TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME
peut rentrer dans cette sorte d'enquête que nous appelons un examen. »
M. Lorois : « Voyez à quelles conséquences vous arrivez : c'est que les enfants élevés dans leurs familles non-seulement devront apprendre tout ce qui sera dans le programme, mais encore ils devront l'apprendre dans l'ordre de ce programme, de telle sorte que les parents ne seront pas libres de faire commencer le dessin à leurs enfants quand ils le voudront^ de faire apprendre la géographie et l'histoire de France au moment où ils le voudront, à l'âge de leurs enfants qui leur convient le mieuXj et les enfants seront obligés de savoir exactement non pas seulement le programme de l'administration à la tin de leur éducation, mais de l'apprendre dans l'ordre déterminé par l'administration. A tel âge, ils devront suivre telle partie du programme; à tel autre, telle autre partie du programme. — M. le rapporteur : « C'est une erreur, nous n'aurons pas cette sévérité. » (Séance du 24 décembre 1880).
96. — Au Sénat, la discussion fut reprise et donna lieu à de nouveaux développements :
— M. Paris : « Voilà de jeunes garçons, de petites filles qui vont être interrogés sur un programme d'enseignement primaire qui ne cadrera pas avec l'enseignement donné par des parents. Car enfin, vous ne pouvez pas avoir la prétention de faire donner à des enfants élevés dans la famille et destinés à recevoir l'enseignement secondaire un enseignement primaire complet. — Le ministre de l'instruction publique: Mais si. — Plusieurs sénateurs à droite : « Mais non. — Le ministre de l'instruction publique : « L'enseignement secondaire commence par là. — M. le ministre de l'instruction publique : « ... Messieurs, nous étions en présence d'une difficulté ; cette difficulté, tous les législateurs qui ont voulu introduire dans l'enseignement primaire le principe de l'obligation l'ont rencontrée. D'une part, il faut respecter l'éducation domestique; mais d'autre part, il ne faut pas que, sous prétexte d'éducation domestique, les réfractaires de l'enseignement primaire, les seuls que nous poursuivions » (Très bien ! très bien! à gauche)... puissent prétexter, pour ne pas en-
voycr leurs enfants à l'école, ou des soins qui n'existent pas ou un enseignement tellement élémentaire qui ne mérite pas ce nom. Il faut donc que la famille, à certains moments, et sous certaines formes, soit appelée à rendre compte ; autrement, ceux qui voudront échapper à l'école répondront par la formule ; Elevé dans la famille ! — (A gauche) : C'est évident ! — Le ministre de l'instruction publique : « Et si on n'a pas le droit d'aller voir dans la famille ce qui s'y passe, si lespouvoirs publics dépassent la limite de leurs prérogatives et de leur compétence en allant s'enquérir dans la famille même de la nature de l'enseignement donné à l'enfant, vous pouvez déchirer la loi, car tous ceux qui voudront échapper à l'obligation se réfugieront derrière ce rempart commode de l'éducation donnée au foyer domestique. Dès lors nous sommes arrivés tout naturellement, — Gouvernement, commission. Chambre des députés, tous ceux enfin qui ont participé à l'élaboration de cette loi, — nous sommes arrivés à dire : Pour s'assurer si cette éducation de famille n'est pas un leurre, un prétexte, le déguisement d'un mauvais vouloir absolu et une porte ouverte par laquelle tout l'effet utile de la loi peut s'évaporer, il faudra constater d'une manière quelconque, mais d'une manière sérieuse, l'état et la valeur de l'éducation. Mais j'insiste de nouveau sur ce i^oint, vous n'avez pas besoin de nous apiirendre combien les mœurs françaises sont ombrageuses sur ce point, combien il nous faut tenir compte des susceptibilités des familles, avec quelle modération il faut apporter dans le foyer domestique ces investigations nécessaires. — C'est dans cet esprit que les règlements seront rédigés. Soyez persuadés qu'il ne sortira pas des délibérations du conseil supérieur des règlements d'oppression et de tyrannie. — Et surtout vous pouvez vous mettre dans l'esprit que l'arme légale que nous demandons n'est nullement dirigée contre l'éducation des châteaux ou des familles bourgeoises (Rumeurs).., que nous n'avons nul dessein d'intervenir entre vos enfants et vous ; mais nous voulons empêcher qu'une prétendue éducation de famille devienne le dernier refuge des réfractaires de l'enseignement primaire. — Vives réclamations. — {Séance du 14 juin 1881). — M. Delsol: « Mais, messieurs, si on entre dans cette voie, si on met ainsi le père de famille en suspicion, pour employer l'expression même de M. le rapporteur de la com-