SEPTIÈME MEETING HEBDOMADAIRE DE LA LIGUE
5 mai iSI5.
Longtemps avant l'ouverture de la séance, toutes les places sont envahies et l'entrée a dû être refusée à plus de trois raille personnes.
Le président annonce que par suite d'une nouvelle résolution prise par le directeur du théâtre de Drury- Lane , cet édifice ne sera plus à la disposition de la Ligue ! Mais les intrigues du monopole seront encore déjouées. A Manchester nous avons construit en six semaines une salle capable de contenir dix mille personnes. Nous ferons de même à Londres s'il le faut. — Il rend compte des meetings tenus dans les provinces pendant cette semaine.
Le Rév. docteur Cox : Si Ton me demandait pourquoi je me présente devant vous, moi, ministre protestant, étranger aux pompes du théâtre (rires), quoique familier avec la chaire, je répondrais : homo sum, nil humant alienum puto;je suis homme, et, comme tel, je ne suis étranger à rien de ce qui intéresse mon pays et rhumanité. (Approbation). J'ai eu ma part de blâme pour m'étre réuni avec mes confrères a Manchester, il y a deux ans. -^ Tentendis alors, je ne dirais pas les murmures, mais les clameurs d'une partie de la presse (honte!) qui nous reprochait de noas être rassemblés a Toc^ casion d'une loi étrangère a notre position et k nos études.
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Maintenaot Ton dit qu'en se réunissant k Manchester, les ministres protestants avaient fait tout ce qu'ils avaient k faire. Monsieur, je ne puis adhérer k ces sentiments. Je dis que notre cause réclame toujours nos efforts, et j'adopte sans hésiter la maxime de César : c Rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose k faire ! (Applaudissements). Il ne m'appartient pas de décider si une nouvelle Convention des Ministres dissidents serait convenable; mais engagés, comme nous le sommes, au nombre de sept cents, dans notre caractère collectif^ je ne vois pas pourquoi nous ne nous efforcerions pas individuellement de faire triompher cette cause que nous avons embrassée avec vous, Monsieur, avec M. Cobden avec les membres de la Ligue , cause que nous regardons comme intéressant au plus au degré le bien-être de nos frères. (Approbation). Et quel est mon frère? Ce n'est pas celui qui vit dans mon voisinage, dans la rue ou la ville prochaine, — mais c'est l'homme. (Applaudissements). L'homme, quelles que soient les circonstances dans lesquelles il se trouve. Le Christianisme m'enseigne la sympathie pour toute la race humaine, et d'atteindre, si je le puis, par mon influence morale, jusqu'aux extrémités du monde. On nous dit que comme Ministres nous devons nous en tenir k nos fonctions spirituelles;— que nous ne sommes point présumés comprendre des questions d'économie politique. Ma réponse est celle-ci. Je ne me reconnais pas plus incompétent pour comprendre une question, si je veux l'étudier, que tout autre individu doué d'honnêteté et de quelque sens commun. J'ai d'ailleurs présent a l'esprit que le Sauveur du monde. Notre Seigneur^ ne montra pas moins de sollicitude pour les intérêts temporels que pour les intérêts spirituels des hommes. (Écoutez^ écoutez). Il ne se borna pas k enseigner son étemel Évangile, mais il eut aussi compassion de la muldtude et lui donna
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nne nourritcrre miraciileasr, ce qui doit meiilenmntT h tous mes efforts pour lui donner ane nourriture natarefle ; et si ceux qni font profession d'être les disciples de Jésus- Christ, je veux dire les étéques de ce pays (grands cris de honte! honte!), qui occupent une si haute postlion et qui s*asseoient sur les sièges de Telour du Pariement, si les ëvéques, dis-je, combattaient au lieu de les soutenir ces tais* céréales qui ont infligé tant de maux à la communauté, je leur pardonnerais d'occuper une situation que je regarde comme incompatible atec leur caractère sacré (applaudissements), et j^oublierais, pour tin moment, que j'ai tu la pompe de rhermine et Téclat de la mitre, h où je me serais attendu & rencontrer le manteau de bure et la couronne d^épines ! (Écoutez, écoutez). J'ai fait allusion au Parlement, c'est pour moi un sujet délicat à traiter ;|e crois que nous sentons tous que c'est là que nos intérêts ont été sacrifiés k fespril de part). ^Bruyantes acclamations). C'est Ib , je crois , que les kttes et les rivalités pour le pouvoir et Pinfluénce, pour les places et les honneurs, ont i^ît obstacle h plusieurs des grands principes que nous voulons faire prévaloir; et Cèpemfeint nous pouvons tourner nos regards vers cette enceinte élevée avec quelque espérance , dans la Conviction que le sentiment populaire qui ne peut toujours y être méconiiu , y fera tôt ou tard assez d'impression pour déterminer le triom* phe des principes que nous avons h cœur.
Monsieur, je défendrai la cause de la Ligue au point de vue de l'humanité, du patriotisme et de la reKgion. (Applau* dissements). Je dis d'abord, quant îi la question d'humanité, que h population de ce pays s'est accrue et s'accroie tous les fours, et que la première loi de la société est que rbocme doit gagner son pain k la sueur de son front. Mais ici, pendant que la population ^'accroît d^année en année, pendant
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qvele travail de rhomme s'aceroit de j<mr en jour, Fouvii^r ne peot gagner son pain k la saenr de son fronl, parce qo*il 7 a des obstacles sur son chemin, et ee sonl ees obstacles que la Ligne a pour but de renverser. (Applaudissements). Je {daîde cette cause sur le terrain de r humanitéi parce qne si les intérêts manufacturiers souffrent, tous les autres ue peoveat manquer de souflGrir aussi, et la détresse s'étend sur tout le pays. Je me souviens qu'il y a bien des années, M« Foxt combattant dans la ebambre des communes les mesures de son antagoniste, M. Pitt, disait ces paroles profriiétiques: c Si vousr € persislez dans ce que vous appelez des guerres justes et c nécessaires, vous finirez par être cbargé d'une det|e naUo- € nale de huit cent millions el d'un fardeau de taxesqui éôrar c sera et ruinera le pays. » Les légisbàteurS' de l'époque se moquèrent de M. Fox ; ils riaient de ses prévisions et de ce qu'ils appelaient sesfolles prophéties ; qu'est^U arrivé ci^pen'* dant? N'avonfr*notts pas cette dette nationale qui avait été pré^ dite ? N'avons-notts pas cette taxe que les citoyens ne peuvent supporter, h moins d'avoir quelques moyens extraordinaires^ quelques propriétés hériditaires — - ou;, ce qui est la propriété du peuple, le droit de chercher et d'obtenir du travail? — Je plaide cette cause sur le terrain de Thumanîtév car sans m'apeeantir sur la condition profondément misérat^le des habitants des comtés seplentrionaux, je pourrais signaler dans cette métropole, — à nos portes, — des circonstances de la uatnrc la plus affligeante. J'ai en mains u«i lapport qnî me vient de la source la plus autbeotique^qui constate que dans le mois de nnrs dernier et dans une seide semaine, il y a en quatre casdé mort provenaDld'iuanitien. (Écoutez,, écoutes). U est établi par les verdieto que deux de ees malbeurew» «sni mêrlB d'épuisement; un à laf suite d'un complet dénuement, et le quatrième d'inanition absolue (Écoutez, écoutez). Biais
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an &it, tous ces mots sont synonymes et ils signifient qne^ dans Londres, au sein dn luxe et de Tabondance, quatre personnes dans une semaine sont mortes littéralement de faim. (Honte ! honte !) Vous faites allosion k Tenceinte où se tiennent nos séances; vous parlez de tragédies! Yoilk certain nement de la tragédie, non point de celle qui a pour but de distraire le peuple, mais de la tragédie faite pour arracher des larmes et éveiller la sympathie la plus profonde» Me plaçant donc sur le terrain de Thumanité, lorsqu'il a été prouvé surabondamment que, par l'effet des )ois-céréaIes,de8 milliers et des millions d'hommes sont dénués , non-seulement des moyens de vivre dans l'aisance, mais encore, k strictement parler, des moyens de vivre, quand le peuple souffre depuis le centre de cette métropole jusques aux districts les plus reculés du royaume, — lorsque le dénuement, la stagnation du travail, la famine, avec tous les maux qu'elles engendrent^ pèsent de tout leur poids sur le pays, — lorsque l'humanité saigne par tous les pores, alors, Monsieur, je ne regarde pas si je suis un ministre de la religion, mais je me lève en dépit du blftme et de la calomnie pour défendre la cause de l'homme, qui est essentiellement la cause de Dieu. (Tonnerre d'applaudissements). .
J'ai dit, en second lieu, que je soutiendrais la cause de la Ligue sur le terrain du patriotisme, et ici je devrais me répéter, car les souffrances des manufactures ne sont-elles j)as les souflfirances de la masse? La détresse du centre ne s'étendelle pas aux extrémités? Je maintiens qu'en principe il est faux qu'une partie de la communauté prospérera par la détresse d*une autre partie de cette même communauté; que Fflristocratie, par exemple, s'élèvera par l'abaissement des classes ouvrièrei^ Que j'entende ou non l'économie politique, j'en sais assez sur cette matière, j'en sais assez sur^
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tout sor la morale da christianisme, pour dire qne la Traie prospérité d*ua peuple consiste en ce que chacun trouve le contentement de son cœur dans la prospérité de tous; en ce que les volontés soient unanimes pour porter le pays au plus haut degré de gloire et de félicité temporelle. Ce n'est qu^alors que TAngleterre s'élèvera comme un monument digne d'attirer les regards de l^unîvers; ce n'est qu^alors qu'elle apparaîtra brillante à la clarté du jour, et répandra sa gloire sur toutes les nations; ce n'est qu'alors, quand tout privilège aura disparu, quand chaque classe, chaque parti se réjouira du bonheur des autres, quand ils travailleront tous à leur mutuelle satisfacUon, que l'Angleterre sera pour l'étranger un objet d'élonnement et d'envie, et pour ses enfants un objet d'orgueil et de délices!
Après quelques autres considérations, l'orateur coatinue ainsi :
Enfin, je défends la cause de la liberté commerciale au point de vue religieux; je dis que la misère engendre Tégoïsme, les mauvais penchants, les dissentions domestiques. — Elle engendre l'abattement d'esprit; elle aboutit au suicide et trop souvent au meurtre. Les liens les plus tendres, les sympathies les plus douces de la vie domestique ont été brisées par la pression de la détresse, par l'impuissance de se procurer des moyens de subsistance au sein du pays ruiné. L'insanité s'en est suivie, et le tombeau prématuré s'est fermé sur ses victimes infortunées ( ^ )• Dans ces circonstances je dis. Monsieur, que les dominateurs de ce monde se sont placés sous une effirayante responsabilité. (Écoutez, écoutez).
(*) On lait que le suicide est presque toujours attribué dans les verdicts à la démence, insanily.
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Cast pour nous im devoir de chrétien de secowir le panne dans sa touffrance ai dans aa détresse; nais pri^ pov son aonlageflMml et son bien«4tre, »*eal que ia moitié de notre devoir* Nims4evo«M enooreplaider sacaase etfittretoiisnos efforts pour rdever sa conditkRn« A cet égard , peraetteKwoi une dtalîon que je reeonMnaade k tos médilaCions. lies affeelions ^i cimenteni la sodété ne sont guères fliioins importantes que les aSoetions deniestiflpes. Le seoftîmeBt 4e rindépe»danee el de la dignité personnelle, Tamouf de la justice, le respect des droits de la propriété, la satisfaction de notre position sociale, rattachement éclairé aux iastitutions qui nous régissent, — ce sont Ik des éléments essentiels au corps politique, et dont la destruction ne peut être considérée que comme une calamité nationale. Cependant nous les voyons périr autour de nous. Quelque noble répugnance que les classes ouvrières aient montrée à accepter le secours de la paroisse, il n*est que trop vrai que le cœur de plusieurs a été courbé par un long désespoir devant cette humiliation ; le sentiment du droit s*est évanoui aux approches de la famine, et les hommes ont appris k se demander s*il n'ewtait pas nn droit primordial, antérieur au droit de propriété, qui les justiêe de prendre là où ils le rencontrent, ce qni est in* dispensable an soutien de la vie; et finalement, nos institutions nationales si longtemps et si cordialement vénérées, ont été accusées, sinon d'être la source incurable du mal, du moins de constituer toute la force agressive et défensive de ceux qui perpétuent cet abus intolérable. » (Écoutez, écoutez). Nous sommes dans nn temps d'agitation, de grande et juste agitation parmi le peuple, le tonnerre commence k gronder ; des bruits prophétiques se font entenflresnr tous lespoinis do Thorizon, cris pljsins d'agonie.
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ÙB dés6apoir et de déteraûnaiion; réiectricité s^accumale et la lemféle commence à éclater. JLe peuple est résolu, — noa comme taat d'autrei3 Cois Tépée à Ja main et en esprit de de rébellion* mais en esprit de pai^ et de légalité, — à re- Yemdiqaer les droits qa'il tient de Fauteur des choses, et dont il a été si injustement dépouillé. Le peuple veut vaincre et il vaincra* Le flot s^avance, les vagues grossissent et rien ne pourra les arrêter* — Les effets de ces lois ont été k un haut degré préjudiciables anx intérêts de la religion. En beaucoup d'endroits, lesbommes^du peuple, faute de vêtements conve^ nables, se sont éloijg^és du service divin. (Écouter). Les loiscéréales tendent en outre directepient à restreindre I^s effets de ces institutions charitables, dont l'étendue et la bienveit* lance oot jeté tant de gloire suf Je nom britannique, car à mesuxie que la détresse gagne du te^ rain, toutes les classes sont successivement envahies, toutes, excepté celles que défendent la naissance aristocratique et les possessions bérédiiairesi Ces lois oui encore un plus funeste résultat en prévenant reKten$i#n de l'éducation, ce grand objet que le gouvernement pourrait abandonner ii lui-même si la misère ne iorçait k avoir recours k lui. (Écoutez , écoutez). Je n'ajouterai qu^nn mot, comme ami de la liberté en toutes choses. Liberté d'action, liberté de pensée, liberté d'échange, — car tem ee qn^ii y a de bon sur cette terre est né de la liberté, — je âléfendraî cette ^nde cause tant que j'aurai un cœur poui* «enlir, une voix ponr parler et un bras pour agir* (Bniyutes acclamations).
M. C06DEN s'avance au bruit des applaudissement et s'exprime en ces termes :
Le Révérend Ministre qui vient de s'asseoir s'est rendu coupable an moins d'une i»uvre de suréfogation (rires) lors-
qu'il a jagé nécessaire de défendre les Ministres da culte ponr la noble part qa*ils ont prise k cette agitation. (Broyantes acclamations). Si je regrette qaelque chose dans le cours de nos opérations relatives aux iois-céréales^ c^est de ne les avoir peut-être pas suffisamment considérées comme affectant les mœurs, la religion et Téducation. On parle d'éducation ; Ton demande si le peuple désire Téducation. Je puis affirmer quMl n'est aucune classe, même la plus humble, où les hommes, s'ils en avaient les moyens, ne se montrassent aussi empressés de procurer îi leurs enfants le bienfait de l'éducation qu'on peut l'être dans les classes supérieures. Dans les années 1835 et 1836, lorsque le nord de l'Angleterre florissait, lorsque l'énergie du peuple n'était pas assoupie, lorsque nous n'étions pas engagés comme aujourd'hui dans un humiliant combat pour du pain, — je me rappelle qu'il y eut plusieurs magnifiques meetings à Manchester pour l'avancement de l'éducation, et dans l'espace de quelques mois on recueillit 12,000 livres parmi les classes manufacturières, dans le but de construire des maisons d'école convenables. (Applaudissements). Mais la loi-céréale s'élève comme un lobstaclesur le seuil de toute amélioration morale. Qu'elle soit abrogée, et les classes industrfeuses auront le moyen. Comme eUes ont la volonté, d'élever leurs enfants. Je regarde encore la question de la liberté commerciale comme impliquant la question de la paix universelle. Si,* comme on peut me l'objecter, de grandes puissances, de grandes cités commerciales ont été renommées pour leurs guerres et leurs conquêtes, c'est parce qu'elles ne pouvaient accroître leur commerce que par l'agrandissement du territoire. Il est certain cependant que toutes les fois que les villes commerciales se sont confédérées, elles ont eu pour but de conserver la paix et non de faire la guerre. (Approbation). Telle fut la confédération des
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villes Ànséatiques. Nous nous efforçons maintenant de réaliser une ère nouvelle ; nous cherchons , par la liberté dn commerce, à accroître nos richesses et notre prospérité, tout en accroissant les richesses et la prospérité de toutes les nations du monde. ( Bruyantes acclamations )• Introduisez le principe de la liberté commerciale parmi les peuples, et la guerre sera aussi impossible entre eux qu'elle Test enti^ Middlessex et Surrey. Nos adversaires ont cessé de nonsoi^ poser des arguments, du moins des arguments dignes d'une discussion sérieuse. Mais quoiqu'ils en soient venus à admettre k peu près nos principes, ils refusent de les mettre en pratique, sous prétexte que ces principes, quelques justes et incontestables qu'ils soient, ne sont pas encore adoptés par les autres nations. Ces Messieurs se lèvent k la chambre des communes et nous disent que nous ne devons pas recevoir le sucre du Brésil et le blé des États-Unis jusqu'à ce que ces peuples admettent, sur le pied de l'égalité, nos fers et nos tissus. Mais ce que nous combattons, ce n'est point les marchands brésiliens ou américains, c'est la peste des monopoles intérieurs. (Acclamations prolongées). La question n'est pas brésilienne ni américaine, elle est purement anglaise, et nous ne la laisserons pas compliquer par des considérations extérieures. Telle qu'elle est, notre tâche a assez de diflBcultés. — Que demandons-nous? Nous demandons la chute de tous les monopoles, et d'abord, et surtout, la destruction de la loi-céréale, parce que nous la regardons comme la clef de voûte de l'arche du monopole. Qu'elle tombe, et le lourd édifice s'écroulera tout entier. (Écoutez, écoutez). Et qu'est-ce que le monopole? C'est le droit ou plutôt le tort qu'ont quelques personnes de bénéficier parla vente exclusive de certaines marchandises. (Écoutez, écoutez). Voilk ce que e*e9t que le monopole. Il n'est pas nouveau, dans ce pays» Il
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florissait en Âagi6ierre il y a deux canl cUuiuanta ans, et U ki^érémlê n'en ie$t qu'une plus subtile ymélé. Le syâtème du mMopoie avait grandi an temps dais TvdQrsetdesStuarts, et il fil t woveraé, il y a de«x aîèclâa et demi, au moîna dana ses a^peeifl les plus «dieux, «ws Im effarts de m» <^ttra|^ew aneétiM. Il est n*ai qu'il reYétait, dans cet t^mpe retxdés, des fomes oaiYemeot gr^naières; on n'ayj^ pas encore, à eeite dpoqoe, inventé le$ ruses de ïéchdU moUlç (éceuAes, ëeouteE); mais ce n'en était pa^ moins des monopoles, et des monopoles très lourds. Voici en quoi ils consistaient : les ducs de ees ftempt^Di, un Bnckîngbami 0Q Bicbmoott soUicitaient de la reine Elisabeth on du roî Jacques des lettrespatentes en netiB desquelles ito s'assuraient le monopole du sd, du cuir, du poisson, n'importe* Ce système Ait poiissé k nue eiagération si désordonnée, qae le peuple refusa de le supp(Nrter^ comme il le fait aujourd'hui. U s'adressa à ses représentants an Parlement pour appuyer ses doléances» Nous «irons les procès-yeritex des discussions aniquelles ce$ rédamatîons donnèrent lieu^ et quoique les discours n'y soient point mpportés assez au long pour nous fiiiro cpnnaitre les aifumenln qu'on fit valoir de part et d'autre « il nous en resie quelques lambeaux qui ne manquent pas d'intérêt. Voiei ce que disait un M. Martin, membre de la ligne, assarément (rires), et peut^re représentant de Stockport (nouveaux rire8),car il s'exprimait c<»«ie j'ai eotttllm^ 4e le jaim. c lé parle pour une ville qui souffire, languit et soccombe € sous le poids de monstrueux et intolérables monopoles. « foutes les denrées y sont accaparées par les sangsues de < la république. Tel est l'état de ma localité, que le corn- € merce y est anéanti, et si on laisse encore ces hommes € s'emparer des fruits que la terre nous donne, qn'allonsc notis devenir, nous qu'ils déponiltent des produîtede nos
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c ttmvoL etde Mssaears, brte qn'ih 80Qt dœ acte de Faa* 4 torité ânpréme auxquefe de pMirree mjets o*o8eiit pas € s^ùppoaer. » (Acclamalioiis)» VoUà ee que disait M» HarUn, il y a deox ceat eiaquaote aoe, et je poornds aniJMrd'hiiî tenir pmir SiMlqport le nésM langage» «-* Oo tmia Sût ensaite eannaUre la li^ des monopoles dwt le peuple se plaipiùL Keua y Toy ons figwer dcip, fer, létaifi, houiUe, yerre, eair^ sel» huile, irâaîgpe, fruit, yio, foîesoa» Aîasî ce foe lord 9\mkÊf% et le tforsmjhPo^ appellent ftUt^Um ie l mmu' iH$ naOmiUe^ s'^odait b ieotes ses bcanelies. (Rires et ac* damatîeos prolongées). Le malin journaliste ajoute : < Lors- € que la liste des monapides a éké lue, une voix e*est4erié:
< et k'momfUe de»€ari9$ éjmert œ qui a fait rougûr sir c Walter-Baleigk, car les cartes aem ^n de ses «onopoles. » Les hommes de cette ^>oqae tétaient délicate sens douAe; car, quoique nous ayons un lustre puissant k la Chambre des communes, jamais, depuis que j*eo &is partie, je n*ai tu le ronge monter au front de ses monopoleurs. (Éeials de rire)» Le journal ccmtiaae : c Après la seconde lecture de la liate
des monopoles, M. Hackeurell (autre ligneor sans doute) (rires) se lè?e et dît : le paîn ne figmre«4-il point dans eetle liste ? «— Le pain ! dit Tun ; — le pain J s'éerie un second* — Cela est étrange, murmu» un troisième. — £h bieni reprend M. Hackeivell, retenez mes paroles, si Ton ne jott ordre 11 Umt ceci, h pain y fOMtra. » (Bruyantes aecla* mations). — Et le pam y a pamé^ et c'est pour cela , Messieura, que nons sommes réunis dans cette eaceiftte. { ApplaudissesKttts prolongés). Le jounalisle continue: c Quand la reine Elisabeth eut connaissance des plaintes
< do peuple, die se rendît au parlement et le remercia
< d*aToir attiré son attention «r un si grand fléau. » S'indi^ |V[nant ensuite d'avoir si longtemps été trompée par ses oar«i
ieî9. (Cesl le tenne dont elle jugea k propos de se servir à l'égard de ses ministres monopoleurs), c Pensent-ils, s'écriat-^lle, demeurer impunis, ceux qui vous ont opprimés, qui ont méconnu leurs devoirs et Thonneurde la reine? Non, assurément Je n*entends pas que leurs actes oppressifs échappent au châtiment quMIs méritent. Je vois maintenant qu'ils en ont agi envers moi comme ces médecins (rires, écoutez, écoutez) qui ont soin de relever par une saveur aromatique le breuvage amer qu'ils yeuleot faire accepter, ou qui, voulant administrer une piiole (cris répétés : écoutez, écoutez, c'est le docteur Tamwortb), ne manquent pas de la dorer. » (Rires universels et applaudissements). Vraiment, on pourrait presque soupçonnerdans ces paroles quelques rapports prophétiques avec un certain docteur homme d'État de notre époque. (Nouveaux éclats de rire). Telle fut. Messieurs, la conduite de la reine Elisabeth. Nous vivons maintenant sous une reine qui occupe dignement le trône de cette souveraine. (Acclamations). J'ai la conviction que Sa Majesté ne voudrait pas sanctionner personnellement un tort fait au plus pauvre ou au plus humble de ses sujets, et quoiqu'elle ne soit pas disposée, sans doute, à venir ii la chambre dés lords pour y dénoncer ses ministres comme des varlets (rires), je crois qu'elle donnerait sans difficulté son assentiment à Fabolition absolue des loiscéréales. (Applaudissements et cris répétés : Dieu sauve la reine). Tels étaient les privilèges autrefois ; aujourd'hui les monopoleurs, agissant suivant des principes identiques, si ce n'est pires, ont introduit de grands raffinements dans les dénominations des choses ; ils ont inventé V échelle mobile et le mot protection. En reconstruisant ces monopoles, l'aristocratie de ce pays s'est formé en une grande société par actions pour l'exploitation des abus de toute espèce; les uns ont le
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blé, les autres le sucre, ceux-ci le bois, ceux-là le café, ainsi de suite. Cbacuoe de ces classes de monopoleurs, dit aux autres : t Aidez-moi k arracher le plus d'argent possible c au peuple et je vous rendrai le même service. > (Écoutez)* Il n*y a pas, en principe, un^tome de différence entre le monopole de nos jours et celui d'autrefois. Et si nous n'avons pas réussi à nous débarrasser des abus qui pèsent sur nous^ il faut nous en prendre à notre ignorance^ à notre apathie, k ce que nous n'avons pas déployé ce mâle courage que montrèrent nos ancêtres dans des circonstances bien moins avantageuses, k une époque où il n'y avait pas de liberté dans les communes , et où la tour de Londres menaçait quiconque osait, faire entendre la vérité. (Écoutez). Quelle différence pourrait^n trouver dans les deux cas? Voici des hommes qui se sont rendus possesseurs de tout le blé du pays qui ne suffit pas, selon eux-mêmes , à la consommation. Cependant ils n'admettent de blé étranger que ce qu'il leur plaît, et jamais assez pour ne pas retirer le plus haut prix possible de celui qu'ils ont k vendre* (Écoutez, écoutez). Que faisaient de plus les monopoleurs du temps d'Elisabeth ? Lejs monopoleurs de sucre ne fournissent pas au peuple d'Angleterre la moitié de celui qu'il pourrait consommer, s'il était libre de s'en procurer au Brésil, kprix débattu, et en échange de son travail. Il en est de même pour le café et autres articles de consommation journalière. Combien de temps faudra-t-il donc au peuple d'Angleterre pour comprendre ces choses et pour faire ce que firent ses ancêtres il y a plus de deux siècles ? Us renversèrent l'oppression ; pourquoi ne le ferions-nous pas ? (Applaudissements).
Vraiment , je sens qu'il y a quelque chose de vrai dans ce que disait hier soir mon ami John Bright : c Nous ne sommes, k 1% C3ianibre des communes , que de beaux diseurs k
HO COBDtUi £T LA LICUE ,
la langae inietteuse éi dorée. » Noutf ne sa? on» pas parler comiDe lea Martm et le& Hakweli d'auimMs. (Éeoatexl écoutez!) Ken qoe, après ^mt, ce n'est pomt dans de mdes parolesmais dans de fortes actions qu'il fiint plaçai^ notre confiance (applaudissements) , ainsi que je Tons le disais UMit«4rbeure , lorsque nous demandons an gottremement de mettre un terme k ce système, il noue entoie au-debors, au Br^I par eiemple, et nous dit de décider ce peuple it rece- Toir nos marckandisea contre son sucre; mais qu'elle est donc cette déception dont on nous berce depuis si longtemps? Quel est l'objet pratique de ces traités de commerce ri attendus? T a-t-il quelque pays k un degré de latitude donné, qui produise des cboses que ne puissent produire d'autres pays dans la même latitude? Pourquoi, je le demande^ de- Tons-nous nous adresser an Portugal, et lui donner le privîyilège exclusif de nous vendre ses vins , lui conférant ainsi un monopole contre nous-mêmes? Pourquoi nous priver de l'avantage de la concurrence de notre voisine , la Fmnee , dont le Champagne est décidément supérieur, dans mon opinion, an vin épais de Porto? (Applaudissements).. On noos dit qu'en donnant là préférence au Portugal, nous forcerons la France h réduire ses droits sur nos flte et tissus de lin. Mais cela ne pourrait-il pas avoir l'eflet contraire? Texpérience en est faite. Voilà plus de cent ans que nous avens conclu le iamenx traité de Meihuen , et au lieu de coaettier les peuples il les a divisés , et a, plus que tout autre chose , provoqué ces guerres désastreuses qui on désolé l'Enrope. An Heu de forcer cette brans nation de l'autre côté dn canal à venir acheter nos produits , il n'a eu d'autre ^et que de la décidera doubler tes droits sur nos marcban^ses. (Approbation). Non , non , agissons à la feçon des Kguenrs du tempe d'Elisabeth. Renversons^ nos propres monopoles ; montrons
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Ml MtiMs 4fÊt fiOQS afMs foi èu» nos princi^ ; qâentmt mettODS ées priwipeift es pratique^ eo achnetlant^ êam$ cemii^ ftbft, le Mé, te SBere el tom tes produits ëlrangers. S*ît y à qoelqne cliose de tni daos nos prîadpes, qm prospérité générale suivra cette grande mesme , et lorsque les natiora étrangères verront, par noire exemple, ce que prodoit lereo?* Tersemenf ées barrières restrietiyes , elles seront iniaîHiUe^ ment disposées aie snivre. (Applandissements). Geso^risniov qn^an peuple perd Peïcédant de ses importations sur ses ex<« portaiîons, on qn^un pays pénl toujoers nous donner saM jamais recevoir de nons, est de fontes les déceptions la pfais grande dont j^aie jamais entendu parler. Elle dépasse les evres parFeau froide et les machinés volantes. (Éclatsde rires). Gda revient tout sfmplement à dire qu'en refusant les prodoitg des autres pays, de peur qu'ils n'acceptent pas nos retours, noos obéissons 2t la crainte que l'étranger, saisi d'un soudain accès de philanthropie, ne nous inonde jusqu'aux genoux de blé, de sucre , de vins , etc. (Applaudissements). Au liea de me^ surer l'étendue de notre prospérité commerciale par noe ex-* portatiotts,f espère que noos adopterons la doctrine si adffii«rablement exposée hier à la Chambre des communes par H. YilHers, et que c'est par nos importations que nous apfPécieronsles progrès de notre indostrie (Approbation). 4^ki(^^ sont les pays qui aient adopté le ^tème des libres importations , et qui ne témoignent pas , par leur prospérité, de la bonté de ce système? Pareounex la Méditerranée. Visitez Trieste et Maraeitte, et comparée leura progrès. Le commerce de Marseille est protégé et encooragé, comme on dit, depuis des fliièciesrpar la phis grande puissance du eontinem. Mai» il n*a feilu que quelques amtées \k Trieste pour dépasser U-sf^ seille. — Et Pourquoi ? parce que Trieste jouit de la liberté d'importation en toutes choses. (Bruyants applaudissements).
Voyez Hamboarg ; c'est le port le plas important de toute la partie occidentale de TEurope. — Et poarqaoi ? parce que rimportation y est libre. La Suisse vous ofire an autre exemple de ce que peut la liberté. J'ai pénétré dans ce pays par tous les côtés : par la France, par r Autriche et par litalie, et il faut vouloir tenir ses yeux fermés pour ne pas apercevoir les remarquables améliorations que la liberté du commerce a répandu sor la république; le voyageur n*a pas plus tôt traversé la frontière , qu'elles se manifestent k loi par la supériorité des routes, par l'activité et la prospérité croissante des habitants. D'où cela provient-il? de ce que, en Suisse, aucune loi ne décourage l'importation. Les habitants despaysvoisins, les Italiens, les Français, les Allemands y apportent leurs produits sans qu'il leur soit fait la moindre question, sans éprouver ni empêchement ni retard. Et pense-t-on que pour cela le sol ait moins de valeur en Suisse que dans les pays limitrophes? J'ai constaté qu'il valait trois fois plus qu'au-deik de la frontière, et je suis prêt k démontrer qu'il y vaut autant qu'en Angleterre, acre par acre, et à égalité de situation et de nature , quoiqu'en Suisse la terre seule paye la moitié de toutes les taxes publiques. (Écoutez! écoutez!) Et d'où vient cette grande prospérité? de ce que tout citoyen qui a besoin de quelques marchandises, de quelque instrument, ou de quelque matière première, est libre de choisir le point du globe sur lequel il loi convient de s'en approvisionner. Je me souviens avoir visité, avec un ami, le marché de Lausanne, un samedi. La ville était remplie de paysans vendant du fruit, de la volaille, des œufs, du beurre et toute espèce de provisions. Je m'informai d'où ils venaient? — Delà Savoie, pour ia plupart, me dit mon ami , en me montrant du doigt l'autre rive du lac de Genève. — Et entrent-ils sans payer de droit? demandaije. — Ils n'en payent d'aucune espèce, me fut-il répondu, ils
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entrent librement et vendent tant que cela lenr convient Je ne pas m-empécher de m'écrier : c Oh ! si le doc de Buckinf* glKun voyait ceci, il en mourrait assurément. » (Rires et acclamations). Mais comment ces gens-là reçoivent-ils leur payement? demandai-je, car je savais que le monopole fermait hermétiquement la frontière de Savoie, et que les marchandises suisses ne peuvent y pénétrer. Pour toute réponse, mon ami me mena en ville dans Taprës^iné , et là , je vis les paysans italiens fourmillant dans les boutiques et magasins , où ils achetaient du tabac, des tissus, etc., qu'on arrangeait en paquets du poids de 6 livres environ, pour ep faciliter rentrée en fraude en Italie. (Rires). Eh bien, si vous ouvrez les ports d'Angleterre, et si les autres nations ne veulent pas re^ tirer les droits qui pèsent sur nos prodoits , j*ose prédire que les étrangers qui nous porteront du blé ou du sucre rapporteront de nos marchandises en ballots de 6 livres, pout éviver la surveillance de leur douane. Mais, après tout , ce ne sont là que des excuses et de vains prétextes; nous y sommes accootomés; nous y sommes préparés, on ne peut plus nous y prendre; et le mieux est de ne pas les écouter. Sommesooos d*accord sur ce point , qu*il est juste de renverser le monopole? Qu'on ne nous parle pas de la Russie , du Portugal ou de l'Espagne; nous nous en occuperons plus tard (bien , bien); nous ne manquons pas chez nous d*ennemis d*une pire espèce (bravos) ; ne perdons pas de vue l'objet de notre association , qui est d'emporter le retrait des loiscéréales , absolumefUy immédiatement et sans condition ('). Si nous renoncions au mot sans condition ^ nous aurions un nouveau débordement de prétextes à chaque semaine.
(') Le mot : uncondilional (sans condition), adopté par la Ligue, se rapporte à l'étranger et signifie .- sans demander des concessions ré^proques.
11 i COBBEN ET LA LI€UE,
leî F orateur resd compte de la tournée qu*il a faite dans les dintrtets a^rîeolee et de Vétat de ropmion parmi les fermiers.
rai asûaté dans le conté de Hertford, k un meetiiig où é^iwti réttw pluB de deux mille fermiers; il avait été anooaeé loDgteiaps k l'ayance. Je m*y sois, présenté aetd (applandieeemeota) ^ sans être accompagaé d'aa amin. sans avoir oae seule coims^issance dans toat le comtés (Biravos). Nous nous réanimes d*abord dans le Skùr^E^ (es^ du comté); mais n^étant,pasa«sez spacieasa».nous. ttosneftla meeUngà eiel ouvert* k Ploug^-Meal , où sa fonir ordîaaiNpient kns électiona. Je pris nta place sur ^^ wagea ; je débitai mon thème pendant près de* deux, heures (rires et applaudissements) , et sur le champ même où , il y a près de dsiux ans , la fine fleur de la chevalerie du comité, soualabanaièredaeMMiraalîMMffit élire par les fermiers- trois partisans du monopole et de la. prêtéetectian ^ sur ce même champ , j'ai plaidé, il y a une semaine, la cause de Tabrogation totale et immédiate des leisKsécésies. (Applaudissements)..... Les fermiers se divisèrent; les uns parlèrent pour, lea autres contre; ^ ne pris plus aueune part aux» débats et ahandeanai eBtièreHleBt^la discussion à diemême, vous avez su qu'au moment du vote , la motion en laveur du maintien de la^ protection n'avait pas réuni plus de douze suffrages.
Ici M. Cobden annonce qu'un des fermiers du Hertford, M. La timoré, est auprès de lui et se fera entendre pendant la séance. L'assemblée applaudit avec enthousiasme. M^. Cobden continue :
Saisissons cette occasion, puisque nous avons parmi nous un représentant de celte digue et excellente classe d'hom<*
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mes, de leur exprimer les semiffiente dont rions sommes animés pour Tordre dont il est un membre si distingué. Disons k la laniœraiiê do pays, qui prétend maintenir son injuste soprématie, — je dis injuste, parce qu'elle se fonde sar le monop^e, — <fisons-lni qu'il n'est plus en son pouvoir de séparer, d'exciter l'une contre Tautre ces deni gn&ndes classes indostrienses, les manufiietitriersr et le» fërmi^rs^ (applaudissements), identifiés désormais dans les mêmes intérêts politiques , économiques et sociaux. Présentoniî h main de Tamitié it H. Latimore et à Tordre auquel il appartient, et quil soit bien convaincu que toute h puissance qu^exerce la Ligue sur Topinion publique , sera eitoployéé k obtenir pour les fermiers la même justice que' nbuff réclamons pour nous-mêmes. Le temps approche où; industriels et fermiers, serrant leurb rangs, marcheront eàtx! k cdte k Tattaqne des monopoles. (Applaudissements)^ Sothrenez^vOtis de mes pardesl le temps approche où la fbule' des fermiers; mêlée à la foule des Ligueurs; tous animés dé' là lùénie' ardeur, tons sons le poids de la même anxiété, attendront dans les couloirs de la chambre des communes le dénodemettt àé cette grande question, et j^avertis la landocratie iju^elle se trompe complètement si elle compte sur le concours de ses tenanciers pour combattre la population urbaine, quand elle se lève pour la cause de la justice. J'en su vu assez pour être assuré que c'est autour des chileaiix de l'aristocratie que' se trouvent les pencbaffts les moin^ aristocratique^. Que lëb lois-céréales opèrent quelque temps encore leur œnvrfe dest truetive parmi les fermiers, et je ne voudrais pas être dkatgë de braver l'indignation morale qui s'élèvera des district^ agrieoles..... Je voudrais bien savoir où les landlords irbrit désormais chercher leur appui. Je les ai combattus jusqbiss dans leurs places fortes. (Applaudissements). Je lesaf retf-
contrés dans les comtés de Norfolk» de Hertford et de So* merset. (Applaudissements). La semaine prochaine je serai dansle Buckinghamshire^ la semaine d*apres k Dorcester , et le samedi suivant dans le Lincoln. (Applaudissements). Je l'annonce ici publiquement. Je sais que les landlords n^onl pas vu jusqu'ici mes pérégrinations avec indifférence, et quand ils n'ont pas détourné nos fermiers d'assister k nos meetings, ils les ont engagés k y occasionner du désordre. Je leur dis publiquement où je vais et ils n'osent pas venir m'y regarder en face. S'ils n'osent pas justifier leur loi en présence de leurs propres tenanciers , où donc pouvons-nous espérer de les rencontrer, si ce n'est k la chambre des communes et k la
chambre des lords?
J'ai eu un attachement si passionné pour la liberté du commerce, que je n'ai jamais regardé au-delk; mais il y a des hommes qui regardent au-delk et qui comptent sur la Ligue pour une œuvre bien autrement jradicale que celle qu'elle a en vue. Je n'ai pas d'avis k donner k l'aristocratie de ce pays ; mon affection pour elle ne va pas jusque^lk; mais si elle ferme les yeux, dans son orgueil, sur le travail qui s'opère au-dessous d'elle, elle verra peut-être la question se porter fort au-delk d'une simple lutte de liberté commerciale, par des hommes qui, après avoir accompli une utile réforme, en poursuivront une autre bien autrement profonde. (Acclamations). Si l'on persévère dans ce système, alors que le pays rend contre lui un témoignage unanime, je répète ici ce que j'ai dit dans une autre enceinte (bruyantes acclamations), la responsabilité tout entière en retombera sur le pouvoir exécutif (applaudissements), et cette responsabilité deviendra tous les jours plus terrible. (Nouveaux applaudissements). Sir Robert Peel dirige le gouvernement en sons contraire de ses propres opinions. (Assentiment). Je n'incrimine les intea-
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lions de personne; j'observe la conduite des hommes publics, et c'est sur elle que je les juge. Hais quand je trouve qu'on ministre suit une marche diamétralement opposée k ses opinions avouées, j'ai le droit de m'enquérir de ses intentions, parce qu'alors sa conduite n'est pas dirigée par les règles ordinaires. Et de qui se sert-il pour faire triompher ses résolutions ? n les obtient d'une majorité brutale. Je dis brutah, parce qu'elle est irrationnelle; et je ne l'appelle pas irrationnelle parce qu'elle ne s'accorde pas avec moi, mais parce qu'elle suit un chlef qui s'accorde avec moi en principe, et adopte une autre marche en pratique. Le ministre qui dirige l'administration avec un tel instrument, sachant qu'il est le produit de l'intrigue, de l'erreur et de la corruption, lorsqu'il voit les mémeà hommes, autrefois trompés par ses créatures, s'assembler aujourd'hui k la clarté du jour, et au milieu de l'aristocratie à cheval, voter comme un seul homme contre cet odieux système, ce ministre, dis-je^ encourt une immense responsabilité.
L'orateur annonce que le théâtre de Drury Lane n'est plus à la disposition de la Ligue; et répondant aux personnes qui voudraient que les meetings se tinssent en plein air, il dit :
Les personnes se méprennent sur ce qui constitue l'opinion publique, qui disent que des meetings à Islington-Green auraient plus d'influence que ceux-ci. Ce ne sont pas les tacticiens de l'école moderne qui pensent qu'une grande question d'intérêt public peut-être résolue devant une armée de trente à quarante mille hommes rassemblés k Islington ou ailleurs. Mon opinion est que depuis la réforme électorale, qui a mis la puissance politique aux mains de plus d'un million de personnes appartenant k ta classe éclairée de ce pays,
ai cette cljiaae veut agir, sa puissance ne sera pas ébranlée AU par les efforts 4e raristoeratie d^un cdté, ni par lés dé* monstcaiioqs pofuifAÛres de Twiibre. ^r^ S^s Touloir né|^er la coopéiation d'awane dasse, je pense qpe ceux qni Ten* lent eivpoctçr une^r^nde questien, doivent le faire précisé* méat par cette xdasse 4on^ je /sipis en ce moment entonré. l^ applaudissements de la jfovde, J'enihoasksme manifeslé par un grand ckosnt de ¥oix bumaines ii felingtôn, pourraient biçjQ nous amuser ou flatler notre amour-propre ; mais si nous sommes animés d*uae passion sipcè^ si nous votions ii^iire triomplier la Wbtrté^ ainsi que nous j avons engagé nos fortunes, et s*il le fa^, oos vies, ajors nous prendrons conseil de .quelque chose de ipieux que de h vanité^ et nras choisiroos parmi xios moyras ceu^ qui sont les plus propres ^ amener le succès^ Rien n'est plus prof^ k le gfmnûr que de semblables réunions. C'est un axiome parmi les Mleurs dramatiques, que le jugement du pnblie est sans appd. Au foyer, les critiques peuvent différer et se combattre* Mais si la pièce a réussi à Drury-Lane, elle réussira dans tout le royaume. Vous devez bien penser que ce n'est pas sans quelque anxiété que nous avons porté notre œuvre devant vous. Mais forts de nos précédents, nous rappelant que le succès n'avait jamais manqué à nos démaréhes les plus hardies, nous résolûmes d'affronter votre jugement à Drury-Lane. Vous l'avez prononcé, ce jugement, après plusieurs épreuves réitérées. De semaine en semaine votre enthousiasme 9 grandi; de séance en séance, les darnes^ cette meilleure partie de la création, sont venues en plus grand nombre sourire ^ nos efforts. (Acclamations). Maintenant, qu'ils nous retirent l'qsage ^ cette enceinte privilégiée* — Nous les remercions de ce c|u'ils ont fait. — Vous avez condamné le monopole; voire verdict est prononcé.,.. H n'en sera pas fait appel. (L'bo-
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•oniile geadenuQ s'assetit m milieu d«6 «clamatioDs «bllMuîaaltt. L'assemblée se lève dans m élat d'excilation HiiDjitoeiix qai se pretonge piosfewrg minutes).
MM. Latuioiie et Moore prennent successivement la paroie.
habtuxg lobdoiiapalre de la ligue a la sai.le de
l'opéra.
15 mai 1845.
A rocoasieii de la discussion sur les lois-céréales , dteeussioB qiA a occupé cinq séances entières de la chambre des communies -et qui n'^t pas encore termîfiée, la Ligne s'est réunie, samedi 13 mai, à la salle de rOpéra. Après un discours éloquent de M. Fox, la parole est à M. Gobden.
M. GoÊÊm : C'est a^ec sarprîse que j'a^ m figura mon ne« snr l'affiehe de la distribatien desrétes. (Rires). Notre présideat est d'an despotisme achevé, et ne laisse ni voix délibéiwlÎTe ai vaîx eeMottative à ce sujet. Si j'éis$s libre, j'aimerais amax, pardonnez-le moi, aller me reposer, car il était cÎMj faeares ce matin quand je suis sorti du Parlement, aprte avoir assisté it une scène.... comment la qualiieraijeT.— Une scène digne des bétes sauvages d'Épbèse. (Rires et applandissements). Ce n'est pas d'ailleurs une tâche aisée que de succéder k M. Fox. le rsgretie qu'il ne puisse pas répéter lundi prochain l'éloquent discours que vous venez d'entendre, à la chambre des communes, où son grand talent, vous en conviendrez avec moi, devrait lui assurer une place.
Mais quoique Toccasion lai en soit refusée, je pense qa'il en sera dit quelque chose lundi soir, car autant les membres du parlement sont impatients de la critique qui s'attache à leurs représentations de St-Stephen, autant ils aiment à critiquer nos représentations de Drury-Lane et de TOpéra-House. Il n*a guère été question d'autre chose dans les derniers débats, et nos opérations sont devenues le thème favori du Parlement. Un autre sujet inépuisable pour ces Messieurs, c'est le bl&me et les plaintes dirigés contre le représentant de Stockport. (Rires). Je ne suis pas surpris que les o^embres des communes supportent impatiemment la critique du public, et puisque leurs belles manières devaient se manifester par une violence si inusitée, ils ont agi prudemment d'exclure de Tenceinte législative les étrangers et les journalistes. — Je voudrais que mes compatriotes de la classe ouvrière eussent été derrière les coulisses pour voir comment se comportent, en quelques occasion^, ceux qui se disent leurs supérieurs. (Rires et applaudi^ements).
Je né sais vraiment que vous dire sur le fonds de la question; je me sens tout-k«fait dans la thèse de sir Robert Peel. Je n'ai pas de nouveaux ai^uments k fiiire valoir, et je ne puis que vous chanter toujours le même refrain. (Rires). Mais, croyez-moi bien , les plus vieux arguments sont les meilleurs. (Écoutez I écoutez!) Le fait est de les bien comprendre. Je ne suis pas bien sAr que vous ayiez aucune raison, ni même aucun droit k obtenir la liberté des échanges, si vous ne la comprenez parfaitement, si vous ne la désirez avec ardeur. Mais, une chose dont je suis sûr, c'est qu'en l'absence de cette intelligence et de cette volonté, vous l'auriez aujourdui , que vous la perdriez demain.-^ Je vais donc continuer mon cours; ce sera sans doute toujours le vieux refrain. Mais je rois parmi vous de jrtâtes gens ; pourquoi ne les instruirions-
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0008 pas? pourquoi ne les mettrions-nous pas à même de ooflyertir les vieux monopoleurs, en retournant à leurs foyers? (Approbation). Qu'est-ce que le monopote du pain ? c'est la disette du pain. Vous êtes surpris d'apprendre que la législation de ce pays, à ce sujet, n'a pas d'autre objet que de produire la plus grande disette de pain qui se puisse supporter ? et cependant ce n'est pas autre chose. (Écoutez ! écoutez ! ) La législation ne peut atteindre le but qu'elle poursuit que par la disette. Ne vous semble-t-il pas que c'est assez clair? — Quelle
chose dégoûtante de voir la Chambre des communes ,
je dis dégoûtante ici , ailleurs le mot ne serait pas parlementaire. Mon ami, le capitaine Bernai , leur a dit le mot en face; mais rappelé k l'ordre par le président , il a dû s'excuser et retirer l'expression. Mais allez, comme je l'ai fait, d'abord à la barre de la Chambre des lords, et puis èi là Chambre des communes, et vous verrez que le fonds de leurs discours c'est : rentes! rentes! rentes! cherté! cherté ! cherté! rentes! rentes! rentes! (Rires et applaudissements). Qu'est-ce que cela signifieTYcilk une collection de grands seigneurs, de dignes gentilshoinaies assurément, et faisant figure sur les coussins de soie de la Chambre des lords , mais du reste , ne dépassant guères le niveau de riatelligence ordinaire , et fort peu audessus de la médiocrité, selon ce que j'en puis savoir, en vertus et en connaissances; — mais enfin les voilà. Et que sont-ils? — des marchands de blé et de viande. (Bruyants applaudissements). C'est là ce qiii les fait vivre, et ils vont à la législature, pour assurer, par acte du Parlement, un prix élevé, nn prix de monopole, à la chose qu'ils mettent en vente. C'est là leur grande afEsiire. Ce que jedis peut n'être pas parlementaire, mais c'est la vérité, (applaudissements). Voilà encore desgrands seigneurs à la Chambre des communes, très dignes gens sans doute, et qui représentent fidèlement les lumières et
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les ¥erlii8 de leurs comiD6UaBt& Gependsol, je ssis fiché de le dire, la plupart d'entre eux tirant leurs revemis deky^ote des blés et des t^estîaux; et quelle a été leur occupatioD pendant toute cette semaine ? de combattre vigoureusement peur maintenir, par acte duPariement, le pril de leurs mafclu*dises. (Applaudissements). S'il y avait un Pasquin snr les m«rs de St*StepheB , j'écrirais en v^rs, an-dessus de aoa effigie : Ici résiàsni làinutrehands de graim. — Vous ne vojia pas les hommes qui ont des cotons , des draps , des soieries , on des fers à vendre, quelle que soit la détresse de leur eommewe, entrer d'un pas délibéré à la Chambre des communes , et y faire des lois pour s'assurer des prix élevés; ponrcpoi les maîtres de forges, les imprimeurs sur étoffes, n'auraîenU-Ss pas aussi leur échelle mobile ? Ils pourraiaat s'adjuger 1 ab. â d. de protection. Et pourquoi pas i sh. 6d. ? on peot bien être généreux quand on l'est envers soi-même, liais il n*y a pas jusqu'aux grooms qui gardent leurs chevaux )i la porte de la Chambre qui ne riraient après eux. Pourquoi donc tolé* rez-vous que les grands sei^eurs aillent k la Chambre des communes, et convertissent en une halle ce qui devrait être le temple de la justice? (Approbation). Pourquoi le peuple lolère-t-il cela? parce que, fasciné par le vieux système fiéodal, ils voient avec indulgence, que dis^'e, avec vénération, de la part des possesseurs du sol, des actions pour lesquelles il honnirait les hommes qui dirigent dans la boutique on l'ateUer une honnête industrie. (Applaudissements). Mais mon devoir est d'instruire les enfants mêmes, afin que, rentrés ches eux, ils catéchisent jusqu'à leur grand'mères. (Éclats de rires). Ces enfants entendront dire sans doute que la protection n*a pas pour but d'élever le prix du Ué, mais d'en augmenter la production intérieure. Et comment veut-on arriver k ce résultat? et d'abord le moyen est bizarre, et lo sens commun peut
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trouver éiraage qa*oo essaye de procorer raboodanee [en excluant rabondance* (ÉcMtez !) Mais soyons les dfets. Le peuple est-il nourri de paia blanc? Seion le docteur Marsiiam, cinq millions d'babUants vivent de pain d'avojne, et cinq antres millions de pomoies de terre. Que l'enfant revienne donc vers sa grand'mère, et qn'ii lui dise : le pian n faîUL, ear le peuple ja*est pas nourrie Quelle objection peat-«on faite alors à Tressai de notre plan , en iaiasânt ^tf<er le Ué étranger ? qui le xnangera? ce n'est pas sans doute ceux qui «bsîstent à ce meeting; ils ^n ojat plus qa'U m leur en faut. Si donc i) en entre d'avaatage, il sera oansomiaé ^rcenxqni n'en mangent pas aseez , ou qui n'en mangent pas du tout. (Applaudissements). Donc, laissez arriver le blë; maïs ici vous £ies assailli d'jm débordement d'ai^wnenls %és des charges qui pèsent sur le sol, du danger de dépendre de Vé^ tranger, du développameiU exagéné de» machines, etc. La réponse à laquelle Tenfimt doit se tenir atiadié , est ceUerci : toutes ces cboses peuvent être très ficbenses , mais rien n'est plus Ûchenx que la rareté des aliments; il pourrait être bfsn de ne pas dépendre de l'étranger , si nous ne dépendions pas de gens qui nous traitent plus mal cbez nous. Mes malheureux commettants de Stockport dépendent de la prodneductioD intérieure, et ils se trouvent si mal nourris , depuis tantôt cinq ans, qu'ils aimeraient mieux dépendre des Russes, des Polonais, des Allemands ou des Américains, ou de quelque nation que ce soitsnr la surface de la terre, plutôt quede se fier aux nobles marchands qui ont érigé le système exclusif. Mais les landlords objectent qu'ils payent de pins lourdes (axes que les autres classes de la socité. En admettant que , possédant le pouvoir de manipuler les taxes , ces anges de désintéressement les aient toutes placées sur leurs propres épaules, comme Sancho Pansa ; eh bien ! dans ce cas même,
quHls les recdfient; qa*ils les fassent passer sur d^aotres, mais cela ne justifie point la rareté des aliments. Il y a une autre grande duperie mise en avant par Fennemi , et qui a trompé beaucoup d'enfants de tous âges. C'est la question des machines. Mais une aiguille est une machine , un dé à coudre est une machine , c'est un grand progrès sur Tongle du pouce. (Rires). J'ai toujours trouvé que les plus grandes clameurs contre les machines partent de gens qui, d'une façon ou d'une autre; se servent de machines pour leur propres affaires. Hais ils ont entendu parler de quelque merveilleuse invention dans le nord de l'Angleterre, et les monopoleurs se sont em* pressésde les mettre sur une fausse quête, en leur persuadant que c'est là ce qui nuit au peuple, et non la taxe du pain. J'ai rencontré à Yarmouth un de ces hommes qui vont vociférant contre les machines. Je lui demandai de quelle espèce de machine il se plaignait; il me répondit: dupower-loom.Yous en servez-vous k Yarmouth ? lui dis-je. — A Yarmouth, nous ne tissons ni ne filons, mais nous prenons du poisson. — Et quel poisson ? — Du hareng. — De quoi vous servez-vous pour le prendre? — De filets, et de très grands filets encore. — Pourquoi ne vous servez-vous pas de lignes et d'hameçons. (Acclamations). — La réponse me prouva qu'il est dangereux de s'immiscer dans les affaires des autres, car un vieux pécheur prit ma question en très mauvaise part , et me dit : nous n'avons que faire d'hameçons. — Mais pour* quoi? insistai-je. — Parce que ce serait trop de peine, répondit le vieux pécheur. — Voilk tout le secret ; voilà aussi la raison pour laquelle on ne file plus avec la quenouille et le fuseau. — Ce serait trop de peine.
En ce qui concerne le manque d'emploi occasionné par les machines, il n'y a jamais eu de plus grande méprise depuis le commencemeçt du monde. H y a dans le comté de
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LaneasUre un millioo cinq cent mille habiUints, dont cinq cent mille n'y sont pas nés, mais sont venus des comtés où les machines sont inconnues, vers celui où les inventions les plus merveilleuses épargnent de plus en plus le travail de rhomme. C*est là que la population s*est le plus rapidement accrue depuis vingt ans. Que pensez-vous que soient devenus les enfants dans les villages où la population se montre sfationnaire ? U y a dans les districts ruraux du Lancastre, des villages qui ne sont pas. maintenant plus populeux qu'à Tépoque où Guillaume-le-Gonquérant fit dresser le doomsdaybook* Cela peut paraître étonnant, mais cela est vrai. Un d^ mes amis, qui est à côté de moi, s'est beaucoup occupé de réfuter cette erreur. Il a pris la peine de parcourir une grande partie du Lancastre, principalement là où les machines n'ont pas élé introduites; il a compulsé les registres des baptêmes et des funérailles, et il a trouvé, en général , trois naissances contre deux décès; qu'est donc devenu cette population excédente? Elle a aflDuée vers Blackbum, vers Bolton, vers les vil^e8 où elle a été employée par ces mêmes machines qu'on accuse de détruire l'emploi des bras. Je vous dirai quelle est l'utilité des machines. C'est d'accrottre la puissance de la production ; maisà mesure qu'elles se multiplient, il faut que le marché du monde s'ouvre devant nous. Si nous avions la liberté du commerce, chaque perfectionnement mécanique serait suivi d'une diminution dans le prix de revient du produit, diminution qui mettrait le marchand à même de lui trouver de nouveaux débouchés. Le bon marché toajours croissant pousserait toujours nos produits plus loin vers les extrémités du globe. — Al sbelling, tel article peut être envoyé en Allemagne; — réduisez-le à 8 d., et il ira en Italie; diminuez-le jusques à 6 d., et il pénétrera en Turquie ; --^ à 4, il se montrera en Perse ; à 2, il pénétrera
126 (HyBDSi^ ET LA LIOUE,
ju8q;iie dans les r^^mnsles plus éloigBées de F Ame centrale, (ftnqfairts applaudissemests). Mais commepl te mardiaDd ponrrait^il étendre ses opérations, s'il ne loi était pas permis de rapporter chez nous, en édiange de nos produits, lei^ prodnits que les autres peuples ont à noua donner ? Le BiaMê" baok laisse nos négociants exploiter le monde entier, y ebercher des objets de couTenance ^ de luxe pour la classe if cbe, mais il ne permet pas qu'ils rapportent cette denrée, qui, parmi toutes les autoes, pourraient contribuer au-bien-étre cft au bonheur desouwiers et de leurs familles^ etcependai9lc*est \f rude travail de leurs- mains calleuses qui paye ces superfluités qu'on tolère, conmie il payerait les denrées utiles qu'on exclut. Les législateurs donnent un libre aiQcès aux objets de liae qui peuvent décorer leurs personnes et embellir leurs iastueux palais; mais pourquoi défendent^ils Tenniée du blé? Pourquoi empéchent-ils la Russie, la Pologne, l'Amérique de nous fournir du blé? Pourquoi? Parce qu'ils sont marchands de blé! Ils devraient inscrire sur la porte de leurs demeures ces mota: c Marchands de blé; aucune concurrence n'est permise» » (Bruyantes acclamations). — Je vous ai dit que les étourdis qui se laissent prendre k depareSies jongleries, ne sont que des enCuits^ quel que soit leur âge, et en effet, ne faut-il pas être bien novice, que ce^soit faute d'années ou faute d'intelligence, pour tomber dans des pièges aussi grossiers? Les lois-céréales affectent également toute la communauté, et la taxe du pain^ coûte plus aux habitants de Londres qu'à tous ceux du Lancastre; et n -est-ce point une véritable puérUité que de se laisser mettre sur uneÂusse quête, et d'aUer chercher la cause du mal dans le Lancastre, sans regarder autour de nous et chez nous? Mais, enftn, admettons que les machines aient T^fet qu'on leur atuibue; — condamnons ces puissantes inventions, ces
ou l'agitation anglaise. i27
a^licatîoiia de 1% sciaiee, qui ml arraché Tespèee liii9Mî«e k réutf samnige, et qui ont ait, poor aîoâ dite, le fer M* même,, parlîfi^^ftnt de la n&; ae ? oyons dan» ces merfeilies que malédKlîons pour le pays; élevoii6«-Don& contre la ^vi- Allé dteHBénie; repriieboi8*kii d'avoir soufflé dans Vesçriî bttmakft le déûr et la iaculté de s'élever dans le champ Todé* fini des découvertes; accordons tout cela. Qu'en résuftera^ t^-il ? Esl-eeque les choses en iront mieux, parce qu^une f«are tmr le pam lâendm ajouter ses nuisibies effets aux nuisibles efietadecesiomebines mavéttes ? (Véhémentes acclamatîons). Je le répète, il n'y a que Fenfttnee, l'enfance morale qui puisse être dupe de ces clameurs centre les machines, puisque BOB mau sont les mêmes, que les machines soient une midédiotio%oifri|U''eUes sment un: bienfait; puisqu'ils pèse»! égalemeni sus nous tous, soit que bous travaillions- avec nos dadts et nos ongles» sait qae nous appelions à notre aide les forces des vents et de la vapeur, — et ce que je dis des machine&i ja le dis aussi de twAes autres clameurs élevées pour faire peràre de vue le grand fléau, la grande iniquité : — la rarelé des aliments.
Quelques personnes parlent d'un changement dans la valeur des espèces métattîques. Nous ne nous y opposons pas ; mais ce doilt souffre le pays^ ce n'est pas de la rareté du numéraire, c^est de la^raicté des aliments, et jamais nos efibrts ne se ratentiront, juscpt'à ce^ qae neus^ayon» renversé tMies les barrières qui nous eneéparen t. (Bruyantes aoolamatîeas)* J'appelle une lourde respanobilité, eomaK< chrétien- et comme dtof ^v ^^ quiconque néglige de plaider l'abroga^tion.d«la»loi<oéréalei Je ne veux- pas qu'on infère de mes paroleaqu^iim^y a pas^seèeumoi^des hommes censcieneiéuK parmi nos adversaires; maifs, dans l'état présent du pays, la neutralité n'a pas d'eicose. Une loi, parmi les Spartiates,
V28 COBUEN ET LA UGUE,
condamnait à mort les citoyens qui ne prenaient pas parti dans les grandes questions d'intérêt public. Quoique la Ligue n'entende pas infliger à ceux qui restent neutres d'exclusion physique, il est une exclusion civile dont elle frappera les citoyens qui n'entrent pas dans ses rangs. Si les banquiers, les armateurs et les marchands de la cité de Londres ne trouvent pas de loisirs pour étudier cette grande question, qu'ils soient moralement déposés du rang qu'ils occupent dans l'opinion publique, qu'ils descendent dans l'estime de leurs concitoyens au niveau de leurs conunis et de leurs portiers; ils ne mériteùt pas d'être élevés sur un piédestal d'or pour être vénérés comme des idoles. Qu'ils soient jugés selon leur mérite. (Applaudissements). Tout homme qui comprend la question doit sortir de l'inaction et s'efforcer de rallier ses semblables à la vérité, car ce n'est que par la force de l'opinion que cette grande réforme peut être résolue. Il n'est personne qui ne puisse beaucoup pour l'avancement de notre cause. Des hommes, dont les noms étaient jusqu'ici inconnus, ont rendu de grands services en propageant autour d*enx les doctrines de la liberté commerciale. Je citerai un membre de
la Société des Amis, qui, depuis deux années, a mis k distribuer les pamphlets de la Ligue une prodigieuse acti^té. Il a parcouru k pied tout le pays, depuis le comté de Warvnck jusqu'au Hampshire, et a disséminé partout les vérités et les lumières, Avec le secours de tels auxiliaires, il nous est bien permis d'entretenir l'espoir d'un triomphe prochain et définitif. Cet humble serviteur de notre œuvre n'a été dirigé que par la conscience d'accomplir envers ses frères un grand devoir de charité. (Bruyantes acclamations). Voilà un homme qui ne verserait pas une goutte de sang, même pour défendre sa propre vie, qui a visité plus de vingt mille maisons, y a déposé le germe de la vérité et de la justice, et qui, pour cette
ou l' AGITATION ANGLAl&E. 129
grande cause, a supporté plus de fatigues et de travaui que ne fit jamais le duc de Wellington lui-même. (Nouvelles acclamations). Et quand le monde saura apprécier la vraie moralité des actions, c^est à la mémoire de ce quaker obscur et modeste, plutôt qo*a celle de Wellington qu'il dressera des statues. (Bravos). Cet homme excellent, de même que beaucoup d'autres de ses frères en religion, s'est efforcé de propager les principes de la Ligue, non-seulement parce qu'il croit que la liberté commerciale fera descendre l'aisance et le bien-être dans la masse du peuple, mais encore parce qu'il la considère comme le seul moyen humain d'unir toutes les nations par les liens d'une paix durable, de faire cesser à jamais le fléau de la guerre et d'extirper du sein des nations cette force brutale qui, maintenue sous prétexte de les défendre, retombe sur elle d'un poids accablant, sons la forme de marine militaire et cTarmée permanente, funestes et prodigieuses créations qui n'ont servi jusqu'ici qu'à élever par une route sanglante les Clives et les Wellington. (Acclamations prolongées)* Vous avez entendu dire, dans le dernier débat du Parlement, que le principe de la liberté des échanges, quoique vrai , ne s'adaptait pas aux circonstances actuelles. Un honorable membre a dit que c'était la vérité abstraite et sans application aux temps modernes. (Écoutez, écoutez). Quoi donc! Faut-il conclure de là que nos chambres législatives n'ont rien de commun avec la justice et la vérité? La mission du Parlement est de faire justice; et depuis quand la justice n'est-elle point applicable à la population de ce pays? Voulez-vous savoir pourquoi la justice n*est pas applicable ? C'est que la plupart des membres de cette assemblée sont intéressés au maintien de l'injustice. Le chef des monopoleurs s'est levé dans la chambre et il a dit en propres termes au ministre de sa création : c Tu iras jusque
130 eoBDKN i:t la ligue,
hy ta n'iras pas pins loin. » Que penser d*Qn premier ministre qoi se sonmettraii 2i une telle domination? (Tonnerre d'applaudissements). Pour moi, si je me complais dans la défense du grand principe de la liberté, c'est que, dans ma profonde conviction, il implique les plus chers intérêts de rhumanité; il tend ^ unir de plus en plus les nations de la terre à fiiire prévaloir la paix, la moralité, la sage administration ; h saper la domination des classes privilégiées. J'en appelle k mon pays, j'adjure tous nos concitoyens de se rallier à ce grand mouvement contre le monopole, yils veulent partager la douce satifection qui natt de l'accomplissement d'un devoir et de la conscience qu'on n'a point refusé aide et assistance i la cause de l'humanité. (Applaudissements).
Au mois d'octobre 4843, la ville de Londres dut procédera l'élection d'un membre de la Chambre des Communes. Le candidat était M. Baring, chef de la première maison de banque d'Angleterre, frère de lord Ashburton, appuyé tout à la fois par l'aristocratie, la banque, le haut commerce, le monopole et le gouvernement. C'est dans ces circonstances que la Ligue voulut essayer ses forces et son influence. Elle suscita pour concurrent à M. Baring un de ses membres . M. Pattison. Un grand meeting tenu à Liverpool, le 4 Octobre , prit à f unanimité la réSfliuUan suivanle : « Qu'une vacance ayant lieu dans la repré« « seataiion de b cité de Londres, ce meeting remoD- « trcra aérieusement aux électeurs de la métropole « qu'ils sont appelés à exercer leurs droite dans on « moment décisif; qu'H importe que la première
ou l'agitation anglaise. 431
cité oommerciale du rnoode dise si elle entend soutenir un ami ou un ennemi de ce commerce qui est la base de sa grandeur; que ce meeting fera un appel aux citoyens de Londres pour qu'ils accordent leurs suffrages à un avocat de VabolUion totale, im* médiate et sans condition des lois-céréales, et de tous les monopoles j et pour qu'ils aident ainsi les amis de la liberté commerciale, à feire consacrer le droit pour tout Anglais, de disposer du fruit de son travail sur le marché du monde* » Dès que cette résolution fut prise, la Ligue com-^ mença à agiter y comme elle a coutume de le faire dans toutes les circonstances importantes. Il n'entre pas dans notre sujet de consigner ici tous les épisodes de cette lutte. Les principaux traits s'en sont reproduits dans la séance tenue à Covent-Garden le 40 octoture , séance dont noua donnons un extrait. On tôit d'ailleurs que la Ligue remporta un signalé triomphe par la nomination de M. Pattison.
GRAND MEBTING A COVENT-GARBElf^ Octobre 1S40.
L'objet spécial 4e ce jneeting explique l'affluence extraordinaire qu'il attire. Malgré qu'il ait été com»trait des galeries supplémentaires, Ja saUe ne peut coAtenir la moitié des perMunes qui se préseiUent*
▲ sept heures, M. Viliîera, m^ P., monte an tàu^ tevil et prononce un discours fréquemment inter* ronpu par les applaudissem^its.
M. GoBDEN....... Le président vous a clairemeDt expliqué
Tobjet de ce meeting. Noa$ ne cherchons pas k cacher que notre but est d*en appeler à vos suffrages, de réclamer votre concours électoral. Â vrai dire , tous nos meetings ont un caractère électoral. Mais, dans cette circonstance, tous les électeurs de Londres ont été invités à assister k la séance....
Nous sommes venus vous demander si vous voulez donner vos voix au monopole ou k la liberté. Par liberté , nous n*entendons pas Tabolition de tous droits de douane , ainsi que Tun de vos candidats , M. Baring, nous Timpute, sans doute par ignorance. Nous avons répété mille fois que nous n'aspirons point k arracher de la douane les agents de Sa Majesté , mais les agents que des classes particulières y on introduit dans leur intérêt privé, et pour y percevoir les droits qui ne vont pas au trésor public. (Applaudissements). Il y a quelque chose de si évidemment juste et honnête dans notre cause, que tout écrivain qui se recueille dans le silence du cabinet, et qui aspire k voir son œuvre survivre au terme d'une année, est d'accord avec nous en doctrine. Bien plus , nous avons
assez vécu pour voir les hommes d'Etat les plus pratiques , pendant qu'ils sont aux affaires, amenés par la force de la logique et les lumières de leur siècle, k admettre la justesse de notre principe , quoiqu'ils condescendent bassement k gouverner par le principe opposé. Il y a plus encore; vos candidats, aussi bien M. Baring que M. Pattison, se placent en théorie sur le même terrain. Il n'y a entre eux que cette différence : l'un promet d'être conséquent avec lui-même, et l'autre s'yrefuse (Bruyants applaudissements). Eh bien ! nous venons demander si vous voulez choisir' pour votre représentant un homme qui, i^connaissant la justice delà liberté en anatière d'échanges , nous la refuse néanmoins. Le préférerei* vous k un homme qui s'engage k mettre d'accord sa conditite
ou l'autatio.n anglaise. 133
et ses opinions ? — M. Baring admet que nos principes sont vrais, m abiiraclù ; cela veut dire que sa pratique sera fausse înabstraetà^ (Applaudissements). Quoi ? ayez-vous jamais ouï parler d'un père qui enseigne à ses enfants Tobéissance aux commandements de Dieu, in ahsiractàt Avez-vous jamais entendu un accusé, après le verdict de condamnation, 8*écrier: c J'ai volé ce mouchoir, maisc'est une abstraction. » — Et le monopole est-il une abstraction? S'il en est ainsi, je cède volontiers la place k M. Baring et k son élection. Mais c'est là une abstraction qui se montre sous la forme très corporelle de certains monopoleurs, qui se permettent d'abstraire ou de soustraire la moitié de votre sucre et de votre pain. (Rires et applaudissements) — Mais plaçons-nous un moment sur le terrain de nos adversaires et examinons leur raisonnement , quoiqu'à vrai dire il se sont eux-mêmes interdit la faculté de raisonner en admettant que ce qui est vrai en principe est faux en conséquence. Sur quel fondement refusent-ils de mettre leur théorie en pratique? « Si vous abandonnez le monople , disent^ils d'abord , il vous sera impossible de prélever des taxes suffisantes. » Mais, si je comprends bien l'objection , elle signifie que nous serons hors d'état de payer k la Reine des impôts pour la marine, Tarmée, la magistrature, à moins que nous ne nous mettions sur le dos des taxes k peu près ^ales en faveur du duc de Bue*** kingliam, du duc de Richmond et compagnie. (Rires) (Écoutez! écoutez I) L'objection signifie cela, ou elle ne signifie rien. C'est un pauvre compliment k faire k notre siècle que de lui attribuer la découverte de cet argument , car il n'était certes venu k l'esprit de personne quand on établit les monopolesu Mais voyons comment les monopoles favorisent les recettes publiques. En 1854, 35, 56 et 57 , le prix du blé fut en moyenne k 45 sh. Il arriva que le chancelier de l'échi-
134 GOBD£N £T LA LIAUE,
tfoAtr eut des exeédattis de receltes, et put diminiier les impôts. En 4838, 59, 40 et 41 , lorsque le monopole, 8*il froissait le peuple , devait an moins , selon nos adrersaires, favoriser le trésor, qa*est-il arrivé? les re^ties ont baissé; et pendant que le blé était à 65 sb* « n^^s ^vons entendu le premier minisire déclarer que la puissance contributive du peuple était épuisée, et qu*il ne lui restait d'autres ressource que de mettre un meame^ax sur les classes moyennes. J*avoue que les fiiits et Texpérience me paraissent des guides plus sûrs, pour se faire une opinion, que Tautorité, et notamment Tautorité de M. Baring. — Venons au soere. Que fait le sucre pour le trésor ? — quel est le prix du sucre k Tentrepét? 31 sb. Que le payez-vous? 41 sh. (*)• Vous payez donc un e^^cédant de âO sh. par quintal , sur 4 millions de quintaux. H vaut la peine de lutter, n'est-ce pas? (Applaudissements). Et vous, boutiquiers, artisans, ouvriers , boulangers de Londres , que vous revient-il de ce monopole? Le monopole! ohl c'est un personnage mystérieux qui s'asseoit avec votre ftimille autour de la taMe à thé, et quand vous mettez un morceau de sucre dans votre coupe , il en prend vitemeot un autre dans le sucrier (rires et applaudissements) ; et lorsque votre femme et vos en- Iknts réclament ce morceau de sucre qu'ils ont bien gagné et qu'ils croient leur appartenir, le mystérieux filou, le monopole, leur dit : je le prends pour votre protection. (Éclats de rires). Et combien perd le trésor sur le sucre? M. Mac Gregor, secrétaire du Board ofirade^ dans l'enquête de 1840. affirme que si le droit protecteur était aboli, la consommation serait double, et le trésor gagnerait trois millions ster^ ling. H. Mac Gregor est encore secrétaire du Board oftrade
(*) Son compris le droit fiscal rie 34 sh.
ou l' AGITATION ANGLAISE. 135
pMtioû qB'il est certes bien digne d'occuper, et son lémoi* gnage est là qai nous condamne aux yeux du monde. Quel esidonc le prétexte du monopole do sucre? On ne peut pas dire qu*il est établi dans rinlérét du trésor, ni dans celui des fermiers anglais, ni dans celui des nègres des Antilles? Quel est donc le prétexte qu*on met en avant? que nous ne devons pas acheter du iuere^ielavâ {^). ie crois que Tambassadeur du Brésil est ici présent, et sans le blesser, je puis lui faire jouer un réie dans une petite scène avec le ministre du commerce. Son Excellence est admise k une audience avec toute la courtoisie due à son rang. Il présente ses lettres de créance, et annonce qu'il vient pour arranger un traité de commerce. Il me semble voir le ministre prendre une attitude recueillie, solenndie etreligieuse(*), (rires) et dire: cVousétes du Brésil. Nous serions heureux de fiûre des échanges avec votre pays , mais nous ne pouvons, en eonscienoe, recevoir des produitsesclaves. > Son Excellence entend bien les affaires (cela est assez ordinaire aux gens qui viennent du dehors pour traiter avec nous.) (Écoutes ! écoutes!) Eh bien , dit-elle, nous verrons de vous payer de quelqu'autre manière. Qu'avez-vous a nous vendre? — Des étoffes de coton, dit le ministre, nous sommes en ce genre les plus grands pourvoyeurs du monde. — Du coton , s'écrie l'ambassadeur , et d'où le tire^vons ? — Des États-Unis. — Et est-il produit par des esclaves ou par des hommes libres? Je vous laisse à penser la réponse et la contenance de notre président du Boardof traie. (Applau*-
(■) SUnt-gtùwn tuqar^ frêe-graum êugar. Il faudrait traduira soere prodait par les esclaves, ou par les hoomes libres. Pour abréger, je me suis permis ces néologismes : Sucre-esclave , sucre-libre.
(•) Ce ministre éuit M. Gladstone que l'on sait être sorti depuis des affaires par des scrupules religieux.
436 GOBDEN ET i.A LIGUE,
dissemdats.) (Ici quelque confusion se manifeste dans la salk par suite de la chute d*un banc). Ne vous effrayez pas , dit M. Cobdeu, c'est le présage et le symbole de la chAte des monopoleurs. (Éclats de rire). — Y en a-t-il quelques-uns parmi TOUS dont rhumanîté et les sympathies se soient laissé prendre k ces clameurs contre le sucre-esclave? Connaissezvous la loi à cet égard ? Nous envoyons nos produits manufacturés au Brésil , par exemple ; nous les échangeons contre du sucre-esclave. Ce sucre, nous le raffinons dans des entrepôts, c'est-k-dire dans des magasins où les Anglais seuls ne peuvent pas acheter. De là , il est envoyé par nos marchands, par ces mêmes marchands qui déclament aujourd'hui contre le sucre-esclave, et envoyé en Russie, en Chine, en Turquie, en Egypte, en un mot aux quatre coins de la terre. Il se distribue parmi cinq cent millions d*hommeis , et vous seuls ne pouvez y toucher ; et pourquoi? parce que vous êtes ce que ne sont pas les autres hommes , les esclaves de votre olygarchie. Oh ! hypocrites i hypocrites !.•••
M. Baring a dit , k ce que m'apprennent les journaux du jour, que nous, hommes du Lancastre , nous n'avons rien k voir dans l'élection de Londres. Je voudrais bien savoir s'il se fait une loi qui n'oblige pas dans le Lancastre , aussi bien que dans le Middlessex ? L'olygarchie du sucre se borne-telle k piller ses commettants? — Au reste, cette prétention va bien aux monopoleurs. Il est assez naturel qi» les hommes qui prétendent isoler les nations, veuillent aussi isoler les provinces. Ils sont conséquents, et nous montrent jusqu'où ils portent leurs vues. (Applaudissements )«
Ici , M. Cobden dit qu'en parlant de l'opposition que certains négociants font à l'élection de M. Pattison, il n'entend pas prétendre que toute la classe des né-
ou L AGITATION ANGLAISE. 137
gociants est conlraire à la liberté illimitée du commerce. Il cite ropinion de MM. Rothschild , Samuel** Jones Lloyd et autres riches banquiers. Il continue ainsi :
De toutes parts on alarme , on stimule les propriétaires ; on les appelle à venir défendre les droits de la propriété qu'on accuse la Ligue de vouloir renverser, et je suis personnellement l'objet de ces vaines clameurs. J'ose dire que s'il est un homme en Angleterre qui plaide la cause de la propriété, cet homme, c'est moi. Et que fais-je autre chose depuis cinq ans? k quoi sont consacrés tous les travaux de ma vie publique , si ce n'est a rendre leurs droits de propriété à ceux qui en ont été injustement dépouillés? (Véhémentes acclamations). Comme il ; a une espèce particulière de propriété , que M. Baring semble perdre entièrement de vue , je ne crois pas pouvoir mieux faire que de le renvoyer a Ad. Smith. Cet écrivain s'exprime ainsi : < La propriété du travail étant le fondement de toutes les autres , est la plus sacrée et la plus inviolable. Le patrimoine du pauvre consiste dans la vigueur et la dextérité de ses bras. L'empêcher d'employer cette vigueur et cette dextérité , comme il l'entend, sans nuire à autrui , c'est une violation de la plus sacrée de toutes les propriétés; c'est une usurpation manifeste des droits de l'ouvrier et de ceux qui pourraient l'occuper. > Fort de l'autorité d'Adam Smith , je dis que M. Baring et ceux qui l'appuient , en tant qu'ils soutiennent les monopoles, violent le droit de propriélé dans la personne des ouvriers, et en agissant ainsi, je répète ici ce que je leur ai dit au dernier meeting, je les avertis qu'ils sapent les fondements mêmes de la pr<^riélé de quelque espèce qu'elle soit. (Applaudissements).
138 cobdën et la UOCE9
. Icty l'orateur démontre par des faits oombreux que la prospérité de chaque industrie dépend de la prospé-» rite de toutes les autres.
Il vient à parler ensuite de la corruption électorale. Nous traduirons un extrait de cette partie du discours de M. Gobden, pour montrer l'importance et la hardiesse des résolutions de la Ligue.
Notre adversaire , si Von en croit le brait public, a eu recours ailleurs k des pratiques que nous ne devons pas tolérer k Londres. Il faut que Ton sache ce qui se passa à Yarmoùth en 1835. On me dira que tout se fit k Tinsu du can* didat. Mais alors cette question se présente naturdlement : qui dirigeait ces manœuvres? (Écoutez! écoutez!) Cest ma ferme conviction qu'aucun acte corrupteur n*a lien sans que le candidat ne Tautorise et ne le paye. Je dis cela après avoir été candidat moi-même. Je n*ai jamais déposé 10 L s. sans savoir pourquoi, et je ne présume pas que d^autres avancent des 12,000 1. sans en recevoir la contre-valeur en sulArages* (Rires et approbation). Je vois dans les journaux que vraisemblablement on aura recours aux mêmes manosuvies dans un- quartier de Londres. Le corps électoral (ooiifltîueney) de 'Londres est le plus honnête parce qu'il est le plus nombreux. Mais il y a un cancer rongeur k l'une des extnbnités de la métropole. Je crois utile de prévenir les personnes qui pourraient se laisser envelopper dans ces intrigues , qu'elles courent aujoud'bui un danger plus grand que par le passé, en acceptant des présents, ou d'être défrayées de leurs dépenses. Que si Ton dit k un pauvre électeur : c allez en avant; tout s'arrangera quand le terme prescrit par la loi sera passé, » je le préviens qu'il n'y a pas de prescription pour la fraude. La Ligue, parmi les objets qu'elle a en vue, consi-
ou l'agitation anglaise. 139
dère« comme ao des plus impoiianls, de vaioere la corrap* tîoo électorale; elelle est bieo déddée à mettre en œuvre, dans la présente élection , le plan qa'elle a conçu pour atteindre ce but C'est notre intention de poarsuîrre criminellemenl quiconque pourra être convaincu d'avoir offert, reçu, donné ou demandé un présent De plus, Tintention de la Ligue est d'accorder une récompense de 100 Ls. k celui dont le témoi-» gnage aura amené la condamnation du coupable. Que Télec^ teurpaavre sache que s'il offre son suflirage pour une somme d'argent, ou si quelqu'un lui offirade l'argent pour sa voix, ce sont là deux actes criminels passibles d'une peine* Je conseille donc au pauvre électeur, si on lui offire de l'argent , de saisir le corrupteur au collet, de le livrer à Toffieier de po« lice et de le suivre devant le premier magistrat, veillant bien k ce qu^, dans le trajet , l'accusé ne se défiisse d'aucun objet, ou ne détruise aucun papier. (Rîres et applaudissements). Je crois que nous parviendrons ainsi h prévenir la corruption dans la cité. Je ne dis rien des pétitions contre TélectioD frauduleuse , parce que nous entendons bien que M. Baring oe sera pas élu; mais, élu ou non, tout homme que l' on pourra espérer de convaincre d'un acte corrupteur , sera poursuivi crimioellement devant la Cour de justice. (Applaudisse* ments). Dans les cas ordinaires , la pénalité est d'un an de prison. — Nous préférerions de beaucoup poursuivre celui qui offre que celui qui reçoit un don corrupteur; c'est pourquoi nous disons au pauvre électeur d'y aviser et de voir s*il ne vaut pas mieux, pour lui, gagner 100 1. s. honnêtement , que 80 sh. en vendant son suS'rage. H est surprenant que Ton ait fait loi sur loi contre la corruption , qu'on les ait en-i tassées jusqu'à en faire la risée du peuple, sans qu'on se soit jamais avisé d'un moyen aussi simple de la déjouer. On raconte que le chancelier Tliurlow, s'embarrassant au milieu
lAO COBDEN ET LA LIGUE,
des définitions techniques qu'il voalait donner de la corruption, comme les gens de sa profession ont coutume de le faire, un plaisant de la Chambre s'écria : < Ne prenez pas tant de peine ; il n'est aucun de nous qui ne sache fort bien ce que c'est » (Eclats de rire). — Voilà, messieurs, ce que nous ferons pour en finir avec la corruption électorale. Nous ne nous adresserons pas au Parlement, nous ne lui demanderons pas de casser l'élection : nous en appellerons directetement à an jury de nos concitoyens. Y a-t-il quelqu'un qui puisse dire qu'il n'y apas autant de pureté dans notre but que dans nos moyens? Qu'on parle tant qu'on voudra de notrevîolence, du caractère révolutionnaire de nos procédés, nous ne nous sommes jamais écartés des voies l^ales et paisibles, etc.
L'orateur, après quelques autres considérations^ termine au milieu des applaudissements.
M. Bright lui succède. Le caractère chaleureux de son éloquence a, comme toujours, le privilège d'exciter au plus haut degré l'enthousiame de l'assemblée.
M. W.-J. Fox : Dans le choix important que les électeurs de la cité de Londres vont être appelés à faire sous peu de jours,il est remarquable que le plus solide argument, en faveur d'un des candidats , a été fourni par l'autre, c Si l'on me demandait, a dit M. Baring, vendredi dernier, dans son exposition de principes aux électeurs : reconnaissez-vous abstractivement la* justice de la doctrine de la liberté en matière d'échanges ? je répondrais : oui. Si l'on me demandait : désirez-vous voir le commerce dégagé de toutes les entraves qui le restreignent? je répondrais : oui. ».Voilà les principes proclamés par M. Baring, voilà ses vœux avoués. Ce sont précisément les principes que M. Paltison s'engage à faire péné-
trer dans la pratique; ce sont précisément les vœax que sa carrière parlementaire aurait pour objet de transformer en réalités. (Applaudissements). Pourquoi donc M. Baring ne se trouve-tnl pas parmi les parUsans de M. Pattison ? (Rires et applaudissements). Pouquoi n'agit-il pas dans le sens de ses propres désirs? Pourquoi repousse-t-il l'application de ses propres principes? Est-ce lâcheté? est-ce hypocrisie? Esl-il de ceux qui mettent toujours un < je n'ose » après un c je voudrais; » ou bien qui jettent en avant des phrases sonores pour leurrer les simples et les débonnaires? Étale-t-il le principe pour capter tos votes , et l'exception pour réserver le sien? (Applaudissements). C'est la vulgaire stratégie des sophistes, quand ils s'élèvent directement contre un grand principe, de lui rendre en paroles un hommage révérentieux , et d'envelopper le principe antagonique sous la forme d'une exception , et c'est là la stratégie qui est l'àme de tout le discours de M. Baring. Il adhère d'abord largement et clairement au principe de la liberté des échanges ; mais ensuite tout le discours est calculé de manière k montrer comment et pourquoi ce principe ne doit pas être appliqué , comment et pourquoi il faut transiger dans l'intérêt d'une classe, d'un parti , du trésor, de la défense nationale, ou sons prétexte d'humanité envers les noirs. Mais la chose qu'il plaide , et qu'il nomme proUeîion , tandis que le vrai nom est mmopole , n'est pas une exception au principe de la liberté , c'est un autre principe antagonique à celui-là. Ce qu'il nomme protection, c'est ce qui élève le prix des subsistances. Protection signifie ce qui diminue la capacité d'acheter. Protection signifie ce qui arrache à l'honnête ouvrier une part de son juste salaire. Protection désigne toutes les formes variées du monopole, et, entre antres chosesen ce moment, le fardeau de Ptn^oiM^tas. (Api^udissements). Et à quîentend-il accorder pr^
ieetion.Voyez sesvotM. Il protège les élabUMaMntfteedésîaflliqaet dans leur orgueil et leur splendeur, ouiiB il ne protège pas le paorre dissident contre la saisie de son Ut et de sa bible, pour parfaire la taxe derÉglise* 11 protège le riche électeur qui peut se présenter au Poil, sûr de ne souffrir ni dans ses moyens pécuniaires, ni dans sa position sociale, mais il ne protège pas celui que la dureté des temps a arriéré d^on terme dans le payement des taxes , et qui aurait besoin de la protection du scrutin contre les menaces et les persécations des puissants du jour. (Applaudissements). En un mot, sa protection est acquise aux riches , mais non aux paiiTres; an petit nombre des oppresseurs , mais non aux multitudes op* primées et mises an pillage* (Applaudissements ). J'essayerai, si vous le permettez^ de poursuivre, dans cette argumentation, la série des exceptions qu'il oppose à son propre prinetpe. Il dit : € Les principes de la liberté du commerce doivent être modifiés par les besoins de la défense nationale, par les nécessités du trésor, par Tintérét de quelques classes et par les exigences de Thumanité et de la philanthropie. » D*où il soit que ces principes de liberté auxquels il flût professiott d'adhérer, il les croit en même temps en coUision avec la arrêté du pays, avec ses reesonroes , avec quelque^unes de ses classes les pins importantes, et enfin avec les devoiis de la charité , — étrange manière de recommander on prineipe.... le crains bien que son but, sous prétexte de la défense natioMie , Assoit de fitvoriser quelques intérêts «nonopotenrs. Il cite Adam Saûlh, poor prouver que l'acte de navigation fut un des meilleuiB règlements coaunereiaux de l'Angieleife. Mais il ne eile qu'une partie de Topimon de ce grand homme, el ce n'est certainement pas celle qui a le mieux résisté k l'éprouve de Texamen et de l'expérience, car la loi dont parle Adam Shmith n'est pas celle qui nous régit L'intervention H
ou L^GtTATION ANGLAISE.^ HH
les fapréfltîitefl de rAmériqoe et de la Prusse boos foreèreni à la modifier profoodémrat; les hommes d^Élat qseM. Bariog faitprofessîoade révérer Font jugéeiuexécotable, Tont effacée da fteittitf 4oeifc , ^ M. Peel lui-même, à ce que je crois, a contribué à la réduire ii ses minimes dimensions actuelles. Si M. Baring eAt cité le passage entier, la portée de rargument eût été iovte différente, et il me semble que c^est manquer de probité logique que d'omettre ce membre de phrase, c L*acte de navigation n'est pas&vorable au commerce extérieur , ni au développement de la richesse qui en provient. L'intérêt d'une nation , dans ses relations commerciales, comme Tio^ térèt du marchand dans ses transactions , est d'acheter au prix le plus bas et de vendre au prix le plus haut que possible. En diminuant le nombre de nos vendeurs , nous diminuons nécessairement le nombre de nos acheteurs , et nous nous plaçons dans cettie position, non-seulement d'acheter les pro* dmts étrangers plus cher, mais encore de vendre les nôtres à meilleurs marché que si l'échange eût été libre. » — Après tout, que gagne la défense nationale à cette première exception au principe , en faveur de la navigatioo? La marine marchande d' Angleterredoii'-elle sa supéri<Mri4é au monopole? La cherté artificielle du bois de construction nous donne4r elle de plus grands et de plus solides vaisseaux ? La cherté artificielledessubsislaoces nous met-^Ueà même de les mieux approvisionner, et la liberté empécberait-elle qu'il n'y eût des marins sur nos rivages? Qu'à donc fak i'ade de navigation pour notre pmasanoe maritime, si ce n'est engendrer cette loi vidente, opprobre de noIreciviKsation, la presse desmatekHe? La défense nationale en eet réduite à ce qu'on peutarracbor dans les raiigs de l'inéostrie, par la pratique de hi presse des mMeiots. (Applaudîasements). Nous n'avions pas besoin de riatervenlion de cet usage odieux pour repousser les
iAà COBDEN ET LA LIGUE,
agressions do dehors, et un moyen beaucoup plus sûr de pourvoir, en tous temps et en toutes circonstances, à notre sûreté, c'eût été de laisser au peuple quelque chose h défen' drede plusqu'il ne possède en ce moment. (Bruyantes acclamations). Il ne se battra pas pour défendre la taxe du pain; il ne se battra pas pour servir Tolygarchie qui le foule aux pieds; il ne se battra pas pour maintenir des institutions qui favorisent le riche, mais qui écrasent le pauvre. Dans Tes tension , la vaste et rapideextensiond'affairesqui naîtrait de Pabolition de toutes les entraves commerciales, nous trouverions une défense plus sûre que celle des armes: la dépendance réciproque des peuples, et par Ik leur mutuelle bienveillance. Cela est plus sûr que l'acte de navigation et la loi sur la presse des matelots. La réponse d'un vieuxmaitrede boxe trouve ici son application. Quelle est, lui demandait un jeune homme querellear, quelle est la meilleure pose défensive? — La meiUeure pose de dé-» fénse, répondit le vétéran, c'est de n'avoir jamais dans votre bouche qu'une langue prudente et honnête. (Rires). Le commerce travaillant sans cesse à entrelacer et égaliser les intérêts, les besoins et les jouissances des peuples, le progrès vers cette unité de sentiment et d'esprit, qui nait d'une communication universelle, d'un perpétuel échange de produits, de capitaux, d'énergies et d'idées, voilà pour la sûreté des nations des garanties plus solides que les armées, les marines, l'esprit delutte et de jalousie. Et si Burke a pu dire que Ilionneur était pour les nations le plus économique des moyens de défense, nous pouvons le dire à plus forte raison du commerce. Ce n'est pas seulement une défense économique, c'est une défense qui tend k abolir la pauvreté , à distribuer dans les masses des satisfactions et du bien-être* La seconde exception que fait M. Baring au principe de la liberté est fondée ftor les intérêts du revenu public. Elle dénote une ignorance
oc l'agitation anglaise. 145
grossière qui a été souvent exposée dans cette enceinte. On TOUS a dit et répété bien souvent que cette agitation n*a rien k démêler avec les taies qui on pour but , qui ont honnêtement et prudemment pour but, le revenu public, mais bien avec les taies qui sont imposées au peuple pour satisfaire la rapacité de quelques classes particulières. Ses exemples me semblent d'ailleurs mal choisi. Il a dit qu'avec la liberté du commerce il serait impossible de taxer le tabac ^ 1,000 pour cent, et le thé à 300 pour cent. Une telle impossibilité le fait frissonner ^ et il y trouve une raison suflSsante de modifier son principe (écoutez! écoutez!); car ne s'ensuivrait-il pas cet horrible événement , que vous ne payeriez plus quatre gumées pour un sou valant de tabac, et que vous auriez pour six sous le thé qui vons coûte aujourd'hui 2 sh. ? Yoilii un dénouement , un état de choses qui ne saurait être enduré , et il vient vous demander de l'envoyer au Parlement , pour -s'opposer li ce que ses propres principes ne réalisent de si terribles résultats. (Rires). — Arrivant ensuite à la troisième exception ^ son principe tirée des ihtérêts particuliers, M. Baring , candidat de la grande cité commerciale de Londres, — désigne cette classe qu'il s'agit de favoriser. Et quelle classe pensez-vous qu'il a en vue? les négociants de cette métropole? ses marchands , ses ouvriers? C'est la classe agricole dont il signale les intérêts particuliers, comme étant de ceux devant qui les principes de la liberté doivent courber la tête et pas^ ser outre, reconnaissant qu'ils sont sans aucune application en cette matière. Mais ce n'est là qu'un des traits de cette disposition que montre en toutes circonstances le candidat dont je commente les prétentions parlementaires. L'esprit des Ashburton vit en lui. Si vous l'envoyez an Parlement , il aura le pied sur le premier degré de cette échelle de Jacob qui s'élève au-dessus des barons et des chevaliers, et le por-»
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Iftta un jour aa Iroisièine eiel parmi les pairs dtt reyanme. (Rires). Dsds sa preoûère adresse^ il eulte des serviees qn^il rendrait, comme membre de la Chambre des oonBumes, aux intérêts, eommercisLU < qui out dans ce pays, dil*îl;» um importance nationale. » U en parle comme d'une cbofie ^m a assez ipaiidi pour mériter son patronage , nae chose à laquelle on peut tendre une main condescendante, tandis que, câtofon de Londres, il n*en devrait parler qu'avec fierté. H ne comprend pas cette virile indépendance , celte nMe franchise que l'industrie a soufflée dans Tesprit de L'homme, et qui valut nagère a un monarque de ce rojxmme cette iève lé* ponse. Dans un moment d'humeur, il menaçait de s'ëUgner avec sa cour , comme si la destruction de la cité avail éà s'easnivre. c l'espère, lui dit respectueusement un dloyen, qu'il plaira k Sa Mageslé de laisser la Tamise demèieeUe^ » (Rires), liais cette cité a nourri des hommes qni connn»sent leurs droits et qui les maintiendront,
L'orateur, avec une force de logique et une vigueur d'éloquence qui nous fait regretter d^ètre forcés d'abréger ce discours, discute ici les opinions de M. Baring,et le poursuit à travers ses nombreuses contradictions. Nous nous bornerons à citer quelques extraits, où il combat des sophismes qui ont aussi bien cours de ce côté que de l'autre côté de la Manche.
...... € Nous produisons trop, » (dit M. Baring» et e'en un
de ses arguments poqr maintenir le monopole des aliments); j'ose dire que, gr&ces k nos machines» les manufocuiiim de ce pays disposent d'une puissance de production capable de répondre \ tous les besoins des contrées qui pourraient noua
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fournir du blé. c S*il en est ainsi, ce doit être en efiet une puissance merveilleuse que celle qui peut accpoitre ind^niment la production , sans eiiger plus de travail humain, h n'ai jamais ouï parler de macbines , quelque ingénieuses qu'elles soient, qui se passent de la direction de Thomme» et qui, ayant produit jusqu'ici des résultats détermui^ atec on travail humain déterminé, soient en état de doubler ces ré* sultats sans réclamer Tiatervention d'un travail additionnel Mais admettons ce phénomène. Quel eu est le remède? Tant qu'il y aura des besoins ^ satisfaire , et que cette puissance de production sera le moyea d'atteindre ce but, on serait tenté de la considérer comme le don le plus précieux du ciel. — Mais admettant qu'elle soit funeste, qiiel en est leremède? L'arrêter, l'anéantir. Noun avons un excédant de ponvoir producteur qu'il ne faut pas mettre en exercice* N*est«<e point an singulier état de choses qu'une immense puissance de production, que la création de choses utiles doivent être réprimées et forcées à l'inertie? Et quoi ! ai nona voutteM suivre les conséquences logiques de cette dodme» k quelles absurdités ne nous conduiraît-^eUes pas ? Elle ncms indmraît it remplacer une maeUne puissante par une machîae OKiini puissante, et pourquoi pas diminuer auaaî la patasaoee de h machioe humaine qui met en œuvre toutes lésantes? Si Ici hommes travaéllent trop, s'ils onl le pouvoir d'aeheler du pain au dehors et Tandace de réclamer ce droit, eh bie», diminuez cette puissance, oeupes leur les bras et fu'ila ne travaillent désormais que dans des limites raisonasbles qot satisfassent le système proteeleur. ie m'imagiBe que nom serions quelque peu surpris si un voyageur noua racontait que dans ses pérégrinations, il a vu un pays eà tons les on» viîtfs avaient subi i'ampulation de deux doigts, et neM étonnement ne diminneraii pas sans doute si un hemme pei*
litique, — un représentaDt de cette métropole, ou qui aspire U Tétre, disait : je devine que ces hommes s^étaient rendus coupables de surproduction. (Rires). Ils travaillaient tant avec leurs cinq doigts infatigables que cela ne pouvait plus se tolérer. Le pays ne produisait pas assez de blé pour les satisfaire, et la production du blé devant être protégée, les propriétaires ont jugé k propos de couper les doigts aux ouvriers, en sorte que ce peuple îridigite nous offre le plus bel exemple de la sagesse du régime protecteur, et combien il est beau d'exclure les principes abstraies de la l^islation commerciale. (Applaudissements).
L'orateur dit que U^ Baring se coDlredit encore en manifestant sa préférence pour le droit fixe tout en s'engageantà soutenir V échelle mobile.
* Ainsi, dit-il, son opinion est pour le droit fixe, et sa
volonté pour l'échelle mobile. Son opinion contredit sa vo«ionté, et toutes deux violent le principe de la liberté auquel M. Baring fait profession d'adhérer aussi. — Et voilk Thomme que soutiennent ceux qui mettaient naguère toute leur énergie à renverser Tadministration whig parce qu'elle avait osé proposer un droit fixe !
Je passe k sa quatrième exception, fondée sur les exigenoBs de ses sentiments philanthropiques. Je comprends qu'un homme hésite quand il sent qu'il y a contradiction entre les principes et les sentiments d'humanité, bien qu'une telle contradiction soit certainement une chose étrange. Mais ici quel est le prétexte de cet étalage de charité? On veut que le sucre consommé dans ce pays soit pur de la tache de l'esclavage. M. Baring a tant de sympathie pour les noirs qu'il exclut de l'Angleterre le sucre-eselave, tandis qu'il souf-
ou l'acsitatiok anglaise. 149
frc très bien que ces mêmes noirs adoucissent leur grog avec du sucre-esclave ?eno du Brésil en Angleterre pour y être raffiné et en être réexporté. (Écoutez, écoutez). Singulièro philanthropie, vraiment ! Oh! ce ne sont pa& les noirs, ce sont les planteurs qui vous préoccupent. Vous ne trouvez pas leurs profits satisfaisants. Le noir n'a que faire d'une sympathie de cette nature. Il ne r^rette pas le fouet et la canne à sucre. Sa condition actuelle lui convient. Et quoi ! ne se plaint-on pas déjà de ce qu'il devient trop riche? de ce que sa femme poirte des robes de soie, de ce que lui-même figure dans son cabriolet comme un homme < respectable, > et de ce qu'il marchande aujourd'hui la propriété qu'il bêchait autrefois..... Et voilk sous quel vain prétexte on maintient un système qui restreint la consommation du sucre dans ce pays, à tel point que, malgré la population toujours croissante, elle est aujourd'hui ce qu'elle était il y a vingt ans, au détriment des jouissances et du bien-être des classes pauvres! Non, non, à travers toutes ces exceptions, règne un même esprit, un même principe. Déchirez le masque, et vous trouverez derrière la hideuse et dégoûtante figure du monopole. — Monopole de la navigation, monopole du blé, monopole du sucre, les voilà, se couvrant du manteau de la défense nationale, du revenu public, de l'humanité, mais au fonds ne signifiant qu'une seule et même chose, la spoliation de la multitude laborieuse par le petit nombre. Et c'est pour maintenir un tel système qu'on nous invite à sacrifier nos priu^ cipe6, comme M. Baring méprise les siens. C'est pour maiatenir ces anomalies, ces absurdités, cette oppression et ces abus que nous abandonnerions l'homme qui veut mettre de l'accord entre ses opinions et ses actes, pour nommer celui qui déclare publiquement que sa conduite politique ne sera qu'une perpétuelle exception, bien plus, un flagrante viola-
tion des principes que hii*inéine reconnsit fondés sur ia justice et là téritél GeniAemen, jeue suis pas un de ces hommes qui ont lairs foyers dans te Laneastre, ce qui^ dans certains lieux, semble être une f&cbeuse recommandation. Mais j^aiinerais mieux être du Lancaslre et avoir fait k mes compatriotes de Londres ce noble appel que leur adressent les citoyens de Liveif ool, que d'être de Londres, et d'émettre, au mépris de eet appel, un vote fSavorable au monopole et ftineste k mes frères. Et qu'importe d'où viennent ceux qui vous adjurât de nommer M. Pattison? J'augurerais mal de Londres, si je pouvais croire qu'on y sera arrêté par cette flnvole objection, Londres s'est-il tellement rétréci et rapetissé qu'il n'y ait pas {dace, qu'il n'y ait pas droit de bour^ geoisie pour quiconque porte un coeur dévoué et travaille avec ardeur au triomphe dé la justice? La patrie de ces hommes du Lancastre est partout t>ù prévaut l'amour du bien et du vrai. En quelques lieux que ia science pénètre , en quelque lieu que parviennent leurs innombrables écrits, partout où leurs discours ont éclairé les intelligences et pas- «ionné les cœurs, c'est Ik qu'est ta Ligue. Partout où un infatigable travail est privé de sa juste rémunération, partout où dans nos populeuses cités l'ouvrier n'a qu'une insuffisante nourriture k distribuer k sa fkmille, partout où, dans nos campagnes, le laboureur ne peut donner k sa femme et k ses en&nts des habits décents qui leur permettent la fréquentation de l'église, c'est Ik qu'est la Ligue, pour lelever l'abattement par l'espérance et inspirer k l'affliction la conâance en des jours meilleurs. Partout où dans des contrées lointaines la fertilité du sol est frappée d'inertie, partout où fat terre est condamnée k une stérilité artificielle, parce que le monopole s'interpose entre les libres et volontaires échanges des hommes, c'est Ik qu'est la Ligue, promettant au mois^
ou l'auitation A^ glaise* 151
soanewr de pivs abménteB nëcdlCes ei aa vîg&eron de phis riches Yendaoges. Et partout ans» où se livraia eette grande lutte sur ie terraia éleetoial, partout où le gëwe 4u monopoie opposera ses derDÎers et coovuiaîiis efforts au |^ie de la liberté, c'est là que la Ligue piaulera sa tente pour stimuler les forts et encourager les faibles, saluer ie candidat dévoué aux intérêts sociaux, et montrer que ce pa^ a encore une longue carrière de gloire à parcourir. (Applaudissements). Et j'espère bien que le résultat de cette élection sera de montrer au monde que partout où il y a une représentation qui tient en mains les destinées d'un grand empire, c'est là que sera aussi l'esprit de la Ligue pour témoigner que la justice, — non point la justice abstraite, mais la justice réelle envers toutes les classes , depuis la plus élevée jusque la plus in'fime, — que ta justice, dis-je, est le guide le phis sûr de la législatiou, comme elle est la source la plus abondante de la prospérité nationale. ( Apptaodf ssements prehnigés).