‹ Code de la toilette, manuel complet d'élégance et d'hygièneChapitre 32 sur 36 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On rencontre à chaque pas, dans le monde, de ces gens qui croient avoir des gestes spirituels, énergiques, gracieux, comiques, et qui se garderaient de dire une parole sans mettre un mouvement à l’appui. Ils lèvent les épaules, frappent du pied, grimacent à se faire croire attaqués de la danse de saint-gui. C’est quelque chose de fort amusant que d’écouter de loin, avec les yeux, la conversation de deux interlocuteurs possédés de cette manie ; on se fait

inévitablement nue idée fausse du sujet qui les occupe ; on prend une invitation à dîner pour une provocation de duel, un compliment de condoléance pour d’humbles excuses.

En général, une personne bien élevée est peu prodigue de gestes.

L’abbé Delille avait coutume de dire « que les gestes, complément et parure du discours , donnent de la physionomie aux paroles. » Il est vrai que nul homme n’avait autant que lui l’art de suppléer par l’action à l’insuffisance du discours, et de rendre en quelque sorte palpable sa pensée. Malheureusement ses élèves ni ses successeurs n’ont hérité de cette heureuse faculté.

CODE

Les grands gestes sont ridicules et de mauvais ton ; mais les gestes mignards sont, plus insupportables peut-être encore. A voir serrer les lèvres, cligner les yeux, prendre mille façons singulières pour exprimer la chose la plus simple, on ressent des impatiences ; si la politesse ne retenait, on romprait en visière à l’interlocuteur, à ses gestes, et à son afféterie *.

* Un homme de lettres, fort spirituel et fort aimable du reste, s’est acquis, dans ce genre, une réputation toute particulière. Il fait autant de petits gestes qu’il prononce de syllabes. Il semble qu’il prenne à tâche de joindre la pantomime au discours. Un de ses amis l’a surnommé plaisamment le Mazurier de la conversation.

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