INSTRUCTION MORALE
8. — L'instruction morale n'a pas besoin d^être définie, car elle comprend, dans toutes les religions, dans toutes les sociétés : les devoirs de l'homme envers Dieu, envers soi-même.
Cette simple formule empruntée au christianisme résume et exprime tout un système d'enseignement moral, dans lequel l'influence de l'instituteur peut librement s'exercer.
Il doit apprendre à l'enfant quels sont les devoirs généraux auxquels l'être intelligent ne peut se soustraire, parce qu'ils sont la condition même de la civilisation et du progrès, parce que sans eux, sans leur pratique, une société ne pourrait se fonder ni subsister.
22 GODE DE l'enseignement PRIMAIRE.
9. — Telle doit être la règle dans toutes les écoles ; mais sur cette partie de la loi qui est d'une importance capitale, il est nécessaire de rappeler les débats qui ont eu lieu devant les Chambres.
Les instituteurs chargés d'enseigner la morale à leurs élèves et les parents investis du droit sacré de surveiller, de contrôler cet enseignement, doivent savoir, les uns et les autres quelle a été la pensée du législateur.
Or, cette pensée, on ne la connaîtra bien qu'en se reportant à la discussion elle-même et aux déclarations faites par les organes des commissions ou du gouvernement.
Devant le Chambre des députés, M. Paul Bert avait dit:
« Maintenant, arrivons à la seule objection sérieuse qu'on élève contre la thèse que je développe devant vous. On nous dit : En supprimant de l'expression légale « morale et religieuse » le second terme; il ne peut y avoir^ ajoute-t-on, en dehors d'une religion une morale véritable, de morale ayant une base, des règles et une sanction... Et alors, nous dit-on, vous voulez donc des écoles sans morale ! Messieurs, il ne peut venir à l'idée de personne de vouloir des écoles sans morale. Nous savons bien que l'instruction n'est pas par ellemême et à titre théorique une cause de moralisation -, nous savons bien que l'instruction est seulement une augmentation des forces que porte en lui l'individu et que cette augmentation de forces, il peut l'appliquer au mal comme au bien, c'est incontestable (Très bien! très bien ! à gauche). Mais chose remarquable, cependant, soit que chez l'homme, la tendance au bien l'emporte sur la tendance au mal, soit qu'une vue plus générale des choses lui montre les conséquences du mal et le lui fasse éviter à l'avance; soit peut-être, raison plus simple et plus modeste, que dans la lutte sociale, l'instruction donne les moyens d'arriver à des situations plus heureuses et lui fasse ainsi éviter certaines tentations, pour l'une ou l'autre de ces raisons, il est incontestable que l'instruction, à elle seule, devient non point en thèse théorique, mais en pratique vulgaire, une cause de moralisation. Mais ce n'est pas une rai-