‹ Code de l'enseignement primaire obligatoire et gratuitChapitre 141 sur 217 · QUATRIÈME PARTIE. — ANNEXES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — ANNEXES

nouveau monde, dans les lois, dans les mœurs, nous trouvons l'institution de l'enseignement obligatoire, acceptée, ])raliquée comme une condition de développement intellectuel et moral, comme une garantie de sécurité et de puissance. L'obligation est devenue la règle : est-ce bien la République française qui doit y faire exception ? « C'est dans le gouvernement républicain, disait Montesquieu, que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation. » Nous ajouterons avec Washington : « L'instruction, utile ailleurs, est ici un objet de première nécessité. » Nous avons eu France le suffrage universel ; nous devons avoir l'instruction primaire universelle .

Les adversaires de la loi prétendent que l'obligation est inutile parce que les progrès qui s'opèrent incessamment doivent nous conduire, dans un avenir prochain, par une pente naturelle, à cette universalité dont nous parlons. Cette opinion est empreinte d'un optimisme qui ne résiste pas à l'examen des faits. On se souvient qu'en 18G4, M. Duruy portait à plus de 600,000 le nombre des enfants qui ne fréquentaient aucune classe et restaient ainsi dans un état complet d'ignorance. Ce chiff"re a-t-il diminué sensiblement depuis cette époque ? Dans la statistique si remarquable de l'instruction primaire, pubhée en 1878 sous les auspices de M. Levasseur, il est constaté que les enfants de six à treize ans, inscrits dans les écoles primaires, dans les salles d'asile et dans un établissement d'instruction primaire ou secondaire, quelle qu'en soit la dénomination, étaient au nombre de 3;803,770. Or, le nombre d'enfants recensés de six à treize ans étaient de 4,502,894, il en faut conclure que la différence entre ces deux chiff"res, c'està-dire 627, .504, représente le nombre d'enfants qui ne se trouvent inscrits dans aucun établissement, quel qu'il soit, d'instruction primaire ou secondaire. Que l'on retranche, si on le veut, le nombre d'enfants élevés dans

leur famille, nombre qui, certainement, n'est pas supérieur à 12 ou 15 mille, il restera toujours plus de 600,000 enfants qui ne reçoivent aucune instruction.

Cet état presque stationnaire s'explique par « ce fait digne de remarque, disent les auteurs de la statistique, que plus on s'élève, plus il faut d'efforts et de temps pour monter d'un même nombre de degrés ; on passe plus aisément de 20 à 40 que de 90 à 95. Dans le premier cas, il suffit d'ouvrir des écoles à une population qui en manquait; dans le second, il faut vaincre la mauvaise volonté des récalcitrants ou l'inrériorité de certaines conditions sociales. » Celte observation se justifie par le tableau de l'accroissement moyen annuel du nombre des élèves; cet accroissement se ralentit sans cesse : il est pour la période de 1837 à 1847, de 3,1 pour 100; pour 1850 à 1863, de 2,3 p. 100; pour 1865 à 1866, de 1,7; pour 1872 à 1877, de 1,6 seulement.

La statistique de M. Levasseur fournit un autre document dont nous ne saurions trop signaler l'intérêt. Le nombre des enfants recensés de treize à seize ans, est de 1,925,721, et celui des enfants du même âge inscrits dans les établissements d'instruction primaire de toute nature est seulement de 542,697 ; différence : 1,383,024. Il est donc constant, quelque retranchement qu'on puisse faire sur ce nombre, qu'il y a plus de 1,300,000 enfants qui, à partir de l'âge de 13 ans, ne reçoivent plus aucune espèce d'instruction. Si nous ajoutons à ce renseignement celte autre donnée, malheureusement trop certaine, que l'âge auquel les enfants quittent l'école est en moyenne l'âge de 11 ans et demi, nous comprendrons, messieurs, combien il importe que l'enseignement obligatoire n'ait pas seulement pour but d'appeler à l'école toute la population enfantine, mais qu'il produise ce résultat bien plus important encore de retenir les enfants auprès de l'instituteur au moins jusqu'à l'âge de 13 ans révolus, et de leur assurer pendant

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