‹ Code de l'enseignement primaire obligatoire et gratuitChapitre 19 sur 217 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER

de leurs croyances et de leurs convictions à une source commune à tous, qui est l'intelligence, la raison, la conscience, les sentiments intimes du libre arbitre et de la responsabilité personnelle. Eh bien ! n'est-ce pas de là que découle tout naturellement un cours, à la portée des enfants, d'instruction morale et civique ? Par la discussion de la loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles, par les travaux préparatoires du conseil supérieur de l'instruction publique sur le programme d'un cours d'instruction morale et civique dans les écoles normales priïnaires, nous pouvons nous faire une juste idée, au point de vue de la loi et de la pédagogie, de la composition de ce programme mis à la portée des écoles primaires elles-mêmes.

« Les devoirs envers soi-même, envers la famille, envers la société et la patrie ; les notions des droits et des devoirs du citoyen; les idées de liberté, de justice et de fraternité i le sentiment du vrai, du bien et du beau: l'étude des facultés de l'esprit si souvent dominées parles faililesses du caractère et du cœur; les préoccupations invincibles du sort réservé à riiomme; cette espérance piiilosopbique ou religieuse que l'homme s'achemine et monte vers des destinées meilleures en raison du bien qu'il accomplit; les devoirs envers Dieu : voilà les traits principaux de la morale que l'Etat se propose d'en>.eigner dans ses écoles, morale qu'on appelle laïque, parce qu'elle ne doit être ni ecclésiastique ni confessionnelle. Avec ces notions fondamentales, qu'un programme réglementaire précisera et développera, que la leçon de chaque jour, la leçon d'histoire surtout, pourra rendre saisissantes, l'Etat qui assure à tous la liberté de conscience et qui garde la neutralité, se réserve d'enseigner ces millions d'enfants fréquentant ses écoles, en tout ce qui peut les unir, en rien de ce qui peut les diviser. Il est dans son rôle. Certainement ce n'est pas chose impie de croire qu'il y a une morale commune à tous les peuples, basée sur la raison naturelle, immuable dans ses solutions, ni servante ni ennemie des religions positives, et qui n'a pas besoin de s'appeler une science pour être, au milieu des hommes de bonne volonté, une lumière et un bienfait. N'est-ce pas à mesure que la notion de cette morale se propageait et s'affermissait, que les hommes^ devenant et se sentant plus maîtres d'eux-mêmes, cherchant et trouvant dans leur conscience la règle, la direction dont ils avaient besoin pour

toutes les affaires de la vie, ont apporté moins d'acharnement et moins de violence à défendre, à propager, à imposer aux dissidents leurs croyances dogmatiques? Et c'est alors que les horribles luttes de religion se sont peu à peu apaisées, c'est alors qu'on a entendu ce cri, si profondément humain, de tolérance et de liberté. »

IB. — Et M. Jules Ferry, interpellé à son tour, adoptant la même définition de la morale, inscrite en tête du nouveau programme, disait :

« Permettez-moi de vous dire: la vraie morale, la grande morale, la morale éternelle, c'est la morale sans épithète. — La morale dans notre société française, après tant de siècles de civilisation n'a pas besoin d'être définie. La morale est plus grande quand on ne la définit pas, elle est plus grande sans épithète. J'en recueillais tout à l'heure la démonstration, l'aveu éclatant dans la première partie du discours de l'honorable M de Parieu .... Non, il nous a dit: c'est la vieille moraledes philosophes; c'est la morale de Socrate; c'estla morale d'Aristote ; c'est la morale de Cicéron, morale que le Christianisme a raffinée, qu'il a perfectionnée, qu'il a élevée, je le veux. Mais c'est la morale éternelle, comme l'âme humaine elle-même. C'est la morale du devoir, la nôtre, messieurs, la morale de Kant et celle du Christianisme. Cette morale elle est au fond même de l'humanité, de la conscience humaine, et son unité est la constatation même de l'unité de la conscience. Gardons-nous donc d'ajouter des épithètes à la morale.

« M. de Parieu nous a dit: Il y a une morale évolutionniste, une morale utilitaire, il y a une morale positiviste et une morale indépendante. Mais est-ce que l'honorable M. de Parieu nommait à ce moment-là plusieurs morales ? Non, messieurs. Ce qui est profondément rassurant, c'est que toutes les morales que vous appelez évolutionniste, utilitaire, positiviste, c'est la même morale (Interruptions à droite). C'est la même morale, ce sont les mêmes préceptes. Et pour qui a étudié ces choses, c'est merveille, merveille rassurante de voir par quels efforts d'esprit, par quelle subtilité de raisonnement, par quelle vigueur de logique et de dialectique les prétendus utilitaires,

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