‹ Code de l'enseignement primaire obligatoire et gratuitChapitre 144 sur 217 · QUATRIÈME PARTIE. — ANNEXES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — ANNEXES

elle-même se prêtait à ce mélange ou tout au moins à cette juxtaposition de doctrines confessionnelles en désaccord entre elles, en désaccord avec les doctrines philosophiques ; et de là pouvait naître ce germe de doute et de division dont il est sage de préserver, au moins dans les écoles publiques, l'esprit des jeunes enfants.

Les appréhensions et les susceptibilités que l'enseignement religieux à l'école primaire suscite dans les pays où le protestantisme estdominant, fournissent aux hommes impartiaux des sujets précieux d'examen, de réflexion et de résolution. On a cité la Hollande ; citons l'Amérique. Aux Etats-Unis, l'école primaire est, avant toutes choses, non confessionnelle. « Nos études communes, dit un grand prédicateur américain, sont séculières et non religieuses. .. A des fonctions spéciales il faut des organes spéciaux... Autre est la mission de l'église, autre celle de l'école ; il y a place pour toutes deux. L'école seule ne se charge pas de faire l'homme tout entier. Elle lui donne le nécessaire pour la vie sociale, pour son futur rôle de citoyen, et elle dit au père et au prêtre : faites le reste. » Cependant l'usage autorisait, et même des règlements prescrivaient la lecture, sans commentaires, dans les écoles, de quelques passages de la bible protestante. Mais, dans ces dernières années, des catholiques réclamèrent contre cet usage, et leur réclamation fut accueillie par l'opinion publique, dont les pasteurs protestants se firent eux-mêmes les organes ; à la suite d'un débat judiciaire dans l'Etat de Cincinnati, la cour suprême de justice rendit un arrêt qui interdit dans les écoles la lecture de la bible. Les catholiques prétendaient que les écoles dans lesquelles on donnait lecture de la bible protestante étaient des écoles « sectaires ; » mais les Américains, peuple religieux autant que tout autre, ne prétendent pas que les écoles où on ne lit plus ni bible protestante, ni bible catholique,

soient des écoles « païennes » ou des écoles « sans Dieu; » ils prétendent, et c'est ce que nous prétendons avec eux, que l'école primaire ouverte à tous, ne devant dépendre d'aucune secte, d'aucune doctrine confessionnelle, ne devant être ni religieuse, ni anti-religieuse, doit être, par conséquent, l'école sécularisée , l'école neutre, l'école laïque.

Posée sur ce terrain, messieurs, la question de laïcisation est même indépendante de la question d'obligation. Avec l'obligation, l'enseignement confessionnel peut être une injustice et une oppression; sans l'obligation, cet enseignement, dans l'école publique, est encore une inconséquence et une contradiction. Nous n'avons plus en France de religion d'Etat , il est vrai que trois cultes sont reconnus par les lois et rémunérés par le Trésor public, mais ils le sont comme manifestation religieuse, et non pas comme organisme légal et nécessaire de l'instruction publique. Chez nous, la sécularisation de l'Etat est un droit constitutionnel et un fait national; et ce n'est pas seulement en France, c'est encore dans les autres pays les plus catholiques de l'Europe, en Italie, en Belgique, en Autriche, que ce principe de sécularisation dans tous les domaines, dans la politique, dans la morale, dans l'instruction, s'étend et s'affirme de plus en plus, et ce principe lui-même n'est que la conséquence d'un fait indéniable, le progrès incessant, nécessaire, providentiel des individus et des sociétés dans l'esprit de libre recherche, de libre examen, de libre détermination, dans le désir et la possession du gouvernement de soi-même.

Rappelons ce mot, qu'on a déjà cité, de M. Guizot, dans la discussion du projet de loi sur l'instruction secondaire, devant la Chambre des Pairs en 1844: « ... C'est au nom de la société civile que la liberté de la pensée et de la conscience a été introduite dans le monde. Ce sont des idées laïques, des pouvoirs laïques

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