CHAPITRE UNIQUE
La neutralité de l'école au point de vue religieux.
1.— Les principales objections qui ont été dirigées contre la loi sur l'enseignement obligatoire, émanaient d'un sentiment respectable entre tous : la croyance religieuse. Si nous sommes contraints d'envoyer nos enfants à l'école publique, ont dit les pères de famille et leurs plus éloquents interprètes, quelles garanties nous offre-t-on au point de vue moral et religieux ? L'instruction doit être laïque, dit-on, quel est donc le sens de ce mot, trop souvent synonyme d'athéisme ? — L'école sera neutre, at-on répondu ; on n'y enseignera rien qui puisse blesser les croyances des enfants et faire écliec à l'éducation religieuse qu'ils recevront dans leur famille ou à l'église. Cette déclaration d'une neutralité, sans laquelle la loi ne serait plus acceptable, a été souvent et solennellement reproduite lors de la discussion de la loi devant les chambres.
«. — On ne saurait trop insister sur cette idée. Le législateur réprouve, il condamne énergiquement l'enseignement matérialiste ou irréligieux. Il autorise l'instituteur à parler à ses élèves des lois morales, des devoirs généraux envers Dieu — de ces devoirs, a dit M. Duvaux,
que leur suggèrent leur raison et leur conscience, — mais il ne lui permet pas de critiquer tel ou tel dogme, telle ou telle pratique, et de jeter ainsi le trouble dans l'âme des enfanis.
3. — Le domaine de la controverse religieuse lui est formellement interdit et la loi, on le verra au chapitre où nous traitons des absences, donne au père de famille unegarnntie contre les empiétements du fanatisme irréligieux qui inquiète tant de consciences ; elle lui permet de retirer ses enfants d'une école où l'on prêcherait l'athéisme, où l'on tournerait en dérision leur foi.
■«- — La discussion à cet égard ne peut laisser place au doute.
Voici, en effet, ce que déclarait M. Paul Bert dans un discours prononcé à la Chambre des députés:
« Nous voulons rinstitutcur libre dans son école. En même temps nous laissons le prêtre libre dans l'église. A l'un nous attribuons la science, ce qui se démontre, à l'autre nous donnons plein pouvoir dans le domaine de la foi, de ce qui se croit; à l'un le domaine de ce que l'on comprend avec les seules lumières de la raison, à l'autre celui dans lequel il faut faire intervenir la lumière de la grâce. A tous deux la protection, le respect, la liberté. De cette manière, nous séparons ces deux domaines, nous laissons chacun libre, nous évitons les conflits et nous assurons la paix publique... Je me résume et je vous dis en deux mots: vous voterez cette loi. Vous voterez l'obligation; nous vous le demandons au nom de l'intérêt de 600.000 enfants négligés et qui ne savent rien ; nous vous le demandons au nom de l'intérêt de la France, au nom de la patrie, pour qui ce solde d'ignorants est un danger continuel. Nous vous le demandons au nom de sa fortune, de sa richesse, de sa moralité. Vous voterez la laïcité; nous vous le demandons au nom de la liberté de conscience et de la dignité de l'instituteur, au nom de la liberté de conscience du père de famille, au nom de la liberté de conscience de l'enfant.