‹ Cobden et la ligueChapitre 3 sur 23 · INTRODUCTION. XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIII

n'auniil fait pour une égale quaâtîlé de &ucre loule autre nation. Dans la même a^née, nous avons exporté pour 4,000,000 1. st. aux colonies à sucre; en sorte que oous aurions gagaé m m'iUioa à suivre le vrai principe, qui est d'acheter au marché le pUif avantageux, alors même que nous auripos fait cadeau aux planteurs de toutes les ip^rchandises qu'ils nous ont prises. »

II. Ch. Comte avait entrevu, dès i827, ce que [. Porter établit e» chiffre^. « Sî les AugUih disaitil, eulciilaient quelle e^t h qu^ptité d^ oMFÇhaodisgs qu'ils doivent vendre avY po^cisse^rs 4'hommiss pour recouvrer les dépenses qu'ils font daas )g vu^ de s'assurer leur pratique, ils se conv^incraiçot <que ce qu'ils ont de mjeux à faire, c'est de leur liyrer leurs marchandises pour rien et d'acheter, à ce prix , la liberté du como),erce, »

Nous sommes maintenant en mesure, cerne semble, d'apprécier le degré de liberté dont Jouissent en Angteierre le travail et l'éehange, et de juger eî e'£st bien dans ce pays qu'il faut aller observer les désastreux effi^ de la libre concurrence sur l'équitable distribution de Ip richesse et l'égalité 4€)s,çou4iUç)a9f

Récapitulons, concentrons dans uo ceurt espace les fiiits que nous venons d'établir.

i^ Les branc)ies aînées de rarietocratie angtaise possèdent toute la surface du territoire.

9p L'impât foncia* est demeuré isîvariahle depuis eent cinquante ans, quoique la rente des terres ait

XXXIV INTRODUCTION

septuplé. 11 n'entre que pour un vingt-ciA()uîèi|ie dans les receltes publiques^

39 La propriété immobiHère est affranchie de droits de succession, quoique la propriété personnelle y soit assujétie.

4® Les taxes indirectes pèsent beaucoup moins suf les objets de qualités supérieures à l'usage des riches^ que sur les mêmes objets de basses qualités à l'usage du peuple.

5^ Au moyen de la loi^céréale, les mêmes branches aînées prélèvent sur la nourriture du peuple un im-« pôt que les meilleures autorités fixent à un milliard de fraiics.

6^ Le système colonial, poursuivi sur une trèâ grande échelle, nécessite de lourds impôts, et ces impôts, payés presque en totalité par les classes laborieuses, sont, presque en totalité aussi, le patrimoine des branches cadettes des classes oisives.

70 Les taxes locales, comme les dîmes {tùheB)^ ar^ rivent aussi à ces branches cadettes par Tîntermé^ diaire de l'Église établie.

8"* Si le système colonial exige un grand dévelop^ pement de forces, le maintient de ces forces a besoin, à son tour, du régime colonial, et ce régime entraîne celui des monopoles. On a vu que sur trois articles seulement, ils occasionnent au peuple anglais une perte sèche de i24 millions.

'J'ai cru devoir donner quelque étendue à l'exposé dé ces faits parce qu'ils me paraissent de nature à dis-

INTAOBCCTION. XMV

siper bien des erreurs , bien des préjugés , bien d'àveugies préfentions. Combien de solulions aussi ési* dentés qoinattendues n'offrent-ils pas aux éeono^ mistes ainsi qu'aux hommes politiques ?

Et d'abord, comment ces écoles modernes, qui semblent avoir pris à tâche d'entraîner la France dans ce système de spoliations réciproques, en lui faisant peur de la concurrence, comment dis^je, ces écoles pourraient-elles persister à soutenir que c'est la liberté qui a suscité le paupérisme en Angleterre ? bites-donc qu'il est né de la spoliation, de la spoliation organisée, systématique, persévérante, impitoyable. Cette explication n'est-elle pas plus simple, plus vraie et plus satisfaisante à la fois? Quoi! La liberté entraînerait le paupérisme I La concurrence, les transactions libres , le droit d'échanger une propriété qu'on a le droit de détruire, impliqueraient une injuste distribution de la richesse! La loi providentielle serait donc bien inique ! Il faudrait donc se hâter d'y substituer une loi humaine, et quelle loi ? Une loi de restriction ei à'empéchemefU. Au lieu de laisser faire, il faudrait en^pécherde faire; au lieu de laisser passer, il faudrait mpéeherde passer; au lieu de laisser échanger, il faudrait empêcher d'échanger; au lieu de laisser la rémunération du travail à celui qui l'a accompli, il faudrait en investir celui qui lue l'a pas accomptt! Ce n^est qu'à cette condition q«'on éiriterait l'inégalité des féf^ tunes parmi les hommes^ < Oui, disies-vou^; l'eipérieoce est feHe; la liberté^etle paupérisntie <(toex!istënt en Angleterre. » Mais vous ne pourrez plus le dire.

UXTI INTHODUCTION .

Bien loin que la liberté ei la misère y soient daes le rapport de eaus» a effet, TuDe d'eUea do noitts, la libarié , n'y existe ménie pas. On y est bftn libre de travailler, mais non de jouir du fruit de aoo travail. Ce qui coexiste eo Angleterre, e'esl un petit aombre de spoliateurs et un grand nondbre de spoliés, et il m faut pas être un grand éconotOBiiste pour an conjure ropulenee des uns et la luisére des autres.

Ensuite, pour peu qu^on ait embrassé dans son ensemble la situation de la Grande-Bretagne telle que nous venons de la montrer, et Tesprit féodal qui domine ses institutions économiques, on sera convaincu que la réforme iinancière et douanière qui s'accomplit dans ce i^ays est une question européenne, humanitaire, aussi bien qu'une question anglaise. Il ne s'agit pas seulement d*un changement dans la distribution de la richesse au sein du Royaume-Uni , mais encore d'une transformation profonde de l'action qu'il exerce au dehors. Avec les injustes privilèges de Paristocratie britannique tombent évidemment et la politique qu'on a tant reprochée à l'Angleterre, et son système colonial, et ses usurpations, et ses armées, et sa ma* rine, et sa diplomatie, en ce qu^elles ont d'oppressif et de dangereux pour l'humanité.

Tel est le glorieux uioaipba Wfual aspira la mgi/b lorsqu'elle réclama « l'ttbolitîoa totale, immôdiatp et « sans <kmditioa <ls tous les fl)0Mpplea, 4a ious les « droiu prolecteurs quelconquas en fiiwur de V9ig/n^ € culture , des manufacturas, du eommeivca et de la

INTRODUCTION. XlXVll

« navigation^ en un mol ia lUierté absolue dès éck;ui* «ge8(*). *

Je ne dirai que. peu déchoies iel de cette puîssante asMoiatioa* L'esprit qui l'anime, ses commeneements, ses ptngrèB» tea travaux» ses luttes^ «ea rêvera |. set amcèa, ses vues, ses moyens d'actien» tout cela se ■anifastera » plein d'aolion, et de vie dans la aoHe de cet ouvrage. Je n'ai pas besoin de décrire mîbuiieuseaeni ce grand corps^ puisque je repose respinnt et agissant devant le puUic français , aux yeux de qui, par un miracle incompréhenûble d'babileté, la pressa subventionnée du moncfole l'a si longtemps tenu

Au milieu de la détresse que ne pouvait manquer d'appesantir sur les elasses laborieuses le régime que noua venons de décrire, sept hommes se réunirent i Manchester au mois d'octobre 4838, et> avec cette vi* nie détermination qui caractérise la race anglosaxonne^ ilsrésolurent de renverser tous les monopalea par les voies légales, et d'accomplir, sans troubles » sans effusion de sang, par la seule pnlssanea de l'o^ pinÎM, une révolution aussi profonde, plus profiuide peuirétre que celle qu'ont opéré nos pères en 1789,

Certes , il fallait un courage peu ordinaire poup affronter une telle entreprise. Les adversaires qu'il s'agissait de combattre avaient Qpur eux la richesse» l'influenee» la législature, TÉglise, l'État, le Trésor public, les terres, les places, les monopoles» et ils

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C) téfotntion da oenseil de k Utfae, mai itMk

X1XTII1 INTRODUCTION .

étaient en outre entourés d'un respect et d'une véné* ration traditionnelles.

Et où trouver tin point d-appui contre un ensemble de forces si imposant? Dans les çiassqs industrieuses? Héla9 ! en Angleterre comme en France , chaque industrie croit son existence attachée à quelque lambeau dé monopole. La protection s'est insensiblement étendue à tout. Gomment faire préférer des intérêts éloignés et, en apparence, incertains à des intérêts immédiats et positifs? Comment 4issiper tant de préjugés, tant de sophismes que le temps et l'égoisme ont si profondément incrustés dans les esprits? Et à supposer qu*on parvienne à éclairer l'opinion dans tous les rangs et dans toutes les classes, tâche déjà bien lourde, comment lui donner assez d'énergie, de per^ sétérance et d'action combinée pour la rendre, par les élections, maîtresse de la législature?

L'aspect de ces difficultés n'effraya pas les fondateurs de la Ligue. Après les avoir regardées en iace et mesurées, ils $e crurent de force à les vaincre. VagiMi0n fut décidée,

Manchester fut le berceau de ce grand mouvement. Il était naturel qu'il naquit dans le nord de l'AngleterrQ, parmi les populations manufacturières, comme Il e$t naturel qu'il naisse uti jour au sein des populations agricoles du midi de la France. En effet, les industries qui dans les deux pays o|n*ent des moyens d^éohanges sont celles qui souffrent le plus immér diatement de leur interdiction, et il est évident que s'ils étaient libres, les Anglais nous enverraient du

INTRODUCTION. XXXIZ

fer, delà houille, des machines /des éloffes, en uo mot des produits de leurs mines et de leurs fabriques, que nous leur payerions en grains, soies, vins, huiles, ' fruits , c'est-à-dire en produits de notre agriculture.

Gela explique jusqu'à un certain point le titre bizarre en apparence que prit l'association : anti-cormlaw-leàgue (*)• Cette dénomination restreinte n'ayant pas peu contribué sans douteà détourner l'attention de l'Europe sur ta portée de Vagûatian^ nous croyons in* dîspensable de rapporter ici les motifs qui l'ont faite adopter.

Rarement la presse française a parlé de la Ligue ( nous dirons ailleurs pourquoi), et lorsqu'elle n'a pu s'empêcher de le faire , elle a eu soin du moins de s'autoriser de ce titre : Ànti-com-lau) , pour insinuer qu'il s'agissait d'une question toute spéciale, d'une simple réforme dans la loi qui règle en Angleterre ks conditions de l'importation des grains.

Hais tel n'est pas seulement l'objet de la Ligue. Elle aspire & l'entière et radicale destruction de tous les privilèges et de tous les monopoles , à la liberté absolue du commerce, à la concurrence illimitée, ce qui. implique la chute de la prépondérance aristocratique en ce qu'elle a d'injuste, la dissolution des liens coloniaux en ce qu'ils ont d'exclusif, c'est-à-dire une révolution complète dans la politique intérieure et extérieure de la Grande-Bretagne.

Et pour n'en citer qu'un exemple, nous voyons aujourd'hui les fireê^traden prendre parti pour les

(*) Association contre la loi-céréale.

XL INTHODUGTION,

États-Unis dans la question de TOregon et du Texas. Que leur im^te, en effets que cei contrées s'admi* ntstrent eUes-mémes sous la tutelle de l'Umon, au lieu d'être gouvernées par un président mexicain ou un lord-commissaire anglais, pourvu que chacun y puisse vendre, acheter, acquérir, travailler; pourvu que toute transaction honnête j soit libre ? A ces conditions, ils abatidonneraient encore volontiers aux États. Unis et les deux Canada et la Nouvelle^Écosse, et les Antilles par -dessus le marché; ils les donna^ieot mêmesans cette condition, bien assurés «{ue la liberté des échanges Sera tôt ou tard la loi des transactions internationales C)

•^ma

(*) On se rappelle tes discours de lord Aberdeeit et de sir Robert Péel à Toccasion du message du nouveau présidant des États-Udis. Voici comment s'exprimait à ce sujet M. Fox dans un meeting de la Ligue et aux applaudissements de six mlflé auditeurs :

A Quel est donc ce territoire qu'on se dispute P 800,000 niUes cirrés dont nous revendiquons le tiers ; désert aride, lave desséchée ^ le Sahara de TAmérique , le Botany-Bay des Peaux>Rouges, empire des buffles, et tout au plus de quelques Indiens fiers de s'appeler Tête»- Plates, Nez-Fendus, etc. Voilà Tobjet de la querelle ! Autant vaudrait que Peel et Polk nous poussassent à nous disputer tes montagnes de la Lune ! Mais que ta race humaine s'étabKsse sur ce territoire. Que les hommes qui n'ont pas de patrie plus hospitalière en soumettent à la culture les parties tes moins infertiles, et lorsque l'industrie aura promené antour de ses frontières le char de son paUible triomphe, lonqoe déjeunes cités verront fourmiller dans leurs murs d'innombrables muUiiudes, quand les Montagnes Rocheuses seront sillonnées de chemins de fer, que des canaux uniront TAtlantique et la mer Pacifique, et que le Colombia ven*a Qotter sur ses eaux la voile et la vapeur, alors il sera temps de parler de l'Oregon. Mais alors aussi, sans bataillons, sans vaisseaux de ligne ^ sans bombarder des villes ni verser le sang des hommes , le fibre commette fn^a poor nou» le conquête de TOregoa et même des États-Unis, si Ton peut appeler conquête ce qui constitue h bien de tous. Us nous enverront leurs produits ; nous les payerons

INTRODUCTION. XLI

Mais il est facile de comptendre pourquoi les /ree^ iraderê oAt commecieé par réunir toutes leurs forces cmitre un seul monopole , celui des céréales : c'est qu'il est te clef de voûte du système tout entier. C'est la part de raristocratie, c'est le loi spécial que se sont adjugé les législateurs. Qu'on leur arrache ce monopole, et ils feront bon marché de tous les autres.

C'est d'ailleurs celui dont le poids est le plus lourd au peuple, celui dont l'iniquité est la plus facile à démontrer. L'impôt sur le pain I sur la nourriUirel sar b TieI|Voilà, certes, un mot de ralliement merfeiU leaseroent propre à ré?etller la sympathie des masses.

C'est certainement un grand et beau spectade que de voir un petit -nombre d'hommes essayant, it force de travaux, de persévérance et d'énergie, de détruire le régimeleplusoppressif et le plus fortementorganisé, après l'esclavage, qui ait pesé jamais sur un grand peuple et sur l'humanité , et cela sans appeler à la force brutale, sans même essayer de déchaîner l'ani**

avec les nôtres. Il n*y aura pas un pionier qui ne iK)rte dans ses vêtements la Kvtfée de Manchester : la marque de Shefllekl sera imprimée sur l'arme q«i atteindra le gibier; et le lin de Spitafield sera la baor niére que nous ferons flotter sur les rives du Missouri. L'Oregon sera conquis en effet , car 11 travaillera volontairement peur nous ; et <pja peot-on demander de plus à un peuple conquis ? C'est pour nous qu'il fera croître le blé, et il nous le livrera sans nous demander en retour que nous nous imposions des taxes afin qu*un gouverneur anglais contrarie la législature, ou qu^une soldatesque anglaise sabre sa popu-* lation. Le libre commerce 1 voilà la vraie conquête , elle est plus sûre que celle des armes. Voilà Pempire , en ce qu'il a de noble , voilà la domination fondée sur des avantages réciproques, moins dégradante que celle qui s'acquiert par l'épée et se conserve sous un sceptre impopulaire, 'i (Acclamations prolongées.)

XLU INTRODUCTION;

madversion publique,. mais eu éclairant d'une vive lumière tous les replis de ce système, en réfutant, tous

les sophismes sur lesquels il s'appuie en inculquant aux masses les connaissances et les vertus qui seules peuvent les affranchir du joug qui les écrase.

Mais ce spectacle devient bien plus imposant encore quand on voit l'immensité du champ de bataille s'agrandir chaque jour par le nombre des questions et des intérêts qui viennent les uns après les autres s'engager dans la lutte.

D'abord l'aristocratie dédaigne de descendre t dans la lice. Quand elle se voit maîtresse de la puissance politique par la possession du sol, de la puissance matérielle par l'armée et la marine, de la puissance morale par l'Église , de la puissance législative par le Parlement, et enfin de celle qui vaut toutes les autres, de la puissance de l'opinion publique par cette fausse grandeur nationale qui flatte le peuple et qui semble liée aux institutions qu'on ose attaquer , quand elle contemple la hauteur, l'épaisseur et la cohésion des fortifications dans lesquelles elle s'est retranchée , quand elle compare ses forces avec celles que quelques hommes isolés dirigent contre elle , elle croit pouvoir se renfermer dans le silence et le dédain.

Cependant la Ligue fait des progrès. Si l'aristo-*

cratie a pour elle l'Église établie, la Ligue appelle à

son aide toutes les Églises dissidentes. Celles-ci ne se

{ rattachent pas au monopole par la dtme; elles se sou-

1 tiennent par des dons volontaires, c'est<^à-dire par la

confiance publique. Elles ont bientôt compris que l'ex-

INTRODUCTION . XLIII

l^italion de l'homme par l'homme, qu'on la nomme esolayage ou prolection, est contraire à la charte chrétienne. Seize cents ministres dissidents répondent à l'appel de la Ligue. Sept cents d'entre eux , accourus de tous les points du royaume, se réunissent à Manchester. Ils délibérèrent; et le résultat de leur délibération est qu'ils iront prêcher dans toute l'Angleterre la cause de la liberté des échanges comme conforme aux loia providentielles qu'ils ont mission de promulguer.

Si Taristoeratie a pour elle la propriété foncière et les classes agricoles, la Ligue s'appuie sur la propriété des lu^as, des facultés et de l'intelligence. Rien n'égale le zèle avec lequel les cUsses manufacturières s'empressent de concourir, à la grande œuvre. Les souscriptions spontanées versept au fonds de la Ligue 900,000 fr. eu 1841 , 600,000 en 1842, un million en 1843 , 2 millions en 1844; et en 4845 une somme double, peut-être triple, sera consacrée à un des objets que Tassociation a en vue , l'inscription d'un grand nombre de free^aden sur les listes électorales. Parmi les faits relatift à cette souscription, il en est un qui produisit sur les esprits une profonde sensation^ La liste, ouverte à Manchester le 14 novembre 1844, présenta à la fin de cette même journée une recette de 16,000 livres sterling ( 400,000 francs). Grâce à ces abondantes ressources, la Ligue, revêtant ses doctrines des formes les plus variées et les plus lucides , les distribue parmi le peuple dans des brochures, des pamphlets^ des placards, des journaux innombrables ;

XLIV INTRODUCTION

ei\e divise T Angleterre en douze dislricls, dans chacun desquels elle enirelient QQ'professeurd'éamQoiiepe^ lUîque. Elle-même, comme une université mouvafite, tient ses séances en public danstouteskes villes tel tous les comtés de la Grande-Breta|[ne. Il semble d'ailleurs que celui qui dirige les événements humains a ménagé à la Ligue des moyens inattendus de succès* La réfarma poskde lui permet d'entretenir avec les comités électoraux qu'elle a fondés dans tout le pays une corre^ pondance qui comprend annuellement plus de 300,000 dépèches; les chemins de fer impriment à ses mouvements un caractère d'ubiquité , et Ton voit lea mêmes hommes qui ont agké le matin à Liverpool agiter le soir à Edimbourg ou à Glasoow; enfin la tifmrnm Aêc^ torale à ouvert à la classe moyenne les portes ém Par* lement, et les fondateurs de la Ligue , les Cofadan^ les Bright, les Gibson, les Villiers, sont admis k com-battre le monopole en face des monopoleurs et dans l'enceinte même où il fut décrété* Ils entrent dans la Chambre des communes, et ils y forment, en dehors des Wbigsel desTorys, un parti sî Ton peut lui donner nom , qui n^a pas de précédents dans les annales des peuples constitutionnels, un parti décidé à ne SMrtfier jamais la vérité absolue, la justice absolue, les pria-» cipes absolus aux questions de personnes, anxiuiinbt* naisons, à la stratégie des ministères et des oppo* si tiens.

Mais il ne suffisait pas de rallier les classes sociales sur qui pèse directement le monopole; il fallait ea** core désiller les yeux de celles qui croient aineère-

INTAOBUCTION. XLV

menrl ieer bieB-âtre et même leur existence auachés an systène de la protedion. M. . Cobden entreprend cette rude el périlleuse lâcbe. Dans i'eapace de deux mote, U proiRoque quarante meetings a^ j^ein mAme des popolaiie«ia agricoles. La, entouré souv^t de miUieM de laboitreurs et de fermiers, parmi lesquels on .peofle bien que se sont glissés, à l'instigaiion des intéféta menacés, bien des agents de désordre ^ il déploie ou courage, un sang-froid» une habileté, une éloquence qui excitent l'étounement, si ce n'esft la sjmpatfaiede ses plus ardenlaadversaires. Placédans unepoaîtianaoalogueàcelled'un Français qui irait prè*cherJa doctrine de la libertécomjnerciaie dans les forges de Decase^le ou parmi les mûeurs d'Anzin , au ne sait œ qu'il faut le plus admirer dans cet homme éminent, à la fois économiste, tribun, homme d'État^ ladiclen, liiéoricien, et auquel je crois qu'on peut faire une juste application de ce qu'on a dit de Destutt de Traey : f A force de bon «ens , il atteint au génie. » Ses efforts obtieaoenl la récompense qu'ils mérileol, et Taristecratie a la douleur de «oir le principe de la ttbené ga^eer rapidement ^au sein de la population vouée à l'agrliculture*

Aussi le temps nW plus ou elle s'enveloppait dans sa morgue •méprisante^elleeslealin aorlie de son inertie. Elleessaye de reprendre Toffensive, et sa première opéraiioa. est de caloqwier la t^igue et sas fondateurs. Elle scrute leur vie publique et privée; mais forcée bientôt d'afeandoeeer le diamp de bataille des personnalités où elle pourrait bien laisser plus de morts et de

XL VI INTRODUCTION

blessés que la Ligue, elle appelle à son secours l'arniée de sophismes qui, d^ns tous les temps et dans tous les pays, ont servi d'étai au monopole. Praieetion à VagrituUure, inm$ion des prodviUê étrangers, baisse dee salaires tisultant de l'abondance des subsistances , md^^endanee nationale, épuisement de numeraù'èj débouchés coloniaux as^ sures ^ prépondérance politique, empire des mers^ voilà les questions qui s'agitent, non plus entre savant, non plus d'école, à école, mais devant le peuple, mais de démocratie à aristocratie.

Cependant il se rencontre que les Ligueurs ne soat pas seulement des agitateurs courageux; ils sont aussi de profonds économistes. Pas Un de ces nombreux sophismes ne résiste au choc de la discussion, et aii besoin, des enquêtes parlementaires, provoquées par la Ligue, viennent en démontrer l'inanitéi.

L'aristocratie adopte alors une autre marche. La mi* sère est immense, profonde, horrible, et la cause eil est patente, c'est qu'une odieuse inégalité préside à la distribution de la richesse sociale. Mais au drapeau de la Ligue qui porte inscrit le mot justice, l'aristocratie oppose une bannière où on lit le mot charité. Elle ne conteste plus les souffrances populaires; mais elle compte sur un puissant moyen de diversion: raumône. « Tu souffres, dit-elle au peuple; c'est que tu as trop multiplié, et je vais te préparer un vaste système d'é-» migration. (Motion de M. Butler.) — Tu meurs d'inanition ; je donnerai à chaque fiimille un jardin et une vache. (Allotments.):— Tu es exténuéde fatigue; e'esl que l'on exige de toi trop de travail, et j'en limiterai

INTROM/CTION. XLVU

kl durée. (Bill de dix heures. ) » Ensuite vieDoent les souscriptions pour procurer gratuitement aux classes pauvres des établissements de bains» des lieux de récréations, les bienfaits d'une éducation nationale, etc. Toujours des aumônes, toujours des palliatifs; mais quant à la cause qui les nécessite, quant au monopole^ quant à la distribution factice et partiale de la richesse, on ne parle pas d'y toucher.

La ligue a ici à se défendre contre un système d'à-* gression d'autant plus perfide, qu'il semble attribuer àjses adversaires, entre autres monopoles, le monopole de hà [Ailanthropie et la placer elle^-même dans ce cercle de justice exacte et froide qui est bien moins propre que la charité, même impuissante, môme hypocrite, à exciter la reconnaissance irréfléchie de ceux qui souifrent.

Je ne reproduirai pas les objections que la Ligue oppose à tous ces projets d'institutions prétendues charitables; on en verra quelques-unes dans le cours de l'ouvragCé II me suffira de dire qu'elle s'est associée à celle de ces œuvres qui ont un caractère incontestable d'utilité. C'est ainsi que parmi les fire&^raderê de Manchester, il a été recueilli prés d'un million pour donner de l'espace , de l'air et du jour aux quartiers habités par les classes ouvrières. Une somme égale, provenant aussi de souscriptions volontaires, a été consacrée dans celte ville à l'établissement de mai* sons d'école. Mais en môme temps la Ligue ne s'est pas lassé de montrer le piège caché sous ce fastueux étalage de philanthropie : « Quand les Anglais meurent

XLVllI INTROMICTION .

de faim, disait-elle, il ne suffit pas de leur dire : t Mous vous tranaporterona eo Amérique où les «ttmeats abondent » ; il faut laisser ees aliments entrer en An* gtelerre. ~ Il ne suffit pas de donner aux familles on.» vrîéres un jardin pour y faire croître des porooM^ de terre; il liut surtout ne pas lui ravir une partie de9 profits que luiproeureraient une nourriture plus s«b* stancielle. — Il ne suffit pas de limiter le travail eit» eessif auquel les condamne la spoliation ; il Anit fii^re cesser la spoliation même , afin que dix jieures de ira* vail en ^raient dou^. -^ U ne suffit pas de leur donner de l'air et de Teau, il faut leur donner du pain ou du moins le droit d'apheter du pain. Ce n'est pas la pUhinthropie mais la liberté qu'on doit opposer ft l'oppression; ce n'est pas la charité mais la justice qui. peut guérir les maux de l'injustice. L'aumône n'a et nepeitt sYoir qu'une action insuffisante, fugitive, incertaine et souveot dégradante. »

A bout de ses sophismes , de ses faux-fuyants, de ses prétextes dilatoires, il restait une ressource i l'aristocratie : la majorité parlementaire, la majorité qui dispense d'avoir raison. Le dernier acte de l'agitation devait donc se passer au sein des collèges électoraux. Après avoir popularisé les saines doctrines éconoBsiq«es, la Ligue avait à donner une direction pratique aux effi>rt8 individuels de ses innombrables prosélytes. Modifier profondément les constituants (eomiihêêneiêi) du royaume, saper l'Hifluence eristocratique, attirer sur la corruption les châtiments de la loi et de l'cipinion, telle est la nouvelle phase dans laquelle eal

* WtRODtJGYtON* \LiX

entrée Yagitaiian avec une énergie que les progrès sen* blent acroltre. Vvresac^drti emdo. A la voix de Cob« den, deBright et de leursatnis, des mîlliersde/rée-irader$ se font inscrire sur les listes électorales, des milliers de monopoleurs en sont rayés, et d'après la rapidité de ce mouvement, on peut prévoir le jour où le sénat ne représentera plus une classe, mais la communauté

On demandera peut-être si tant de travaux, tant de lèle, tant de dévouement, sont demeurés jusqu'ici sans influence sur la marche des affaires publiques et si le progrès des doctrines libérales dans le pays ne s'est pas réfléchi à quelque degré dans la législation.

J'ai exposé en commençant le régime économique de l'Angleterre antérieurement à la crise commerciale qui a donné naissance à la Ligue; j'ai même essayé de soumettre au calcul quelque-unes des extorsions que les classes dominatrices exercent sur les classes asservies par le double mécanisme des impôts et des monopoles.

Depuis cette époque, les uns et les autres ont été modifiés. Qui n'a pas entendu parler du plan financier que sir Robert Peel vient de soumettre à la Chambre des communes, plan qui n'est que le développement de réformes commencées en 4842 et i844, et dont la complète réalisation est réservée à des sessions aUérieures du Parlement Y Je crois sincèrement qu'on a méconnu en France l'esprit de ces réformes, qu*on en a tour-à*tour exagéré ou atténué la portée. On m'excusera donc si j'entre ici dans quelques détails, que

L INTRODUCTION

je in'çfforcerHi du re^te d'abréger le plua qu'il me sera possible.

La spoHalioD (qu'on me pardonne le retour fréquent de ce terme; mais il est nécessaire pour détruire l'erreur grossière qui estiropliquéedans son synonyme pratectiûn); I9 spoliation , réduite en système de gou* verneoient, avait produit toutes ses naturelles conséquences : une extrême inégalité des fortunes, la mi* sére, le crime el le désordre au sein des dernières couches sociales, une diminution énorme dans toutes les consommations, par suite Tafiaiblissement des recettes publiques, et le déficit, qui, croissant d'année en année, menaçait d'ébranler le crédit de 1^ Grande- Bretagne. Evidemment il n'était pas possible de rester dans une situation qui menaçait d'engloutir le vaisseau de rÉtat. VAgùcUùm irlandaise, VAgitgiiou commerciale, l'incendiarisme dans les districts agricoles, le rébeccaisme dans le pays de Galles, le Ghartisme dans les villes manufacturières, ce n'était là que les symptômes divers d'un phénomène unique, la souffiranœ (Ml peuple. Mais la souffrance du peuple, c'est-à-dire des mass^ , c'est-à-dire ei^core de la presque uaiversalité des hommes, doit à la longue gagner toutes les classes de la société. Quand le peuple n'^ rien, il n'achète rien; quand il n'achète rien, les fabriques s'arrêtent, et les fermiers ne vendent pas leur récolte, et s'ils ne vendent pas, ils ne peuvent payer leurs femagea. Ainsi les grands seigneurs législateurs eux-mêmes se trouvaient placés par l'eflEet même de leur loi entre la banqueroute des fermiers et la b^nqùeroutede l'État,

INTRODUCTION. Ll

et menacés à la fois dans leur fortune îminobiKère et et mobilière. Ainsi l'aristocratie sentait le terrain trembler sous ses pas. Un de ses membres les plus distingués, sir James Graham, aujourd'hui ministre de Vintérieur, avaient fait un livre pour l'avertir des dangers qui l'entouraient : < Si vous ne cédez une partie, vous perdrez tout, disait^il, et une tempête ré< volutionnaire balayera de dessus la surface du pays non-seulement vos monopoles, mais vos honneurs, vos privilèges, votre influence et vos richesses mai acquises. »

Le premier expédient qui se présenta pour parer au danger le plus immédta t, le déiicit,. fut, selon l'expression consacrée aussi par nos homin€S d'État, A' exiger de ilttnpM tout ce quU peut rendre», Mais il arriva que les taxes mêmes qu'on essaya de renforcer furent celles qui laissèrent le plus de vide au Trésor. Il ÊUlut renoncer pour longtemps A c^te ressource; et le premier soin du cabinetactuel, quand il arriva aux affaires, fut de proclamer que l'impôt était arrivé à sa dernière limite : c / am baund to êoy tkat thepeaple of Me touwtry hae been brought to the utmoet Imk of taxation, » (Peel , discours du 10 mai i842.)

Pour peu que l'on ait pénétré dans la situation res* pectivedes deux grandes classes dont j'ai décrit les intérêts et les lottes, on comfM^méra aisément quel était pour chacune déciles le problème à résoudre.

Pour les free-traders, la solution était très simple : abroger tous h$ monopoles. Affranchir les importations, c'était nécessairement accroître les échanges et par

LU INTHODUCTION»

conséquent les exportations; c'était donc donner au peuple tout à la fois du pain et du travail; c'était en* core favoriser toutes les consommations, par conséquent les taxes indirectes^et en définitive rétablir l'équilibre des finances.

Pour les monopoleurs^ le problème était pour ainsi dire insoluble. Il s'agissait de soulager le peuple sans le soustraire aux monopoles, de relever le revenu pu-* blic sans augmenter les taxes, et de conserver le sys* tème colonial sans diminuer les dépenses nationales.

Le ministère Whig (Russell, Morpetb, Melbourne, Baring, etc.) présenta un plan qui se tenait entre ces deux solutions. Il affaiblissait, sans les détruire, les monopoles et le système colonial. Il ne fut accepté ni par les monopoleurs, ni par les free-traders. Ceux*là voulaient le monopole absolu, ceux-ci la liberté illimitée. Les uns s'écriaient : « Pas de concessions ! » les autres : « Pas de transactions t •

Battus au Parlement, les Wighs en appelèrent au corps électoral. Il donna amplement gain de cause aux Torys, c'est-à-dire à la protection et aux colonies. Le ministère Peel fut constitué (1841) avec mission expresse de trouver l'introuvable solution que j'indiquais tout-à-l'heure au grand et terrible problème posé par le déficit et la misère publique; et il faut avouer qu'il a surmonté la difficulté avec une sagacité de conception et une énergie d'exécution reoiarquables.

J'essaierai d'expliquer le plan financier de M. Peel, tel du moins que je le comprends.

INTHODUCTfON. LUI

It ne faut pas perdre de vue que les divers objets qu'a dû se proposer cet homme d*État , ea égard au parti qui Tappuie , sont les suivants :

i^ Rétablir l'équilibre des finances^

2^ Soulager les consommateurs.

3* Raviver le commerce et Tinduslrie.

4® Conserver autant que possible le monopole es^ sentiellement aristocratique , la loi céréale.

5^ Conserver le système colonial, et avec lui Tarmée, la marine, les hautes positions des branches cadettes.

6^ On peut croire aussi que cet homme éminent, qui plus que tout autre s^iit Ure dans les signes du temps et qui voit le principe de la Ligue envahir l'An-r gleterre à pas de géant , nourrit encore au fond de son ftmcune pensée d'avenir personnelle mais glorieuse, celle de se ménager Tappui des free-traders pour l'é-* poque où ils auront conquis la majorité, aiin d'im-* primer de sa main le sceau do la consommation à Tœuvre de la liberU) commerciale, sans souffrir qu'un autre nom oflicici que le sien s'attache à la plus grande révolution des temps modernes.

Il n*est pas une des mesures, une des paroles de sir Robert Pcel qui ne satisfasse aux conditions pro^ chaînes ou éloignées de ce programme. On va en juger.

Le pivot autour duquel s'accomplissent toutes \eA évolutions financières et économiques dont il nous reste à parler, c'est Vincome-tax.

L*income-tax , on le sait , est un subside prélevé sur les revenus de toutes natures. Cet impôt csf esn

LIV INTRODUCTION

sentiellement temporaire et patriotique. On n'y a recours que dans les circonstances les plus graves , et jusqu'ici, en cas de guerre. Sir Robert Peel l'obtint du Parlement en i842 , et pour trois ans ; il vient d'être prorogé jusqu'en 4849. C'est la première fois qu'au lieu de servir à des Ans de destruction et à infliger à l'humaqité les maux de la guerre , il sera devenu l'instrument de ces utiles réformes que cherchent à réaliser les nations qui veulent mettre à profit les bienfaits de la paix,

Il est bon de faire observer ici que tous les revenus au-dessous de iSO liv. sterK ( 3,700 fr. ) sont affranchis de la taxe , en sorte qu'elle frappe exclusivement la classe riche. On a beaucoup répété de ce côté comme de l'autre c6té du Détroit, que Vincomê-tax était définitivement inscrit dans le Gode financier de l'Angleterre, Mais quiconque connaît la nature de cet impôt et le mode d'après lequel il est perçu, sait bien qu'il ne saurait être établi d'une manière permanente^ du moins dans sa constitution actuelle, et si le cabinet entretient à cet égard quelque arrière-pensée, il est permis de croire qu'en habituant les classes aisées à contribuer dans une plus forte proportion aux charges publiques, il songe à mettre l'impôt foncier ( land-tax ) dans la Grande-Bretagne plus en harmonie avec les besoins de l'État et les exigences d'une équitable justîee distributive.

Quoi qu'il en soit» le premier objet que le ministère Tory avait en vue, le rétablissement de l'équilibre 49118 les iUiances» fut atteint, grâces aux ressources

INTRODUCTION. LV

de rinoome-lax, ol le déficit qui nienaçdil le crédit de l'ADgieferre a, du moine provitoirement, disparu.

Do excédant db recelied était tnèmê prévu dès i842. Il s'agissait de l'appliquer à la seconde et à la troisième conditions du programme : Soulager lèê eènsotmnateun: raviver le eommeree et VtÊèduilriè .

Ici nous entrons dans la longue série des réformes douanières exécutées en 1642» 4848, 1844 et 1845. Notre intention ne peut être de les exposer en détail ; Dous devons nous borner à faire connaître l'esprit dans lequel elles ont été conçues.

Toutes les prohibitions ont été abolies. Les bt^fs, leè veaux , les moutons, la viande fraîche et salée qui étaient repoussés d'une manière absolue furent admis à des droits modérés; les bœufs, par exemple, à 25 fr. par tète ( le droit est presque double en Friince ) ce qui n'a paa empêché M. Gauthier de Rumilly de dire en pleine Chambre , en 1845, sans être contredit par personne , tant les journaux ont eu soin dé nous tenir dans l'ignorance sur ce qui se passe de l'autre côté de la Manche, que les bestiaux sont encore prohibés en Angleterrre.

Les droits furent abaissés dans une très forte proportion , et quelquefois de moitié , des deux tiers et des ff oie quarts sur 650 articles de eonsommation ; entre autres les farines, l'huile, le cuir, le riz, le café, le suif, la bière, etc., etc.

Ces droits , d'abord abaissés, ont été complètement, abolis en 1845 sur 430 articles , parmi lesquels figiireni toutes les matières premières de quelque im-

t.YI INTRODUCTIOff.

portance, la laine, le coton, le lin, le vinaigre, etc., etc.

Les droits d'exportation furent aussi radicalement abrogés. Les machines et la houille, ces deux puissances dont, dans des idées étroites de rivalité commerciale, il serait peut-être assez naturel que l'Angleterre se montrât jalouse , sont en ce moment i la disposition de l'Europe. Nous en pourrions jouir aux mêmes prix que les Anglais, si, par une bizarrerie étrange, mais parfaitement conséquente au principe du système protecteur, nous ne nous étions placés nous-mêmes, par nos tarifs, dans des conditions d'infériorité à l'égard de ces instruments essentiels de travail, au moment même ou l'égalité nous était offerte ou pour mieux dire conférée sans condition.

On conçoit que l'abrogation totaled'un droitd'entrée doit laisser un vide déflnitif , et l'abaissement un vide au moins momentané dans le Trésor. C'est ce vide que les excédants de recette dûs à l'incomé-iox sont destinés à couvrir.

Cependant Vincome4ax n'a qu'une durée limitée. Le cabinet Tqry a espéré que l'accroissement de la consommation , la recrudescence du commerce et de de l'industrie réagiraient sur toutes les branches de revenus de manière à ce que l'équilibre des finances fût rétabli en 1849, sans que la ressouce de Yincotne''tax fût plus longtemps nécessaire. Autant qu'on en peut juger par les résultats de la réforme partielle de 4842, ces espérances ne seront pas trompées. Déjà les recettes générales de 1844 ont dépassé celles de 1843 de liv. sterl. 1,410,726 ( 35 millions de francs. )

INTRODUCTION. LVn

D^un autre côté, lous les faits concordent à témoigner que l'activité a repris dans toutes les branches de travail , et que le bien-être s'est répandu dans toutes les classes de la société. Les prisons et les work-houses se soni dépeuplées; la taxe des pauvres a baissé; Taccise a fructifié; le rebeccaîsme et Tincendiarisme se sont apaisés; en un mot, le retour de la prospérité se montre par tous les signes qui servent à la révéler, et entre autres par les recettes des douanes.

Reeeltfis de raooée 1841 (soub le système ancien) .... 19,900,000 1. st.

— 1845 première année de la reforme. . . 21 ,400.000

Maintenant si l'on considère que, pendant cette dernière année, les marchandises qui ont passé par la douane n'ont rien payé à la sortie, (abrogation des droits d'exportation), et n'ont acquitté à l'entrée que des taxes réduites, au moins pour 650 articles (abaissement des droits d'importation ), on en concluera rigoureusement que la masse des produits importés a< dû augmenter dans une proportion bien énorme pour que ia recette totale, non-seulement n'ait pas diminué, mais encore se soit élevée de cent millions de francs.

Il est vrai que, d'après les économistes de la presse et de la tribune françaises, cet accroissement d'importations ne prouve autre chose que la décadence de l'industrie de la Grande-Bretagne, V invasion j V inonda-itioa de ses marchés par les produits étrangers, et la stagnation de son traioail national: nous laisserons ces

LVlll INTRODUGIftON.

messieurs concilier, s'ils le peuvent, celte conclusion avec tous les autres signes par lesquels se manifeste la renaissante prospérité de l'Angleterre, et pour nous, qui croyons que les produits s'échangent contre des prù^ duits, satisfaits de trouver dans Taccord des faits Qui précèdent une preuve nouvelle et éclatante de la vérité de cette doctrine, nous dirons que sir Robert Peël a rempli la seconde et la troisième condition de son programme : Soulager le consommateur, raviver le coln^ merce et Vindustrie.

Mais ce n'était pas pour cela que les Torys l'avaient porté, le soutenaient au pouvoir. Encore tout émus de la frayeur que leur avait causé le plan bien autrement radical de John Russell, et de l'orgueil de leur récent triomphe sur les Whigs, ils n'étaient pas disposés à perdre le fruit de leur vicioire, et ils entendaient bien ne laisser agir l'homme de leur choix , dans Taccomplissement de son œuvre, qu'autant qu'il ne toucherait pas, ou qu'il ne toucherait que d'une manière illusoire aut dent grands instruments de rapine que s'est législativement attribué l'aristocratie anglaise : La loi-céréale et le système colonial.

C'est surtout dans cette difficile partie de sa tâche que le premier ministre a déployé toutes les ressources de son esprit fertile en expédients.

Lorsqu'un droit d'entrée a fait arriver le prix d*un produit à ce taux que la concurrence intérieure ûe permet pas, en aucun cas, de dépasser, tout soti effet protecteur est obtenu. Ce qu'on ajouterait à ce prix serait purement nominal, et ce qu'on en retranche-

INTRODUCTION. LIX

rail dans les limites de cet excédant serait évidemment ineflicace. Supposez qu'un produit français, soumis à la rivalité étrangère, se vende à 15 fr., et qu'affranchi de cette rivalité, il ne puisse, à cause de la concurrence intérieure, s'élever au-dessus de 20 fr. En ce cas, un droit de 5 ou 6 fr. sur le produit étranger donnera au similaire national toute la protection qu'il soit au pouvoir du tarif de conférer. Le droit fût-il porté à 100 fr., n'élèverait pas d'un centime le prix du produit, d'après l'hypothèse même, et par conséquent toute réduction qui ne descendrait pas au-dessous de 5 ou 6 fr. seraitde nuleffet pour le producteur et pour le consommateur.

Il semble que l'observation de ce phénomène a di* rigé la conduite de sir Robert Peei en ce qui concerne le grand monopole aristocratique , le blé, et le grand monopole colonial, le sucre.

Nous avons vu que la loi-céréale, qui avait pc^urbut avoué d'assurer au producteur national 64 sh. par quarter de froment avait failli dans son objet. L'écbelle mobile {sUdùfkg^êaUe) était bien calculée pour atr teindre ce but, car elle ajoutait au prix du blé étranger à l'entrepôt un droit graduel qui devait faire ressortir le prix vénal à 70 sh. et plus. Mais la concurrence des producteurs nationaux d'une part, et de l'autre la diminution de consommation qui suit la cherté, ont eoncouru à retenir le blé à un taux moyen moins élevé et qui n'a pas dépassé 56 sh. Qu'a fait alors sir Robert Peel, il a tranché dans cette portion de droit qui était radicalement inefiScacOa et il a baissé Té-

vu INTRODUCTION.

chcUe mobile de manière, à ce qu'il pensait, à fixer le froment à 56 sh., c'est-à-dire au prix le plus élevé que la concurrence intérieure lui permette d'atteindre, dans les temps ordinaires, en sorte qu'en réalité ii n'a rien arraché à l'aristocratie ni rien conféré au peuple.

 cet égard, sir Robert n'a pas caché cette politique de prestidigitateur, car à toute demande de droits plus élevés, il répondait : < Je crois que vous avez eu des preuves concluantes que vous êtes arrivés à l'extrême limite de la taxe utile {profitable taxation), sur les articles de subsistances. Je vous conseille de ne pas l'accroître, car si vous le faites, vous serez certaine-^ ment déjoués dans votre but. » Most a$$uredly you toill bê defeated in your object.)

Je n'ai parlé que du froment, mais il est bon d'observer que la môme loi embrasse les céréales de toutes sortes. De plus, le beurre et le fromage, qui entrent . pour beaucoup dans les revenus des domaines seigneuriaux, n'ont point été dégrevés. Il est donc bien vrai que le monopole aristocratique n'a été que très inefficacement entamé.

La même pensée a présidé aux diverses modifications introduites dans la loi des sucres. Nous avons vu que^ la prime accordée aux planteurs, ou le droit différentiel entre le sucre colonial et le sucre étranger, était de 39 sh. parquinlal. C'est là la marge que la spoliation avait devant elle; mais à cause de la concurrenceque se font entre elles les colonies, elles n'ont pu extorquer au consommateur^ en excédant du prix

INTRODUCTION . LU

naturel et du droit fiscal que 18 sh. (Voir ci-dessus, p. 245.) Sir Robert pouvait donc abaisser le droit différentiel de 39 sh. à 18 sans rien changer, si ce n*esl une lettre morte, dans le slaiule-baok»

Or, quVHl fsiîi? Il ^ établi le tarif suivant : Sucre colonial , brut 14 sh.

— terré 16 »

Sucre étranger (libre) , brut . 23 »

— terré. . 28 »

Sucre étranger (esclave). ... 63 »

Il estime qu'il entrera en Angleterre, sous l'empire de ce nouveau tarif, 230,000 tonnes de sucre colonial, ella protection étant de 10 sh. par quintal ou 10 liv. st. par tonne, la somme extorquée au consommateur pour être livrée sans compensation aux planteurs sera àe 2,300,000 liv. st. ou f. 57,000,000. Au lieu de 86 millions (Voir page 246).

Mais d'un autre côté, il dit : « la conséquence sera que la Trésor recevra du droit sur le sucre par suite de la réduction, liv. st. 3,960,000. Le revenu obtenu de cette denrée. Tannée dernière, a été de 5,216,000 liv., il y aura donc pour Tannée prochaine une perte de revenu de 5,300,000 liv. st. » soit fr. 32,500,000, et c'est Vincome'taxj c'est-à-dire un nouvel impôt, qui est chargé de remplir le vide laissé à TÉchiquier, en sorte que si le peuple est soulagé, en ce qui concerne la consommation du sucre, ce n'est pas au préjudice du monopole, mais aux dépens du Trésor, et comme on rend à celui-ci par Vineome-tax ce qu'il perd sur la douane, il en résulte que les spoliations et les charges

LXII INTRODUCTION

reslent les mêmes, et c'est tout au plus si l'on peut dire qu'elles subissent uo léger déplacement.

Dans tout l'ensemble des réformes réelles ou apparentes accomplies par sir Robert Peel , sa prédilection en faveur du système colonial ne cesse de se manifester, et c'est là surtout ce qui le sépare profondément des free-tradetB. Chaque fois que le ministre a dégrevé une denrée étrangère, il a eu soin de dégrever dans une proportion au moins aussi forte la denrée similaire venue des colonies anglaises; en sorte que la protection reste la même. Àin^i^ pour n'en citer qu'un exemple, le bois de construction étranger a été réduit des cinq sixièmes; mais le bois des colonies l'a été des neuf dixièmes. Le patrimoine des branches cadettes de l'aristocratie n'a donc pas été sérieusement entamé, pas plus que celui des branches aînées, et, à ce point de vue, l'on peut dire que le plan financier {finaacùU étalement) j Taudacieuse expérience {bold esDpermmt)^ du ministre dirigeant, demeurent renfermés dans les bornes d'une question anglaise, et ne s'élèvent pas à la hauteur d'une question humanitaire; car l'humanité n'est que fort indirectement intéressée au régime intérieur de réohiquier anglais, mais elle eût été profondément et favorablement affectée d^une réforme, même financière, qui aurait impliqué la chute de ce système colonial qui a tant troublé et menace encore si gravement la paix et la liberté du monde.

Loin que sir Robert Peel suive la Ligue sur ce terrain, il ne perd pas une occasion de se prononcer eo feveur des colonies^ et dans l'exposé des motifs de son

IMTtODUCTION. LXII1

plan rinancîer, après avoir rappelé à la Chambre que l'Angleterre possède quarante-cinq colonies, après avoir oiêipe demandé, à ce sujet, un accroissement d'allocations, il ajoute ; « On pourra dire qu'il est contraire à la sagesse d'étendre autant que nous l'avons fait notre système colonial. Mais je m'en tiens au fait que vous avez des colonies , et que, les ayant, il faut les pourvoir de forces suffisantes. Je répugnerais, d'ailleurs, quoique je sache combien ce système entraîne de dépenses et de dangers, je répugnerais à condamner cette politique qui nous a conduit à jeter sur divers points du globe les bases de ces possessions animées de Tesprit anglais, parlant la langue anglaise et destinées peut-être à s'élever dans Tavenir au rang de grandes puissances commerciales I »

Je crois avoir démontré que sir Robert Peel a rempli avec habileté les plus funestes parties de son pro* gramme. Il me resterait à justifier les motifs des pré* visions qui m'ont fait dire : « On peut croire encore que cet homme éminent qui, plus que tout autre, ^it lire dans /eiA^ues du fempi^ei qui voit le principe de la Ligue envahir l'Angleterre à pas de géant, nourrit au fonds de son âme une pensée personnelle , mais glorieuse, celle de se ménager l'appui des free-traders pour l'époque ou ils auront conquis la majorité, afin d'imprimer de ses mains le sceau de la consommation àl'œuvrede La liberté commerciale, sans souffrir qu'un autre n^>m oflQciel qu^ le sien s'attache à la plus grande révolution des temps modernes.

Comme il ne s'agit ici que d'une simple conjecture^

LXIT INTTODUCTfON.

qui, VU rhumble source d*oà elle émane, ne peut avoir pour le lecteur qu'une faible importance, je ne vois aucune utilité à la justifier à ses yeux. Je ne crois pas qu'elle ail rien de chimérique pour quiconque a étudié la situation économique du Royaume-Uni, le dénouement probable des réformes qu'il subit , le caractère de celui qui les dirige, le mouvemjcnt et le déplacement , même actuels , des majorités , et surtout les rapides progrès de l'opinion dans les masses et au sein du corps électoral. Jusqu'ici sir Robert Pecl s'est montré grand financier, grand ministre, grand homme d'État peut-être ; pourquoi n'aspirerait-il pas au titre de grand homme que la postérité ne décernera plus sans doute qu'aux bienfaiteurs de Thumanité?

Il ne sera peut-être pas sans intérêt pour le lecteur d'entrevoir l'issue propable des réformes dont nous ne connaissons encore que les premiers linéaments. Une brochure récenie vient de révéler un plan financier qui doit rallier les membres influents de la Ligue. Nous le mentionnerons ici, tant à cause de son admi-^ rable simplicité et de sa parfaite conformité aux principes les plus purs de la liberté commerciale , que parce qu'il est loin d'être dépourvu de tout caractère officiel. Il émane, en eflet , d*un officier du Board of trade^ M. Mac Grégor , comme la réforme postale eut pour promoteur un employé du poêî-offiee, M. Rowland-Hill. On peut ajouter qu'il a assez d'analogie avec les changements opérés par sir Robert Peel pour laisser supposer qu'il n'a pas été jeté dans le public à Tinsa, é! moins encore contre la volonté du premier minisire.

INTRODUCTION. LXV

Voici le plan du secrétaire du Board of trade.

Il suppose que les dépenses s'élèveront, comme aujourd'hui, à 50 millions st. Elles devront subir sans doute une grande diminution, car ce plan entraîne une forte réduction dans l'armée, la marine, l'administration des colonies et la perception de l'impôt; en ce cas, les excédants de recettes pourront être affectés, soit au remboursement de la dette , soit au dégrèvement de la contribution directe dont il va être parlé.

Les recettes se puiseraient aux sources suivantes :

Dowmte. — Les droits seraient uniformes, que les produits viennent des colonies où de Télranger.

11 D*y aurait que huit articles soumis aux droits d*entrée, savoir :

|« Ttié ; fP sucre ; û9 café et cacao ; 4^ tabac ; 5<^ esprits distillés ; 6* vins ;

7* fruits secs ; Se épiceries. — Produit 21,500,000 1. st.

Esprits distillés à Tintérieur 5,000,000

Dréche Uni indigène qu'importée 5,000,000 — 31 ,500,0001. st.

Ces deux derniers impôts réunis à Tadministration des douanes.

Timhr€, — On en éliminerait les droits sur les assurances contre les risques de mer et d'incendie, et l'on y réunirait les licen* ces,ct 7,500.000

Taxe fonciérêt non rachetée 1,200,000

Déficit à couvrir, la première année, par un imp6t direct qui eat une combinaison de Vincome-tax et du land-tax 9,800,000

Total égal de la dépense. 50,000,0001, st.

Quant à la poste , M. Mac Gregor pense qu'elle ne doit pas être une source de revenus. On ne peut pas abaisser le tarif actuel, puisqu'il est réduit à la plus minime monnaie usitée en Angleterre , mais les excédants de recettes seraient appliqués à l'amélioration du service et au développement des paquebots à va-, peur.

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