que de vaines considérations, une exagération de persistance, viennent me faire obstacle qnand j'ai un grand devoir à remplir. Ainsi, acceptez la liberté commerciale , ou renoncez à mon concours. > (Rires prolongés.) C'est 1^ un bon et pméoit avis. Nous suivons^ je le crois, une marche convenable et patriotique à tous égards, soit au point de vue des considérations morales, soit sous le rapport de l'accumulation des richesses. Je dis que nous suivons une marche convenable, quand nous nous efforçons de former, autant qu'il est en nous , nne opinion publique qui est l'instrument dont le ministère se servira pour abroger ces lois funestes. Quand il dit à l'aristocratie qu'elle doit renoncer k la protection , ou à bien d'autres privilèges plus importants, il lui donne un sage conseil, car je me rappelle, et beaucoup d'entre vous se rappellent aussi sans doute, l'éloquente expression du révérend Robert Stall, qui disait : c II y a une taché de putridité à la racine de l'arbre social qui gagnera lesbraifches extrêmes et les flétrira, quelqu'élevées quelles puissent être. > (M.Gibson reprend sa •pla(jp au bruit d'applaudissements enthousiastes.)
ou L'AGJTAT10^ AiNGJLAISË. 325
M. Robert Moore lui succède.
Les deux grandes questions sur lesquelles se portent les efforts opposés des firee-traders et des prohibitionistes, savoir: la loi-céréale et la toi des sucres, approchent enfin, sinon de leur dénouement définitif, du moins de la solution provisoire qu'elles doivent recevoir cette année par un vote du Parlement. Nous terminerons donc, du moins pour cette campagne , l'œuvre que nous avons entrepris , par l'analyse succincte des débats et des péripéties parlementaires auxquels ont donné lieu ces votes mémorables. Commençons par la loi des sucres.
11 semble que cette question n'a qu'un médiocre intérêt pour le public français; cependant elle a fait ressortir d'une manière si remarquable les aberrations de l'esprit de parti , et le soin minutieux qu'ont pris les membres de la Ligue de se défaire de cette rouille qui semblait inhérente aux gouvernements constitutionnels, que l'on ne lira pas sans intérêt, nous le croyons, les phases de cette grande lutte, qui, on se le rappelle, compromit un moment l'existence du ministère.
Établissons d'abord l'état de la question.
La législation ancienne, et encore en vigueur au moment du vote, frappait le sucre colonial d'un droit de 24 sh. et le sucre étranger d'une taxe de 63 sb. — La différence, ou 39 sh., était donc la part faite à la protection.
326 COttDEN ET LA UGUB,
Sous le ministère de lord Jolia Russell, legouvernemeot proposa de modifier ainsi ces taxes-:
Sucre colonial 24 sh. — Sucre étranger 36 sh. Ainsi, la protection était réduite à 12 sh, au lieu de 39 , et ral>andon de ce système eolonial auquel on croit l'Angleterre si attachée, consommé dans cette mesure. C'est à l'occasion de cette proposition que » par l'influence combinée des monopoleurs, le cabinet Whig fut renversé.
Les Torys arrivés au pouvoir avec la mission expresse de maintenir la protection, forcés eux-mêmes de céder aux exigences de Topinion publique éclairée par les travaux de la Ligue, proposèrent, en 1844, par l'organe de M. Peel, la modification suivante :
Sucre colonial 24 sh.-^ Sucre étranger 34 sh.
La protection est ainsi réduite à 10 sh.
Il semble d'abord que cette mesure, présentée par les Torys, soit plus libérale que celle qui les mit à même de renverser* les Whigs«
Mais il faut prendre garde que la réduction de 63 à 34 sh; n'est accordée par sit* R, Peel, qu'au sucre étranger produit par le traïutil libre {firee grewnsugmr). Ainsi, le monopole se trouve affranchi de la concurrence de Cuba et du Brésil , qui était pour lui la plus redoutable.
Les monopoleurs qui, à leur grand regret ne peutéht marcher qu'avec l'opinion publique, se sonlempSrés ici àVec une habileté incontestable * du sentiment d'horreur qile l'esclavage .inspire k toutes les classes du peuple anglais. Ce seutiuient fomenté,
ou ls\w^k'fiOn AMGLAI&E. 32?
ekalté pendant 1m ^iwrsime apnée^^ ^l[qgiutii^€^(fûli^ iftfmiAf. a siervi, 4ao9 $pa ay^vtglemeDt, s^ la |^rp4M*4twa d'une fraude gro$^iére d«ii$ le. P«rleine«t.
On a ¥11 dana le coqipte-rewtu des meetings de la Ligue» l'opinion de cette asaoeintien reUtiveopefit à oette diatînetiqn entre le «uere^Ubre c^ l« suçre-e^clave.
U est bon de dire loi, qu'en présentant cette, loi, 9ir Robert Peel a déclaré que, ai l'état du reveiw put4ie le pwmeitait , il ae proposait de poueser bes^ucoMp phis lein la réforme en 184^^ mm qu^il tem^ii ^ ^ire prévaloir en priaeipe, et dès cette année, la dis^iqctJQP entre les deu^ sueres, afin de l« faire reparat(fe lorsqu'il a'agiraît d'un nevvel ^liaissen^ent des droits. Il est permis de croire que son arrUre-pensée éteit de se ménager un mojen de conclure un traité de commerce ayeo le Brésil, et nous s^vqps en effet que de^ commissaires anglais sont en ce moment chargés de cette mission.
Ainsi, 1^ mewre soumise au Parlement était celle-ci:
Spcre colonial I 24 shr — Sucre-libre étranger» 34. — Sucre-esclave étranger, 63.
(jC premier amendement fut proposé par jord John Russell. Il tendait h faire disparaître la distinction entre le sucre-libre et le sucre-esclave en d'autres termes. Il proposait 24 sh, pour le sucre colonial, et 34 pour le sucr^ étranger, de tpqte^ provenances.
Cet amendement fui repoussé pj^r i97 vpix contre
Un second amendemenl fui présenté par M. Ewart,-
membre de la Ligue. En harmonie avec les doctrines de cette puissante association , il n'allait k rien moins qu'à la suppression de tous droits différentiels, non point entre le sucre-libre et le sucre^sclave , mais entre le sucre colonial et le sucre étranger. En un mot,' M. Ewart proposait le droit de24sh. pour tous les sucres, sans distinction d'aucune espèce.
Les ligueurs ne pouvaient espérer de faire triompher leurs vues, mais ils voulaient une discussion de principes; et en effet, dans cette séance mémorable, les principes de la liberté absolue, les vices du système colonial furent exposés avec une grande force par MM. Eward, Bright, Gobden , Roebuck et Warburton.
Cependant l'amendement fut repoussé par 259 voir contre 36.
Enfin est venu le captieux amendement de M. Phi-* lips Miles, député de Bristol, qui a un moment ébranlé le cabinet Tory. Voici cet amendement :
Sucre colonial, 20 sh. —Sucre-libre étranger, d'une èerlaine qualité, 30, {broum^ museatado or dayed). — Sucre-libre étranger, d'une autre qualité, 34. {u>hùê clayed or équivalent).
Cet amendement était parfaitement calculé pour jeter le trouble dans toutes les dispositions de la Chambre des communes. Il laissait à la protection une marge de iO sh. dans un cas, et de i4 dans l'autre. Il pouvait plaire aux free-traders, car il paraissait abaisser le niveau général des droits de tous les sucres, jnème coloniaux. Il devait convenir aux monopoleurs ^ui le mettaient en avant, sac^hant bien que dans la
ou l'agitation ANGLAISE. 32U
pratique il leur donnerait une prinjede 44 sh., presque tout le sucre qui s'importe en Angleterre étant de cette qualité spéciale soumise au droit de 34 sh.
Aussi cet amendement passa-t-il à la première preuve.
Mais la confusion fut bien plus grande encore lorsque le ministère vint déclarer qu'il se retirerait si la Chambre persistait dans sa résolution.
On comprend facilement que l'e^ù de parti vint s^attacher alors beaucoup plus à la question de cabinet qu'à la .question des çucres.
Par le fait, l'une et l'autre étaient à la disposition de la Ligue. Disposant de plus de cent voix, elle pouvait à son gré faire pencher la balance en faveur des Whigs ou des Torys. Chacun avait les yeux fixés sur les ligueurs.
Quelle fut pourtant leur conduite? Quoique naturel*lement plus portés pour Russell que pour Peel, ils se mirent à étudier la question, abstraction faite de tout esprit de parti, de toute combinaison parlementaire et ministérielle, et au seul point de vue de la liberté commerciale. Ils crurent que la proposition du gouvernement était plus libérale que celle de M. Miles. Ils repoussèrent l'amendement et le ministère Peel fut maintenu, i
On a beaucoup reproché aux ligueurs cette conduite. On a dit qu'ils avaient sacrifié à une simple question d'argent une grande révolution ministérielle qui aurait plus tc'ird profilé au principe de la liberté commerciale.
330 COBDEfi» BT LA IMUC,
Le remarquable éiseoara prcmoueé par M. Ccbdea »u meeting de la ligue du 10 juin , fera ceaaattTC lat motifs de l'associatioii , et mktera le lèvent à 06l esprit nouveau qui suivit en Angleterre, el qui étouffera jusqu'aux derniers restes du fléau destmolfiiir qu'on nomme : Esprit de parti.
Staic«4aiai^iii«44.
M. GoBDEN est reçu avec enthousiasme par une assemblée des plus nombreuses et des plus di^inguées qui ait jamais assisté aux meetings de Covent-Garden . Quand le silence est rétabli, il s'exprime en ces termes :
M. le président, ladies et gentlemen, je ^eM 4*ap<prendre que le docteur Bowring, que vous espériez i^ntendre oe soir, avait été inévitablement forcé de s'absenter. Je me présente donc poar remplir la place qu'ils malheureu^ment laissée vide. Des sujets nouveaux sur notre grande cause me feraient défaut peut-être, si, devenue prédominante dans tout le pays, elle ne présentait chaque semaine quelque phase nouvelle pour servir de texte k nos entretiens. Gentlemen, la semaine dernière, nous avons eu deux discussions à la Chambre des communes, et si Pesprit de parti n'avait pas mis de côté la pauvre économie politique, cette assemblée serait devenue une grande école bien propre à instruire le public sur une matière qui, je croîs, n*est pas suffi* samment comprise. Je veux parler de ce qu'on nomme DrmU différentiels. (Écoutes, écoutes.) malheureusement, mi deux côtés do la Chambre, plusieurs personnages au lieu de ne
ou L*AG1TAT10^ ANGI^AISE. 331
▼oir dans le débal qat 4 ah. de pins ou de moins à accorder k la protection du sucre, se sont persuadé» qu'il s'agissait de places , de poavoir^-dlnfiuence k couquérir pour eux-mêmes* (ËcoQteZvécoutez.) La vraie question a été ainsi absorbée dans des récriminations^ des intectives^ dos repoches restrospectifs ài Toccasion d'actes qui remontent k i85S. En un mot, ceux qui sont en dehiMrs domme ceux qui sont au dedans du pouvoir, paraissaient sous l'influence d'une seule cause d'aniiété, saroir^ si les uns chasseraient les autres et se met* traientk leur place. (Applaudissements.) Ladies et gentlemen, cette enceinte est aussi une éeoto d'économie politique et si TOUS le permettez ^ je vous donnerai une leçon sur le sujet qui était le vrai texte du débat k la Chambre des communes, et qni a été étouffé, au grand détriment de l'intérêt public, par d'autres matières , selon moi beaucoup moins importantes, le voudrais que le pajs comprit bien la signification de ces expiressioas 2 DroUs diféreniiels; et je crois pouvoir en donner une explication si simple, qu'après l'avoir entendue , un enfant sera en mesure de faire k son tour la leçon k son ?ieux grand-^père auprès du foyer. — Vous savez que le marché de Govenl*Garden , où se vendent les légttOieé pour la consommation de la métropole, appartient au dbc de Bedfort. ^^ Je supposerai qu'un certain nombre de jardiniers, propriétaires d'une étendue limitée de terrain dans le voisinage, patexemple, la paroisse de Hammersmitb, décident le duc de Bedford d'établir un droit de 10 sb. par charge sur tous les choux qui viradront des environs, comme Battefsea et antres paroisses, en exceptant celle de Hammerstnith. Quelle serait la conséquence? Comme la paroisse k laquelle serait conféré le privilège ne produit pas assez de choux pour la consommation de la métropole, les jardiniers de Hammersiniib s'abstiendraieiitUe vendre jusqu'à ce qu'ils
pussent obtenir le même prix que ceux de Battersea^ lesquels ayant k payer 10 sb. au duc de Bedfort, ajouteraient naturel* iement le montant de ce droit au prix naturel de leurs légumes. Que résulterait-il donc de là? Le voici : le noble due de Bedfort recevrait 10 sb. par cbarge pour tous les cboux venus de Battersea ou d'ailleurs. — Les jardiniers de Hammersmitb vendraient aussi k 10 sb. plus cher 'qu'autrefois, et n'ayant pas à payer 4e droit, ils Tempocberaient ; et quant au public il payerait - 10 th. d'extra^ tur les choux de toutes les provenances.
Supposons maintenant cpte le noble duc a besoin de tirer de ses cboux un peu plus de revenu, mais voulant néanmoins continuera favoriser les jardiniers de Hammersmitb, il propose de prélever sur leurs cboux une taxe de 10 sb^ mais ea même temps de porter à 20 sb. le droit sur les cboux de Bettersea et d'ailleurs. Voyons l'effet de cette mesure. Commo dans le cas précédent, les bommesdeHammersmitb tiendront la main baute, jusqu'à ce que le prix des choux soit fixé par les jardiniers de Battersea, qui ont à payer un droit de âO sh» tandis que leurs concurrents ne paient que 10 sb. — Dequelle manière ces combinaisons affecteront-elles le public? — Il payera 20 sb. au-delà de la valeur naturelle sur tous les cboux qu'il achètera. Le ducde Bedfort recouvrera la totalité du droit de 20 sb. sur les cboux de Battersea , il recouvrera aussi 10 sb. sur ceux de Hammersmith et les jardiniers de Hammersmitb empocheront les 10 autres sbellings. Hais quant au public il payera dans tous les cas une taxé de 20 sb.
Quelques temps après, les jardiniers de Hammeramithdésirent avoir un peu plus de monopole. En ayant goûté les douceurs, ils veulent y revenir, cela est bien naturel (rires), et en conséquence, ils s'assemblent et mettent toutes leurs ruses en commun. Ils nejugenl pas à propos de réclamer du
ou l'agitation anglaise. 333
duc de Bedfort une ncayelle aggravation de droits sor les choux de Battèrsea, parce que la mesure serait extrêmement impopulaire. Ils imaginent d'élever ce cri : Les choux à bim marche ! et disent au noble propriétaire de Covent-Garden : «Réduisez le droit surles choux de Hammersmithdei0k6sb., laissant la taxe sur ceux de Battersea telle qu'elle est maintenant à SO sh. » — Revêtus du manteau du patriotisme, ils s'adressent à lord John RusseU et le prient d'intervenir auprès de son frère, le duc de Redfort, afin qu'il adopte cette admirable combinaison. Le noble duc, que je suppose un homme avisé, réplique : Votre devise : les choux à bim marehéy n'est qu'un prétexte pour cacher votre égoïsmé. — Si je réduis votre taxede4 sh., laissant celle de Rattersea k 20 sh. comme k présent, vous continuerez k vendre vos choux au même prix que vos concurrents, et le seul résultat, c'est que je perdrai 4 sb. que vous empocherez, et le public payera précisément leméme prix qu'auparavant (Applaudissements.) Mettez le mot € sucre > k la place du mot < chou > et vous aurez une complète intelligence de la motion récenunent proposée par nos anciens adversaires, les planteurs des Indes occidentales. (Écoutez , écoutez.) Le gouvernement avait proposé de fixer le droit sur le sucre étranger à 54 sh. et le sucre colonial & 24 sh., c'était donner au producteur de ce dernier un extra^prix de 10 sh., parce que, comme dans l'hypothèse des choux de Hammersmith , les fournitures des colons sont insnfilsantes pournotre marché, et ils ne vendront pas une once de leur sucre jusqu'à ce qu'ils retirent le même prix que les planteurs de Java, lesquels, sur ce prix, ont k payer ondroit de 1 0 sh. plus élevé que nos colons. Voyons à combien monte ce droit protecteur? Nos colonies fournissent, en nombre rond, k ce pays, environ 4,000,000 quintaux de sucre; 10 sb. par quintal, sur cette quantité, cela fait bien, si' je
334 rxmi>Ëf« kt la ugue,
sais eoBipter, 4 millions sterliag. Cette sonoie iomeifie, c'eM kl prime vCo^conraie an Rappelle, \HprçHe$ian que le fooversemeBt propose d'accorder aux planieurs é^ Indes occidentales. Centlemeft, quett^ a été la eoadiiUa ^ ffmiradêTê par rapport à ce monopole ÎNonj^aYonsims en awant une motion pour Tégalisation des droits sur tous les SQcres , afln^pie tous les producteurs de sucre payassent unet^xe égale, sous forme de droit, k la reine VietoriavCit qu'il iie (ti permis k aocqo de mettce une portion de cette <axo ^s sa poche* (Bruyants applaudissements.) Nops vivons coteau cette pffopositioii & Ja Cbambre des conilVQnes.) et bien tqpe, à ce que je crois, nous les ayons indubitablement b^Muii par les arguments, ils bous ont battus par lés votes. Est y^m alors Tamendement de M. Miles, qui pr^oposait un droit de SO sIl sur le sucre colonial, et 30 sb. sw le j^cre étranger; Mais en même temps, introduisant dws ga paesure une dislinciion umise dans le projet du gon?ernein$nt, il voulait que tout auere étianger, d'upe .esp<^ p^rtii^if^re 9p(^^ie ^îl^^fdfftd, payftl 34 sb. --*- le ^uis inforipé qp'un gi^d nombre de personnes, même dams cette capitale édaûiée, pensent que les free-^rad^rs ont em tort de résister ^ !>mendement de H« Miles. (Écoutez.) D'abord, un fort aouppon, pour ne rien dire 4e plus, a*attaebait^ Tpr^inp de cette proposition; cependant, îe ne la. juge. pas d'après cette cîra)|i(»tance. Les planteurs des àulÂUes se plaiguaieAt de cie q/^ la motion de sir Robert Peel eeusait leur rume et c'est pourquoi ilsJni:qi|iosaientraQt(rade9i)tept deM. W\\^ U y ^ pourtant .^s ge^B assez béié?oJeftpo.ur,cr9iif)e «qme cet^ A^mitee mesureestuMHns protectme.que la{Npi^mière^Maif nejiigecp^ fNi^ sur Tappanenee; n'apprécions pas1a..Q(^eani(e .pfir Je ca^ctèredeceuz qui la proposent, m^^ es9»ninons-^en Ja poiAée et la tendance réelle. La réduction de  sh. i^r le suere
ou L*A};iTATION ANGLAISK. 3^15
ifioloiiial «mirasse toDt le soere celoiiial , V{tteUe qa'en.aoKt la qualité. Larédnctioii de 4 ah. «ur le ancre étranger, -c'eat 'seolemeilt la rédaeiioB anr une certaine qualité de awife étranger. Aedherefaons donc riiielleesl la nature du were étranger qœ Ton excefUe de cette réduction et sur lequel Je droit de 34 sh. continuera a être prâevé, car c'est là qu'est tonte la qaenlioA. l^es faommes qui ne sont pas versés dans le commerce du sucre, ne sont que des juges fort incompétents dn mérite et des efiels de Texception proposée. Quelqnes^ns d'entre nous , fre^iraders^ nous avons pensé qu'il 'valait la peine d'aller aux inforjoations dans la cité, paur savoir enfin ^e qne c'étail que ee etayed iugar^ qui nous vient de pa^ étiangers. Nous avons cru que nous n'a3rieiis rien de nueox ii raire^et, en conséquence nous avons consulté une vingtaine de raSineurs et de marchands parmi lesquels,
M. Cobdeu cite ici Topinioa d'un grand aombre d'homme spéciaux qui s'accordent à dire que cette qualité de sucre étranger {u>kite dayed), qui est exceptée par i'^imendemeni de M. Miles du bénéfioe de la réduelioo Ae i sh., forme en œ moment et formura >en teutes eiroonstnnces 1^ «trois iCfnaKts ée l'impûr* tation étrangère.
D'après cela, Messieurs, je n'hésite pas à déclarer que l'ammdeœeot de H. Miles n'était autre chose qu'un d»i4ge tenducaujL /rM*lnid«r«kiatlentîfe.(Élcotttes, écouter), je n'aeensefnsJMLMiles diétre rinvemettr ouiacomplîeeAe^oeltedéeeptioncalcnlée. MaiBJAcroisqnece plan «tificieusiaété combiné ii Mincnglane par deslMmaes^i savaient très, hwn .ce qu'ils'iaisaient, et qui espéraient enlaeer les frêe4r^er$ de la
Chambre des communes dans leurs spécieux artifices. Quel eàt été Feffet de ramendement s'il eût été adopté? Le droit . sur le sucre colonial eût été abaissé de 24à SO sb. La grande masse de sucre étranger eût payé 54 sb. Ainsi , la prime de protection en faveur des intérêts coloniaux eût été de 14 sb. au lieu de 10 qiie leur acciNrde la proposition ministérielle (Écoutez, écoutez). Cependant il y a des bommes simples qui nous disent : c Pourvu que Tamendement Miles nous fasse obtenir le sucre meilleur marcbé, quel mal y a-t*il k ce que les planteurs y trouvent aussi quelque avantage? » Mais le fait est qu'il ne nous fera pas avoir le sucre à meilleur marché. Une réduction de 4 sb. sur le sucre colonial se bornerait à faire passer une certaine somme du revenu public dans la pocbe des monopoleurs. 4 sb. sur 4,000,000 quintaux qui viennent annuellementdenoscolonies, équivalent à 800,000 I. st. qui seraient enlevés à Téchiquier national et que vous vous verriez contraints d'y restituer par quelqu'autre impôt. Prenez bien garde a ceci : le revenu public et le revenu national naviguent dans la même barque; les monopoleurs sont dans u;ie antre, et si vousôtez au revenu public pour donner au monopole , il faut vous soumettre à des taxes nouv.elles- Qu'est-ce que le plan de M. Miles ? Bien autre chose que Tabsorplion par les monopoleurs d'un revenu destiné à la reine Victoria, c'est le renouvellement de mesures qui nous ont d^à conduit k Yincome^tax (Approbation). Il y en a qui disent que la somme ainsi distraite de l'écbiquiér est insignifiante. Mais il faut se rappeler qu'il s'agit de 800,000 liv* st par an, et que cette somme k 4 pour 7o répond k un capital de 20 millions de liv. st. Ainsi la proposition de M, Miles revient k ceci , ni plus ni moins : Prendre, pour la seconde fois, 20 millions dans les poches du.public pour les livrer aux intérêts eolonianx. J'ai dit k mes amis et je répète ici, *r- car je
ou l'agitation anglaise. 337
connais b certains signes qu'il y en a parmi vous qui ont été dupes de cette proposition insidieuse, ^^ je répète qu'une ré^ duction de droit sur le sucre colonial ne fera pas baisser le sucre d'un farthing tant que le droit sur le sucre étranger restera le même. — Et puisqu'on nous a annoncé qu'à une époque très prochaine, probablement dans un an, il y aurait un changement profond dans les droitssur le sucre, profitons du temps pour bien apprendre d'ici là notre leçon et savoir ce que c'est que les droits différeniieU; et si nous parvenons à en bien faire comprendre au public la vraie nature , soyez certains qu'en février prochain, il n'est pas de ministère qui ose les proposer (Applaudissements). Je vous répète encore que si le gouvernement venait à effacer radicalement le droit sur le sucre colonial , laissant subsister le droit actuel sur té sucre étranger, vous n'en payeriez pas votre sucre un farthing de moins. Vous ne pouvez obtenir cet article à meilleur marché qu'en augmentant la tiuantité importée. Il n'y a pas d'autre moyen d'abaisser le prix des choses que d'en accroître l'offre, la demande restant la même. Ainsi , le seul ré<« sultat de l'abolition totale du droit sur le sucre colonial serait de transférer quatre ou cinq millions par an du trésor publié aux monopoleurs, somme que vous auriez à restituer à Yéchu quier par un autre ineome^iax. Que ces questions soient enfin bien comprises; que le public y voie ce qu'elles renferment, et nous en aurons bientôt fini avec toutes ses impositions infligées au peuple dans des intérêts privés, sous forme de droits différentiels. Quand les colons viennent au Parlement et proposent < la protection » comme le remède à tous leurs maux ,.enquérons-nous du moins si ce système de protection profite même à ceux qui le réclament Eh quoi! j'ai vu les honorables gentlemen , propriétaires aux Indes- Occidentales, se lever à la Chambre des communes, pleurer
sor leur détresse et celle de leur famille : c Noas sommes ruioés, disaient-ils; notre propriété est sans valeur; au lien de tirer do revenu de nos domaines , nous sommes forcés d'envoyer d'ici de Targent pour leur entretien* » Et dans quelles circonstances les frappe celte détresse? Dans un moment où ils jouissent d'une protection illimitée; où ils sont affranchis de toute concurrence étrangère: car vous ne pouvez acheter du sucre à nul autre qu'à eux qu'en vous soumettant au droit de 64 sh. qui équivaut à une prohibition. Si ee système de monopole ne les a pas mis en état de soutenir avantageusement leur industrie ; s'ils déclinent et tombent sous une telle protection, cela ne prouve-t-il pas qu'ils sont dans une mauvaise voie , et que ce système si onéreux pour les consommateurs n'a pas eu les résultats qu'en attendaient ceux-là même en faveur de qui il nous fut imposé? Il faut voir les choses sous leur vrai jour. Mon honorable ami M. Milner Gibson , dans sa manière ingénieuse , disait une chose bien juste. Au lieu d'envelopper subrepticement des primes aux monopoleurs dans un acte du Parlement qui a pour but ostensible d'allouer des subsides à la couronne, votons séparément ces subsides, et si les colons ont de justes droits sur nous à faire valoir, qu'ils les établissent clairement, et accordons-leur aussi séparément ce qui leur est légitimement dû. Mais dès qu'ils se présenteront devant nous dans cette nouvelle attitude , nous aurons à pousser notre enquête an-delà du fait matériel de leur détresse. 0 faudra savoir s'ils ont convenablement géré leurs propriétés. Quand un homme réunit ses créanciers, et leur déclare qu'il ne peut faire honneur à ses engagements, ils s'enquièrent naturellement des habitudes de cet homme, et ils examinent s'il a conduit ses a&ires avec prudence et habileté. Nous poserons quelques questions semblables aux phintenrs des Antilles, si vous le voulez bien.
ou i/a(;ix\tion an(2Laisk. 339
Je dis qu'ils sont au*desso^s de leu^ affaires , parce qu'ils les ont dirigées sans habileté et sans économie. Je me rappelle avoir traversé TAtlantique, ily a septans, avecun voyageur très éclairéetquiavait parcouru toutes les régionsduglobe où croit la canne k sucre; il me disait : < Il y a entre la culture et la fabrication du sucre dans nos colonies occidentales . et celles des pays qui ne jouissent pas du même monopole, autant de différence qu'il peut y en avoir entre vos filatures actuelles et celles dont vous faisiez usage en 1815. > Donc, s'il en est ainsi, je dis : arrière cette tutelle de la protection qui rend paresseux et impotents ceux qui s'endorment sous son influence. Mettez ces colons sur le pied d'une loyale et parfaite égalité avec leurs concurrents , et qu'ils luttent pour eux^ mêmes sans faveurs et a armes égales comme nous sommes obligé de le faire nous-mêmes. Gentlemen, j'ai exposé devant vous les motifs qui m'ont déterminé à voter contre l'amendement de M. Miles. Je vous avouerai franchement que je ne me suis pas douté du piège qu'on nous tendait jusqu'à vendredi matin, c'est4i-dire jusqu'au jour même du vote. Le jeudi encore, j'étais décidé a l'adopter, m'imaginant, simple que j'étais, que quelque chose de bon pouvait venir de Thonorable représentant du Bristol (Rires). Je veux croire, je ne doute même pas que plusieurs freê^raders^ et des plus ardents, ont voté pour l'amendement sous l'influence du même malentendu qui me l'aurait fait accueillir moi-même, si le débat eût eu lieu la veille du jour où les informations me sont parvenues. Mais , messieurs, si les free-traders ont été égarés de bonne foi, nous ne devons pas nous dissimuler que d'autres personnages, dans la Chambre des communes, n'ont vu en tout ceci qu'une question de parti. (Écoutez, écoutez). Je vois bien que les journaux, organes de ces partis, sont très mécontents de ce que nous, qui avons en vue des principes
€t non des combinaisons de partis et des desseins factieu , nous avons refusé d^accneillir un amendement pire que la mesure, déjà assez mauvaise, de sir Rob. Peel, alors que, par ce moyen, nous pouvions contribuer k arrêter le char politique (Approbations). Je ne vois pas, dans ces opérations da Parlement, une occasion de lutte pour les partis. Je n'ai jamais émis au Parlement un vote factieux, et j*espère que je ne le ferai jamais (Acclamations). Je cherche h obtenir le naieux possible. Je ne proposerai jamais une mesure nau- Taise, je n'appuierai jamais le pire quand le mieux se présentera. Mais alors même que je serais un homme de parti; quand je serais disposé h ne voir cette question que dans ses çapports avec la tactique des partis, et à travers le prisme de l'opposition, que devrais-je encore penser de la sagesse de cette tactique en cette occasion? Voici une coalition. — Et quelle coalition? — J'ai entendu dire à des hommes raisonnables que nous verrions bientôt une coalition dans la Chambre des communes; qu'il y a 250 membres des plus modérés sur les bancs des Torys, et 100 membres des plus conservateurs du côté des Whigs dont les vues politiques sont maintenant si près d'être homogènes, qu'ils pourraient siéger côte à côte sous la conduite du même chef, si ce n'était la difficulté de concilier les prétentions personnelles. Il est des gens qui pensent qu'il y a du bon sens et de la politique dans une coalition de cette nature. Mais quelle sorte de coalition était celle de lundi dernier entre les libéraux d'un côté et les ultra-monopoleurs de l'autre? entre fofd John Russell avec ses Whigs et lord John Manners avec sa € jeune Angleterre ». Si l'esprit de faction n'aveuglait pas les hommes; s'il ne les empêchait pas de voir plus loin que leur nez , ne se demanderaient-ils pas à quoi cela peut mener? En admettant que cette combinaison réussit à renver^
ou l'agitation AMÏLAISE. 3il
ser leur rival, où les conduirait-elle eux-mêmes? au premier vote, on verrait une majorité, composée de tels ingrédients, se dissoudre et se transformer en une impuissante mi* norité. Et qu^en résulterait-il pour sir Robert Peel? Supposez que la reine envoie chercher lord John Russell et lui demande de former un cabinet, quel conseil donnerait lord John k S. M.? Probablement d'envoyer quérir sir Robert de nouveau. Pense-t-on quVec une majorité de 90 voix, dans toutes les questions politiques, sir Robert peut être dépossédé par d'aussi misérables manœuvres? Si les partis se balançaient à peu près , s'ils présentaient les mêmes forces à 10 ou 20 voix près, il y aurait peut-être ouverture à cette tactique des partis. Mais , avec une majorité de 90 h 1 00 voix do côté de sir Robert Peel , comment de telles intrigues porteraient-elles ses adversaires au pouvoir ? Non, non, le moyen d'arriver au pouvoir, si tant lord John Russell et les WMgs le désirent, ce n'est pas de s'associer, au mépris des principes, avec les ultra»monopoleurs ; cette tactique ne réussirait pas, même en France, où les hommes politiques sont moins scrupuleux qu'en Angleterre, et moins retenus par le contrôle éclairé de l'opinion publique; mais si le noble lord veut arriver au pouvoir, qu'il déploie sa force au dehors, aGn d'accroitre son influence dans la Chambre des communes. (Acclamations.) Et quel est pour lui, comme pour tout homme politique, le moyen d'acquérir du crédit au dehors? Ce n'est point de faire obstacle à cette liberté commerciale qu'il fait profession d'admettre en principe, mais, au contraire, d'adhérer étroitement k ce principe, prêt à s'élever ou à tomber avec loi. Je suis iîché de dire que telles sont les idées des deux grands partis parlementaires , — je veux parler des Whigs et des Torys, — que le peuple ne se soucie guère de l'un plus que de l'autre, (écoutez, écoutez,) et je crois vraiment qu'il
les vendrait tous les deux pour une légàre réduction de taxes et de prohibitions. (Rires.) Gentlemen , la Ligue, au moins en ce qui me concerne , n^appartient a aucune de ces deux (k' tions. Ni les Whigs, ni les Torys ne sont des free-traiert pratiques. Nous ne tenons encore aucun gage du chef des Whigs non plus que du chef des Torys, duquel nous puissions inférer qu*il est prêt à pousser à bout le principe de ta liberté des échanges. Nous avons bien entendu de vagues déclarations , mais cela ne peut nous suflire, et il nous faut des wUi ï Tappui. On trouve toujours quelque prétexte pour continaer la protection du sucre et quelque justification en faveur de la protection du blé. Tant que nous n*aurons pas amené Tan ou l'autre parti politique à embrasser sans arrière-pensée la cause de la liberté contre celle de la protection, qui n'estqte le pillage organisé, je ne crois pas que la Ligue, comme Ligue, agirait avec sagesse et politique, si elle s*idendfiait avec Tun des deux. Gentlemen , mon opinion est, qu'encore que nous soyons isolés comme corps, pourvu que nous sojobs un corps, nous aurons plus de force à la chambre et dans le pays , quoique privé de la force numérique, que si nous nous laissions absorber parles Whigs ou les Torys. (Acclamations). Je vois la confusion des partis et le chaos dans lequel tombent les factions politiques ; je ne m'en afflige pas. Mais je dis : formons un corps compacte de free^trader$^ et plos sera grande la confusion et la complication entre les Whigs et les Torys, plus tôt nous réussirons k faire triomphernotre principe. (Applaudissements enthousiastes.)
Le révérend T. Spenobr : M. le président , ladies et gentlemen , comme vous tous, j'ai écouté avec le plus grand intérêt le discours de M.. Cobden, et je me réjouis de voirl'efr* prit de parti tomber enfin dans le discrédit ; je me réjouis de penser que bientôt disparaitroni les vaines dénominations de
ou l'agitation anglaise. 34^
Wfaigs et de Torys. i'espère, — et il y a longtemps que je nourris cette espérance , — qae sur les raines de ces partis , il s'en élèvera un troisième qne le peuple appuiera le parti de la juêtice (bruyMXs applaudissements), parce qu'il n'aura d'autre règle que la justice, non justice pour quelques-uns, mais justice pour tous (acclamations); parce qu'il ne favorisera pas la classe ricbe , ou la classe pauvre , ou la classe moyenne, mais qu'il tiendra la balance égale , faisant ce qui est bi«& et ce qui est droit , en tout temps et en toutes circonstances. (Acclamations.) J'espère voir en même temps changer l'esprit des journaux. Au lieu d'être calculés et écrits pour égarer le public , ou pour acquérir de la popularité ; au lien d'en appeler constamment aux passions; au lieu de ces vieux journaux Whigs et Torys, j'espère voir les journaux de la Vérité, constater les événements sans chercher k les colorer, enregistrer les faits tels qu'ils sont (applaudissements) ^ de manière à ce que le peuple puisse croire ce qu'il lit , ce qu'il nepenl faire maintenant, obligé qu'il est, pour arriver à la vérité, de lire les journaux de tous les partis et déjuger entre eux. (Acclamations.) Comme prêtre de FÉglise d'Angle* terre, je dois me défier de ma propre opinion quand je vois la grande majorité du clergé penser autrement que moi en matière politique. Cependant , il n'est pas impossible que la minorité ait raison» On a vu la vérité soutenue par le petit nombre, et même un homme rester senV debout; et en tous cas penser pour soi-même est le droit de chacun. Il s'agit de savoir de quel côté est la vérité et non de quel côté est le nombre. (Approbation.) Je suis fâché d'être, à cet égard , de l'avis de l'évéque Butler, qui disait : < I^ plupart des hommes pensent par les autres, > je ne veux rien dire qui s'écarte du respect que je dois ï mes semblables, mais je crois que le prélat avait raison, etque beaucoup d'hommes sont moralement,
34i COBDEN £T LA LIGUE,
«non physiquement, indolents. Us n'aiment pas k étudier, à travailler, k penser^et, mêmeqoand ils lisent, ils font sou^nt, comme il disait encore : c acte de paresse ». Nous les voyons dévorer un roman, — cela n*est pas une étude; — ou parcourir un journal, — il n*y a pas là travail intellectuel , investigation, recherche de la vérité. C'est ainsi qu'on se charge la mémoire , qu'on se bourre l'esprit, jusqu'à ce qu'un accès d'indigestion vide l'un et l'autre; car, permettez-moi de vous le dire, rien n'affaiblit plus la mémoire que ces immenses lectures que la méditation ne transforme pas, par le travail intime de rassimilation , en la substance même de notre esprit. J'attribue le premier obstacle que rencontre la Ligue a ce défaut de jmuë^ de la part du peuple. La ligue est obligée de penser pour lui. Il est comme ces hommes qui abandonnent leur santé au médecin , leurs domaines k Tintendant, leurs discussions a l'avocat et leur âme au prêtre. (Rires et applaudissements.) Ils ne suivent pas rEcrilore, car elle dit : Examinez , et eux disent : qu'un autre examine pour moi p. (Rires.) C'est ainsi qu'ils se déchargent de toute responsabilité et ne font rien que par procuration. (Nouveaux rires.) Mais aussitôt que le peuple de ce pays voudra penser par lui même , — surtout quand il examinera par lui-même ce que c'est que la vraie religion, quand il comprendra qu'elle pe consiste pas en de vaines simagrées, k montrer des figures allongées , a réciter des prières et k chanter des psaumes, mais k mettre la rectitude et la justice dans nos paroles ei nos actions, alors la Ligue parcourra le pays, recrutant taoi de prosélytes, que ses triomphes de quelques semaines effaceront ceux qu'elle doit k plusieurs années de labeurs. (Applaudissements,) La seconde raison qui empêche la Ligue de faire des progrès plus rapides, c'est que parmi ceux-là même qui pensent un peu^ (et penser mène nécessairement au prio*
ou l'agitation anglaise*. 345
cipe de ia liberté commerciale), il en esl beaucoup qui laissenl à d'autres le soin d'agir. Ils disent : 4 II n'est pas nécessaire que je me donne tant de peines; voilà M. Cobden , (tonnerre d'applaudissements), voilà M. Cobden, il pourvoira k tout. Voilà notre représentant à la Chambre des communes; c'est un brave homme , il parlera pour moi. Voici des hommes qui tiennent des meetings et signent des pétitions. Voici des agents salariés et d'autres qui ne le sont pas, et voici la Ligue, et ses journaux , et ses pamphlets , tout cela fait merveille. A quoi bon dépenser mon temps, mes peines, mon argent, me faire des ennemis, négliger mes affaires. Je m'en rapporte aux autres. » (Applaudissements.) Voila ce qui a perdu plus d'une noble cause. (Cris : Écoutez.) L'homme véritablement grand se. dit : < T agirai^ fussé-je seul. Si les autres négligent leur devoir, je ferai le mien, et quoique j'aie foi dans la suprême intervention de la Providence , je travaillerai comme si elle n'aidait que ceux qui s'aident eux-mêmes. ^
L'orateur traite ici la question de la liberté commerciale au point de vue religieux. Il cherche des autorités dans la Bible, dans le livre de prières , dans les opinions des sectaires les plus célèbres. Nous regrettons que le défaut de temps et d'espace ne nous permette pas de reproduire cette argumentation si étrange pour des oreilles françaises, et si propre à initier le lecteur dans le génie de la nation britannique. De la prière pour obtenir la pluie, l'orateur conclut que l'Église demande l'abondance, ce qui est le but de la liberté commerciale. La prière en faveur du Parlement lui fournit roccasion d'interpeller sir Robert PeeL — « O Dieu, dit celte prière, faites que tout s'ordonne
346 CaBDËN ET LA LIGUE,
et s'arrange par les efforts du Parlement sur la base la plus solide, afin que la paix et le bonheur, la vérité et la justice, la religion et la piété régnent parmi nous jusqu'à la dernière génération. » — Or, sir Robert Peel a reconnu que la plus solide base du commerce était de laisser « chacun acheter et vendre au marché le plus avantageux ; » d'où l'orateur tire cette conséquence que, puisque sir Robert Peel ne donne pas la liberté au commerce, il ne peut honnêtement faire la prière du dimanche.
11 aborde ensuite la question à l'ordre du jour, la distinction entre les deux sucres. Gommeon devait s'y attendre, il déploie un grand luxe d'érudition biblique pour démontrer que le gouvernement n'a pas le droit d'imposer au consommateur une telle distinction; et malgré que tout semble avoir été dit par les précédents orateurs, M. Spencer ne laisse pas que d'opposer au projet du gouvernement une solide argumeotation.
€ Je suis convainco, dit-il, que le maître que nous servons, notre Créateur, i^'a pas entendu nous assujétir à examiner Torigine de toutes les choses dont nous nous servons. Ce livre (montrant le livre de prières), est fait avec du cotoa produit par le travail esclave. Dieu n'attend pas de nous que nous tremblions à chaque pas, et ne nous imputera pas à péché Tusage de tels objets. C'est pourquoi je pense que le gouvernement a tort de s'emparer de telles idées, momentanément dominantes dans le public , pour s'en faire des arguments de circonstance. Je ne doute pas que chacun à& membres qui composent le cabinet a des idées plus justes;
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mais ils ne veulent pas froisser les sentiments de ceux qui pensent différemment. Il est k regretter que ce sentiment ait prévalu; il esta regretter qu'il existe dans l'esprit d'un grand nombre d'hommes honnêtes. Quand la pitié et la charité prennent dans l'esprit la place de la justice, il en résulte toutes sortes de méprises. Tout ce que je puis dire, c'est que la Bible ne sanctionne pas cette substitution de la charité à la justice. Elle dit : < Soyez justes » , et ensuite : c Aimez la pitié« > fondez toutes choses sur la vérité , sur l'honnêteté , sur la loyauté, sur l'équité; payez ce que vous devez; faites ce qui est bien , et ensuite , si vous en avez les moyens, montrez-vous généreux (*). Et même encore la charité de la Bible n'est pas la charité moderne, — cette charité qui s'exerce aux dépens du public, — qui dit aux hommes : c soyez bien vêtus, bien chauffés », en ajoutant : c adressezvous à la paroisse ; » non , la charité de la Bible est volontaire, et chacun la puise dans son cœur et dans sa bourse. (Applaudissements.) Je vous raconterai un acte de vraie charité dont j'ai eu hier connaissance. Un de mes amis me racontait qu'il voyageait dans une voiture publique, de compagnie avec un lord anglais, par une terrible nuit d'hiver. Il y avait sur la voilure la femme d'un soldatetsonenfantexposés iiune pluie battante et à un vent glacial. Le noble lord, dèsqu'il apprit cette circonstance , et malgré que le voyage fût long, établit la femme du soldat et son enfant dans sa bonne place de l'intérieur, et supporta pendant de longues heures les assauts d'une violente tempête. (Applaudissements.) Ce gentleman est un noble free-trader dont le nom est Badnor. (L'as-
C) A i*époque où ce discours fut prononcé , le parti qui soutenait le monopole des céréales et la cherté du pain , proposait une foule de plans philanthropiques pour le soulagement du peuple.
semblée se lève en masse el applaudit k outrance.) — Le principe que je Toulais établir devant vous est celui-ci : quand la détresse règne dans le pays, il ne faut pas se contenter, selon le système moderne, de replâtrer, de corriger, de rapiécer, il faut aller à la source du mal et en détruire la cause.
Et ailleurs :
Je n'admets pas qu*on puisse revenir sans cesse sur une règle solidement établie. Si un homme, par exemple, après avoir examiné la Bible, s*est une fois assuré, par Tévidence intérieure et extérieure, que ses pages sont pures et authentiques, il ne peut être reçu a poiotiller sur chaque expression particulière , et il doit adhérer k sa conclusion générale et primitive. (Écoutez, écoutez.) Chaque science prend ponr reçus un certain nombre d'axiomes et de déûnitions. Eoclide commence par les établir. Si vous les admettez k l'origine , vous devez les regarder comme établies pendant tout le cours de la démonstration. De même, sir Isaac Newton pose des exercices et des propositions simples k l'entrée de son livre des Principes. Si nous les lui accordons une fois, il ne faut pas , plus tard , faire porter la discussion sur - ce poinL 11 en est de même pour la liberté commerciale. Reconnaissonsnous que la liberté d'échanger est un des droits de l'homme ? que chacun est admis k tirer pour lui-même le meilleur parti de ses forces dans le marché du monde ? Vous ne devez point ensuite dévier de ce principe a chaque occasion particulière. Vous ne pouvez pas dire au peuple : < Tu n'échangeras pas avec la Russie, parce que la conduite de son empereur envers les Polonais n'a pas notre approbation ; tu n'échangeras pas avec tel peuple, parce qu'il est mahométan ; avec tel autre, parce qu'il est idolâtre, et ne rend pas a Dieu le culte qui lui est dû. » Le peuple anglais n'est pas responsable de ces
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choses. Ma question est celle-ci : S<HDines-Bous tombés d'ac*» cord que la liberté des échanges est fondée snr la justice? Si cela est, adhérez virilement k ce que vous avez une fois approuvé, soyez conséquents et ne revenez pas sans cesse sur les fondements de cette croyance. (Applaudissements.)
Qu'il me soit permis de faire ici une reflexion. La question des sucres, telle qu'elle est posée en Angleterre, n'a pas pour le lecteur français un intérêt actuel. Nous n'en sommes pas à savoir si nous repousserons le sucre des Antilles comme portant la tache de l'esclavage. J'ai cru pourtant devoir citer quelques-uns des arguments qui se sont produits dans les meetings de la Ligue à ce sujet, et mon but a été principalement de faire connaître l'état de l'opinion publique en Angleterre. Nous autres Français , grâce à Tinfluènce d'une presse périodique sans conscience, nous sommes imbus de l'idée que l'horreur de l'esclavage n'est point, chez les Anglais, un sentiment réel, mais un sentiment hypocrite, un sentiment de pure parade, mis en avant pour tromper les autres peuples et masquer les calculs profonds d'une politique machiavélique. Nous oublions que le peuple anglais est , plus que tout autre, peut-être, sous l'influence des idées religieuses. Nous oublions que, pendant quarante ans, r agitation dbolitioniste a travaillé à susciter ce sentiment dans toutes les classes de la société. Mais comment croire que ce sentiment n'existe pas, quand nous le voyons mettre obstacle à la réalisation de la liberté commerciale, admise en principe par tous les hommes d'État éclairés du Royaume-Uni; quand nous
iroyons les chefs de la Ligue occupés , meetiug après meeting, a en combatlre l'exagération? A qui s'adressent tous ces discours, tous ces arguments, toutes ces démonstrations ? Est-ce à nos journaux français qui ne s'occupent jamais de la Ligue et.en ont à peine révélé l'existence? A qui fera-t-on croire que les monopoleurs, dans cette circonstance, se sont emparés, à leur profit, avec tant d'habileté d'un sentiment public qui n'existe pas ?
On peut faire la même reflexion sur l'agitation commerciale. Nos journaux n'en parlent jamais, où, s'ils sont forcés par quelque circonstance impérieux d'en dire un mot, c'est pour y chercher ce qu'ils appellent le machiavélisme britannique. A les entendre, on dirait que tous ces efforts presque surhumains, tous ces discours, tous ces meetings, toutes ces luttes parlementaires et électorales, n'ont absolument qu'unbut : tromper la France, en imposer à la France, l'entraîner dans la voie de la liberté pour l'y laisser plus tard marcher toute seule. Mais, chose extraordinaire, la France ne s' occupe jamais de la Ligue, pas plus que la Ligue ne parait s'occuper d'elle, et il faut avouer que, si l'agitation n'a que ce but hypocrite , elle s'enferre niaisement , car elle aboutit à faire opérer en Angleterre même ces réformes qu'on l'accuse de redouter, sans feire faire un pas à notre législation douanière.
Quand donc en finirons-nous avec ces puérilités î Quand le public français se fatiguera-t-il d'être trailé par la Presse, par le Commerce, par le comité Mi' mitrd, comme une dupe, comme un enfant crédule,
ou l'agitation anglaise. 351
toujours prêt à se blesser, à s'avilir lui-mèroe, pourvu qu'on fasse retenlir à ses oreilles ces grands mots : la France, la généreuse France; l'Angleterre, la perfide Angleterre. Non, ils ne sont pas Français ceux qui, par leurs sophisraes, retiennent les Français dans une enfance perpétuelle; ils n'aiment pas véritablement la France, ceux qui l'exposent sciemment à la risée des nations et travaillent de tout leur pouvoir à abaisser notre niveau moral au plus bas degré de l'échelle sociale.
Que penserions-nous si nous venions à apprendre que, pendant dix années, la presse et l'opposition espagnoles, profitant de ce que la langue française est peu répandue au-delà des Pyrénées , ont travaillé et sont parvenues à persuader au peuple «que tout ce qui se fait, tout ce qui se dit en France, a pour but de tromper, d'opprimer et d'exploiter l'Espagne? que nos débats sur l'adresse, sur les sucres, sur les fonds secrets, sur les réformes parlementaire et électorale, ne sont que des masques que nous empruntons pour cacher, à l'égard de l'Espagne, les plus perfides desseins? si, après avoir excité le sentiment national contre la France, les partis politiques s'en emparaient, comme d'une machine de guerre pour battre en brèche tous les ministères? Nous dirions : Bons Espagnols, vous êtes des dupes. Nous ne nous occupons point de vous. Nous avons bien assez d'affaires. Tachez d'arranger les vôtres, et croyez que tout un grand peuple n'agit pas, ne pense pas, ne vit pas, ne respire pas uniquement pour en tromper un autre. Faites rentrer vos
352 GOBDEfI ET LA LIGUE,
journaux et vos hommes politiques dans une amre \oie, si veus ne voulez être un objet de mépris et de pitié aux yeux de tous les peuples.
La question est toujours de savoir ce qui vaut mieux de la liberté, ou de Tabsence de liberté. Au moins ceux qui admettent que la liberté a des avantages, doivent*ils admettre aussi que les Anglais la reclament de bonne foi, et n'est-ce point une chose monstrueuse et décourageante d'entendre nos lAéraux mettre à la suite Tune de l'autre ces deux phrases contradictoires: La liberté est le fondement de la prospérité des peuples. — Les Anglais travaillent depuis vingt ans à conquérir la liberté , mais avec la perfide arrière-pensée de nous la faire adopter pour la répudier eux-mêmes Tinstant d'après. — Se peut-il concevoir une absurdité plus exorbitante?
Nous terminerons le compte-rendu de cette séance par le discours de M. Fox, dont nous ne traduisons que l'exorde et la péroraison.
M. W. J. Fox : La motion que l'honorable M. Ch. Pelham Villiers doit proposer mardi prochain pour l'abrogation des lois-céréales, marque le terme d'une autre année de l'a^ation de la Ligue. C'est le moment de constater les progrès de notre cause ; et le résultat de cette motion fera connaître rétat de Topinion du Parlement relativement à la liberté commerciale , comparée à ce qu'elle était Tannée dernière. J'avoue que de ce côté je n'ai pas de grandes espérances. U révérend ministre, qui m'a précédé k cette tribune, tous a fort à propos rappelé la prière qui se répète dans toute TAogleterre pour la Chambre des commupes. Mais avec quelque
ou l'agitation anglajsk. 35«?
sincérité qii*eUe soit offerte, je crains qu'elle soit à peu prè» aussi inefficace qu^une proposition qu'on faisait il y a quelques jours, dans un village agricole où les fermiers souffrent de cette sécheresse dont parlait M. Spencer. On invitait le curé k dire une prière pour demander la pluie, il consulta un vieux fermier des environs et voulut savoir s'il acquiesçait à la requête de ses autres paroissiens. < Oh ! M« le curé, dit le fermier, dans mon opinion, il est inutile de prier pour la pluie tant que le vent soufflera du nord-est > (Rires). Et pour moi, je crains que les prières de TÉglise ne soient aussi inefficaces à amener rétablissement de la liberté commerciale sur les bases de la justice et de la vérité, par Tintervention de la Chambre des communes, tant que les vents régnants y souffleront des froides et dures régions du monopole (Applaudissements). J'attends peu de chose , dans une question qui s'agite entre une classe et le public, d'une assemblée fondée et élue par cette classe. Le mal est dans les organes vitaux, et il ne £iut rien moins qu'une régénération du corps légis^ latif pour que des millions de nos frères puissent espérer justice, sinon charité, de ceux qui se sont constitués les arbitres de nos destinées. Il y a d'ailleurs des symptômes propres k modérer notre attente sur le vote prochain du Parlement. Je ne serais pas surpris que nos forces parassent être diminuées depuis le dernier débat, et je ne me laisserai pas décourager par un tel phénomène, car il est k rraiarquer que toutes les fois que le parti whig a entrevu le pouvoir en perspective, des phrases et des expressions que le progrès de cette controverse semblaient avoir vieillies, ne manquent pas de se reproduire, et dans les récents événements parlemeiH taires , il n'a pas plutôt aperçu la chante de supplanter lé parti rival qu'on a vu la doctrine dn draù-^fixe reparaître dans ses journaux (Uns voix : Ils ont le droit ^agir ainsi).
j354 COBDËN ET LA LIGUE,
Sans doule , ils ont le droit d'agir ainsi ; ils ont le droit de faire revivre le droit-fliie comme vous avez le droit d'arraeber un cadavre à la terre, si cette terre vous appartient Mais vmis n'avez pas le droit de jeter cette masse de corruption au milieu des vivants et de dire : ceci est Tun de vous; il vient partager vos travaux et vos privilèges (Applaudissâments). Il n'y a pas déjà bien longtemps, qu'au grand jour de la discussion publique le droit- fixe est mort, enseveli , corrompu ei oublié pour toujours, et il ne reparait sur la scène que parce qu'un certain parti parlementaire croit avoir amélioré sa position et s'être ouvert une brèche vers le pouvoir. Mais au droit-fixe comme k l'cchelle-mobile, la Ligue déclare une guerre éternelle (Écoutez). L'intégrité de notre principe répugne à l'un comme à l'autre. Nous ne transigerons jamais avec une taxe sur le pain, quel qu'en soit le m ode, et nous les repoussons tous les deux , comme des obstacles divers qoi viennent s'interposer entre les dons de la Providence et le bien-être de l'humanité
A propos des crises ministérielles que venaient d'occasioner coup sur coup la loi sur les sucres et le bill des dix heures, l'orateur s'écrie :
Des symptômes de nos progrès se révèlent dans la condition ai^tuelie des partis qui nous sont hostiles. Où est cette phalange serrée qui se leva contre nous il y a deux ans? Où est cette puissance qui , aux élections de 1841 , balayait tout devant elle ^oomme un tourbillon? Divisée sur tontes les questions qui surgissent, tonrmentée par une guerre intestine à propos d'un évéché dans le pays de Galles , là propos des chapelles des dissidents , h propos de la loi des pauvres , de celle da travail dans les manuGactures, la voilà encore lifrée à l'anarchie au sujet deJa loi des sucres (Applaudissements).
ou l'agitation anglaise. 355
Les voilk! ÉgUse orthodoxe contre Église modérée; — Tien Torys contre conservateurs modernes; — vieille Angleterre contre jeune Angleterre. — Voilà la grande majorité dont sir Robert Peel a mis dix ans Si amalgamer les ingrédiens (Rires et applaudissements). L'état présent de la Chambre des commune» est une haute leçon de moralité pour les hommes d'État k venir. Elle les avertit de la vanité des efforts qu'ils pourraient tenter pour former un parti sans un principe, ou 9 ce qui ne vaut guère mieux, avec une douzaine de principes antipathiques. Quand il était dans Toposition , sir Robert Peel courtisait tous les partis, évitant, avec une dextérité merveilleuse, de se commettre avec aucun. Il leur donnait à entendre — confidentiellement sans doute — que la coalition tournerait à leur avantage. Il ne s'agissait que de déplacer les Whigs. Tout le reste devait s'ensuivre. Enfin la coalition a réussi, et voilk qu'elle expose le très honorable baronet dans la plus piteuse situation où se soit jamais trouvé, à ma connaissance, un premier ministre d'Angleterre. Accepté seulement k cause de sa dextérité, nécessaire k tous, méprisé de tous , contrarié par tous , il est l'objet dé récriminations unanimes, et les reproches dont il est assailli de toutes parts se résument cependant avec une écrasante
uniformité par le mot : c Trahison »
C'était hier l'anniversaire de la bataille de Waterloo. Les guerriers qui triomphèrent dans cette terrible journée se reposent k l'ombre de leurs lauriers. Plusieurs d'entr'enx occupent des positions élevées, et je désirerais que cette occasion leur suggérât l'idée de rechercher quelles furent les causes qui avaient affaibli la puissance sociale de Napoléon, longtemps avant que sa force militaire reçût un dernier coup sur le champ de Waterloo. Pour les trouver , je crois que ^ remontant le cours des événements , nous devrions revenir
356 COBOKN £T Là LIGUE,
jii8qtt*au Décret de Berlia qui déekra le blocus' des Iles-Bri- ^nmqaes(^). Les lois natarelles do commerce, on Ta dit avec raisoD, le brisèrent comme on roseau. L*opiDion s'était retirée de lui, sa politique avait perdu en Europe tout respect et toute confiance avant le prodigieux revers que ses armes subirent le 18 juin. Lui-même s'était porté, le premier coup par les proclamations anti-sociales auxquelles je fais allusion. Eh bien ! que ces guerriers qui renversèrent alors le blocus^ de la Grande-Bretagne, y songent bien avant de s'unir à une classe qui s'efforce de la soumettre k un autre blocus. (Écoutez). La loi-céréale, c'est un blocus. Elle éloigne de nos rivages les navires étrangers; elle nous sépare de nosaliments; elle nous traite en peuple assiégé; elle nous enveloppe comme pour nous chasser du pays par la famine. Le blocus que rompit le duc de Wellington ne portait pas les caractères essentiels d'un blocus plus que celui que nous impose le monopole; seulement le premier prétendait se justifier par une grande politique nationale, et le second ne s'appuie que sur les misérables intérêts d'une classe. Il ne s'agit plus de Tempire du monde , mais d'une question de revenus privés. (Applaudissements.) Ce n'est plus la latte des rois contre les nations; il n'y a d'engagés que les intérêts des oisifs propriétaires du sol, et c'est pour cela qu'ils font la guerre, et c'est pour cela qu'ils renferment dans leur biocas les multitudes industrieuses et laborieuses de la Grande- Bretagne. (Applaudissements.) Le système du monopole est aussi anti-national que h politique commerciale de Napo-
(') M. Fox aurait pu s'ètayer ici de Topinioii de Napoléon lui-même. En parlant du dto'et de Berlin, il dit : « La hitte n^eat devenue périlleuse que depuis Tors. J'en reçus i^impression en si^ant le décKt. Je soupçonnai quil n*y aurait plus de repos pour moi , et que ma ?ie se passerait à combattre des résistances. » {Note du iruditeUmr.)
ou l\vgitation anglaise. 357
léoa était hostile aux vrais intérêts de TEorèpe, et il doit s*éGroaler comme elle. H o'est pas de pifissance, quels que soient ses succès passagers , qui puisse maintenir le monopole. Ce blocus nouveau aura aussi sa défaite de Waterloo , et la législation monopoliste son rocher de Sainte-Hélène par delà les limites du monde civilisé. (Acclainations prolongées.) J*ai la confiance que les guerriers qui s^àssembièrent hier, contents de Jeurs triomphes passés, se réjouissent dans leur cœur de ce que Toccasion ne s*est plus offerte h eux de conquérir de nouveaux lauriers, et de ce que la paix n*a pas* été rompue. Oh ! puisse-t-elle durer toujours ! (Écoutez, écoutez.) Mais, soit qu*il faille assigner la cessation de l'état de guerre à Tépuisement des ressources des nations, — ce qui y est sans doute pour beaucoup , — ou au progrès deTopinion, — etj*espère qu*elle n'y a pas été sans inBuence, --^''entends cette opinion qui repousse le recours aux armes dans les questions internationales , qui, avec de la bonne foib et de la tolérance, peuvent être amiablement arrangées); -^ quelles que soient ces causes , ou dans quelques proportions qu'elles se combinent, les principes qui sont antipathiques k la guerre sont également antipathiques au mionopole. Si les nations ne peuvent plus combattre parce qu'elles sont épuisées, certainement, par le même motif, elles, ne peuvent plus supporter le poids du monopole. — Si Topinion s'est élevée contre les luttes de nation k nation, l'opinion se prononce aussi contre les. luttes déclasse k classe, et spécialement s'il s'agit pour les riches et les puissants de s'attribuer une part dans la rémunération des classes pauvres et laborieuses. (Applaudissements.) L'action de ces causes détruira, j'espère V Tun de ces fléanx comme elle a détruit l'autre. Leurs caractères sont les mêmes. Si la guerre appauvrit la société, si elle renverse le négociant des haoleurs de
la fortune, tA elle dissipe les ressource des nations, et si elle enfonce le pauvre dans une pauvreté de phis en plus pro-fonde , le monopole reproduit les mêmes scènes et exerce la même influence. Si la guerre dévaste la face de la nature , change les cités en ruines, et transforme en déserts les champs que couvraient les moissons mouvantes , quelle est aussi la tendance du monopole, si ce n'est de faire pousser Therbe dans les rues des cités autrefois populeuses, et de rendre solitaires et vides des provinces entières qui, par la liberté des échanges , eussent préparé une abondante nourriture pour des milliers d*hommes laborieux vivant sous d'autres, cieux et dans des conditions différentes. Si la guerre tue , si elle imbibe de sang humain le champ du carnage, le monopole aussi détruit des milliers d'existences, et cela après une lente agonie plus douloureuse cent fois que le boulet et la pointe de répée. Si la guerre démoralise et prépare pour les temps de paix les recrues du cachot , le monopole ouvre aussi toutes les sources du crime, le propage dans tous les rangs de la société, et dirige sur le crime et la violence la vengeance et le glaive de la loi. (Applaudissements.) Semblables par les maux qu'ils engendrent, minés par l'action des mêmes causes, condamnés, pour la criminalité qui est en eux, par la même loi morale , je m'en remets au même plan providentiel de leur complètedestruction. (Applaudissements enthousiastes.)
Nous ne pouvons pas nous dissimuler que Vetprù départi^ cette rouille des États constitutionnels, fait en France, comme en Angleterre, comme en Espagne, d'épouvantables ravages. Grâce à lui, les questions les plus vitales, les questions d'où dépendent le bienêtre national, la paix des nations et le repos du monde,
ou L AGITATION ANGLAISE. 359
nesontpas envisagées dans leurs conséquenees et considérées en elles-mêmes, mais seulement dans leur rapport avec le triomphe d'un nom propre. La presse, la tribune, et enfin l'opinion publique, y cherchent des moyens de déplacer le pouvoir, de le faire passer d'une main dans une autre. Sous ce rapport, l'apparition au Parlement britannique d'un petit nombre d'hommes résolusàn'avoirenvue, dans chaque question, que l'intérêt public qui y est impliqué, est un fait d'une grande importanceet d'une haute moralité. Le jour où un député français prendra celte position à la Chambre, s'il sait la maintenir avec courage et talent, ce jour-là sera l'aurore d'une révolution profonde dans nos mœurs et dans nos idées; car, il n'est pas possible que cet homme ne rallie à lui l'assentiment et la sympathie de tous les amis de la justice^ de la patrie et de l'humanité. Pleins de cette idée , nous espérons ne pas fatiguer inutilement le public en traduisant ici l'opinioa d'un des organes de la presse anglaise , sur le rôle qu'ont joué les pree-traders^ dans la question des sucres.
c Ce qu'il s'agissait de démêler, c'était de savoir laquelle des deux propositions, celle de R. Peel et celle de M. Miles, s'approchait pratiquement le plus des principes de la liberté commerciale. Et cette question , M. Miles la résolvait luimême en fondant son amendement sur ce que le plan ministériel n'accordait pas une suffisante protection au monopole des planteurs des Antilles. Dépouillée de ses artifices technologiques, elle était calculée pour accroître la protection en faveur du sucre colonial, et nous ne pouvons pas
comprendre comment une pareiUe mesure aurait pu , sans inci^nséqoence, recevoir Tappui de gens qui font profesrion de dénoncer toute proleclion comme injuste, et tout monopole comme funeste^
< On dit que, selon les règles de moralité k Tusage des partis, le principe abstrait aurait dft céder devant les nécessités d'une manœuvre, et que la proposition de M. Miles aurait dû être soutenue, afin que sir R, Peei, perdant la' majorité, fût forcé de résigner le pouvœr ; on fait entendre que, dans la crise ministérielle, les free'4rader$ auraient sans doute obtenu des avantages qu'on ne spécifie pas. Eh bien, même sur ce teiraip abject des expédients, et mettant de cdté toute considération de principe, nous sommes convaincus qu'en votant avec sir R, Peel, les free-iraders ont adopté la ligne de conduite non-seulement la plus juste, mais encore ta plus prudente qu'ils puissent choisir dans la circonstance. Il est bien clair qu'une majorité contre sir Robert Peel ne pouvait être obtenue que par la coalition des partis. Hais voyons avec qui les free'tra(fer$ se seraient coalisés? H suf-
fit de jeter les yeux sur la liste des membres qui ont voté avec M, Miles, pour s'assurer qu'elle présente les noms des plus fanatiques monopoleurs de l'empire , des plus désespérés adhérents au vieux système de privilèges en faveur du sucre et des céréales, tels qu'ils existaient dans les plus beaux jours des boqrgs-pourris ; geQs qui n'ont rien oublié ni rien appris, pour qui le flot du temps coule en vain, et dont les vœux nop dissimulés sont le retour des vieux abus et ia restauration de la corruption électorale^ — Quel principe commun unit ces hommes aux firee^raden? Absolument aucun. Leur concours fortuit n'eût donc été qu'une coalition en dehors des principes, et l'histoire d^Angleterre a été écrite en vain, si elle ne nous apprend pas que de telles coalitions ont
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toiijoars été fitnesles an pays. C'est là qu'a toojoiirs élé ta pierre d'achoppement d^s Wbigs^ et la raison qui explique pourquoi les hommes d*État de ce parti n'ont jamais inspiré à l'opinion publique une pleine confiance dans l'honnéteié et la droiture de leur politique. La fameuse coalition de M. Fox avec lord North qu'il avait si souvent dépeint comme quelque chose de pis qu'un démon incarné , fit reculer de plus d'un demi-siècle la cause de la réforme en Angleterre, et permit k notre oligarchie de nous plonger dans une guerre contre la France, dont les conséquences pèseront encore sur bien des générations futures. Dans le débat auquel donna lieu le traité de commerce avec la France en février 1787, on vit H. Fox plaider formellement l'exclusion des produits français de nos marchés, se fondant sur ce que les Français étaient c nos ennemis naturels », et qu'il fallait par conséquent éviter tout rapprochement commercial ou politique entre les deux nations. En se faisant, dans des vues spéciales et temporaires, le héraut de ce vieux préjugé, M. Fox rendit d'avance complètement inefiicaces tous les efforts qu'il devait faire plus tard pour empêcher la guerre contre la France. De même, l'adoption temporaire de la bannière de la protection par les chefs des Whigs dans la question des sucres, les eût forcés, le jour oii ils seraient arrivés aux affaires, à se mettre en état d'hostilité contre la liberté du commerce. — La récente coalition de lord John Russell avec lord Ashiey, dont, pendant qu'il était an pouvoir, il avait traité les propositions de toute la hauteur de son mépris ('). est un auire exemple du danger de subordonner les principes au triomphe réel ou
imaginaire d'une manœuvre de parti ; et s'il rentre au pou-
^■■i> Il ■■■ i>.i» II. I .. ■
(' ) On sait que la motion de lord Ashiey consiste à limiter à dix heures le travail des manufactures, et que sir Robert Peel en fait une question d« cabinet.
voir, il s'apercevra qu*il s'est préparé une série d'embarras auxquels il ne pourra échapper qu'aux dépens de sa dignité. — Pour ne parler que du cabinet actuel, chacun sait qne les plus grandes difficultés que rencontre Tadministration de sir R. Peel proviennent des encouragements pleins de partialité qu'il donna aux démonstrations de lord Sandpn , des calomnies prodiguées au clergé d'Irlande, des appels faits aux préjugés nationaux contre le peuple irlandais, et de l'acquiescement plus qu'implicite par lequel il seconda les clameurs des classes privilégiées contre les réformes commerciales proposées par les Whigs en 1841. On dit proverbialement : c C'est l'opposition Peel qui tue le ministère Peel. » Avec de tels exemples sous les yeux, les frte^raders se seraient montrés incapables de profiter des leçons de l'histoire et de l'expérience , s'ils fussent en^és dans une coalition immorale avec les fanatiques du monopole, dans le seul but de fomenter le désordre d'une crise ministérielle.
c Les chefs des Whigs viennent de se coaliser, dans deux occasions récentes, avec les exaltés du parti opposé, pour renverser le ministère. Hais leur influence morale dans le pays y a-t-elle gagné? Bien au contraire, et ils se sont placés eux-mêmes dans cette situation que la victoire eût amené leur ruine, et qu'ils ont trouvé leur salut dans la défaite. S'ils avaient renversé le gouvernement à l'occasion du bill de lord Ashley, ils étaient réduits ^ se présenter devant le pays sous l'engagement d'imposer des restrictions ^ la liberté du travail. Vainqueurs avec M. Miles, ils étaient également engagés à imposer des restrictions à la liberté du commerce. On a dit que la Ligue avait sauvé sir R. Peel; mais on peut affirmer avec plus de raison qu'elle a affiranchi le parti libéral de la honte de paraître en face de la nation, portant empreints sur son front les mots c restriction et monopole. » Mais, après
tout, ce soDt là des conséquences de votes iivhigs oa torys, avec lesquelles les free-traden n'ont rien à démêler. Ils ont exposé et soutenu leurs principes sans égards à aucune considération prise de Tesprit de parti; ils n*ont reculé devant aucun engagement; ils n'ont parlementé avec aucun monopole; ils n'ont abandonné aucun principe; ils ont adhéré simplement et pleinement k la vérité, refusant de transiger avec Terreur. Quapd viendra le jour de la justice, comme il viendra certainement, ils n'auront pas à payer la dette du déshonneur, et ne seront pas réduits à sacrifier, en tout on en partie , l'intérêt national , pour racheter des antécédents factieux. >
On pourra soupçonner ce jugement de partialité , comme émané de la Ligue elle-même. Mais nous pourrions prouver ici , en invoquant le témoignage de la presse provinciale d'Angleterre , que l'opinion publique, un moment incertaine, a fini par sanctionner la conduite des free-traders. On comprend qu'au-delà , comme en deçà du détroit, les journaux de la capitale doivent-ètre beaucoup plus engagés dans les manœuvres des partis. Aussi vit-on le Maming-Giromele, qui d'ordinaire soutient la Ligue, s'élever avec indignation contre M. Cobden et ses adhérents. D'après ce journal, les free-traders auraient du considérer « qu'il ne s'agissait plus d'un droit sur le sucre un peu plus ou un peu moins élevé, mais de choisir entre sir Robert Peel et son éehdlê-fnobiled' \in côté et lord John Russell et le droit-fixe de l'autre,— et qui sait? peut-être entre sir Robert Peel et lord Spencer avec VabolUion totale. »
Il est consolant, pour les personnes qui se préoc-
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capeni de Tavetiir constitutionneides nationris, devoir avec quel ensemble , ta presse impartiale , la presse de province a repoussé celte manière de poser la question. Sur cent journaux, quatre«vingt-dix ont approuvé la Ligue, parmi lesquels ceux-ci : Literpool-Mercury ^ Leeds-Mercun/y Northen-Whig ^ — Oxford-Chrtmicle, — Manchester-Times, — Sunderland-Hercdd, — Kent-Herald^ Edimbourg-Weeckly-Chronicle , CarlisU' Journal ^ Briitol- Mereury^ Sussex-Advertùer, etc., etc. D'autres blâmèrent dans le premier moment et ne tardèrent pas à se rétracter. « Après mûr examen, dit le Stirling^bierver, nous nous voyons obligé de modifier profondément , sinon de retirer complètement nos premières remarques , et nous avouons avec franchise que les chefs delà Ligue ont voté d'après une connaissance desfalts eldescirconstances que nous ne possédons nous-mêmes que depuis peu de jours. »
Combien il serait à désirer que la presse départementale sût se soustraire en France au despotisme dé la presse parisienne; et quel immense service rendraient les journaux de province s'ils se consacraientà étudier les questions en elle^mémes, s'ils démasquaient leurs confrères de Paris, toujours disposés et même intéressés à transformer les plus graves questions en machines de guerre parlementaire! Les feuilles qui se publient à Bordeaux , à Nantes, à Toulouse, à Marseille, à Lyon ne sont pas soudoyées par l'ambassade russe, ou par les comités agricoles et manufacturiers, ou par les délégués des colonies. Leurs rédacteurs n'entrent pas, par Tétévation de tel ou tel chef de parti, dans la
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région universitaire ou diplomatique. Rien donc n'explique rabjeetion servile a?ec laquelle ils reçoivent les inspirations de la presse parisienne, si ce n'est qu'ils sont dupes eux-mêmes de cette stratégie cupide dont ils se font aveuglément les instruments ridicules. Servum peau! Pour moi , je l'avoue, quand au fond d'une province je découvre un homme qui ne manque pas de talent et mémede sincérité, qui sait manier une plume, et que le public qui l'entoure est habitué à considérer comme une lumière, quand je vois cet homme se passionner sur le mot d'ordre de ses collègues de Paris, pour une question de cabinet , négliger, froisser les intérêts de l'humanité, de la France, et mèmede son public spécial ; soutenir, par exemple, ou les fortiflcatipns de Paris, ou le régime protecteur, ou le mépris des traités, et cela uniquement pour faire pièce à un ministre, au profit d'intérêts qui lui sont étrangers comme ils le sont au pays , je crois avoir sous les yeux la personnification de la plus profonde dégradation où il soit donné à l'espèce humaine de descendre.
Le 25 juin i84i, l'ordre du jour de la Chambre des comrounesamena enfin la discussion sur la motion annuelle de M. Ch. Pelham Villiers, pour l'abrogation de la loi-céréale.
La composition actuelle de la Chambre ne permet pas de penser que les free-traders se bercent de l'espoir de faire triompher cette mesure radicale. Ils la présentent néanmoins , d'abord , pour faire naître l'occasion d'une discussion solennelle sur le terrain des prin-
cipes, sachant fort bien que la raison, sinon le nombre, sera de leur côté, et qu'à la longue le nombre se rallie àja raison; ensuite, afin dexîonstater l'état de l'opinion publique , là où elle leur est eertainement la plus défavorable , c'est-à-dire au Parlementa
L'annonce de cette grande discussion avait agité toute l'Angleterre. De toutes parts il se formait des meetings onles électeurs {constituencies) formulaient des requêtes à leurs mandataires pour les sommer de respecter les droits du travail, de l'industrie et du commerce.
Ainsi qu'on l'a vu dans le discours de H. Fox , les circonstances n'étaient pas favorables à la motion de M. Villiers. D'abord les Whigs, toujours prêts à mettre l'intérêt général au second rang et l'intérêt du parti au premier, se montraient peu disposés à seconder les free^traders. Ils ne pouvaient oublier que quelques jours avant, et dans deux occasions successives, les free^traders leur avaient fait manquer l'occasion de ressaisir le pouvoir. < Ils nous ont abandonnés, disaient-ils , et nous les abandonnons à notre tour. » Mais il y a cette différence que les Gobden, les Gibson, les Villiers avaient sacrifié les partis aux principes, tandis que les Whigs sacrifiaient les principes aux partis.
Les Whigs avaient d'ailleurs un autre motif de se montrer moins radicaux que l'année précédente. Les événements récents, en ébranlant le ministère Tory, leur savait laissé entrevoir une chance d'arriver aux portefeuilles. Dès lors, ils avaient fait revivre le drrà /ixê, cet ancien projet de lord John Bussell, et ils m
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voulaient pas s'engdger en votant pour Tabolition immédiate et totale de tous droits protecteurs.
La forme que M. Yiliiers avait donné à la proposition était aussi combinée de manière à faire reconnaître les forces des purs free-traders. C'était, selon l'expression anglaise « a rigid test, » une pierre de touche sévère. En 1843 , la motion de M. Yiliiers, était ainsi formulée : Que la Cbambre se forme en comité pour examiner la convenance d'abroger les loiscéréales. » On conçoit que les partisans du droit fixe, et les hommes sincères dont Topinion n'est pas bien arrêtée , pouvaient se rallier à une telle proposition , qui avait moins pour objet de résoudre la question que de la mettre officiellement à l'étude.
Mais en 1844, la motion de M. VillierS était conçue ainsi :
« Que la Chambre se forme en comité pour examiner les résolutions suivantes :
« Ilrésultedu dernier recensement que la population du royaume s'accroit rapidement ;
« La Chambre reconnaît qu'un très grand nombre de sujets de S. M. est insuffisamment pourvu des obr jets de première nécessité;
« Que cependant une loi est en vigueur qui restreint les approvisionnements, et, par conséquent, diminue l'abondance des aliments;
« Que toute restriction ayant pour objet d*empècher l'achat des choses nécessaires à la subsistance du peuple est insoutenable en principe, funeste en fait^ et doit être abolie ;
368 coBoeN et la ligue,
« Que, f>ar ces moUfe, il est expédieni d'abroger hnmédiatement l'article 5 et 6. Ftdorw, e. 14. »
Il est bien évident qa'une telle proposition ne pouvait être accueillie que par les membres préparés à reconnaître la vérité théorique et les avantages pratiques du principe dé la liberté illimitée du commerce.
Âpres un débat qui se prolongea jusqu'au vendredi 38 juin, la division donna les résultats suivants.
Pour la motion de M. Villiers. . . 124 voix. Contre * 328
Majorité 204.
A ces 124 voix, il faut en ajouter 11, dites paired, selon les usages parlementaires de la Chambre ( * ) , et 30 de membres absents, ce qui forme une masse compacte de purs free-traders de 165 membres.
En résumé, la majorité contre l'abrogation avait été, en 1842, de 303, — en 1843, de 258, —en 1844, de 204.
Nous ne traduisons pas ici les discours prononcés dans cette mémorable circonstance de crainte de fetiguer le lecteur. Nous nous bornerons à dire que, dans le cours de la discussion , on a accusé les fireetraders de ne demander que la liberté du commerce des céréales, et on a , par conséquent, présenté la motion comme faite dans un intérêt purement manufacturier. M. Cobaen a répondu que le système protec-
(') Lorsque deux membre d'opinion différente ont besoin de s*abtenter, ils s'entendent et sortent ensemble sans altérer le résultat da vote.
leur avait principalemeût en vue les intérêts du sot ; que les propriétaires du sol élant en même temps les maîtres du Parlement , la Ligne avait considéré le système tout entier comme n'ayant d'autre point d'appui que cette branche particulière de protection. Dans là nécessité de concentrer ses forces, pour leur donner plus d'efficacité, elle a résolu d'attaquer surtout la loicéréale, sachant fort bien que si elle en obtenait l'abrogation , les propriétaires eux-mêmes seraient les premiers à détruire toutes autres mesures protectrices. « Je déclare ici, dit-il, très-sincèrement et très-formellement, que je me présente comme l'avocat de la liberté des échanges m toutes choses, et, dans le cas où vous vous formeriez en comité au sujet des lois-céréales , si les règles de la Chambre me le permettent , je suis prêt à ajouter à la motion l'abrogation de tous les droits protecteurs sur quelque chose que ce soit. 9
Nous avons remarqué encore un argument émané de M. Milner Gibson et qui nous paraît mériter l'attention des personnes qui aiment à considérer les questions d'un point de vue philosophique.
Après avoir exposé les conséquences funestes du régime restrictif, M. Gibson ajoute :
fadjore le très honorable baronet (sir Robert Peel), j*ad* «jure le payeur général de Tannée (sir £. Rnaichboll), dont Texpérienee est si ancienne, et qui ont entendu dans cette session comme dans les précédentes tant d'arguments pour et contre la question , je les adjure de se lever dans cette enoeinte, et de déclarer, «ne fois pour tontes, sur quel fon« deneat ils pensentqae rarisiocratie de ce pays peut réclamer
pour eUe-méiM, a^ec justice, le droit de sMnterposer dans la liberté de riudastrie. (Écoutez, éoootez). Cest là one interpellation loyale. Je me souviens avoir lu,k TUniversilé de Cambridge, dans les œuvres du docteur Paley , que toute restriction était per u un mal ; quMI incombe h ceux qui la proposent ou la maintiennent de prouver qu*elle am>ortait k la communauté de grands et d*incontestables avantages , de le prouver distinctement, jusqu'à Tévidence et par delà Tombre du doute. Il ajoutait qu'il n'incombe pas à ceux qui en souCfk*ent de faire aucunes preuves. C'est pourquoi je vous interpelle en stricte conformité des principes que j'ai appris dans vos universités. Au nom de la philosophie du docteur Paley, puisqu'il existe une restriction dont j'ai k me plaindre , je vous somme , vous le législateur du pays, vous le gouvernement du pays, je vous somme, et j'ai le droit de le faire, de venir justiâer votre restriction, et jusqu'à ce que vous l'ayez fait clairement et explicitement, il m'appartient, sans autre explication, d'en demander Pabrogation complète et immédiate.
Sir Robert Peel » sûr de la majorité, ne paraissait guère disposé à s'expliquer. Cependant, il est des convenances et une opinion publique qu'il faut bien respecter. Vaincu par ces interpellations directes, vers la fin du débat, il prit la parole, et, selon sa coutume, il fit de larges concessions aux principes sans s'engager & rien pour la pratique :
< Dans l'état artificiel de la société actuelle , dit*il, nous € ne pouvons agir sur de pures abstractions, et nous déter^ € miner par des maximes philosophiques, dont en principe, c je ne conteste pas la vérité. Nous devons prendre w cob-
ou l'agitation anglaise. 37i
les cireonstances danslesquelles nousavMsproc grosse et les intérêts engagés. >
Après cette épreuve, une séance générale de Tassociation pour la liberté commerciale eut Heu au théâtre de CoYcnt-Garden, Ie3 juillet 1844. Nousregrettonsque le temps nous manque pour rapporter ici les discours remarquables deMM.\illiers, Cobden, Bright, etc.
A partir de cette époque, la Ligue s*est consacrée surtout à donner de nouveaux développements à son action. On peut partager sa carrière en trois grandes époques. Dans la première, elle s'était occupée de s'organiser, de fixer son but, de tracer sa marche, de réunir dans son sein un grand nombre d'économistes éclairés. Dans la seconde > elle s'adressa à Topinion publique. Mous venons de la voir, multipliant les meetings dans toutes les provinces, envoyant de toutes parts des brochures, des journaux, des professeurs, essayant enfin de vaincre la résistance du Parlement par la pression d'une- opinion nationale forte et éclairée. A l'époque où nous sommes parvenus, nous allons la voir donner à ses travaux une direction plus pratique, et aspirer à modifier profondément, dans son personnel , la constitution de la Chambre des communes. Pour cela, il s'agissait de mettre en œuvre la loi électorale et de tirer tout le parti possible des réformes introduites par les Whigs dans la législation.
Ce n'est pas que la Ligue fût restée étrangère jusque-là aux luttes électorales. Déjà elle avait essayé ses forces sur ce terrain. Rarement elle avait manqué l'occasion de mettre, dans chaque bourg, un candidat
372 COBDBN TE LA LIGUE y
frêê-'trader aux prises avec un candidat monopoleur. Partout on l'avait vue élever drapeau contre drapeau et principe contre principe. Elle consacrait une partie de son royal budget à poursuivre devant les tribunaux la corruption électorale, et Ton se rappelle qu'elle fil passera Londres même un free-trader. M, Patlison» quoiqu'il eût pour concurrent un des hommes les f>lus riches et les plus haut placés de cette métropole, le banquier Baring, soutenu d'ailleurs par toutes les influences réunies des aristocraties terrienne^ commerciale, ecclésiastique et gouvernementale.
Mais la Ligue n'apportait guère alors aux élections que son influence morale et n'opérait qu'avec les éléments existants. Nous allons la voir essayer de changer ces éléments eux-mêmes^ et de remeltre ta puissance élective aux mains des classes aisées et laborieuses. Des comités s'organisent sur toute la surface du Royaume-Uni. Us ont pour mission de faire porter sur les listes électorales tout free-trader qui remplit les conditions exigées par la loi , et d'en faire rayer tout monopoleur qui n'a pas le droit d'y figurer. Des milliers de procès sont soutenus à la fois devant l'autorité compétente , et avec tant de succès , qu'on peut d^ prévoir qu'au sein de beaucoup de collèges la majorité sera déplacée.
Hais M. Gobden, cet homme éminent qui est Vime de 4a Ligue, et qui la dirige, à travers mille obstacles^ d'une manière si habile et si ferme , conçoit un plan bien autrement gigantesque.
. En France, pour être électeur, il faut payer 200 fr.
ou l'agitation anglaise. 373
d'impôts directs. La loi anglaise ne procède point ^vec cette uniformité. Une multitude de positions diverses peuvent donner le droit de voter. Parmi les dispositions de la loi, il en est une, appelée la clause Chandos, selon laquelle est électeur quiconque a une propriété libre {freehold), donnant 40 sh de revenu net, c'est-à-dire pouvant s'acquérir moyennant un capital de 50 à 60 L s.
Le plan de M. Cobden consiste à faire arriver au droit électoral, par le moyen de cette clause, un nombre suffisant d*hommes indépendants pour contrebalancer la masse d'électeurs dont l'aristocratie anglaise dispose comme d'une dépendance et appartenance de ses vastes domaines.
Dans l'espace de quarante jours, M. Cobden s'est présenté devant trente-cinq meetings, principalement dans les comtés de Lancastre, d'Yorck, de Ghester, afin de divulguer et de populariser son projet* La variété qu'il a su répandre sur tant de discours fondés sur le même thème et tendant au même but révèle une puissance de facultés et une étendue de connaissances 'qu'on est heureux de voir associées à la vertu la plus pure et au caractère le plus élevé. Son collé* gue, M. Bright, n'a pas déployé moins de zèle, de talent et d'énergie.
On n'attend pas de nous que nous suivions pas à pas la Ligue dans cette nouvelle phase de Tagitation. Nous nous bornerons dorénavant à recueillir, dand les innombrables documents que nous avons sous les yeux, les arguments qui pourront nous paraître nou-
veaux el les circonstances propres à jeter quelque jour sur l'esprit de la Ligue et les mœurs anglaises.
Séance do 7 aoùtJS44
Nous \oici arrivés à Tépoque où les relations entre la France et l'Angleterre, et par suite la paix du monde, paraissaient gravement compromises. La presse^ des deux côtés du détroit, et malheureusement dans des vues peu hoborables , s'efforçait de réveiller tous les vieux instincts de haine nationale. On dit que dans la salle d'Eteter-Hall , des missionnaires fenatiques faisaient entendre des paroles irritantes peu en harmonie avec le caractère dont ils sont revêtus. Sir Robert Peel enfin, peut-être dominé par le déchaînement des passions ardentes du dehors, venait de prononcer devant le Parlement les paroles impolitiques et imprudentes qui rendaient si difl^cile l'arrangement des affaires de Taiti.
Jusqu'à ce moment, pas une allusion n'avait été iaite au sein des meetings de la Ligue sur les rapports de la France avec l'Angleterre. Cette oircobstance nous semble mériter toute l'attention du lecteur impartial ; car enfin, les occasions n'avaient pas manqué^ l'affaire d'Alger, celle du Maroc, celle du droit de visite, l'hostilité de nos tarife, manifestée par des droits différentiels mis ù la charge des produits anglais, et bien d'autres circonstances offraient aux orateurs de la Ligue un texte facile à exploiter dans l'intérêt de leur popularité, une arme féconde pour arracher des
ou L AGITATION ANGLAISE. 375
appiaudissements à la multitude. Commeai se fiiit-il que ces hommes, parlant tous les jours eo préseace de cinq à six mille personnes réunies, et dans des circonstances où il leur était si facile de ménager à leur araour^propre d'orateur toutes les ovations de l'enthousiasme politique, se soient constamment abstenus de céder à cette si séduisante tentation ? Gomment des manufocturiers, des nogociants, des fermiers se sonts-ils montrés à cet égard si supérieurs à des mis* sionnaires, à des journalistes, et môme aux hommes d'État les plus haut placés ?
Il n'y a qu'une circonstance qui puisse expliquer raisonnablement ce phénomène, et cette circonstance est si importante, qu'il doit m'ètre permis dé la révéler au public français. — C'est que la Ligue s'adresse à la classe industrieuse et laborieuse, et que celte classe, en Angleterre, n'est point animée des sentiments haineux contre la France que nos journaux^ par des motifs expliqués ailleurs, lui attribuent avec tant d'obstination. — J'ai lu plus de trois cents dis«f cours prononcés par les orateurs de la Ligue dans toutes les villes importantes de la Grande-Bretagne. J'ai lu un nombre immense de brochures, de pam« phlets populaires^ de journaux émanés de cette puissante association, et j'affirme sur l'honneur que je n'y ai jamais vu un mot blessant pour notre dignité na-* tionale, ni une allusioa directe ou indirecte à l'état de nos relations politiques avec l'Angleterre.
C'est que, dans ce pays, les classes industrieuses ont vraiment l'esprit d'industrie qui est opposé à l'esv
376 COBDElf ET LA U6UE ,
prit aiiUUiire. C'est que les haines nationales, grâces ans progrès de Topinion , leur sont de¥enoes aussi étrai^ères que le sont maintenant parmi nous les haines de ville k ville et de province à province.
Cependant, au moment ou la paix du monde était sérieusement menacée, il était difficile que l'émotion générale ne se fit pas aussi ressentir parmi ces multitudes assemblées à Co ven t-Gardefn, on danft le firee^radehaU de Manchester. On verra dans les discours qui suivent à quel point de vue les graves événements du mois d'août 1844 étaient envisagés par les membres de la Ligue.
7 août 1844.
Le dernier meeting de la Ligue, pour cette saison , a eu lieu mercredi soir au théâtre de Govent- Garden. Cne affluence eitraordinaire de free-traden remplissait toutes les parties du vaste édifice. Pendant toute la séance, les dames , par leurs physionomies animées et leurs applaudissements réitérés, ont montré qu'elles prennent un vif intérêt au sort des classes souffrantes et opprimées. — M. G. Wilson occupait le fauteuil. Un grand nombre de membres du Parlement et d'hommes distingués avaient pris place autour de lui sur l'estrade.
Le président, en ouvrant la séance, annonce que la parole sera prise successivement par M. Milner Gibson, m. P./ par M. Richard Cobden, m. P., en remplacement de M. George Tompson 9 absent, et par M. Fot.
ou l'agitation anglaise. 377
M. GiBsON : Monsieur, j'ai ea le bonheur d'assister à un grand nombre de meetings de ia Ligue, mais jamais une aussi magnifique assemblée que celle qui est en ce moment réunie dans ces murs n'avait encore frappé mes regards , et j'ajoute, monsieur, que cette marque signalée de l'approbation publique, k cedemier meeting d'adieu, est pour nous un juste sujet d'espérance et de félîcitation. Â l'aspect d'une assemblée aussi imposante, il est impossible de croire qu'une cause, rétrograde, d'imaginer qu'une question a perdu du terrain dans l'esprit et l'estime du peuple. (Applaudissements)...
' Je crois sincèrement que tout homme impartial qui
jetera les yeux autour de lui, et qui se demandera quels sont les premiers besoins sociaux, quelles sont les nécessités qui se manifestent en première ligne, non-seulement dans les possessions britanniques, mais dans la plus grande partie de FEurope, reconnaîtra que ces besoins et ces nécessités se lient intimement à la souffrance physique. Il reconnaîtra que toute grande amélioration sociale ne peut venir qu'après l'amélioration matérielle de la condition du peuple. On montre un grand désir d'instruire le peuple; on se plaint de son ignorance ; on se plaint de ce qu'il manque d'éducation morale. Mais que sert de vouloir faire germer la vertu parmi des hommes courbés sous la misère, flétris par une pénurie désespérante et qui ne sont point en état de recevoir les leçonsdu prêtre oudu moraliste? Croyez-le bien, si nous voulons que la vertu, la science, la religion prennent racine dans le cœur de l'homme laborieux, commençons par améliorer sa condition physique. Nous devons arracher l'ouvrier des campagnes à l'étal d'abaissement où il est maintenant placé. En vain nous chercherons a restreindre l'immoralité, h diminuer le crime dans le pays, tant que la classe laborieuse, en levant les yeux sur ceux qui occupent des positions plus
378 COBDEN ET LA UQVh ,
élevées dans l'échelle sociale, se sentira d'une antre caste, poar ainsi dire, et se croira rejetée comme une superfétatîoa inutile, anssi peu digne, moins digne d'égards peut-être qne la nature animale engraissée sur les domaines de Taristocratie.
L'orateur rappelle ici qu'ayant voulu parler à la Chambre des communes de la situation de l'ouvrier des campagnes, et s'étant étayé de Tautorité d'ua ministre du culte dont le nom est vénéré dans tout le royaume» M. Godolphin Osborn, le ministre secrétaire d'État pour le département de riatérieur avait parlé de prélats courant après la popularité.
Je voudrais de tout mon cœur, continue M. Gibson , Toir beaucoup de nos prêtres et même de nos évêques condescendre à une telle conduite. Je me rappelle un célèbre écrivain qui disait qu'une très utile association pourrait être fondée, et dans le fait cette institution manque à l'Angleterre, dans le but de convertir l'épiscopat au christianisme. (Applaudissement prolongés). J'ai la certitude absolue que la liberté du commerce est en parfaite harmonie avec l'esprit de l'Évangile et que la libre communication des peuples est le moyen le plus efiScace de répandre la foi et la civilisation sur toute la surface de la terre. Je ne pense pas que leseflTorts des missionnaires, quelles que soient leurs bonnes intentions et leur mérite, puissent obtenir un succès complet tantqueles gouvernements sépareront les nations par des barrières artificielles, sous forme de tarifs hostiles, et leurinculqueront au lieu de sentiments fraternels fondés sur des intérêts réciproques, des sentiments dejalousie si prompts k éclater en vaste ipcendie. (Bruyantes acclamations). C'est une chose surpre-
ou l'agitation anglaise. 37tt
nanie qae Texcessive délicatesse, en matière d'honneur national, qui s'est tout k coup révélée parmi nos grands seigneurs trafiquants de céréales. Oncroirait voir des coursiers enira^ièéi pour le turf. (Rires). Mais qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que pour ces messieurs guerre est synonyme de renies. (Approbation et rires). J'ignore s'ils aperçoivent aussi crairement que je le fais la liaison de ces deux idées. La (vemière conséquence de la guerre, c'est la cherté du blé ; la seconde, c'est un accroissement d'influence ministérielle, dont une bonne part revient toujours k nos seigneurs terriens. Quelque lourdes que soient les charges, quelque lamentables que soient les maux que la guerre infligerait k la communauté, tenez- pour certain que, s'il est possible qu'elle profite k une classe, ce sera k la classe aristocratique. Je crois très consciencieusement qu'il y a dans ce pays un grand parti lié avec l'intérêt territorial, parti représenté par le Marning^Post (rires), qui s'efforce de susciter un sentiment anti-français {an anti-freneh-feeling) , dans l'unique but de maintenir le monopole des grains. (Rires). Qu'est-ce que la guerre pour ces roessieurs?Ilss'en tiennent bien loin. (Rires). Ils envoient leurs compatriotes au champ du carnage, et, quant k eux, ils profitent de l'interruption du commerce pour tenir k haut prix la subsistance du peuple; et quand revient la paix, ils se font un titre de cette cherté même, pour con^nuer et renforcer la protection. Nous avons vu tout cela dans la dernière guerre. (Applaudissements).
Une autre de leurs raisons pour pousser k la guerre, c'est quMIs y voient un moyen de détourner l'attention publique de ces grands mouvements sociaux qui les mettent mainte^ nant si mal k l'aise, c Une bonne guerre, disent-ils, c'est une excellente diverrion. » 11 y a très peu de jours, un homme distingué , dont je ne me crois pa$ autorisé k proclamer le
nom dans cette enceinte, me disait : Quoi qu'on en ail dit sor les maox de la guerre, quoi qa*en airat écrit les moralistes el les philosophes, je crois qae ce pays a besoin d*une bonne guerre, et qu'elle nous délivrerait de bien des. difficultés. (Rires bruyants.) — C'est la vieille doctrine. Ken hearensement , il ne sera pas en leur pouvoir de pousser le peuple de ce pays vers ces folles exhibitions d'un £iux patriotisme, il y a dans la nation britannique un bon sens, un esprit de justice, qui, depuis les terribles luttes du commencement de ce siècle, ont jeté de profondes racines; et il sera difficile de lui persuader de se lancer dans toutes les horreurs de la guerre pour le seul avantage de gorger notre riche aristocratie aux dépens de la communauté. (Applaudissements prolongés).
Qu'il nous soit permis de faire une remarque sur ce passage du discours de M. Gibson. Ne pourrait-il pas être très à propos prononcé devant une assemblée française?
C'est une chose surprenante (dirait-on) que l'excessive délicatesse, en matière d'honneur national, qui s'est tout à coup révélée parmi nos trafiquants de fer et de houille. Mais qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que pour ces messieurs guerre est synonyme de dkerté'^ entente cordiale est synonyme de commerce, d'échanges, de concurrence à redouter. Je crois trèsconsciencieusement qu'il y a dans ce pays un grand parti lié avec l'intérêt fnanufachtrier, parti représenté par la Presse et le journal du Commerce^ qui s'efforce de susciter un sentiment anti-anglais dans Tunique
ou L'AGITATfOfr ANGLAISE. 381
but de maintenir le haut prix des draps, des toiles^ de la bouille et du fer^ etc., etc.
Après cette courte observation nous reprenons le compte-rendu de la séance du 7 août, et nous consignons ici notre regret de ne pouvoir traduire le remarquable discours de M. Cobden. Nous nous bornerons, forcés que nous sommes de nous restreindre, à citer quelques passages de l'allocution de M. Fox, et particulièrement la péroraison qui se lie au sujet traité par le représentant de Manchester.
M. Fox. L'orateur prenant texte d'un article du Moming-Poêt qui annonce pour la vingtième fois que
la Ligue est morte après avoir totalement échoué dans
sa mission, passe en revue le passé de celle institution, et montre l'inOuence qu'elle a exercé sur l'administration des Whigs et ensuite sur celle des Torys , influence à laquelle il faut attribuer les modifications récemment introduites dans la législation commerciale de la Grande-Bretagne. Il parle ensuite du progrès qu'elle a fait faire à l'opinion publique.
c On peat dire de Téeenomie politique ce qu'on disait de la philosophie, elle est desceoda des nuages et a pénétré dans la demeure des mortels ; elle se mêle k toutes leurs pensées et fait le sujet de tous leurs entretiens. C'est ainsi que la Ligue a propagé dans le pays une sagacité politique qui Gnira par bannir de ce monde les préjugés, les sophismeset les faussetés par lesquelles le genre humain s'est laissé si longtemps égarer. Nous touchons presque aux temps où deux grands hommes d'État, Pitt et Fox, remplissaieut l'univers de leurs luttes , et Ton ne saurait encore décider lequel des
deux éiait le plus profondément ignorant des doctrines éeonomiques. El maintenant, il n'y a pas on dandy, un incroyable, qni se présente devant les électeurs d'un boargpoorri, pour y recueillir un mandat de famille, qui ne se soit gorgé d'Adam Smith, au moins dans l'édition de H. Cayley. (Rires) (^). Quand un peuple a acquis de telles lumières, on ne se joue plus de lui. C'est pour la Ligue un sujet de juste orgueil d'avoir disséminé dans le pays, non-seulement des connaissancespositiveset de bonnes habitudes intellectuelles, mais encore un véritable esprit d'indépendance morale. Partout où je trouve une disposition a secouer cette servilité abjecte qui a si longtemps pesé sur une portion du peuple de ce pays , partout où je le vois donner aux choses leurs vrais noms, quels que soient les fallacieux synonymes dont on les décore; quand je vois le faible et le fort, le pauvre et le riche, le paysan et le pair d'Angleterre, tous Clément jugés selon les règles du juste et de l'injuste ; quand je rencontre une ferme volonté de rendre témoignage aux principes de l'équité et de la justice , en même temps qu'une profonde, sympathie pour les souffrances des classes malheureuses et opprimées , alors je reconnais l'influence de la Ligue, je la vois se répandre dans toutes les classes de la société , j'adhère k cette ferme détermination de faire r^ner le bien, de détruire le mal par des moyens paisibles, l^ux, mais honorables et sArs, dont les fondateurs de cette grande institution ont eu la gloire de faire adopter l'usage par leurs concitoyens. (Applaudissements.) Je sais que ces grands et nobles résultats n'ont pas atteint les limites auxqueUes aspirent les hommes de cœur qui dirigent la Ligue. Nous en
(M M. Cayley avait cité des extraits d'Adam Smith qu'il avait rendt», en les Isdsîflant, favorables au système protecteur.
ou l'agitation anglaise. 383
avons le témoignage par des faiis irrécusables, que nous ne nions pas et qu'au contraire nous regardons loyalement en face. Hs nous sont d'ailleurs rappelés surabondamment par certains journaux, c Voyez, disent-Ils, dans combien d'élections la Ligue a échoué, dans combien elle n'a pas osé accepter le combat ! Elle a été battue dans le Sud-Lancastre et k Birmingham. » — Il est vrai que nous n'avons pu soutenir la lutte & Horsham, Cirencester et ailleurs. Qu'est-ce k dire? Je ne m'en afflige pas. Il est bien que dans une cause comme celle-ci — qui intéresse une multitude de personnes étrangères aux agitations politiques, et aux rudes travaux qui peu-» vent seuls assurer le succès d'une grande réforme sociale — il est bien qu'on ne se laisse point dominer par cette idée, qu^il suffit d'instruire le peuple de ce qui est juste et vrai, pour que le vrai et le juste triomphent d'eux-mêmes. Car, si ces élections eussent amené d'antres résultats, quel enseignement en aurions-^nons obtenu ? Quel eflTet auraient-elles produit sur le grand nombre de ceux qui , pour la première fois, s'unissant k la Ligue, se sont précipités dans le tumulte deVagUaiion? Ils n'auraient pas manqué de penser que les électeurs sont libres dans leur opinion et dans leur action, que l'intimidation, la corruption et les menées de sinistres intérêts n'interviennent pas pour pervertir la conscience des votants, et tes vaincre en dépit de leurs idées et de leurs sentiments ; et cet enseignement eût été un mensonge. Ils en auraient conclu encore que le monopole, loin de songer k faire des efforts vigoureux et désespérés, loin d'avoir recours aux armes les plus déloyales, n'attend pour abandonner la lutte que de voir la vanité et l'injustice de ses préten- * tiens bien comprises par le public ; — et cet enseignement jiussi eAt été un mensonge. — Ces faciles triomphes eussent fait croire que l'esprit de parti est vaincu ; qu'il a appris la
î\Sl COBDEN ET LA LIGUE,
sagesse et la droiture ; el que , dans le Tain but de sonteoir quelque point de sectairianisme politique, l'opposition ne se laisserait pas taîDcre en se divisant alors qu'elle peut être victorieuse par Fanité; — et cet enseignement aussi eût été un mensonge. — Ils eussent encore suggéré cette idée que les combinaisons législatives actuelles sont plus que suffisantes pour protéger aux élections les droits et les intérêts du peuple ; que nos institutions et notre mécanisme politique ont toute la perfection qu'on peut imaginer et désirer; — et cet enseignement aussi eût été un mensonge , — un grossier mensonge. — Dans mon opinion , subir quelques défaites partielles, quelques désastres momentanés, quelques' retards dans le d|énouement de cette grande lutte, ce n'est pas acheter trop cher les bonnes habitudes, l'expérience et la discipline que ces revers mêmes font pénétrer dans l'esprit de la multitude, la^ préparant à travailler avec constance et avec succès à la défense des intérêts de la cœnmnnauté. A ceux qui font de ces défaites électorales un sujet de mépris envers nous, et d'orgueil pour ettx-mémes,je dirai: Vous vous jouez avec ce qui vous suscitera une puissance antagonique, une force à faquelle rien ne pourra résister. Ces mêmes défaites nous apprennent l'art A'agiifr. Elles nous ont instruits, «lies nous instruiront bien^ plus encore jusqu'au jour où la communauté s'apercevra qu'en croyant ne diriger son énergie que sur un seul point, et né poursuivre que le triompha d'un seul principe, la Ligue a jeté les fondements de tout ce qui constitue la dignité , la grandeur et la prospérité nationales. (Applaudissements.)
Il est une autre chose que la Ligue a accompli et c'était un objet bien digne de ses eflorts. Elle a démasqué les classes privilégiées. (Écoutez, Écoutez.) Leurs traits sont maintenant connus de tous et il n'est plus en leur pouvoir de se d^uiser.
ou l'agitation anglaise^ 385
Le temps n'est pas éloigné où régnait one sorte de mystification à regard des pairs et des hommes de haot parage, comme si le sang qui coule dans leurs veines était d'une autre nature que celui qui fait battre le cœur du peuple. Il a fallu que les principes de la liberté commerciale fussent soumis, à cette discussion serrée, continuelle et animée qu'ils sont condamnés à subir, pour qu'on reconnût la vraie portée de ces associations féodales; pour qu'on s'assurât que ces grands hommes sont aussi bien des marchands que s'ils levaient boutique k Cheapside; et que ces écussons, regardés jusqu'ici comme les emblèmes d'une dignité quasiroyale, ne sont autre chose que des enseignes où Ton peut lire : Acres à Icuer^ blés à vendre. (Applaudissements). Oui, ce sont des marchands ; ce sont tous des marchands. Us trafiquent de terres aussi bien que de blés. Ils trafiquent des aliments, depuis le pain de l'homme jusqu'à la graine I^ère qui nourrit l'oiseau prisonnier dans sa cage (Rires). Ils trafiquent de poissons, de faisans, de gibier; ils trafiquent de terrains pour les courses de chevaux ; ils y perdent même l'argent qu'ils y parient et font ensuite des lois au Parlement pour être dispensés de payer leurs dettes. (Applaudissements.) Ils trafiquent d'étoiles , de jarretières, de rubans — spécialement de rubans bleus — et, ce qui est le pis de tout, ilè trafiquent des lois par lesquelles ils rendent leur négoce plus lucratif. Ils poussent des clameurs contre le petit magasinier qui instruit son apprenti dans l'art de c tondre la pratique, > tandis qu'ils font bien pis, eux nobles législateurs, car ils tondent la nation, et surtout , ils tondent court et ras l'indigent aflamé
La Ligue a montré les classes privilégiées sous un antre jour, en stimulant leurs vertus, en provoquant leur pbifanthropie. Qh ! combien elles étalent de charité, pourvu que la
386 COBOlkN KT LA U«U£.
loMéréile s'en échappe niae ei saa?e ! Bee ptons poor Ta- BMlknatioD de k oradition du peuple aoBi en gEUide fa^ear, •tehaque seeiîon politique poéaenle le «m.
L'eraleur ônmnéffe ici et critique ua grand nooUire ée proj^l^ tous attirant à tépares par la charité Iw maufi foiif». par l'injuslice, leU que Le sjefaine desailoteBftenls, lebiil des dix beupes, les sociétés pour l'eaeouragement de telles on lellea industries^, etc. — U continue et termine ainsi :
Si notre oanse s'éièvecooini^ le monopole, elle- est eneeee pins opposée à. me' guerre qai pfeadnk . ponii préleile Tîntéiét;B(kti<Nia]. Jiespène que lea^sages a^Hstiaaemenis qui sont sortis, de la bouche de rbonomble représentant deHaanfann* 1^ (II. Gibson) pénétreront dans vos esprits el dan» tos cqwira ; car, qpand. nous voyons ^.quels moyens letmnni^pole a Beeours-, il n*y a rien de cbimérîqiie à. redontei^ qafi4,per un maobiavélisme monstruen&,. il ne s^efibrce, dans>un soi^dide intérêt, de plonger la nation danatoutesi les- calamités de la guerre* Si^noos étions menacés. d( une telle' éventiHilité, jlai; la.coQ6ao€e qoale peuple de ce pays se làvemt comme un seul homme pour protester contre tnnt appel k QC^ moyens sangqînaîrefr qui devront étne reléguée à jamais danal^ wnales des temps barbares. Cette agitation. doit se ipaintenir et progresser, parce qu'elle se fonde sur une vue capnplëie. des vrais, intérêts nationaux etsunlea principes de la morale. Qui, nous soulevons une question morala Laiesons à DOS adversaires les avantages dont ils s^eneigneîllissent. lie^ possèdent de vastes» domainea^ une inOuence incontestable ; ils. spot maîtres de la GhambjDe des U>nk ,.de: laiCJbsmbr<6i4/^.€a)mnunes» d'ime;gr^ 4s^hi
ou l'agitation ANGLitIfiE. 387
périodiipie et da secret des lettres (êpplaudisaeineati); \ em encore le patronige de Tamiëe et de la mariiiei ei> la préj^n* dérance de rÉ^ise. Voil^ leuirs privilèges, et la loÉgiieénu* mération ne nous en effraie pas, car noua avons contre eox ce qui est plas fort que toutes ces choses réunies : le sentiment du juste gravé au cœur de Thomme. ( Acclamations. ) Cest une puissance dont ils ne savent pas se servir, mais qui nous fera triompher d'eux ; c'est une puissance plus ancienne que leurs races les plus antiques, que leurs châteaux et Teurs cathédrales, que rÉglise et que TËtat; aussi ancienttè, que' dis-je, plus ancienne'que la création même, car elle eïisCait avant que les montagnes fussent nées; avant que kr terre imposât sur ses fondements ; elle habitait avec là saglesse dianëresprit de l'Éternel. Elle fut sonflDée sur la^ hce de Thoitirae' avec le premier souffle dévie, et elle ne périra^paren^ lui Uintl que sa race n'aura pas compté tous ses jours suii eettjrtnfe. n est aussi vain de lotter contre elle quecontM learétoiles du firmament. Elle verra, bien plus, elle opérera la deatructîoft de tout ce qu'il y. a> d'injustice au fond de-toules^ les instito*tiens politiques et sociales. Oh»! puisse la Providence con* sommer bientôt sur le genre humain cette sainte béné^ction ! (Applaudissements prolongés.)
Après une courte allocution dans laquelle le prëtident, au nom de la Ligue, adresse mx habitildt^ de la métropole des remerclmentfii et des adiéur , la sfersion de 4844 est' close et Rassemblée wiépàTe.
Dans uri des passages du discoure précédent, Ml Pcx avait filiv allusiori k un ineetiiig tenu, delw jours avs^nt, è Northamt>tdri. Le burde detlerpublidÉ^
388 COBDEN ET LA LtCUE,
tion étant de jeter quelque jour sur les mœurs politiques <]e nos voisins , et de montrer^ en action, 1* immense liberté d'association dont ils ont le bonheur de jouir, nous croyons devoir dire un mot de ce meeting.