LXXVIII INTRODUCTION
Cbercherons-nous l'impartialité internationale et par suite la vérité éeonomiqne dans les journaux légitimistes et républicains? Ces deux opinions se meuvent en dehors des questions personnelles puisque Taccés du pouvoir leur est interdit. Il semble dès lors que rien ne les empêche de plaider avec indépendance la cause de la liberté commerciale. Cependant, nous les voyons s'attacher à faire obstacle à la libre conîmunicalion des peuples. Pourquoi? Je n'attaque ni les intentions ni les personnes. Je reconnais qu'il y a au fond de ces deux grands partis des vues dont on peut coniester la justesse^ mais non la sincérité. Malheureusement, cette sincérité, ne se manifeste pas toujours dans les journaux qui les représentent. Quand on s'est donné la mission de saper journellement un ordre de choses qu'on croit mauvais, on linil par n'être pas très scrupuleux dane le choix des moyens. Embarrasser le pouvoir, entraver sa marche, le déconsidérer^ telles som les^ tristes nécessités d'une polémique qui ne songe qu'à déblayer le sol des institutions et des hommes qui le régissent pour y substituer d'autres hommes et d'autres institutions. Là encore, le recours aux passions patriotiques, l'appel aux sentiments d'orgueil national^ de gloire, de suprématie, se présentent comme les armes les plus efficaces. L'abus suit de près l'usage, et c'est ainsi que le bien*être et la liberté des citoyens^ la grande cause de la fraternité des nations, sont sacrifiés sans scrupule à cette œuvre de desirtÊetion préaUMe^ que ces partis considèrent comm<e leur première mission et leur premier devoir.
IPf TRODUCTION • LXXIX
Si tes exigences de la polémique ont fait tin besoin à la presse opposante de sacrifier la liberté du commerce, parce que, impliquant Tharmonie des rapports internationaux, elle leur ravirait un merveilleux instrument d'attaque, il semble que, par cela même, la presse ministérielle soit intéressée à la soutenir. Il n*ên est pas ainsi. Le gouvernement, accablé sous le poids d'accusations unanimes, en face d'une impopularité qui fait trembler le sol sous ses pieds, sent bien que la voix peu retentissante de ses journaux n'étouffera pas la clameur de toutes les oppositions réunies. Il a recours à une autre tactique. On l'accuse d'être voué aux intérêts étrangers? Eh bien! il prouvera, par des faits, son indépendance et sa fierté. Il se mettra en mesure de pouvoir venir dire au pays : Yoyez, j'aggrave partout les tarifs; je ne recule pas devant l'hostilité des droits différentiels; et parmi les lies innombrables du Grand Océan, je choisis, pour m'en emparer, celle dont la conquête doit susciter le plus de collisions et froisser le plus de susceptibilités étrangères!
La presse départementale aurait pu déjouer toutes ces intrigues, en les dévoilant;
Une pauvre servante au moins m^était restée. Qui, de ce mauvais air, n'était pas infectée.
Mais au lieu de réagir sur la presse parisienne, elle attend humblement , niaisement son mot d'ordre. Elle ne veut pas avoir de vie propre* Elle est habituée à recevoir par la poste l'idée qu'il faut délayer, la manœuvre à laquelle il faut concourir, au profil de
LXXX INTRODUCTION
M. Thiers, de M. Mole ou de M. Guizot. Sa plume est à Lyon, à Toulouse, à Bordeaux, mais sa tète est à Paris.
Il est donc vrai que la stratégie des journaux, qu'ils émanent de Paris ou de la province, qu'ils représentent la gauche, la droite ou le centre, les a entraînés à s'unir à ceux que soudoienl les comités monopoleurs pour tromper l'opinion publique sur le grand mouvement social qui s'accomplit en Angleterre; pour n'en parler jamais, ou, si l'on ne peut éviter d'en dire quelques mots, pour le représenter, ainsi que l'abolition de l'esclavage, comme l'œuvre d'un machiavélisme profond, qui a pour objet définitif l'exploitation du monde au profil de la Grande-Bretagne, par l'opération de la li« berlé même.
Il me semble que cette puérile prévention ne résisterait pas à la lecture de ce livre. En voyant agir les free-tradersy en les entendant parler, en suivant pas à pas les dramatiques péripéties de cette agitation puissante qui remue tout un peuple, et dont le dénoûment certain est la chute de cette prépondérance olygarchique qui est précisément, selon nous-mêmes, ce qui rend l'Angleterre dangereuse, il me semble impossible que l'on persiste à s'imaginer que tant d'efforts persévérants, tant de chaleur sincère, tant de vie, tant d'action, n'ont absolument qu'un but : tromper un peuple voisin en le déterminant à fonder lui-même sa législation industrielle sur les bases de la justice et de la liberté.
Car enfin, il faudra bien reconnaître, à cette lecture.
INTRODUCTION . LXXXI
qu'il y a en Angleterre deux classes, deux peuples, deux intérêts, deux principes, en un mot : aristocratie et démocratie. Si Tune veut Tinégalité, l'autre tend à Tégalité; si Tune défend la restriction, l'autre réclame la liberté; si Tune aspire à la conquête, au régime colonial, à la suprématie politique, à l'empire exclusif des mers, l'autre travaille à l'universel afiPranchissement; c'est-à-dire à répudier la conquête, à briser les liens coloniaux, à substituer, dans les relations internationales, aux artificieuses combinaisons de la diplomatie, les libres et volontaires relations du commerce. Et n'est-il pas absurde d'envelopper dans la même haine ces deux classes , ces deux peuples, ces deux principes, dont l'un est, de toute nécessité, favo* rable à l'humanité si l'autre lui est contraire? Sous peine de l'inconséquence la plus aveugle et la plus grossière, nous devons donner la main au peuple anglais ou à l'aristocratie anglaise. Si la liberté, la paix, l'égalité des conditions légales, le droit au salaire naturel du travail sont nos principes, nous devons sympathiser avec la Ligue; si, au contraire, nous pensons que la spoliation, la conquête, le monopole, l'envahissement successif de toutes les régions du globe sont, pour un peuple, des éléments de grandeur qui ne contrarient pas le développement régulier des autres peuples, c'est à l'aristocratie anglaise qu'il faut nous unir. Mais, encore une fois, le comble de l'absurde, ce qui serait éminemment propre à nous rendre la risée des nations, et à nous faire rougir plus tard de notre propre foli.e , ce serait d'assister à omette lutte
LX\*II INTRODCCTIOPf.
de deux priticipes opposés en nouant aux soldatb ded deux campis la même haine et la même exécration. Gë sentiment, digne de l'enfance des sociétés et qu'on preod ^i bizarrement pour de la fierté nationale, a pu s'expliquer jusqu'ici par l'ignorance complète où noUs avons été tenus sur le fait même de cette lutte; mais y persévérer alors qu'elle nous est révélée, ce serait avouer que nous n'avons ni principes, ni vues, ni idées arrêtées; ce serait abdiquer toute dignité; ce serait proclamer à la face du monde étonné que nous he sommes plus des hommes, que ce n'est plus h raison, mais l'aveugle instinct qui dirige nos actions él nos sympathies.
Si je ne me fais pas illusion, cet ouvrage doit offrir aussi qtielque intérêt au point de vue littéraire. Les orateurs de la Ligue se sont souvent élevés au plus haut degré de l'éloquence politique, et il devait en être ainsi. Quelles sont les circonstances extérieures et les situations de l'âme les plus propres à développer la ptrissance oratoire? N'est-ce point une grande lutte où Tlntérêt individuel de l'orateur s'efface devant l'imffnensité de l'intérêt public^ Et quelle lutte présentera 'te caractère si ce n'est celle où la plus vivace âristo- 'eratie et la plus énergique démocratie du monde, combattent avec les armes de la légalité, de la parole et de h raison, l'one pour ses injustes et séculaires privilèges, l'autre pour les droits sacrés du travail , la paix, la liberté et là fraternité dans la grande famille hu- Ybainief
'NoÉ pères aussi ont soutenu ce combat, et l'on vit
INTRODUCTIO^f. LXtXllf
alors les pasâiofis révolutionnaires transformer en puissants tribuns des hommes qui, sans ces orages , fussent restés enfouis dans la médiocrité , ignorés du monde et s'ignorant eux-mêmes. C'est la révolution qui, comme le charbon d'Isaie, toucha leurs lèvres et embrasa leurs cœurs; mais à cette époque, la science sociale, la connaissance des lois auxquelles obéit l'humanité, ne pouvait nourrir et régler leur fougueuse éloquence. Les systématiques doctrines de Raynal et de Rousseau, les sentiments surannés empruntés aux Grecs et aux Romains , les erreurs du XYIIP siècle, et la phraséologie déclamatoire, dont, selon TusagOi on se croyait obligé de revêtir ces erreurs, si elles n'ôtèrent rien, si elles ajoutèrent même au caractère chaleureux de cette éloquence, la rendent stérile pour un siècle plus éclairé; car ce n'est pas tout que déparier aux passions, il faut aussi parler à l'esprit, et, en touchant le cœur, satisfaire l'inielligence.
C'est là ce qu'on trouvera, je crois, dans les discours des Cobden, des Thompson , des Fox, des Gibson et des Bright. Ce ne sont plus les roots magiques mais imiéfinis, liberté, égalité, fraternité, allant réveiller des inslinQts plutôt que des idées; c'est la science, la science exacte, la science des Smith et des Say, empruntant à l'agitation des temps le feu de la passion, sans que sa pure lumière eu soit jamais obscurcie.
Loin de moi de contester les talents des orateurs de mon pays. Mais ne faut-il pas un public, vn théftlre, une cause suriout pour que la puissance de la parole s'élève à toute la hauteur qu'il loi est donnée d'atteîn^
LXXXIV INTBODUCTIOPf.
(Ire ? Esl-ce dans la guerre des portefeuilles, dans les rivalités personnelles, dans l'antagonisme des coteries; est-ce quand le peuple, la nation et Thumanité sont hors de cause, quand les combattants ont répudié tous principes, toute homogénéité dans la pensée politique; quand on les voit, à la suite d'une crise ministérielle, faire entre eux échange de doctrines en même temps que de sièges, en sorte que le fougueux patriote devient diplomate prudent , pendant que l'apôtre de la paix se transforme en Tyrtée de la guerre; est-ce dans ces données étroites et mesquines que l'esprit peut s'agrandir et Tàme s'élever? Non , non, il faut un autre atmosphère à l'éloquence politique. 11 lui faut la lutte, non point la lutte des individualités, mais la lutte de Téternelle justice contre l'opiniâtre iniquité. Il faut que l'œil se fixe sur de grands résultats, que l'âme les contemple, les désire^ les espère, les chérisse, et que le langage humain ne serve qu'à verser dans d'autres âmes sympathiques ces puissants désirs , ces nobles desseins , ce pur amour et ces chères espérances.
Un des traits les plus saillants et les plus instructifs, entre tous ceux qui caractérisent Vagiiaiion que j'essaie de révéler à mon pays, c'est la complète répudiation parmi les free-traders de tout esprit de parti et leur séparation des Whigs et des Tories.
Sans doute l'espnï de parti a toujours soin de se décorer lui-même du nom d'e^pni publie. Mais il. est un signe infaillible auquel on peut les distinguer. Quand une mesure est présentée au Parlement, l'esprit pu-
INTRODUCTION . LXXXY
blic lui demande : Qu*e$i4u î et l'esprit de parti : D'où timvhtu? Le ministre fait celte proposition, donc elle est mauvaise ou doit Tètrc, et la raison, c'est qu'elle émane du ministre qu'il s'agit de renverser.
L'esprit de parti est le plus grand fléau des peuples constitutionnels. Par les obstacles incessants qu'il oppose à l'administration, il empêche le bien de se réa* liser à l'intérieur ; et comme il cherche son principal point d'appui dans les questions extérieures , que sa tactique est de les envenimer pour montrer que le cabinet est incapable de les conduire, il s'ensuit que Tesprit de parti , dans l'opposition , place la nation dans un antagonisme perpétuel avec les autres peuples et dans un danger de guerre toujours imminent.
D'un autre côté, l'esprit de parti, aux bancs ministériels, n'est ni moins aveugle, ni moins compromettant. Puisque les existences ministérielles ne se décident plus par l'habileté ou l'impéritie de leur administration, mais à coup de boules, résolues à être noires ou blanches ytiotid mérM, la grande affaire, pour le cabinet, c'est d'en recruter le plus possible par la corruption parlementaire et électorale.
La nation anglaisé a souffert plus que toute autre de la longue domination de. l'esprit de parti, et ce n'est pas pour nous une leçon à dédaigner que celle que donnent en ce moment les freê-iraders qui^ au nombre de plus de cent à la Chambre des communes, sont résolus à examiner chaque mesure en elle-môme en la rapportant aux principes de la justice universelle et de l'utilité générale, sans s'inquiéter s'il con
LXXXt4 INTRODUCTION .
Yîeot à Peel ou à Ru^sell , aux Torys ou aux M^liigs qu'elle soit admise ou repoussée.
Des enseiguements utiles et pratiques me sembleet devoir encore résulter de la lecture de ce livre. Je ne veu^ point parler des connaissances économiques qu'il est si propre à répandre. J'ai maintenant en vue la tactique constitutionnelle pour arriver à la solution d'une grande question nationale, en d'autres termes l'an de Vagùaiion. Nous sommes encore novices en ce genre de stratégie. Je ne crains pas de froisser l'a* mour-propre national en disant qu'une longue expérience a donné aux Anglais la connaissance, qui nous manque, des moyens par lesquels on arrive à faire triompher un principe, non par une échauffourée d'un îour, mais par une lutte lente, patiente, obstinée; par la discussion approfondie , par l'éducation de l'opinion publique. Il est des pays où celui qui congcMt l'idée d'une r^orme commence par sommer le gouvernement de la réaliser, sans s'inquiéter si les e^>rit8 sent prêts à la recevoir. Le gouvernement dédaigne et tout est dit. En Angleterre, l'homme qui a une pensée qu'il croit utile s'adresse à ceux de ses concitoyens qui sympathisent avec la même idée. On se réuhit, on s'organise^ on cherche à faire des prosélytes, et c'est déjà une première élaboration dans laquelle s'évaporent bien des rêves et des utopies. Si cependant l'idée a en elle-^mème quelque valeur, elle gagne du terrain, elle creuse dans toutes les couches sociales, elle s'étend de proche en proche. L'idée op" posée provoque de son côté des associations, des ré-
IMTRODVÇTION . U^^ VU
ti^taoceç. C'est la période 4e ta diacussion publique, uoif erselle , des pétitions, des raotiops sans çes^ reoouvelées; on compte les voix du Parlement; on mesure le progrès, on le seconde en épurant les listes électorales, et, quand enfm le jour du triomphe est arrivé, le verdict parlementaire n'est pas une révolution, il n'est qu'une constatation de l'état des esprits; la réforme de la loi suit la réforme des idées, et l'on peut-être assuré que la conquête populaire est asçuré^ à jamais.
Sous ce point de vue , l'exemple de la (ligue m'a para mériter d'être proposé à notre imitation. Qu'on me permette de citer ce que dit à ce sujet un voyageur allemand.
c C'est à Manchester, dit M. J. G. Kohi, que se tienoent les séances permanentes du comité de la Ligue, Je dus à la bienveillance d'un ami de pénétrer dans la vaste enceinte où j'eus l'occasion de voir et d'entendre des choses qui me* surprirent au dernier point. George Wilson et d'autres chefs renommés de la Ligue, assemblés dans la salle du Conseil , me re- Qureot av^ autant de franchise que d'affabilité , répondant sur le champ à toutes mes questions et me Boitant au fait de tous les détails de leurs o[)érations. ie ne pouvais m'empêcher de 91e demander ce qui Adviendrait en Allemagne d'hommes occupés à attaquer avec tant de talent et de hardiesse les lois fpnda- Bientales de l'État. Il y 9 longtemps sans doute qu'ils gémiraient dans de sombres cachots, au lieu djç travailler UbremeiU et audacieusement à leur grande
LXXXVIIl INTRODUCTION.
œuvre, à la clarté du jour. Je me demandais encore si , en Allemagne , de tels hommes admettraient un étranger dans tous leurs secrets avec cette franchise et cette cordialité.
« J'étais surpris de voir les Ligueurs, tous hommes privés, marchands, fabricants, littérateurs, conduire une grande entreprise politique, comme des ministres et des hommes d'État. L'aptitude aux affaires publiques semble être la faculté innée des Anglais. Pendant que j'étais dans la salle du conseil, un nombre prodigieux de lettres était apporté, ouvertes, lues et répondues sans interruption ni retard. Ces lettres affluant de tous les points du Royaume- Uni, traitaient les matières les plus variées , toutes se rapportant à l'objet de l'association. Quelques unes portaient les nouvelles du mouvement des Ligueurs ou de leurs adversaires; car l'œil de la Ligue est toujours ouvert sur les amis comme sur les ennemis
t Par l'intermédiaire d'associations locales formées sur tous les points de l'Angleterre, la Ligue a étendu maintenant son influence sur tout le pays, et est arrivée à un degré d'importance vraiment extraordinaire. Ses festivals, ses expositions, ses banquets, ses meetings apparaissent comme de grandes solennités publiques Tout membre qui contribue pour 50 1.
( l'250 fr. ) a un siège et une voix au conseil.... Elle a des comités d*ouvriers pour favoriser la propagation de ses doctrines parmi les classes laborieuses; et des comités de dames pour s'assurer la sympathie et la coopération du beau sexe. Elle a des professeurs, des
INTRODCrCTION . LXXXIX
orateurs qui parcourent iDcessamment le pays pour souffler le feu de l'agitation dans l'esprit du peuple. Ces orateurs ont fréquemment des conférences et des des discussions publiques avec les orateurs du parti opposé 9 et il arrive presque toujours que ceux-ci sortent vaincus du champ de bataille Les Ligueurs
écrivent directement à la reine, au duc de Wellington, à sir Rober Peel et autres hommes distingués , et ne manquent pas de leur envoyer leurs journaux et des rapports circonstanciés et toujours fidèles de leurs opérations. Quelquefois ils délèguent auprès des hommes les plus éminents de l'aristocratie anglaise une députation chargée de leur jeter à la face les vérités les plus dures.
< On pense bien que la Ligue ne néglige pas la puissance de ce Briarée aux cents bras, la Presse. Non seulement elle répand ses opinions par l'organe des journaux qui lui sont favorables; mais encore elle émet elle-même un grand nombre de publications pé* riodiques exclusivement consacrées à sa cause. Cellesci contiennent naturellement les comptes-rendus des opérations, des souscriptions, des meetings, des dis* cours contre le régime prohibitif, répétant pour la millième fois que le monopole est contraire à l'ordre de la nature et que la Ligue a pour but de faire prévaloir Tordre équitable de la Providence. — ....L'association pour la liberté du commerce a surtout recours à ces pamphlets courts et peu coûteux, appelés tracts j arme favorite de la polémique anglaise : c'est avec ces courtes et populaires dissertations, à deux sous, duesà la plume
XC INTROUUOTlOn.
d'écrivains énîoents tels que Cobdeo et Bright, la Ligue attaque perpétuellement le public, et entretient comme une continuelle fusillade de petit plomb. Elle ne dédaigne pas des armes plus légères encore, des affiches^ des placards qui contiennent des devises, des pensées, des sentences, des aphorismes, des couplets, gravesou gais, philosophiques ou satyriques, mais tous ayant trait à ces deux objets précis : le Monopole et le Libre-Échange.... La Ligue et Tanti-Ligue ont porté leur champ de bataille jusque dans les Abécédaires, semant aussi les éléments de la discussion dans l'esprit des générations futures.
« Toutes les publications de la Ligue sont non-seulement écrites, mais imprimées, mises sous enveloppe et publiées dans les salles du comité de Manchester. Je traversai une foule de pièces où s'accomplissent ces diverses opérations jusqu'à ce que j'arrivai à la grande salle de dépôt, où livres , journaux, rapports, tableaux, pamphlets, placards, étaient em* piles, comme des ballots dé mousseline ou de calicot. Nous parvînmes enfin à la salle des rafraîchissements, où le thé nous fut offert par des dames élégantes. La conversation s'engagea, etc..»
Puisque M. Kohi a parlé de la participation des dames noglaises à l'œuvre de la Ligue, j'espère qu'on ne trou* vera pas déplacées quelques réflexions à ce sujet. Je ne doute pas que le lecteur ne soit surpris, et peut-être scandalisé, de voir la femme intervenir dans cesorageux débats, il semble que la femme perde de sa grâce en se risquant dans celte mêlée scientifique, toute hérissée
INTRODUCTlOn. Xd
des mois barbares Tarifs, Salaifis, Profiu^ Monopoles. Qu'jr a-l-il de commun entre des dissertalions arides et oet être éihéré , cet ange des affections douce , celte nature poétique et dévouée dont la seule destinée est d'aimer et de plaire, de compatir et de consoler?
Mais, si la femme s'effraye à l'aspect du lourd sylio* gisme et delà froide statistique, elle est douée d'une sagacité merveilleuse, d'une promptitude, d'unesûreté d'appréciation qui lui font saisir le côté par où une entreprise sérieuse sympathise avec le penchant deson eœur. Elle a compris que l'effort de la Ligue est une eause de justice et de réparation envers les classes souffrautesj elle a compris que l'aumône n'est pas la seule forme de la charité. Nous sommes toujours prêtes à secourir l'infortune, disent-elles, mais ce n'est pas une raison pour que la loi fasse des infortunés. Nous vouiaos nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui ont froid, mais nous applaudissons à des efforts qui ont pour objet de renverser les barrières qui s'inter*^ posent entre le vêtement et la nudité, entre la subsistance et l'inanition.
Et d'ailleurs, le rôle que les dames anglaises ont su prendre dans l'œuvre de la Ligue n'est-ii pas en parfaite harmonie avec la mission de la femme dans la société? — Ce sont des fêtes, des soirées données auK firw'iradsrs'j — de réclat, de la chaleur, de la vie, communiqués par leur présenoe à ces grandes joutes oratoires où se dispute le sort des masses; — une ootsipe magnifique offerte au plus éloquent orateur ou au plus infatigable défenseur de la liberté.
KCII INTRODUCTION.
Un philosophe a dit : < Un peuple n'a qu'une chose « à faire pour développer dans son sein toutes les « TertuSy toutes les énergies utiles. C'est tout simple- « ment iSLhotwrer ce qui est honorable et de tnéprieer ce « qui est méprisable. » Et quel est le dispensateur naturel de la honte et de la gloire? C'est la femme; la femme, douée d'un tact si sûr pour discerner la moralité du but, la pureté des motifs, la convenance des formes; la femme, qui, simple spectateur de nos luttes sociales, est toujours dans des conditions d'impartialité trop souvent étrangères à notre sexe; la femme, dont un sordide intérêt, un froid calcul ne glace jamais la sympathie pour ce qui est noble et beau ; la femme, enfin I qui défend par une larme et qui commande par un sourire.
Jadis, les dames couronnaient le vainqueur du tournoi. La bravoure^ l'adresse, la clémence se popularisaient au bruit enivrant de leurs applaudissements. Dans ces temps de troubles et de violences où la force brutale s'appesantissait sur les faibles et les petits, cq qu'il était bon d'encourager, c'était la générosité dans le courage et la loyauté du chevalier unie aux rudes habitudes du soldat.
Eh quoi ! parce que les temps sont changés ; parce que les siècles ont marché; parce que la force musculaire a fait place à l'énergie morale ; parce que l'injustice et l'oppression empruntent d'autres formes, et que la lutte s'est transportée du champ de bataille sur le terrain des idées , la mission de la femme sera terminée ? Elle sera pour toujours reléguée en dehors
INTRODUCTION. XCllI
du mouvement social? Il lui sera interdit d'exercer sur des mœurs nouvelles sa bienfaisante influence, et de faire cclore, sous son regard, les vertus d'un ordre plus relevé que réclame la civilisation moderne?
Non, il ne peut en être ainsi. Il n'est pas de degré dans le mouvement ascensionnel de l'humanité où l'empire de la femme s'arrête à jamais. La civilisation se transforme et s'élève; cet empire doit se transformer et s'élever avec elle , et non s'anéantir ; ce serait un vide inexplicable dans l'harmonie sociale et dans l'ordre providentiel des choses. De nos jours, il appartient aux femmes de décerner aux vertus morales , à la puissance intellectuelle, au courage civil, à la probité politique, à la philanthropie éclairée ces prix inestimables, ces irrésistibles encouragements qu'elles réservaient autrefois à la seule bravoure de l'homme d'armes. Qu'un autre cherche un côté ridicule à cette intervention de la femme dans la nouvelle vie du siècle; je n'en puis voir que le côté sérieux et touchant. Oh! si la femme laissait tomber sur l'abjection politique ce mépris poignant dont elle flétrissait autrefois la lâcheté militaire! si elle avait pour qui trafique d'un vote, pour qui trahit un mandat, pour qui déserte la cause de la vérité et de la justice, quelques-unes de ces mortelles ironies dont elle eût accablé, dans d'autres temps, le chevalier félon qui aurait abandonné la lice ou acheté la vie au prix de l'honneur, oh! nos luttes n'offriraient pas sans doute ce spectacle de démoralisation et de turpitude qui centriste les cœurs élevés jaloux de la gloire et de la dignité de leur pays... Et cependant il existe des hommes au cœur dévoué ,
ICIT INTRODUCTIOIV.
à i'intellîgence puissance; mais, & l'aspect de rioirigue partout triomphante, ils s'environnent d'un voile de réserve et de fierté. On les voit, succombant sous la répulsion de la médiocrité enirieuse, s'éteindre dans une douloureuse agonie , découragés et méconnus. Oh! c'est au cœur de la femme à comprendre ces natures d'élite. ~ Si l'abjection la plus dégoûtante a faussé tous les ressorts de nos institutions; si une basse cupidité, non contente de régner sans partage, s'érige encore eflrontément en système; si une atmos^ phère de plomb pèse sur notre vie sociale, peut-ètre faut-il en chercher la raison dans ce que la femme n'a pas encore pris possession de la mission que lui a assignée la Providence.
En essayant d'indiquer quelques-uns des enseigne* ments que 'l'on peut retirer de la lecture de ce livre, je n'ai pas besoin de dire que j'en attribue excliisjvementlemérite aux orateurs dont je traduis lesdiscours, car, quant à la traduction, je suis le premier à en recûnnattre l'extrême faiblesse; j'ai affaibli l'éloqueoee des CoLden, des Fox, des George Thompson ; j'ai négligé de faire connaître au public français d'autres puissants orateurs de la Ligue, MM. Hoore, ViUiers ^t le colonel Thompson; j'ai commis la faute de ne pas puiser aux sources si abondantes et si dramatiques des débats parlementaires; enfin, parmi les immenses matériaux qui étaient i ma disposition, j'aurais pu faire un choix plus propre à marquer le progrès de ï agitation. Pour lous ces défauts, jo n'ai qu'une excuse à présenter au lecteur. Le temp^etyl'Mpace m'ont manqué, l'espace surtout; car, 4x>mmfnt
INTRODUCT10I1. CV
awftis-je osé risquer plusieurs volumes, quaod je suis si peu rassuré sur le sort de celui que je soumets au jugement du public.
J'espère au moins qu'il réveillera quelques espérances au sein de l'école des économistes. Il fut un temps où elle était raisonnablement fondée à regarder comoie prochain le triomphe de son principe. Si bien des préjugés existaient encore dans le vulgaire, la ekisse intelligente, celle qui se livre à l'étude des sdeuces morales et politiques, en était à peu prés affranchie. On se séparait encore sur des questions d'opportunité, mais, en fait de doctrines, l'autorité des
Smith et des Say n'était pas contestée.
Cependant vingt années se sont écoulées, et bien loin que Téconomie politique ait gagné du terrain, ce n'est pas assez de dire qu'elle en a perdu, on pourrait presque affirmer qu'il ne lui en reste plus, si ce n'est l'étroit espace où s'élève l'académie des sciences morales. En théorie, les billevesées les plus étranges, les visions les plus apocalyptiques, les utopies les plus bisarres ont envahi toute la génération qui nous suit. Dans l'application , le monopole n'a fait que marcher de conquête en conquête. Le système colonial a élargi ses bases; le système protecteur a créé pour le travail des récompenses factices, et l'intérêt général a été-livréau pillage; enlin, l'école économiste n'existe plus qu'à J'état, pour ainsi dire, historique, et ses livres ne sont plus consultés que comme les monuments qui racontent à aoiope âge les pensées d'un temps qui n'est plus.
Cependant un petit nombre d'hommes sont restés
XCVI INTRODUCTION
fidèles au principe de la liberté. Ils y seraient fidèles encore alors qu'ils se verraient dans l'isolement le plus complet y car la vérité économique s'empare de Tâme avec une autorité qui ne le cède pas à l'évidence mathématique.
Mais, sans abandonner leur foi dans lé triomphe définitif de la vérité, il n'est pas possible qu'ils ne ressentent un découragement profond à l'aspect de l'état des esprits et de la marche rétrograde des doctrines. Ce sentiment se manifeste dans un livre récemment publié, et qui est certainement l'œuvre capitale qu'a produite depuis 1830 l'école économiste. Sans sacrifier aucun principe, on voit, à chaque ligne, que M. Dunoyer en confie la réalisation à un avenir éloigné, alors qu'une dure expérience, à défaut de la raison, aura dissipé ces préjugés funestes que les intérêts privés entretiennent et exploitent avec tant d'habileté.
Dans ces tristes circonstances, je ne puis m'erop6cher^'espérer que ce livre, malgré ses défauts, offrira bien «es consolations, réveillera bien des espérances, raninbera le zèle et le dévouement au cœur de mes amis politiques, en leur montrant que si le flambeau de la vérité a pâli sur un point, il jette sur un autre un éclat irrésistible, que l'humanité ne rétrogade pas, mais qu'elle progresse à pas de géant, et que le temps n'est pas éloigné où l'union et le bien-être des peuples seront fondés sur une base immuable : La libre et fraiernelU communication des hommes de touies les régions , de tous les climats et de toutes les races.
OU
L'AGITATION ANGLAISE
La Ligue fut fondée à Manchester en 1838* Ce ne fut qu'en 1843 qu'elle commença ses opérations dans la métropole, et nous n'avons pas cru devoir remonter plus haut dans le compte rendu de ses travaux. C'eût ^é, sanÀ doute, réclamer du lecteur plus d'attention qu'il n'est disposé à nous en accorder. — Cependant, avant de suivre la Ligue à Londres, nous avons jugé utile de traduire le discours prononcé à Manchester, par M. Gobden, en octobre i842, parce qu'il résume les progrès accomplis jusque-là , et les plans ultérieurs de cette puissante association.
M. CoBDBN. M. le président, ladîes et gentlemen : C*est pour Favenir de notre cause une circonstance d'un augure favorable que de voir tant de personnes distinguées, et particulièrement un si grand nombre de dames réunies dans cette enceinte. Je me réjouis surtout d'y apercevoir Ah sembreoiL représentants de la classe ouvrière. ( Applaudisse-' ments. ) J'ai entendu avec satisfaction les rapports qui nous ont été lus et qui ne laissent aucun doute sur les progrès que nous afvons faits, noù^seulement dans cette cité, mais dans
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foules les parties du royaume* Parmi ces rapports ^ il eti est lin qui exigé qve je m*y arrête un insialit. H. H urrty a bit allusion au mécontentement qu*a excité parmi les fermiers la baisse <les produits agricoles^ De graves erreurs ont prévalu à cesujet. Les fermiers se plaignentamèrement decequ*ils n*obtiennenfr i^ns, pour leiirs b^aox, le prix accoutumé, et ils s*en prennent k ce que les changements introduits récemment dans les tarifs par sir Robert Pee! auraient amené du dehors une invasion de quadrupèdes. — Je maintiens que c'est Ik une illusion. Tous les bestiaux que les étrangers nous ont envoyés ne suffiraient pas k alimenter la consommation^ de Manchester pendant une semsrine. La baisse de» prix provteÉfi<l*Me tMit inirt dreotistanlce, quil est utile ie siguler parce qu'elle a on rapport direct avec notre causer* La véntakie raison de cette baisse, ce n^est pas rimpovtâûM des arrivages du dehors, mais la mine complète k Pintérieur de la clientèle des femiers. (Écoutez! écoutez 1) Tai fiât des recherches à» ce sujet, et je me âuis assuré qn'k DuAdee, LeedSy Keodal, Çarliale,. Birmingham, Manchester, la coi>sommation de la viande, comparée k ce qu^elle était il y « cinq ans, a diminué d'un tiers, et comment serait-il possible qu'une telle Répression dans le pouvoir de consommer n'amenftt une dépression relative dans les prix ? Pour nous, manufacturiers, qui sommes accoutumés k nous enquérir du sort de nos acheteurs^ k désûrer leur prcapérilé, k en caico- 1er les effets sur notre propre biea^élre, noua n'awîoBS point conclu comme les fSermiers^ Quand notre clientèle décline, qusAd^ nous la voyons privée des moyens de se pourvoir, nous savons que nous ne pouvons qu'en souflrir conme vendeurs. Im fermiers n'ont peint encore appris cette let^m* Ils s'imaginent que la éaakpagne peul prospénsT- quand la ville décline* ( Édoutez 1 éceutet ! ) A: la foire de Cheater, le
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fromage est tombé de SO sh. le. qaintal , et les fermiers de dire : € Il y a do Peel ik-dessoas. » Mais ^absurdité de cette îoCerprétatioà résolte é^idemmetil de ce que rien o*a été changé an tarif snr ce comestible. Le prix du fromage, du lait^ du beurre a baissé, et pourquoi ? parce que les grandes villes manabclorières sont ruinées et que Siockport, par exemple, |iaîe en salaires 7,000 l.s. (1 75,000 fr.) de moins, par semaine, qu'il ne faisait il y a quelques années. Et en présenèe de tels faits qui leur crëTentles yeux, comment les fermiers peuventils aller quereller nr Robert Peel, et chercher dans son tarif la cause de Icm adversité? Au dernier meeting de Waftham, le duc de Rutland a essayé de nier cette dépréciation. 11 a eu tort; elle est réelle, et nous ne devons pas méconnaître les aonffiraàces des fermiers , mais leur en montrer les vraies causes. — Il peut paraître étrange que ce soit moi qui vienne ici exonérer sir Robert des reproches que lui àdiés^nt ses profires amis. Nous ne sommes pas plus opposés k sir Robert Peel qu*à tout autre ministre. Nous ne sommes fa» des hommes de parti, et s'il se rencontre des parfis politiques, qu'ils s'intitulent wbigs ou torys, qui s'eiforcent d'attribuer \ sir Robert des maux résultant de la mauvaise pofitique commerciale adoptée par toutes les administrations successives qui ont dirigé les aflaires de ce pays , il est de notre devoir de rendre justice à sir Robert Peel lui-même, et de remettre les feroners sur la bonne voie. (Applaudissenilents.)
. « jf» il
L'orateur ùéeth ki h détresse dés villei^ «baiVatac^ turîéres et coAtiitàe ainsi :
On s'en prend encore de nos souflBranoes au* tarif tétiétù-» ment adopté par les États-Unis, et les joumailil du monopole ne font ftfttle de railler, à ce sujet , 1« législation aiiâlé-
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ricainé. Mais s'ils étaient sincères lorsqulls professent que nous devons nous suffire li nons-mémes, el pourvoir directement k tous nos besoins par le travail national, assurément ils devraient reconnaître que cette politique, qui est bonne pour nous, est bonne pour les autres, et en saluer avec joie Tavènement parmi toutes les nations du globe. Mais les voilk qui invectivent les Américains parce qu'ils agissent d*après nos propres principes. ( Applaudissements.) Eh bien! qu'ils plaident notre cause au point de vue américain s'ils le trouvent bon. Mous les laisserons dans le bourbier de leur inconséquence. (Applaudissements.) Mais quelle a été Toccasion de ce tarif? Nous ne devons pas perdre de vue que ce sont nos £iutes qui nous ont fermé les marchés d'Amérique. Remontons jusqu'k 1855. A cette époque, une grande excitation existait aux États-Unis au sujet des droits élevés imposés aux produits de nos manu&ctores ; le mécontentement était extrême, et dans un des États, la Carolîne du Sud, il fut jusqu'à se manifester par la rébellion. Il s'ensuivit qu'en 1835, la législature adopta une loi selon laquelle les droits d'entrée devaient être abaissés d'année en année, de ma* nière k ce qu'au bout de dix ans il n'y en eût aucun qui dépassât le maximum fixé k 90 pour cent. Ce terme est expiré cet été. Eh bien! qu'k fait notre gouvernement? qu'k fait notre pays pour répondre k cette politique Ubérale el bienveillante ? Hélas! un fait si important n'a pas plus excité l'attention de nos gouvernements successifs, et, je suis fkcbé de le dire, do peuple lui-même, que s'il se fikt passé dans une autre planète. Nous n'avons eu aucun égard aux tentatives qu'ont fait les Américains pour raviver nos échanges réciproques. Bf^ân^ntMiit ils.se mettrai k considérer les effets de leur politique^ et qu'aperçoivent-ils? c'est qu'au bout des dix ans, leur commerce avec ce pays est mcNidre ipt^il n'était
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atanlla réduction. Leur coton, lieurriz, lear tabac a baissé de prix, et ce sont les sentes choses que nons consentons 2i recevoird^eax. Nous avons repoussé leurs célréates. Les Américains ont donc pensé qu'ils n'avaient aucun motif de persévérer dans leur politique, et il a été Tacile à un petit nombre de leurs monopoleurs manufacturiers d*^obtenir de nouvelles mesures dont Teffietsera d'exclure du continent américain les produits de nos fabriques. Cela ne fût point arrivé , si nous avions tendu à nos frères d'au-delk de TÂtlanlique, la main (le réciprocité, sous forme d^une loi libérale qui, admettant leurs céréales, aurait intéressé les États agricoles de l'Union a voter pour nous, au lien de voter contre nous. Nous eussions ouvert Ji leurs céréafes undébouché décuple de celui que leur offrent leurs manufacturiers monopoleurs. Les Âmérieains sont gens avisés et clairvoyants, et quiconque les connaît , sait bien que jamais ils n'eussent supporté le tarif actuel, si nous avions répondu a leurs avances, et reçu leurs produits agricoles en échange de nos produits manufacturés- (Applandissements). Je ne veux point dire que tes Américains ont agi sagement en adoptant ce tarif; il n'a pour résultai, à leur égard , que de détruire leur propre revenu. Mais enfin les voilà, d'un côté, se tordant les mains à l'aspect de leurs greniers pliant sous le poids des récoltes précédentes, tandis que le vent agite dans leurs vastes pleines d^s récoltes nouvelles; et voici, d'Un autre côté, les Anglais contemplant, les bras croisés, leurs magasins encombrés et leurs usines silencieuses. Lk, on manque de vêtements , ici on meurt de faim, et des lois aussi absurdes que barbares s'interposent entre les deux pays pour les empêcher d'échanger et de devenir l'un pour l'autre, un débouché réciproque. (Écoutez! écoutez ! ) Oh! cela ne peut pas continuer. Un tel système ne peut durer. (Applaudissements). Il répugne trop à Tinslinct
natnrel , an sens commun , k la science , à rhumanilé , au christianisme. (Applaudissements). Vu tel système ne peut durer. (Nouveaux applaudissements). Croyez que, lorsque deux nations telles queirAmérique et F Angleterre sont intéressées a des échanges mutuels, il n*est au pouvoir d'aucun gouvernement de les isoler à toujours. (Applaudissements). Et je crois sincèrement que dans dix ans tout ce mécanisme de restriction , ici comme au-delà des mers , ne vivra plus que dans Thistoire. Je ne demande que dix ans pour qu*il devienne aussi impossible aux gouvernements d'intervenir dans le travail des hommes , de le restreindre , de le limiter, de le pousser vers telle ou telle direction, qu'il le serait pour eux de s'immiscer dans les affaires privées, d'ordonner les heures des repas, et d'imposer k chaque ménage un plan d'économie domestique. (Écoutez! écoutez!) Il y a précisément le même degré d'absurdité dans ce système , que dans celui qui pré-> valait , il y a deux siècles , alors que la loi réglait ta grandeuri la forme, la qualité du linge de table, prescrivait la substitution d'une agraffe à un bouton, et indiquait le lieu où devait se tisser la serge, et celui où devait se fabriquer le drap. (Rires et applaudissements). C'est là le principe sur lequel on agit encore. Alors on intervenait dans lindustrie des comtés : aujourd'hui on intervient dans l'industrie des nations. Dans l'un et l'autre cas, on viole ce que je soutiens être le droit naturel de chacun : — échanger là où U lui convient. (Applaudissements). — Messieurs, ce système, cet abominable système ne peut pas durer. (AcclamalkMis). C'est pourquoi je me réjouis que nous ayons entrepris de venger les lois et les droits de la nature, en employant tous nos efforts pour le renverser. (Applaudissements). Mais pour arriver au triomphe de notre principe, il fiiut d'abord que nous détruisions en nous-mêmes et dans le pays , les pré-
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jugés fm lui font ototaele , caîr^ quoique ta doctdae que nom eomtelloiM ttotté af^missé, li nom, comme érideHKBetti funeste et odieuse, nous nedevoMpas oublier qv'ette préTant, dans ee mondes il peu près depois qu^l est sorti des mains du Créateur. Notre- rôle est véritablement celni de réformateurs; car nous sommes aux prises avec le monopole , système qui , sous une forme ou sous une autre ^ remonte, je crois, à* la période adamiqne, ou du moins aux tenais daumn& (Rires). Ce ne sera pas la moindre gloire de TAngleterre, qui a donné au monde des institutions libres, la presse, le jury, les formes du gou?ernenienl représientatif , si die est encore la première k lui donner Texemple de la li^ beité commerciale^ (Bruyantes acdamalions)» Car, ne perdez pas de vue que ce grand mouvement se distingue , parmi tous ceux qui ont agité le pays, en ce qn*il n'a pas exclusi- ▼enenl en me, comme les antres,. des intérêts locaux, ou Taméliaration întérîeurede notre patrie. Vous ne pouvez triomplier dans cette Intte, sans que les résultats de ce triomphe ne se fassent ressentir josqu^aux extrémités du monde, et la réaiîsatîon de vos doctrines n'affectera pas seulement les classes mannâctnrières et commerciales de ce pays, mais les intérêts matériels et moraux de rbumanité sur toute la surface du globe. (Applaudissements). Les conséquences, momies do principe de la liberté commerciale , pour lequel oûM combattons, m*ont toujours paru, parmi toutes celles qu'implique ce grand mouvement, comme les phis imposattles, les plus dignes d'exdter notre émulation et notre zèle. Fonder la liberté commerciale, c'est fonder en même temps la paix universelle, c'est reber entr'eux, par le ciment des écàanges réciproques, tous les peuples de la terre. (Ecoutez! éeOHtez!)C'est rendre la guerre aussi impassible entre deux nations, qu'aile l'est entre deux comtés delà Gnmde-Brelagne.
On ne verra plus alors toutes ces vexations diplomatiques, et deux hamiaes, k force de protoeoliser, par un combat de dextérité entre un minstre de Londres et un ministre deParis, finir par envelopper deux grandes nations dans les horreurs d'une lutte sanglante. On ne verra plus ces monstrueuses absurdités, alors que ces deux grandes nations, unies comme elles le seront par leurs mutuels intérêts, chaque comptoir, chaque magasin, cbaqae usine , deviendra le centre d'un système de diplomatie qui tendra k la paix , en dépit de tout Tart des hommes d*État pour faire éclater la guerre. (Tonnerre d'applaudissements). Je dis que ce sont Ik de nobles. et glorieux objets qui, s*ils réclament toute Ténergie du sexe k qui reviennent le poids et la fatigue de la lutte, méritent aussi le sourire et les encouragements des dames que je suis heureux de voir autour de moi. (Applaudissements prolongés). C'est une œuvre qui devait nous assurer, et qui nous a valu, en effet, Tactive coopération de tout ce qu'il y a dans le pays de ministres chrétiens. (Acclamations). Tel est Tobjet que' nous avons en vue, et gardons-nous de le considérer jamais, ainsi qu'on le lait trop souvent, comme une question purement pécuniaire, et affectant exclusivement les intérêts d'une classe de ma-» nufacturiers et de marchands.
Dans le cours des opérations qui ont eu lieu au commen* cernent de la séance, j'ai appris, avec une vive satisfaction, que , sous les auspices de notre in&tigablé , de notre indomptable président (Acclamations) , la Ligue se prépare k une campagne d'hiver plus audacieuse, et j'espère plus décisive qu'aucune de celles qu'ait jamais entrepris cette grande et influente association. En entrant dans les bureaux, j'ai été frappé k l'aspect de quatre énormes colis emballés et cordés comme les lourdes marchandises de nos magasins. J'ai pris
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des informalioDs, et Ton ro*a dit que c^étatt des brochures, — ennron cinq quintaux de brochures — adressées k quatre de nos professeurs , pour être immédiatement et gratuitement distribuées. (On applaudit). J'ai été curieux de vérifier dans nos livres oti en sont les affaires , en fait d'impressions. — Uimpression sur coton , vous le savez , va mal , et menace d'aller plus mai encore; mais Timpresssion sur papier est conduite avec vigueur, sous ce toit, depuis quelque temps. Depais Crois semaînéd la Ligue a reçu des mains des imprimears trois cent quatre vingt mille brochures. Cei^t bien quelque chose pour Tœuvre de trois semaines, mais ce n*est fiea relativement aux besoins du pays. Le peuple a soif d'in* formatiott; de toutes parts on demande des brochures, des discours, des publications; on veut s'éclairer sur ce grand débat Dans ces circonstances, je crois qu*il nous suffit de faire connaître au public les moyens d'exécution dont nous pouvons disposer, — que la moisson est prête, qu'il ne manque que des bras pour l'engranger, — et le public mettra en nos mains toutes les ressources nécessaires pour conduire notre campagne d'hiver, avec dix fois plus d'énergie que nous n^en avons mis jusqu'ici. Nous dépensons 100 1. s. par semaine, à ce que je comprends , pour agiter la question. Il faot en dépenser i ,000 par semaine d'ici k février prochain. Je crains que Manchester ne se soit un peu trop attribué le monopole de cette lutte. Quel que soit l'honneur qui lui en revienne, il ne faut pas que Manchester monopolise toutes les invectives de la Presse privilégiée. Ouvrons donc cordialement nos rangs k ceux de nos nombreux concitoyens des antres comtés, qui désirent, j'en suis sûr, devenir nos collaborateurs dans cette grande œuvre. Leeds, Birmingham, Gbsgovir, Sheffield ne demandent pas mieux que de suivre Manchester dans la lice. Cela est dans le caractère anglais.
Ils ne 90uffrirost pas qne nom soyons les seuls ^ les déli* vrer des étreintes du monopole ; ce serait ^*engageff d'/mnçe à se reconnaître redevables envars nous de tout ce qui peut leur échoir de liberté et de prospérité, et il n'e^t pa(s^ ^m» le caractère des Anglais de rechercher le fardeau de telles obligations. Que font nos compatriotes d^ns les luttes moÎDs glorieuses de terre et de mer? Avez-vous entendu 4ire, avez^vous lu dans Thistoire de votre pays» qu*ils biisseot iion vaisseau ou k un régiment tout Thcmneur de la vicaire? jNîtHl* ils se présentent devant Tennemi , et demandent qa'00 les place k Tavaut-garde. — Il en sera ainsi de Leeds, de Gla»gpvir, de Birmingham ; offrons-leur une place honorable dans nos rangs. — Messieurs, la première considération, c'est le nerf de la guerre. Il faut de l'argent pour conduire conve* nablement une telle entreprise. Je sais que notre honojrable ami 9 qui occupe le fauteuil , a dans les mains un plan qui ne va k rien moins, vous allez être surpris, qu'k demander au pays un subside de 50,000 1. s. (Écoutez! écoutez!) C'est juste un million àe shellings, et, si deux millions de signa- Uires ont réclamé l'abrogation de la loi^éréale, qudle difficulté peut présenter le recouvrement d'im million de sbelliugs ?,... — Ladieç et Gentlemen , ce a quoi nous derws a^)irer, c'est de disséminer k profu«on tous ces trésors d'informations enfouis dans les enquêtes parlementaires, et dans les œuvres des économistes. Nous n'avons besoin ni force, ni violence, ni exhibition de puissance matérielle (applaudissements) ; tout ce que nous voulons, pour assurer le succès de notre cause, c'est de mettre en œuvre ces armes bien plus efficaces, qui s'attaquent k resj^it. Puisque j'en suis sur ce sujet , je ne puis me dispeoser de vous recoipraander la récente publication des œuvres du colonel Thomp* son (applaudissements) ; c'est un arsenal qui contient plos
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d'arme qu'il n'en fiiiil pour aM^jiii^ nolfQ biil , ii elles élaîMl diMribiiéM^aBs tool le pays. Il a'eitsi obélîf berger qui 9 pour ataltre |e Goliath du mofiopole, n'y trouve un caiUoa qui aille 4 aoo braa* Je ne saurais éJever irop haut ceui de ces ouvrages qui se rapportent à uotre q«ies(JOii. Le eolo* nel ThompsDu a été pour nous un trésor caché. Nous n'avons apprécié ni icoonu sa valeur. Ses écrits, publiés d'abord dans la B0vuê de fVesinwisier ^ ont passé inaperçus p6iar un grand nombre d'entre noiifr D vient de les réunir en corps d'o»* vrage , en six volumes complets , a^ prix de sacrifices péeu» niaires très considérables , dont je sais qu'il n'a guères de souci , pourvu qu'ils fassent progresser la bonne cause. Je n'hésite pas à reconnaître que tout ce que nous disons, tout ce que nous écrivons aujourd'hui , a été mieux dit et mieux écrit, il y a dix ans, par le colonel Thompson^ H n'est que lieutenant colonçl dans l'armée, à ce que je crois, mais c'est un Trai Bonaparite dans la grande cause de la liberté. Cette cause , nous la ferons triompher en propageant les connaissances qui sont exposées dans ses ouvrages, en les publiant par la voie des journaux et des revues , en les placardant aux murs de tous les ateliers , afin que le peuple soit forcé de lire et de comprendre. Qu'on ne dise pas qve de tels moyens m»quent d'efficacité. Je sais qu'ils sont tout puissants. (Applaudissements)* Je ne suis certainement pas entré à la Chambre des communes sous l'influence de préventions favorables a cette assemblée, mais je pois dire qu'elle n'est pas une représentation infidèle de l'opinion publique. Cette assertion vous étonne ; mais songez donc que sur cent per^ sonnes, il y en a quatre vingt dix-neuf qui ne concourent en rien à la formation de l'opinion publique; elles ne veulent pas penser par elles-mêmes. (Applaudissements). A ce point de vue , je dis que la chambre des communes représente
assez fidèlement resprit dtt pays. Ne répond-elle pas d'ailleurs aux moindres changements de l'opinion , avec autant de sensibilité et de promptitude , qu'en met le vaisseau à obéir au gouvernail ? Voulez-vous donc emporter dans la Chambre des communes quelque question que ce soit? Itistruisez le peuple , élevez son intelligence au-dessus des sopbismes qui sont en usage au Parlement sur cette question; que les orateurs n*osent plus avoir recours à de tels sophismes, dans la crainte de la juste impopularité du dehors, et la réforme se ftira d'elle même: (Applaudissements). €*est ce qui a été fait déjk k l'occasion de grandes mesures , et c'est ce que nous ferons encore. (Applaudissements). Ne craignez pas que, pour obéir à la voix du peuple, le Parlement attende jusqu'à ce que la force matérielle aille frapper k sa porte. Les membres de la Chambre ont coutume d'interroger de jour en jour l'opinion de leurs constituants, et d'y conformer leur conduite. Ils peuvent bien traiter, avec un mépris affecté, les efforts de cette association , ou de toute autre , mais soyez sûrs qu'en face de leurs commettants ils seront rempants comme des épagneuls. (Rires et bruyants applaudissements). Tout nous encourage donc k faire, pendant cette session^ un effort herculéen. — Je m'entretenais aujourd'hui avec un gentleman de cette ville qui arrive de Paris. Il a traversé la Manche avec un honorable membre, créature du duc de Buckingham. c Dans mon opinion, disait l'honorable député, le droit actuel sur les céréales sera converti en un droit fixe, dans une très prochaine session , et j'espère que ce droit sera assez modéré pour être permatient. » — Mais quant k nous, veillons k ce qu'il n'y ait pas de droit du tout. (Applaudissements). Si nous avons pu amener une créature du duc de Buckingham k désirer une taxe assez modérée pour que ces messieurs soient sûrs de la conserver, quel-
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qaes eflbrts de plas suiBroot pour eonvaincre les fermiers qa*il8 n'ont à attendre ni stabilité, ni loyale stipolation de rentes , ni appaisement de Tagitation actuelle Jusqu'à ce que tons droits protecteors soient entièrement abrogés. C*e$c pourquoi je vous dis : Attachez- vous à ce principe : abroga^ iion totale e( tntm^dtal^. (Applaudissements). N'abandofinQz. jamais ce cri de raliiemeut : abrogation totale et immédiate! Il y en a qui pensent qu'il vaudrait mieux transiger; c'est une grande erreur. Rappelez-vous ce que nous disait Sir Ro* bert Peei, à M.Villiers et k moi. c Je conviens, disait-il, que, comme avocats du rappel (') total et immédiat, vous avez sur moi un grand avantage dans la discussion. » Nous séparer de ce principe absolu , ce serait donc renoncer k toule h puissance qu'il nous donne. — etc.