‹ Cobden et la ligueChapitre 6 sur 23 · MEETING HEBDOMADAIRE DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

MEETING HEBDOMADAIRE DE LA LIGUE

Une brillante démonstration a eu lieu hier soir au théâtre de Drury-Lane. A peine le bruit s'est-il répandu que la bigue devait tenir dans cette vaste enceinte sa première séance hebdomadaire, que les cartes d'entrées ont été enlevées. La foule encombrait les avenues et les couloirs de l'édifice longtemps après que la salle, les galeries et le parterre étaient occupés par la réunion la plus distinguée et la mieux choisie

(■) Le mot anglais i^epeal a'élé mal traduit en français par le mot rappel. Repêat sij^ntfie : abrogation , révocation , cessation. î/usage ayant maintenant donné le même sens au mot rappel^ j'ai cru pouvoir le maintenir.

14 GOBDSN ET LA- UGUR,

dont il nous ail jamais été donnré d'être les témoins. — Les dames assîsiateni en grand nombre à la séance et paraissaiem en suivre les travaux avec le plus vif intérêt.

Nous avon^ Remarqué sur Testrade MM. Cobden , m. P. (*), Williams, m. P., Eward, m. P., Thomefy, m. P., Bo^ring, m. P., Gibson, m P., Leader, m. P., Ricardo, m. P., Scholefield, m. P., Wallace, m. P., Chrestie, m. P., Bright, m. P. , etc.

M. Georges Wilson occupe le feuleuil.

Le président annonce qu'il est prévenu que qveU ques perturbateurs se sont introduits dans rassemblée avec le projet d'occasioner du désordre» soit en éteignant le gaz, ou en criant au feu; si de pareilles manifestations ont lieu, que chacun se tienne sur ses gardes et reste calme à sa place*

M. Eward parle le premier.

M. Cobden lui succède (bruyants applaudissements). Il s'exprime ainsi :

M. le président , bdies et gentlemen : J*ai assisté à un grand nombre de meetings contre les loû'^éréaleê (*), Xen ai vu d'aussi imposants par le nombre , le bon ordre et Fenthousiasme ; mais je crois qu'il y a dans cette enceinte la plus grande somme de puissance intellectuelle et d'inDuence morale qui se soit jamais trouvée réuoie dans une édifice

quelconque , pour le progrès de la grande cause que nous

(') m. P., abbréviation qui signifie membre du Parlement.

n Tai cm pouvoir, pour abréger, transporter dans notre langue quelques uns de ces mots composés de deux substantifs si fréquents en anglais, et sacriGer la logique grammaticale à la commodité.

ou L'AGItATlOl^ ANGLAISE. ^5

aroii» ttilNraBsée. Plus cette influence est ëtendne, pim est graoëe notre responsabilité à l'yard de Fusage qat nous en samoiis faire. Je me sens particulièrement responsable des qoelqneB mûrates pendant iesqdelBes j*occnperai totre attenlion, et je désire les faire senir au progrès de la cause commune. Je n'ai jamais aimé , dans aucune circonstance , à laire intervenir des personnalités dans la défense d*un graiiid principe. On m'assute cependant qu*à Londres on est asse2 endin k ranger les opinions politiques sous la bannière des QO01S propres. Peut-^re , àu milieu dû perpétuel mouvemcnf d'idées qui s^agitent dans cette taste métropole ^ cet usage» a*t-il prévalu , a6n de fiie^ Tattention , par un intérêt plus ineÎBtf Y sur les questions particulières. Hais, ce dont je suiâ str, c'est que ce qtn a fait notre succès à Mancbester, le fera partout où la nature humaine a acquis ces nobles qualitési, qui la distinguent au sein de la capitale industrielle dti rojannie uni, je veux dire, la ferme conviction que, si 1*60 se renferme dans la défense des principes, on acquerra , à h longue, d'autant plus d'influence, qu'on se sera, avec pTos de soin, interdil le dangereux terrain des personnalités. (Écoutez! écoutez !) Je suis pourtant forcé de revenir, contres ma volonté, sur ce qui vient de se passer h la chambre haute. Noos avons été assaillis — ^ violemment , amèrement, maftcieosement assaillis, — par unf personnage (lord Ërougham), qni fait profession de partager nos doctrines, d^àimer, d^estimer les Inembi^ les plus éminents de la Ligue. Je vois , dans les journaux de ce matin , un long discoui^ dont les deux tiers sont une continuelle invective contre la Ligue^ dont rantrei tiers est consacré h défendit ses princfpes. (Éboulez !) Je pense q«e k plus juste châtiment que l'on pourrait infliger it l'homme éMAilènt qui S'est rendu éoupable de là' conduite h laquelle je fais allusion , ce serait de l'abandon Aer

m COBDEN ET LA LIGUE,

à ses propres réflexions; car, ce qu'on peni déeouvrk de plus clair dans la longue diatribe du noble lord, c'est que, quelque mécontent qu'il soit de la Ligue, il est encore plus mécontent de lui même. Il est vrai que le noble et docte lord n'a pas été très explicite quant aux personnes contre lesquelles i I a entendu diriger ses attaques réitirées. Eh bien , je lui épar* gnerai Tembarras de désignations plus spéciales , en prenant pour moi le poids de ses invectives et de ses sarcasmes. (Applaudissements). Bien plus, il a attaqué la conduite des membres de notre députation ; il a blâmé les actes des ministres de la religion, qui coopèrent à notre œuvre. Ëh bien, je me porte fort pour cette conduite et pour ces actes, il ne s'est pas prononcé une parole, — et je désire q«'on comprenne bien toute la portée de cette déclaration, — il n'a pas été prononcé uoe seule parole par un ministre de la relîgian, dans nos assemblées et nos conférences, dont je ne (ois prêt à accepter toute la responsabilité, pourvu qu'on ne lui prête qu'une interprétation honnête et loyale..... J'ai été blAmé.de n'avoir pas récusé le langage du Rév. M. Bailey de ShefiMd. J'ai été accusé d'être son complice , parce que je ne m'étais pas levé pour répudier l'imputation dirigée contre lui , d'avoir excité le peuple de ce pays à commettre un meurtre. — Eh mon Dieu I cela ne m'est pas plus venu daus la pensée que d'aller trouver le lord-maire , pour cautionner M. Bailey contre une accusation de cannibalisme. M. Bailey, objet de ces imputations, à travers lesquelles perce le désir d*atteiildre et de détruire la Ligue, est eovironné.de respect et de confiance par une nombreuse congrégation de chrétiens qui le soutiennent par des cotisations volontaires. (Bruyants iqiplaudtssements). C'est un homme de lèle ardent , aux sentiments élevés, un cœur chaud et ami du bien public. H y a longtemps qu'il s'est dévoué b une œuvre qui n'a pas d'exemple dans ce

ov l'agitation anglaise^ 17

pajs, la fondation d'un collée pour les classes laborieuses. Cest on homme d'un talent remarquable, supérieur. — liais k trarers ces belles qualités, il peut manquer de ce tact, de cette discrétion qui nous est si nécessaire, à nous qui savons à quelle sorte d'ennemis et de faux amis nous avons affaire. Il n*eut pas plutôt prononcé le discours , qui a été si insidieusement commenté, que je Tavertis de ce qui Tattendait Mais 06 souffrons pas que ses paroles soient défigurées. M. Bailey venait d'avancer que la dépression morale du peuple de Sbef* field était la conséquence de sa détérioration physique. Pour établir son argumentation , pour montrer la profonde désaffection des basses classes , il a dit qu'un homme s'était vanté d'appartenir à une société de cent personnes , qui devaient tirer an sort pour savoir qui serait chargé d'assassiner le pre« mier ministre. M. Bailey a exprimé soa indignation à cet égard, en termes énergiques, et cela était k peine nécessaire. Et voilà ce dont on s'empare pour insinuer, par une basse calomnie, que M. Bailey est engagé dans une société d'assasâns? D est temps de rejeter, à la fiice des calonmiateiirs de haut et de bas étages, ces fausses imputations, et j'ai honte de ne l'avoir pas lait plus t6t (Approbation). — La Ligue, le pays, l'univers entier, doivent une reconnaissance profonde aux ministres dissidents pour leur coopération à notre grande cause. (Bruyantes acclamations). Il jr a deux ans, sar rinvitation de leurs frères, sept cents ministres.de ce corps respectable se réunirent à Mancbester pour prolester contre les Mê^réahê^ contre ce Code de la famine, et il est ï ma connaissance , que quelques-uns d'entr'eux se sont éloignés de plus de deux cents milles de leurs résidences pour concourir à cette protestation. Quand des hoomaes ont montré un tel dévouement , je rougirais de moi-même si , par la considération d'obligations passées, j'hésitais à me

iS COBDBN ET LA LfGU£ ,

lever pour les défendre. (Acelamations). Mais dods avonsperdo assez de temps au sujet du noble lord. Je poufrais gémir sur Sa destinée , quand je compare ce quMI est-ce qu'il a été. (Écoutez ! écoutez !) Je n*ai pas oublié ce temps oà, encore enfiint , je me plaisais k fréquenter les cours de judicature , pour contempler, pour entendre celui que je regardais comme un fils prédestiné de la vieille Angleterre. Avec quel enthousiasme ne me suis-je pas abreuvé de son éloquence ! avec quel orgueil patriotique n* ai-je pas suivi , mesuré tous ses pas vers les hautes régions où il est parvenu ! Et qu*est*il maintenant? hélas, un nouvel exemple, un triste, mais éclatant exemple du naufrage cpn attend toute intelligence que ne préserve pas la rectitude morale. (Applaudissemettt8).0ui, nous pourrions le comparer h ces ruines majestueuses, qui, désormais, loin d'offrir un sAr abri au voyageur, menacent de destruction quiconque ose se reposer sous leur ombre. i*en finisaveecesujet, sur lequel je n*auraispas détourné votre attention, si je n*y avais été provoqué, et j^arrfve h Fobjet principal'de cette réunion.

Qu'est-ce que les lots^eéréales ? Vous pûtes le comprendre k Londres le jour oà elles fureilt votées. Il n'y eut pas alors (iiM5) un ouvrier qui ne pressentit les maux borriblesqui en sont sortis. Il en est beaucoup parmi vous h qui je n^ai pas besoin de rappeler cette funèbre histoire, la Chambre des communes, sous la garde de soldats armés, la foule se pressant aut avenues du parlement , les députés ne pouvant pénétrer dans Fenceinte législative qu'au péril de leur vie

Mais sous quel prétexte maintient-on ces lois ? On nous die : Pour que le* sol soi! cultivé, et que le peuple trouve ainsi de remploi.* Mais, si c'est Ik le but, {l'y a un autre moyen de TatteiiMlre; -^ Abrogez les loi^-^étiéales, et s'il vous plait owuite de faire vivre le peuple par le moyen des taies , ayez

ou l'agitation anglaise. 19

recoois k l'impôt , et non k la disette des choses mêmes qui alimentent la vie. (Applaudissements). — Â supposer que la mission du législateur soit d'assurer du travail au peuple, et k défaut de travail , du pain , — je dis pourquoi commencer par imposer ce pain lui-même. Imposez plutôt les revenus , et même, si vous le voulez, les machines k vapeur (rires) , mais ne gênez pas les échanges , n'enchaînez pas l'industrie, ne nous plongez pas dans la détresse où nous succombons, sous prétexte d'occuper dans lé Dorsetshire quelques manouvriers k 7 sh. par semaine. (Rires et applaudissements). Le fermier de ce pays est k son seigneur ce qu'est le fellah d'Egypte k llehemet-Ali. Traversant les champs dé l'^ypte, armé dTun fusil , et accompagné d'un interprête , je lui demandais comment il réglait ses comptes avec le pacha, c Avez-vous pris des arrangements? » lui d«nandai-je. — Oh! me répondit-î), nos arrangements ont k peu près la portée de votre ftisil (rires), et quant aux comptes, il n'y a pas d^aulre manière de les ré^er, sinon que le pacha prend loaty et nous laisse de quoi. ne pas mourir de faim. (Rires et brajantes accbmations).

L'orateur continue pendant longtemps. ~ M. Bright lui succède. — A dix heures le président ferme la séauce,

MCBTING mBDOllADAIRB M t.A LtQDfei

50 mars iS45.

Le troisième meeting de la Ligue contre les lois-ceréaies s'est tenu hier au théâtre de Drary-Lane« La vaste enceinte avait été envahie de boQne heure .par une société des plus distinguées.

Mous avons remarqué sur l'estrade les persounagM dont les noms suivent : MM. Villiers, CQ)l)den , Napier,

20 COBD£N Et LA LIGUE ,

Sholefield, James Wilson, Gisborne, Elpbinstonc, RicdrdOy etc.

La séance est ouverte à sept heures sous la présidence de M. Georges Wilson.

Le président justifie le comité de s'être vu forcé de refuser un grand nombre de billets. La salle eûtelle été deux fois plus vaste , elle n'aurait pas pu contenir tous ceux qui désiraient assister à la séance. Des arrangements sont pris pour que ceux qui n'ont pu être admis aujourd'hui aient leur tour la semaine {Prochaine. — L'intention de votre président était de vous présenter ce soir un rapport sur les progrés de notre cause. Mais la liste des orateurs qui doivent prendre la parole contient dos noms trop connus de vous , pour que je veuille retarder le plaisir que vous vous promettez à les entendre. — La tribune sera occupée d'abord par M« James Wilson , de Londres (applaudissements), ensuite par M. W.-J. Fox^ de Finsburg (applaudissements), Th. Gisborne (applaudissements)^ et enfin» en l'absence de M. Milner Gib* son(représentant de Manchester), que de douloureuses circonstances empêchent d'assister à la réunion, j'aurai le plaisir de vous présenter l'honorable M. Richard Gobden. (Applaudissements bruyants et prolongés).

M. James Wilson se lève. — Après rannonce que vous venez d'entendre , je me sens obligé d'être aussi concis que possible dans les remarques que j'ai k vous présenter, et je me renfermerai strictement dans mon sujet , ayant nne trop haute opinionde ceux qui m'écoutént, pour croire qu'un autre bat que celui que la Ligue a en vue, les a détei^minés k se réunir dans cette enceinte. Je ne m'écarterai donc pas des prin-

ou li*AGlTATfan ANGLAISE. 2t

cipcs et de& Êiits qa^impliqne celte grande caoseMiatioDale. (Appfobations). La question est celle^K^i : Les lois qui affito Cent l'importation des céréales et le prix des aliments da peuple 9 doî?ent-eDes, on non, être maintenues? Je ne fois aucnn doute que Topinion publique, quelle que soit celle de la législature, les regarde comme incompatibles avec Tétat de elioses actuel. Qu'un changement dans cette l^islatimi soit devenu indispensable, c'est ce qui est admis par toute la communauté, sinon par le Pariement. Il est vrai que l'opinion se divise sur la nature de ce changements Le corn* merce des céréales aera-tril entièrement afitemchi, ou soumis ï un ^roiir flœû ? Dans ces derniers temps, le sytëme du droit fixe a reneratré beaucoup de défenseurs. (^) La praieeiiim a été par eux abandonnée, et le principe auquel ils adhèrent est celui du droù /ixe, non point en tant que droit /irolecteuiï , mais en tant que droit fiscal. Mais la Ligue élève contre ce droit , renfermé dans ces limites, une objection péremptoire, savoir^ qu'il viole les principes d'après lesquels doit se prélever lere-^ «CHU pMie. Le premier de ces principes, c'est que l'impdt doit donner la plus grande somme possible de revenus k L'État^. avec la moindre charge possible sur la communauté. Mats-, sous l'un et l'autre rapport , le but est manqué par le droii fixê^ car il ne peut produire un reMiiti» sans agir comme pruletlfM, en élevant le prix des céréales de tout le m<mlant du droit lui-même. Aux époques où il serait eflScace, il produirait do revenu, mais il élèverait le prix des grains. Aux époques oit il ne serait pas efficace , il n'inQuerait pas s»r le prix, mais il ne remplirait pas non plus le but do* chancdier de Féchiquier. On a dit que le droit serait supporté

f ) Le cabinet whig avait proposé un droit fixe de S ah. par quarter. Le droit actuel est progressif de i sb», quand le \At est à 75 sh. ; il s'élève à SK> sh., quand le blé est à 50 sh. ou au-dessous*

33 COBDBIf ET LA L16UC ,

par rétranger ei non par les habitants de ce pays; alors, je demande pourquoi fixer le droit k 8 sh.? Pourquoi pas 10, 15, 208h.?Ce8lune grande inconséquenee que de répondre: Au-delà de 8 sh., le droit restreindrait Timportation ; à 20 sh, , il équivaudrait k une prohibition. Car , n*en résultet-il pas ceci : que 8 sh. laissent plus de place k Timportation que 10 sh.? et dès lors ne suis-je pas fondé k dire que Timporlation serait plus grande atec le droit de 5 sb.; plus grande encore avec celui de 2 sh., et la plus grande possible avec la liberté absolue? (ApfN^bation). Il n'y a pas en éeo-* nomie politique de proposition mieux établie que celle-ci : Le prix varie suivant la proportion de Toffire k la demande. <— Si la liberté amène de plus grands approvisionnements que le droit fiœêj il est clair que celui-ci restreint Toffire, élève le prix et agit dans le sens de la proUetion. G*est pourquoi je comprendrais qu'on défendit le drciit fixeea tant que profoe» (tfttr, mais je ne puis comprendre qu'on le soutienne au point de vue du rwenu fublic^ et comme indifférent k toute action protectrice. — Un droit fixe serait certainement quelquefois une source de revenus (autant on en peut dire du droit gradml {$lidinf seule). Mais la question , pour le public, est précisément de savoir si c'est Ik un mode juste et économique de prélever l'impôt. (Approbation)* Les partisans eux -mémes.du droit fixe conviennent que lorsque leDroment sehiit arrivé k 70 sh. le quarter, il faudrait renoncer k la taxe et affranchir l'importation. C'est avouer qu'il impUque tous les inconvénients de l'échelle mobile, qu'il nous rejette d^ns les embarras des prix moyens^ et dans tous les désavantages du système actuel ('). — Je crois être l'interprète fi-*

(^) On comprend que le droit se proportionnant an prix, il faut oonnaître à chaque instant ce prix, ce qui exige un appareil administratif

considérable.

ou i. 'agitation AiNGLAlStt 23

dèle des membres de la Ligue, en disant que le blé n'est pas une matière qui se puisse convenablement imposer , mais , s*il doit être imposé, la taxe doit retomber aussi bien sur le blé indigène , que sur le blé étranger. (Applaudissements). Les Hollandais mettent une taxe de 9 deniers sur le blé, à la mouture. Une taxe semblable donnerait autant de revenu à réchiquier que le droit de 8 sb. sur le blé étranger, et elle n^élèverait le prix du blé pour le consommateur , que de 9 deniers au lieu deSsh. — Mais le blé, — ce premier aliment de la vie , — est la dernière chose qu'un gouverneipent doive imposer. (Approbation). — C'est un des premiers principes du commerce, que les matières premières ne doivent pas être taxées. C'est sur ce principe que notre législature a réduit les droits sur toutes les matières premières. L'honorable représentant de Dumfries (M. Ewart) a établi , dans une des précédentes séances , que le blé est matière pre* mière, et cela est vrai. Hais il y a plus, c'est la principale matière première de toute industrie. — Prenez, au hazard, un des articles qui s'exportent le plus de ce pays , l'acier poli, par exemple, et considérez l'extrême disproportion qu'il y a entre la valeur de la matière première et le prix de l'ouvrage achevé. — Depuis le moment où le minerai a été arraché de la terre, jusqu'à celui où il s'est transformé en brillant acier, la quantité de travail humain qui s'est combinée avec le produit est vraiment immense. Or, ce travail représente des aliments. Les aliments sont donc de la matière première. (Approbation). La classe agricole est bien aveugle à cet égard , comme aussi sur l'intérêt dont sont pour elle le commerce et l'industrie de ce pays. C'est pourtant ce que lui montrent clairement les faits qui se sont passés Tannée dernière. En 4842, nos exportations sont tombées de 4,500,000 1. s. C'est là la vraie cause de la détresse qui règne dans nos districts agricoles; car , .pour combien les

24 C0B1>EN ET LA LlfîUC ,

produits de ragricolture entrenVils dans cechifffe? Le fer, la soie , la laine , le coton, dont ces objets anraient été faits , ne peuvent être estimés k plus de 1,800,000 1. Le reste, ou trois millions de livres auraient été dépensés en travail humain ; et le travail , je le répète , représente des aliments ou des produits agricoles; en sorte que, sur un déficit de 4,500,000 1. dans nos exportations, la part de perte supportée par Tagriculture est de trois millions. (Assentiment).

On a beaucoup parlé de la dépendance où les importations nous placeraient à Tégard des nations étrangères. Biais I* Angleterre devrait être la dernière des nations k recourir k un tel argument-, car, même aujourd'hui, il est bien f&a de choses qu^ nous ne tirions pas du dehors , et le commerce extérieur est certainement la base de notre prospérité et de notre grandeur. Je suis heureux de voir que le président du conseil, lord Wharncliffe, abandonnant enfin cet insoutenable terrain, reconnaisse que la protection ne peut plus être soutenue par des motifs tirés d*une fausse vue sur ce qui constitue rindépendance nationale. Cependant le noble lord, arguant de ce que ragriculture s*est améliorée depuis vingtcinq ans, sous Tempire des lois céréales, a conclu en général que la protection était nécessaire au perfectionnement de rindustrie nationale. Mais, en fait, depuis vingt-cibq ans, il n*est aucune branche d'industrie qui soit demeurée aussi stationnairc que Tagriculture. Et qui a jamais entendu parler d'améliorations agricoles, si ce n'est depuis l'époque récente où la protection est menacée ? On peut voir maintenant que la libre concurrence a effectué ce que la protection n'avait pu faire, et que la Ligue a été plus utile k l'agriculture que la prohibition. Je crois sincèrement que lorsque l'agitation actuelle sera arrivée au jour de son triomphe, les intérêts territoriaux s'apercevront qu'il n'est rien k quoi ils soient plutf redevables qu'aux eflbrts de la Ligue. (Approbation.) L'ai^-

ou l'agitation anglaise. S5

ment fondé sur la néeessité de protéger Tindustrie nationale me parait reposer sur une illusion. Je ne puis faire aucune distinction entre du blé venu d^Amériqne ou du comté de Kent, pour s'échanger contre des obj^s manufacturés en Angleterre, n est un autre argument dont s'est servi lord Wliamcliffe et que je dois relever. C'est celui tiré de la iur^* fnduetkm. Nos adversaires^attribuent toutes nos souffrances ï la sur-producfion. Je pense que c*est là une maladie dont Dons sommes en bon train de guérir radicalement — RepOTUms-nous en 1838, alors que survint la premitee manmise récolte, et que, par suite, la loi-céréale fut de fait res-* suscitée, puisqu'une longue succession de bonnes années l'avait pour ainsi dire enterrée. Le pays a mis en œuvre :

En 1838, 6,800,000 1. de soie brute. En 1842, 6,300,000 L En 1838, 1,600,000 quintaux de lin. En 1862, 1,100,000 q. En 1838, 56 millions de L de laines étrang. En 1862, 64 millions.

C'est là, je pense une grave atteinte k cette surabondance de production qui est l'objet de tant de plaintes; et si elle était la vraiecause de nos maux, certes, ilscommenceraient à disparaltre.HalheureusemeDt,il se trouve qu'à mesure que la production diminue, la misère et l'inanition s'étendent sur le pays. Il est ensuite devenu de mode de parier de rédfNrocilé, et un sentiment bostile a été excité contre les peuples étrangers comme s'ils étaient des rivaux dangereux et non d'utiles amis. De là est né cette politique de notre gouvernement, qui consiste à ne conférer des avantages au pays, qu'à la condition de décider les autres nations à en faire autant Mais l'Angleterre ne devrait pas oublier la grande influence que ses lois et son.exemple exercent sur le reste du inonde, n n'est pas possible à ce pays d'accroître ses importations sans accroître dans le même rapport ses exportations sous

une forme on sous une antre. Que ce soit en produits manufactunés, en denrées coloniales ou étrangères, ou en numéraire, il ne se peut pas que ces échanges n'augmentent remploi de la main*d'<sttyre, et même, lorsque nous payons les marchandises étrangères en argent, cet argent représente le produit d'un travail national. Il est tellement, impossible de prévenir les transactions internationales , lorsqu'elles sont avantageuses), que pendant la dernière guerre, lorsque les armées de Napoléon et les flottes de VAngleterre étaient levées pour s'opposer à toutes communications entre les deux peuples, cependant dans cette même annéei 810, le Royaume- Uni importa plus de blé de France qu'il n'avait fait k aucune autre époque. D'un autre c^é, c'est un fait histori(|ue que le prince de Talleyrand, chef du cabinet, non-seulement toléra la fraude des marchandises anglaises, mais encore la conseilla, l'encouragea, et même en tira un grand profit personnel ; en sorte que les Français étaient vêtus de draps anglais, comme les Anglais étaient nourris de blés français, témoignage remarquable de la faiblesse et de l'impuissance des gouvernements quand ils prétendent contrarier les grands intérêts des nations. (Applaudissements.)

On a récemment lait une proposition qui, je le crois, ne renc4>ntrera pas beaucoup de sympathie dans cette enceinte. On a parlé d'oj^niser une émigration systématique (murmures) afin de se délivrer dès embarras d'une excessive multiplication de nos frères. (Honte ! honte !) Je n'incrimine pas les intentions. Au bas du mémoire adressé \k ce sujet a sir Robert Peel, j'ai vu figurer le nom de personnes que je sais être incapables de rien faire sciemment qui soit de natui^ à infliger un dommage, soit au pays, soit k une classe de nos concitoyens. Mais il s'agit ici d'une question qui veut être abordée avec prudence, d'une question d'où peuvent sortir

ou l'agitation anglaise. 27

ées dangers ^ desmaux sans nombre. Avant de voos faire une opinion à cet égard, laissez^moi mettre sous tos yeai qaeJqoes docunents statistiques. Depuis dix ans, six cent mille Anglais ont émigré, moitié vers les États-Unis, moitié vers nos autres possessions répandues sur la surfoce du globe. C'est nne chose surprenante qu'après deux siècles d'émigration, on songe aujourd'hui pour la première fois à transformer les ânigrants en acheteurs, pour leur avantage comme pour celui de la mère-patrie. Il y a, dans les établissements de l'Union américaine, une poptilation composée dlmmmesjqui étaient naguères nos compatriotes; unepopuhtion qui, toute entière, se rattache k nous par les liens d'une langue et d'one origine communes; die est active, industrieuse, capable de beaucoup produire et de beaucoup consomma; n'est-ce pas une chose étonnante qu'avant de penser à la renforce, on n'ait pas d'abord songé à établir entre elle et nous un système d'échanges libres? J'en dirai autant de Java avec ses sept millions, du Brésil avec ses huit millions d'habitants. Ce sont là des pays riches et fertiles, et tout ce qu*il y a faire, c'est de leur offrir des transactions fondées sur la base d'une juste réciprocité. Il n'en faudrait pas davantage pour absorber rapidement tout le travail national qui se trouve maintenant sans emploi. (Applaudissements.) II règne de grandes préventions en faveur des colonies. Pendant la guerre, on les regardé comme les soutiens de nos forces navales. En temps de paix, on les considère comme offrant au commerce les débouchés les plus étendus et les mieux assurés. Mais qu'y a«t-il de vrai en cela ? Le quart souplement de nos exportations va aux colonies, les trois quarts sont destinées k l'étranger. Je ne suis point antipathique aux colonies, mais je proteste contre un système qui courbe la métropole sous le joug d'une évidente oppression. (Applau-

28 COBBEN ET LA UOUE,

disseménts.) La production des Antilles est tombée de deux à trois millions de quintaux de sucre* Ce n'est pas, comme on Ta dit, une conséquence de Témancipation des noirs; car quoique nos exportations dans ces fles soient d'abord descendues il 2 millions de livres sterling, elles se sont depuis relevées à 3 millions et demi. Mais il est absurde que ces Iles prétendent au privilège exclusif d'approvisionner de sucre notre population toujours croissante. Aussi qu'est-il arrivé? Cet approvisionnement s'est considérablement réduit, et tandis qu'il y a vingt ans, la consommation moyenne était de vingt-quatre livres par habitant, elle n^est plus que de quinze livres, ce qui est inférieur k ce qn'on accorde aux matelots et même aux indigents dans les maisons de travail. Veutpon savoir ce que coûte k ce pays le privilège de faire le commerce de l'Ile Maurice? Nous payons le sucre de Maurice 15 diel. plus cher que le sucre étranger que nous pourrions acheter dans les docks de Londres et de Liverpool, ce qui constitue pour nous un excédant de déboursés de 450,000 liv. sterl. par an. En retour nous avons le privilège de vendre k cette colonie pour S50,000 liv, sterl. d'objets manufacturés.— J'arrive k nos possessions des Indes Occidentales. En 1840, nous y avons exporté pour 3,500,000 liv. sterL, et nos importaUons ont été de deux millions de quintaux de suire et treize millions de livres de café. Le coût diflérentiel de ces articles, si nous les eussions achetés ailleurs, nous aurait épargné 2,500,000 liv. steri. Sur ces bases, il est clair que nous payons aux planteurs des Antilles 2 millions et demi par an le privilège de leur livrer pour 3 millions et demi des produits de notre travail. — Yoilk pour quels avantages illusoires nous négligeons nos meilleurs débouchés, nous sacrifions les contrées, où ils existent, et nous nous efforçons ensuite de les nnnplacer, en poussant par des lois

ou l'acitation anglaise. 29

restrictives el la famine artificielle le peuple de ce pa]f8 à qm émigration générale. (Approbation;) Je crains de fatigoer Fattention de rassemblée. (Non, non, continaez.) Si elle me le permet, je terminerai parla réfutation d*an reproche qn*on a adressé à la Ligue. Quelle que soit Topinlon du moment, la postérité reconnaîtra, j*en suis convaincu, que Tagitation actoelie, qiui est irréprochable en principe, aura tourné principalement à l'avantage des classes agricoles. Quelle a étéJa conduite de la Ligue? En a-t-elle appelé anx passions de la multitude? (Non, non.) Tous ses efforts n'ont-ils pas t»du ^ améliorer Tesprit public, à répandre la lumière parmi les classes laborieuses ?N'a-t-elle pas cherché par là k redresser, rdever et éclairer Topinion? Ne s'est -elle pas appliquée à encourager les sentiments les phu moraux ? Et n'a-t-elle pas cherché son point d'appui dans la classe moyenne, dans cette classe qni est le plus ferme soutien du gouvernement, qui seule a su jusqu'il faire triompher les grandes réformes constitutionnelles? (Applaudissements.) Quiconqne a visité les nations étrangères et a pu les comparer à cette grande craimunaaté, a sans doute remarqué que ce qui caractérise les habitants de ce pays, c'est lé respect, je dirai presque le culte des lois et des institutions, sentiment si profondément enraciné dans le cœur de nos concitoyens. Il a été choqaé, sans doute, à l'étranger, de l'absence des sentiments ^e cette nature. Il ne faut pas douter que ce respect dont les Anj^ais entourent la constitution ne soit né parmi nous de ce que le peuple possède des pouvoirs et des privilèges, ce qui l'accoutume à respecter les pouvoirs et les privilèges des autres classes. Je crois que le respect que montre le peuplé d'Angleterre pour la propriété des classes aristocratiques, est fondé sur cette profonde conviction, que ceux ii qui elle est échue en partage ont des (tevoirs k remplir aussi htea

^piedeB droits à exercer. (M«.Wil60B reprend sa friaceaubmîi d'applaudissements réitérées. Ces applaudissements se re- BOUTellent lorsque le président annonee que la parole est k

M. Fox.)

M. J. W. Fox : L'orateur qui vient de s'asseoir a. relevé plosieurs reproches qui ont été adressés k la Ligue et k nos'meetings, mais il en a oublié un , savoir, que les arguments que nous apportons à cette tribune n'ont rien de nouveau. J'admets t en ce qui me concerne, la vérité de cette accusation. Je crois que les arguments contre la lot-céréale sont entièrement épuisés, et tout ce^que nous devons attendre, c'est qae ces vieux arguments se renouvellent aussi longtemps que se renouvellera dans le pays le progrès de la misère et du mécontentement, l'accroissement du nombre des banqueroutes, et l'extension de la souffraùce et de la famine* (Bruyantes acclamations). Il n'y a en rien de tout cela aucun ai^ment nouveau contre le monopole, parcequ'on ne saurait rien dire de neuf contre Poppresion et lé vol, contre rinjostice infli* gée à la classe pauvre et dénuée, contre cette législation, plus meurtrière que la guerre et la peste, qui restrdnt l'alimentation du peuple, et couvre le pays de longs désordres ei de tombeaux prématurés* H n'y a pas de nouveaux aigumenls , parée que le moment est venu où il faut agir pbis que parler, et c'est le sentiment profond de cette vérité qui attire vers ces meetings d'innombrables multitudes. C'est Ikce qui soumet à l'aristocratie un pn^lème k résoudre, — problème qui implique tout, ce que la question renferme de nouveauté, -^ et ce problème est celui-ci : Jusq&'où peut aller la forée de l'opinion publique et la résistance du gouvernement : (Aoclamationa). Ce n'est pas la discussion qui résoudra ce problème; si cela était en son pouvoir, il y a longtemps qu'il serait résolu. La discussion a commenoédans les renies et les

ou l'agitation anglaise. 31

joQrnatx; elle s*e$t e<mtiiMiée dans des joutes orales; elle â été éclairée par les recherches des statistidens et les médita* tûMtô deséeQDomistes; elle a fiât péoétrer des convictions profondes dans les esprits aussi bien que des sentiments éner* giqnes dans les cœurs, à Végard de ces sinistres intérêts dont la détresse publique nerévèle^iue trop la présence. (Applaudissements). Je reriendrai pourtant encore sur quelquesHins de ces yieox argumients, bien qu'ils se présentent naturellement k quiconque a un peu de logique dans la cervelle. Tauraisvoulu épargnera nosseigneurs terriens et à leurs orgatoes des objectons qui les fatiguent S'il leur plaisait de ménager nos poches, nous ménagerions leur attention. (Rires). Hais aussi longtemps qu'ils lèveront une taie sur le pain do peuple , le peuple en lèvera une sur leur patience^ (Nouveaux rires et applaudissements). — Les arguments sont épuisés , dit^ott, mais le sujet ne l'est pas; sans cela, que ferions-nous ici ? — Les arguments sont épuisé»! et pour-* quoi? parce que le principe de la liberté dn commerce a surgi, a surmonté tous les témoignages qu'on a produits contre lui. De toutes parts, au-dedans comme au-dehors, ce grand et irrésistible principe a été qpposé à des intérêts de caste. Si TOUS considérez nos relations estérieuréSi, qu^'ont ftiit les loiscéréales^ si ce n'est provoquer rintmitîéet la guerre? Comme question extérieure, elle a mis en mouvement contre nous, sinon des armées, du moins des tarifs hostiles; elle a détruit les reblions amicales des gouvernements et ces sentiments de bienveillance et de fraternité qui devaient cimenter l'union des peuples. (Aicdamatîons). Comme question inté^ rienre^ les lois-cépéales flani tpie TAngleierre n'est plus Ir pairie des* anglais (appÉAudissements prolongés ; les cris de c bravo > retentissent dans tonte l'assemblée); car, foi^ cer les hommes k s'expatrier , plutdt que de laisser importer

des aliments, n'est-ce pas systématiser la déportation des êtres humains? (Acclamations). L'esprit de cette loi ne diffère pas de ce qui se pratiquait en Angleterre, il y a plusieurs siècles , alors que les seigneurs saxons élevaient de jeunes honmies pour les fendre comme esclaves. Us les exportaient vers des terres lointaines, mais ils les nourrissaient du moins pour accomplir leurs desseins. Us leur donnaient des aliments afin d'en élever le prix , tandis que les loisrcéréales afiament le peuple pour élever le prix des aliments. (Bruyantes acclamations ; on agite les chapeaux et les mouchoirs dans tontes les parties de la salle )• — Au point de vue financier, la question est anssi épuisée. Et que &ut-il penser d'un chanceiier.de l'échiquier qui ne s'aperçoit pas qu'anracher 40 millions de livres sterling au peuple ^ pour l'avantage d'une classe , c'est diminuer la puissance de ce peuple à contribuer aux dépenses nationales. (Approbations). En outre, des états statistiques montrent distinctement qu'k mesure que le prix du blé s'élève, le revenu public diminue. Dans cet état de choses, je plains les personnes qui vdeni sans s'émouvoir les souffrances du pays , l'augmentation rapide du nombre des foillites , la diminution des mariages , l'accroissement des décès panni les classes pauvres, l'extension da crime et de la dâKiuche; oui , ce sont là de vieux arguments coptre les lois céréales. Si l'aristocratie en veut d'autres, elle les trouvera squs l'herbe épaisse qui couvre les tombeaux de ceux dont un honnête travail eAt dû soutenir l'existence. — Eh quoi ! la charité elle-même est engagée dans la question; car nous ne saurions soulager Je pauvre sans payer tribut aux seigneurs, et il n'est pas jusqu'au pain de l'aumône dont ils ne s'adjugent une fraction. Notre gracieuse souveraine a beau ouvrir une souscription en faveur des pauvres de Paisley et d'aillairs, Icnrsque les 100,000

ou i/àgitatioiN anglaise. 33

liv. sterl. seront recueillies, la rapacité de la classe dooit* nante viendra en prélever le tiers ou la moitié; la charité en sera restreinte et bien des infortunes resteront sans soulagement. Cest ainsi que la commisération elle-même est soumise à la taxe, et que des limites sont posées aux meilleurs sentiments du cœur humain. Ce n'est pas là la leçon que nous donne ce livre sacré que les monopoleurs eux-mêmes font profession de révérer. Il nous enseigne à demander c le pain de chaque jour » mais les seigneurs taxent au contraire le pain de chaque jour; le même livre nous montre un jeune homme qui demande ce qu'il doit faire. Et il lui est répondu: € Vendez votre bien et distribuez le aux pauvres. » Mais notre législation prend ce précepte au rebours, car elle procède de ce principe : < Oter au pauvre pour donner au riche.» (Applaudissements.) — Si je vien^^ k considérer la question du côté politique, je dirai que Toppression ne cesse pas d'être oppression pour se cacher sous des formes légales. Un peuple dont le pain est taxé est un peuple esclave, de quelque manière que vous le preniez. La prépondérance aristocratique a passé sur les esprits comme la herse sur le champ vide, et la corruption y a fait germer une ample moisson de votes antipathiques , mais inféodés. C'est donc une question de classes, comme toutes celles qui s'agitent dans ce pays. Mais quelle est la classe d'habitants intéressés au maintien de ces lois? Ce ne sont pas les fermiers, car la rente leur arrache jusqu'au dernier shelling qu'elles ajoutent au prix du blé ! Ce n'est pas la classe ouvrière, puisque les salaires sont arrivés k leur dernière expression. Ce n'est pas la classe marchande, cas nos ports sont déserts et nos usines silencieuses. Ce n'est pas la classe littéraire, car les hommes ont peu de goftt àlaBonrritaredel'esprit quand le corps est épuiséd'inanition;

eh quoi ! ce ne sont pas même les seigneurs terriens, si ce

n'est un petit nombre d'entre en qui possèdent racore la propr iété nominale de domaines chargés d'hypothèques. Et c'est dans le seul intérêt de ce petit nombre de privilégiés , pour satisraire & leurs exigences , pour alimenter leur prodigalité que tant de maux seront accumulés sur les masses, et que la valeur même du sol sera ravie à leurs descendants! Et que gagnent-ils h ce système? Ne faut-il pas qu'ils en rachètent les avantages passagers en s'endurcissant le cœur? Car ils sentent bien qu'il ne sera pas en leur pouvoir de détourner les conséquences terribles qui menacent eux-mêmes et le pays, et déjà ils voient les classes industrieuses, dont les travaux infatigables et la longue résignation méritaient plus de sympathies, se lever, non pour les bénir, mais pour les maudire. Ils n'échapperont pas toujours aux lois de cette justice distributive qui entrent dans les desseins de l'éternelle Providence. (Applaudissements.)

On dit que la loi-céréale doit être continuée pour maintenir le salaire de l'ouvrier. Mais, comme ce philosophe d'autrefois, qui démontra le mouvement en se prenant à marcher, l'ouvrier répond en montrant son métier abandonné et sa table vide. (Applaudissements.) — On dit encore que nous devons nous rendre indépendants de l'étranger; mais la dépendance et l'indépendance sont toujours réciproques, et rendre la Grande-Bretagne indépendante du monde', c'est rendre le monde indépendant de la Grande-Bretagne. (Bruyantes acclamations.) I^ monopole isole le pays de la grande famille humaine ; il détruit ces liens et ces avantages mutuels que la Providence avait en vue le jour où il lui plat de répandre tant de diversité parmi toutes les régions da globe. La loi-céréale est une expérience faite sur le peuple ; c'est un défi jeté par l'aristocratie k l'éternelle justice ; c'est un effort pour élever artificiellement la valeur de la propriété

ou L AGITATION ANGLAISE. 35

d*Dii homme aux dépens de celle de son frère. Ceui qui taxent le pain du peuple, taxeraient l'air et la lumière s'ils le pouvaient; ils taxeraient les regards que nous jetons sur la voûte étoilée; ils soumettraient les deux avec toutes les constellations, et la chevelure de Cassiope, et le baudrier d'Orion, et les brillantes Pléiades, et la grande et la petite Ourse au jeu de réchelle mobile. (Rires et applaudissements prolongés.) — On a fait valoir en faveur de la nouvelle loi un autre argument c Elle est jeune, a-t-on dit, expérimentez-là encore quelques temps. » Oh ! l'expérience a déjà dépassé tout ce qae le peuple peut endurer ; ei il est temps que ceux qui la font sachent bien qu'ils assument sur eux, non plus seulement une responsabilité ministérielle, mais, ce qui est plus solennel et plus sérieux, une responsabilité toute personnelle. (Applaudissements prolongés.) La Ligue fait aussi son expérience. Elle est venue de Manchester pour expérimenter {agitation. Il fallait bien que l'expérience des landlords eût sa contre épreuve ; il fallait bien savoir s'ils seront k tous jamais les oppresseurs des pauvres. (Applaudissements.) La Ligue et sir Robert Peel ont, après tout, une cause commune. L'une et l'autre sont les sujets ou plutôt les esclaves de l'aristocratie. L'aristocratie, en vertu de la possession du sol, règne sur la multitude comme sur les majorités parlementaires. Elle commande au peuple et à la législature. Elle possède l'année, donne la marine à ses enfants, s'empare de l'église et domine la souveraine. Notre Angleterre, c grande, libre et glorieuse » est attelée k son char. Nous ne pouvons nous enorgueillir du passé et du présent, nous ne saurions rien augurer de l'avenir ; nous ne pouvons nous rallier k ce drapeau qui, pendant tant de siècles c a bravé le feu et l'ouragan; > nous ne pouvons exalter cet audacieux esprit d'entreprise qui a promené nos voiles sur toutes les mers; nous

«)6 COBDKiN ET LA LlGl%

ne pouvons faire progresser notre littératare, ni réclamer pour notre patrie ce que Milton appelait le plus élevé de ses privilèges : « enseigner la vie aux nations. » Non, toutes ces gloires n*appartiennent pas au peuple d'Angleterre; elles sontTapanage et comme les dépendances domaniales d'une classe cupide.... La dégradation, Tinsupportable dégradation, sans parler de la détresse matérielle, qu'il faut attribuer k la loi-céréale, est devenue horrible, intolérable. C'est pourquoi, nous, ceux d'entre nous, qui appartiennent à la métropole, nous accueillons avec transport la Ligue au milieu de nous; nous devenons les enfants, les membres de la Ligue; nous vouons nos cœurs et nos bras à la grande œuvre; nous nous consacrons k elle, non point pour obéir k l'aiguillon d'un meeting hebdomadaire, mais pour faire de sa noble cause le sujet de nos méditations journalières et rob}et de nas infatigableseilbrts. (Bruyantes acclamations.) Nous adoptons solennellement la Ligue; nous nous engageons k elle comme k un e<K venant religieux (applaudissements enthousiastes) ; et nous jurons par celui qui vit dans tous les siècles des siècles, que la loi-céréale, cette insigne folie, cette basse injustice, cette atroce iniquité, sera radicalement abolie. (Tonnerre d'applaudissements. L'assemblée se lève d'un mouvement spontané. Les mouchoirs et les chapeaux s'agitent pendant longtemps.)

M. GiSBORifE succède à M. Fox.

Le Président : Avant de donner la parole à M. Cobden, je dois informer l'assemblée qu'à roccasion du dernier débat du parlement , des pétitions nombreuses sont parvenues à l'honorable Gentleman , celle de Bristol étant revêtue de quatorze mille signatures.

M. CoBDBN : Après les remarquables discours que vous

ou L AGITATION AN(;JLAISË. 37

venez d'entendre , et quoique je sois un vieux praticien de semblables meetings, je dois dire que je n'en ai jamais entendu qui les aient surpassés; après le discours si philosophique de M. Wilson , réioquence émouvante de M. Fox , ringénieuse et satirique allocution de mon ami « M. Gisborne , il eût mieux valu , sans doute, et j'aurais désiré que vous eussiez été laissés k vos méditations; mais l'autorité de votre président est absolue, et, si je lui cède, c'est qu'elle constitue la meilleure forme de gouvernement, le despotisme infaillible. (Rires)

Il est difficile , après ce que vous venez d'entendre, de dire quelque chose de neuf sur le sujet qui bous occupe ; mais M. Wilson a parlé d'émigration. C'est une question qui se lie aux lois-céréales , et cette connexité n'est pas nouvelle, car chaque fois que le régime restrictif a jeté le pays dans la détresse, on n'a jamais manqué de dire : a transportez les hommes au loin. > Cela fut ainsi dans les années 1819, 1829 et 1839. C'est encore ainsi en 1845» A toutes ces époques, on entendit la même clameur : c Défaisons-nous d'une population surabondante. » — Les bœufs et les chevaux maintiennent leur prix sur le marché; mais quant à l'homme, cet animal surnuméraire, la seule préoccupation de la législation parait être de savoir comment on s'en débarrassera , même à perte. (Approbation). Je vois maintenant que les banquiers et les marchands de Londres commencent aussi à se montrer. Ils ne sont plus les froids et apathiques témoins de la misère du pays, et les voilà qui se [H-éseotent avec un plan pour la soulager. Ils proposent une émigration systématique opérée par les soins du gouvernement. Mais qui veulent-ils expatrier? Si l'on demandait qu'elle est la classe de la cornmunaaté qui contient le plus grand nombre d'êtres inutiles , il ne faudrait certes pas aller les chercher dans les rangs in-

férieurs. (Écoutez I écoutez!) — Je demandais k on gentleman , signataire de la pétition , si, par hasard, les marchands avaient dessein d'émigrer. — Oh ! non ; aucun de nous, me répondit-il. — Qui donc voulez-vous renvoyer? hii demandai-je. — Les pauvres , ceux qui ne trouvent pas d'emploi ici. — Mais ne vous semble-t-il pas que ces pauvres devraient au moins avoir une voiidans la question? (Écoutez! ) Ont-ils jamais pétitionné le parlement pour quMl les fit transporter? (Écoutez !) A ma connaissance, depuis cinq ans, cinq millions d'ouvriers ont présenté des pétitions, pour qu'on laissât les aliments venir à eux , mais je ne me souviens pas qu'ils aient demandé une seule fois k être envoyés vers les aliments. (Écoutez!) Les promoteurs de ce projet s'imaginent-ils que leurs compatriotes n'ont aucune valeur? Jeleur dirai ce qu'on en pense aux États-Unis. Jai lu dernièrement, dans les journaux de New- York , un document qui établit que , tout Anglais qui débarque sur le sol de l'Union , y porte une valeur intrinsèque de 2,000 dollards. Un nègre s'y vend 1,000 déliais. Ne pensez-vous pas qu'il vaut mieux garder notre population, quia une valeur double de toute autre, à nombre égal? Ne vaut-il pas mieux que l'Angleterre conserve ses enfants pour l'enrichir et la défendre , plutôt que de les expatrier ? Hais on dit : c Ces pauvres tisserands! (tant on a de sympathie pour les pauvres tisserands ) certainement il faut les renvoyer. » — Mais qu'en disent les tisserands eux-mêmes ? — ^Yoici H. Symons, commissaire intelligent, qui a été chargé de faire une enquête sur la condition des ouvriers. Il rapporte leur avoir fréquemment demandé s'ils étaient favorables au système de l'émigration, et qu'ils ont constamment répondu : c II serait bien plus simple et bien plus raisonnable de porter les aliments vers nous, que de nous porter vers les aliments. » (Applaudissements). Car, pourquoi expatrier le

ou l'agitation anglaise. 30

peuple? quel est le bat de cette niesiire ? C'est Uttéralement pour le nourrir; il n'y a pas d'autre raison de le jeter sur des plages étrangères. — Mais recherchons un moment la possibilité pratique de ce système d'émigration. Nous sommes dans une période de détresse accablante; dans quelle mesure l'émigration pourrait-elie y remédier ? Et d'abord, comment transporter an million et demi de pauvres k travers les mers? Consultez l'histoire; iait-elle mention qu'aucun gouverne* ment., quel que puissant qu'il fût , ait jamais fait traverser l'Océan à une armée de cinquante mille hommes ? Et puis , que ferez-vous d'un million et demi de pauvres, dans le Canada, par exemple? Même en Angleterre, malgré Taccumulation des capitaux et des resources de dix siècles, vous trouvez que les maintenir est déjà une charge assez lourde. Qui donc les maintiendra au Canada ? Ceux qui s'adressent à Sîr Robert Peel imagineot-ils qu'il soit possible de jeter sur une terre déserte une population succombant sous le poids d'aune détresse invétérée , sans apporter sur cette terre le capital par qui cette population sera employée ? Si vous transportez dans de vastes solitudes une population nombreuse , elle doit comprendre tous les éléments de société et de vie qui la compose dans la mère-patrie. Vous voyez bien qu'il vous faudra transporter en même temps des fermiers ^ des armateurs , des fabricants et même des banquiers. (Applaudissements prolongés.qui ne nous permettent pas de saisir la fin de la phrase). N'est*il pas déplorable de voir dans cette métropole proposer de tels remèdes k de telles souffrances? Je crois apercevoir devant moi quelques-uns des signataires de la pétition, et je m'en réjouis; ce sera peutêtre l'occasion d'imprimer une autre direction à l'esprit de la cité de Londres. (Écoutez 1) Ces messieurs ont été circonvenus. Ainsi que je l'ai dit souvent, tout se fait moutonière-

ment dans cette cité. Il semble que ses habitants ont renoncé k penser par eux-mêmes. Si j'avais k faire prévaloir quel* que résolution , comment pensez-vous que je m'y prendrais) Je m'adresserais à M. tel , puis k M. tel , et quand j'aurais une demi-douzaine de signatures les autres viendraient k la la file. Personne ne lirait le mémoire , mais chacun le signerait. (Rires et cris : Oui cela ce ferait ainsi). — Je dois quelques mots d'avis k ceux de mes amis, parmi les membres de la Ligue , qui ont attaché leur nom k cette pétition. Qu'ils se donnent la peine de remonter k sa source , qu'ils recherchent quels en sont les principaux colporteurs. Ne sont-ce point des armateurs habitués k passer avec le gouvernement des contrats de transport ? des propriétaires de terres dans le Canada, ou des actionnaires dans les spéculations onéreuses de la Nouvelle-Zélande ou de la Nouvelle-Galles du sud? Oh! laissons-les suivre leur plans tant qu'ils ne font des dupes que parmi les monopoleurs. Mais je tiens k voir les membres de la Ligue passer pour des hommes trop avisés pour tomber dans ces pièges grossiers. Oh ! comme le gouvernement et les monopoleurs se riraient de nous , si nous leur apportions ce moyen de diversion, ce prétexte pour ajourner l'affranchissement du commerce! Sans doute, sir Robert Peel , qui , vous le savez , est un admirable tacticien, ne se ferait pas personnellement le patron de la pétition, mais avec quel empressement ne saisirait-il pas cette excellente occasion de venir dire : c Je suis forcé de reconnaître que « la question est grave, entourée de grandes difficultés ei « qu'elle exige , de la part du gouvernement de Sa Majesté ,

< une prudente réserve (rire général); quelles que soient

< mes vues personnelles sur ce sujet, on ne peut s'empé- € cher d'admettre qu'une proposition de cette nature , éma-

< née du corps respectable des banquiers et négociants de

c cette vaste métropole, mérite une considération lentement c mArîe, laquelle ne loi manquera pas. » (L^orateur excite les appplaudissements et les rires de toute rassemblée par la manière heureuse dont il contrefait la pose, les gestes et jusqu'à Torgane du très honorable baronet k la tète du gouvernement). Qui sait alors si la Chambre ne se formera pas en comité, et ne nommera pas un commissaire pour rechercher lentement jusqu'à quel point Texportation des hommes est praticable et peut suppléer à Timportation du blé? quelle joie pour les monopoleurs! Je suis bien sûr que la moitié des pétionnnaires ont donné leurs signatures sans en connaître la portée.

Il y a d'ailleurs à ce système d'émigration systématique par les soins du gouvernement , un obstacle auquel ses promoteurs n'ont probablement pas songé; c'est que le peuple ne consentira pas à se laisser transporter. Je puis dire du moins que les habitants de Stockport (^), quoiqu'arrivés au dernier degré de misère, seraient unanimes pour répondre : c Nous savons trop bien ce qu'est la tendre clémence du gouvernement chez nous pour nous mettre k sa merci de l'autre côté de l'Atlantique. » (Applaudissements). Je n'ai aucune objection à faire contre l'émigration volontaire. Dans un pays comme celui-ci, il y a toujours des hommes que leur goAt ou les circonstances poussent vers d'autres régions. Mais l'émigration , lorsqu'elle provient de la nécessité de fuir la famine légale^ c'est de la déportation et pas autre chose. (Bruyantes acclamations). Si Ton venait vous raconter qu'il existe une lie dans TOcéan PaciOquc , à quelques milles du continent, dont les habitants sont devenus les esclaves d'une caste qui s'empara du sol il y a quelque sept siècles; si l'on

('} M. Cobden représente au Parlement la ville de Stockport.

VOUS disait quecette caste fait des lois pour empêcher le peuple de manger autre chose que ce qui plaît au conquérant de lui vendre; si Ton ajoutait que ce peuple est devenu si nombreux que le territoire ne suffit plus k sa subsistance, et qu'il est réduit à se nourrir de racines; enfin, si Ton vous apprenait que ce peuple est doué d'une grande habileté, qu'il a inventé les machines les plus ingénieuses , et que néamoins ses maîtres l'ont dépouillé du droit d'échanger les produits de son travail contre des aliments; si ces détails vous étaient rapportés par quelque voyageur philanthrope , par quelque missionnaire récemment arrivé des mers du Sud , et a'il concluait enfin en vous annonçant que la caste dominante de celte île s'apprête k en transporter l'habile et industrieuse population vers de lointaines et stériles solitudes, que diriez-vous, habitants de Londres? que dirait-on à Eieter-Hall(^), dans cette enceinte dont l'usage a été refusék la Ligue? (Honte! honte!) Oh! Exeter-Hall retentirait des cris d'indignation de ces philanthropes dont la charité ne s'exerce qu'aux Antipodes !,0n verrait la foule des dames élégantes tremper leurs mouchoirs brodés des larmes de pitié, et le clergé appellerait le peuple à souscrire pour que des flottes anglaises aillent arracher ces malheureux aux mains de leurs oppresseurs ! (Applaudissements). Mais celte hypothèse, c'est la réalité pour nos compatriotes! (Nouveaux applaudissements). Rendez au peuple de ce pays le droit d'échanger le fruit de ses labeurs contre du blé étranger, et il n'y a pas en Angletterre un homme , une femme ou un enfant qui ne puisse pourvoir k sa subsislance et jouir d'autant de bonheur sur sa terre natale , qu'il en pourrait trouver dans tout autre pays sur toute la surface de la terre.

(') C*est la salle où se tiennent les assemblées de Tassociation pour la propagation des missions étrangères.

ou L AGITATION ANGLAISE. 43

Mais puisqu'il s'agit de plans, j'en ai aussi un k proposer aux monopoleurs-gouvernants. — Qu'ils laissent les manufacturiers travailler en entrepôt^ qu'ils mettent la population du Lancastre en enirep&i; — non pour qu'elle échappe aux contributions dues k la reine, — non, nous ne voulons pas soustraire un farthing au revenu public, — mais qu'ils tirent un cordon autour du Lancastre, afin que le duc de Buckingham soit bien assuré qu'aucun grain de cet infâme blé étranger ne pénètre dans le Cheshire et le Buckingbamshire. Lk , les £d>ricants travailleront à r entrepôts payant exactement leur subside k la reine, mais affranchis des exactions des monopo- ]eQrsol7garques.Siron nous permet de suivre ce plan, nous ne serons pas embarrassés pour obtenir des subsistances abondantes pour la population du Lancastre quelque dense qu'elle soit, et bien loin de redouter de la voir s'augmenter, nous la verrons avec joie croître de génération en génération. Le plan que je propose, au lieu de dissoudre le lien social , donnera de l'emploi et du bien-être k tous; il montrera combien réagirait sur le commerce intérieur un peu d'encouragement donné au commerce extérieur par l'admission du blé étranger. Cela ne vaut-il pas mieux que d'expatrier les hommes?

Mais la question a encore des aspects moraux qu'il est de votre devoir d'examiner. L'homme, a-t-on dit, est de tous les êtres créés le plus difficile k déplacer du lieu de sa naissance; L'arracher k son pays est une tâche plus lourde que celle de déraciner un chêne (Applaudissements). Oh l les signataires de la pétition se sont-ils jamais trouvés au dock de Ste-Catherine au moment où un des navires de l'émigration s'apprêtait k entreprendre son funèbre voyage? (Écoutez!) Ont-ils vu les pauvres émigrants s'asseoir pour la dernière fois sur les dalles du quai, comme pour s'attacher jusqu'au moment suprême k cette terre où ils ont reçu le jour ? (Écoutez ! écou*

tez ! ) Ayez-vous considéré leurs traits ? Oh ! vous n*avez pas eu k vous iaformer de leurs émotions , car leur coeur se peignait sur leur visage ! Les avez-vous vu prendre congé de leurs amis ? Si vous Taviez vu , vous ne parleriez pas légèrement d*un système d'émigration forcée. Pour moi y j*ai été bien des fois témoin de ces scènes déchirantes. J'ai vo des femmes vénérables disant a leurs enfants un éternel adieu! J*ai vu la mère et Taïeule se disputer la dernière étrante de leur fils. (Acclamations). J'ai vu ces navires de Témigration abandonner la Mersey pour les État-Unis ; les yeux de tons les proscrits se tourner du tillac vers le rivage aimé et perda pour toujours, et le dernier objet qui frappait leurs avides regards , alors que leur terre natale s'enfonçait à jamais dans les ténèbres, c'étaient ces vastes greniers, ces orgueilleux entrepôts (véhémentes acclamations) où, sous la garde, — j'allais dire de notre reine , — mais non — sous la garde deTaristocratie, étaient entassés comme des montagnes, des substances alimentaires venues d'Amérique, seuls objets que ces tristes exilés allaient chercher au-deik des mers. (Applaudis* sements enthousiastes). Je ne suis pas accoutumé k faire du sentiment ; on me dépeint comme un homme positif^ comme un homme d'action et de faits, étranger aux impulsions de l'imagination. Je raconte ce que j'ai vu. J'ai vu ces souffrances, oui, et je les ai partagées? et c'est nous, membres de la Ligue, nous qui voulons aider ces malheureux k demeurer en paix auprès de leurs foyers, c'est nous qu'on dénonce comme des gens cupides, comme de froids économistes! Quelles seraient vos impressions si un vote du Parlement vous condamnait k l'émigration, non point k une excursion temporaire, mais k une éternelle séparation de votre terre natale) Rappelez-vous que c'est Ik , après la mort, la plus cruelle pénalité que la loi inflige aux criminels ! Rappelez-vous aussi

00 L AGITATION ANGLAISE. 45

que les classes populaires ont des liens et des affections comme les vAlres , et peut-être plus intimes ; et si vous ressentez ao cœur ces vives impressions, que le cri qui a provoqué le gouvernement h organiser rémigration soit comme un tocsin qui rallie tous vos efforts contre cette cruelle calamité. (Applaudissements). Je terminerai en répétant que vous ne devez pas venir ici comme k un lieu* de diversion. Uobjet que nous avons en vue réclame des efforts personnels, énergiques et persévérants. Parler sert de peu , et j*aurais honte de paraître devant vous, si la parole n^était pas le moindre des instruments que j'ai mis au service de notre cause. (Applaudissements). On a dit que c'était ici Fagitation de la classe moyenne. Je n'aime pas cette définition , car je n'ai pas en vue l'avantage d'une classe , mais celui de tout le peuple. Que si, cependant, c*est ici l'agitation de la classe moyenne, je vous abjare de ne pas oublier ce qu'est cette classe. C'est elle qui nomme les législateurs ; c'est elle qui soutient la presse. Il est en son pouvoir, de signifier sa volonté au paiement; il est en son pouvoir, et je l'engage à en user , de soutenir cette portion de la presse par qui elle est soutenue. (Acclamations véhémentes). Faites cela, et vousdétoumerez la nécessité de transporter sur des terres lointaines la plus précieuse production des domaines de Sa Majesté : le peuple; faites cela , et le peuple vivra en paix et en joie k l'ombre de sa vigne et de son figuier, sans qu'aucun homme ose rafiliger.(Véhéinentes acclamations).

Le président, en proposant un vote de remerctment envers les orateurs, saisit cette occasion pour engager les assistants à propager dans tout le pays les journaux qui contiendront le compte-rendu le plus fidèle du présent meeting.

Page 1