TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER
chose à sa place. Et puisque le paysan, sans être philosophe, distingue le bien du mal, juge les dispositions du code, approuve ou désapprouve les préceptes de son curé, nous pensons qu'il porte en lui une règle d'appréciation morale qu'il ne doit ni au catéchisme, ni au code, ni à la philosophie ; que cette règle, vulgairement appelée conscience, puisqu'elle n'en dérive pas, les précède; puisqu'elle rectifie leurs décisions, leur est supérieure, et, puisqu'elle a sur eux le double avantage de la priorité et l'autorité, pourrait bien rendre compte de leur origine, au lieu de leur devoir la sienne. » — Voilà, messieurs, les bases de l'enseignement moral que nous voudrions voir donner dans les écoles et qui restera lors même que l'enseignement des religions en aura disparu. — Et la chose est bien simple, l'instituteur parlera de la morale, mais nous laissons toute liberté au prêtre de parler religion ; nous laissons toute liberté au père de famille, qui considère que cet enseignement moral laïque est insuffisant, ne le satisfait pas, et qu'il a le besoin d'être complété, nous lui laissons toute liberté de le faire compléter et auprès de qui? auprès de celui qui a autorité pour le compléter puisqu'il parlera au nom de la religion qu'il représente et qui lui est chère. — L'instituteur dira à l'enfant : tu ne mentiras pas, cela est mal, d'abord parce que tu te dégrades à tes propres yeux, ensuite, parce que tu te dégrades aux yeux de tes camarades qui tôt ou tard connaîtront ton mensonge et te feront rougir de ta mauvaise action; tu ne mentiras pas au nom de ta dignité, au nom de ton propre intérêt et de celui des autres ! Voilà ce que dira l'instituteur. — Que dira le prêtre? La même chose d'abord, car sur ce terrain il n'y aura pas occasion de querelle, et ainsi précisément notre projet de loi a pour but de ramener la paix là où s'agitent aujourd'hui des querelles. Puis il ajoutera ceci : tu ne dois pas mentir, parce que Dieu l'a défendu ; tu ne dois pas mentir parce qu'un jour le créateur de toutes choses, le maître du ciel et de la terre est apparu à Moïse, son serviteur fidèle, et lui a remis, gravées sur les Tables de la loi en caractères de feu, ces paroles : Tu ne mentiras pas. Et si tu enfreins cette règle, tu seras jeté aux flammes éternelles... à moins que je ne puisse t'absoudre auparavant. Voilà, messieurs, ce que devra dire le prêtre, c'est-à-dire qu'il complétera par l'enseignement dogmatique, l'enseignement de la morale
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primitive. Mais du moins l'enseignement dogmatique ne sera pas seul à donner l'enseignement moral. Et cela sera juste, cela sera beau, car l'enseignement religieu.x, pour porter ses fruits suppose la grâce, et la grâce ne l'a pas qui veut, et combien qui, l'ayant reçue, la perdent en route. Or, s'ils ont simultanément perdu la morale, que leur restera-t-il, je vous en prie? Tout s'écroulera dans leurs âmes. Mais, messieurs, les argumentations sur l'absence de la morale là où n'est pas enseignée la religion, les grands mots à effet sur l'école athée, sur l'école sans Dieu, tout cela, ce ne sont que des apparences, ce ne sont pas les raisons véritables. La raison véritable des attaques à la loi, la voici, je vais la dire : Il y a une antique conception de l'école. Dans cette conception, l'école fait partie de l'église, l'instituteur est le prêtre lui-même ou un délégué choisi par lui. Il s'agit dans ces écoles, sans nul doute, de former des honnêtes gens. — il n'y a pas de discussion sur ce point, il n'y a pas de société sans cela; — mais il s'agit aussi de faire un chrétien fidèle. C'est alors la maîtrise de l'église par rapport à l'école. — C'est l'antique formule : l'école servante de l'Eglise. — Eh bien! l'Eglise ne peut pas abandonner ce droit, je ne dis pas seulement ne le veut pas, je dis volontairement ne le peut pas, et elle le proclame en toutes circonstances. {Séance du 4 décembre 1880).
lo. — Au Sénat les mêmes déclarations furent faites et d'une manière plus formelle encore:
« En dehors de l'école, disait M. Ribière, les parents et les ministres des cultes donneront aux enfants, suivant leurs désirs et leurs convictions, une instruction qui pourra être à la fois morale, religieuse et confessionnelle. Par conséquent, cette instruction se fondera, autant qu'ils le jugeront né.-essaire, sur l'étude, sur la connaissance, .sur les affirmations et les dogmes de la religion positive à laquelle ils auront donné toute leur foi et tout leur respect. Mais, quel que soit le dogme qu'ils aient adopté et dont ils proposent, nous ne disons pas dont ils imposent, l'adoption à l'esprit encore si tendre de l'écolier, il est absolument vrai de dire que les uns et les autres, quoique ayant suivi des courants divers, ont puisé les élément»