‹ Code de la toilette, manuel complet d'élégance et d'hygièneChapitre 34 sur 36 · CODE · texte numérisé non relu

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Cette leçon pourrait, ce me semble , s’appliquer aussi à ceux qui ont recours aux secours de la cosmétique. Certes, l’activité, la sobriété , le soin de sa personne, sont les plus surs moyens de conserver la beauté dans son lustre et sa fraîcheur; mais le désir immodéré de plaire ne s’est en aucun temps .contenté de ces simples ressources ; on a trouvé que c’était trop peu que de cultiver la natûre, on a voulu l’embellir et la redresser.

La cosmétique formait chez les anciens une branche de la médecine, et les Grecs, ces peuples si sensibles à la beauté, professaient une vénération profonde pour les sages qui la cultivaient ; une foule

de volumineux traités, parvenus jusqu’à nous, attestent l’importance qu’ils attachaient aux plus petits secrets de toilette. Perdue durant des siècles avec les autres sciences, elle reparut enfin sous le beau ciel d’Italie, et bientôt fut importée chez nous, avec le luxe, la civilisation et la galanterie, par la brillante cour des Médicis.

Nous n’avons pas l’intention de tracer ici l’bistoire de la cosmétique , et de montrer nos bons aïeux troquant souvent leur fortune, et parfois leur santé, contre les drogues deNostradamus, dont les merveilleux effets rendaient, kson dire, « la face nette, luisante et polie comme un miroir. »

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Lamode des parfums etdes fards, malgré les déclamations du clergé, et les sages avis des hommes éclairés , fit de rapides progrès ; il devint bientôt impossible de la combattre, et on la poussait à un tel excès du temps de La Bruyère, que ce moraliste écrivait : « Si les femmes étaient « telles naturellement qu’elles le « deviennent par leurs artifices ; «c’est-à-dire qu’elles perdissent «tout-à-coup la fraîcheur de leur «teint, quelles eussent le visage « aussi allumé et aussi plombé qu’el- « les se le rendent parle rouge et les «peintures dont elles se fardent, « elles seraient inconsolables. »

Notre révolution, en faisant justice des vieux abus, fit justice aussi

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des modes ridicules ; les coiffures à trois étages, les paniers, le rouge et les mouches disparurent comme les ahbés, les corporations et la dîme :

dès lors une femme put être fraîche etjolie impunément; la coquetterie cessa d’avoir ses martyres ; des ajustements simples et élégants remplacèrent l’attirail de l’ancienne étiquette.

La science de la cosmétique s’est de ce moment beaucoup simplifiée.

Les progrès de la chimie son t venus d’ailleurs éclairer l’inexpérience sur le danger de la plupart de ses préparations; elles charlatans, qui continuent de vanter leurs nuisibles préparations , sont d’autant plus coupables aujourd’hui, qu’ils n’ont

plus à alléguer leur ignorance pour excuse.

Grâce au ciel, la céruse et le ver-r millon ne s’emploient plus qu’au théâtre ; cependant il existe encore quelques abus, etplus d’une femme peut confondre les préparations innocentes, telles que certaines eaux spiritueuses, les huiles parfumées, les aromates végétaux, avec des cosmétiques dont le plomb forme la base, tels que la céruse, le vinaigre de Saturne, et le bismuth. On doit donc rejeter sans exception toute préparation où entrent des oxydes métalliques ou des acides minéraux ; la toilette trouve d’assez puissantes ressources dans ces recettes salubres qui, simples comme lana-

ture, et destinées seulement à l’aider, relèvent l’éclat de la beauté , prolongent son empire , et dédommagent même de son absence.

Après avoir mis nos lecteurs en garde Contre le charlatanisme des débitants de cosmétiques, il nous reste à leur indiquer quelques compositions bienfaisantes , sur lesquelles nous appelons leur préférence,tant à cause des heureux effets qu’on en retire, que de la facilité avec laquelle on peut les préparer.

Pommade de concombres.

La pommade de concombres donne à la peau de la souplesse et delà fraîcheur. Son emploi, toujours

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agréable, est aussi salutaire dans diverses affections de la peau; en voici la recette :

On râpe des concombres blancs que l’on met dans une quantité égale d’huile d’olive fine : on place le vase de porcelaine ou d’argent contenant ce mélange, dans un bain-marie, et on l’agite avec une cuillère d’argent.

On retire le vase au moment où l’ébullition va commencer, et on passe le résidu à travers une étamine. On remet jusqu’à six fois la même huile sur de nouveaux concombres râpés, et on retire toujours le vase avant que le bain-marie ait procuré l’ébullition. On obtient ainsi une pommade onctueuse et éclatante de blancheur. Il faut en couvrir les

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pots d’une couche de graisse, pour empêcher le contact de l’air.

Eau pour effacer les rides.

Il est une foule de préparations composées dans le but d’effacer les rides. Nous n’en indiquerons pas les diverses recettes. Celle que nous donnons ici a cela du moins de précieux, que si elle ne possède pas toute la vertu qu’on lui attribue, elle est du moins innocente, et se distingue par les qualités d’un bon cosmétique.

Onfaitbouillirunepoignée d’orge perlé dans une pinte d’eau : lorsque les grains sont parfaitement cuits, on passe l’eau; à laquelle on ajoute

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quelques gouttes de baume de la Mecque.

Recette pour faire croître les cheveux.

Souvent, à la suite d’une maladie, les cheveux affaiblis menacent d’une chute totale ; la préparation suivante est dans ce cas recommandée par l’auteur du Dictionnaire de l’Industrie française , qui assure, en avoir vu les effets les plus prompts et les plus satisfaisants.

On fait fondre ensemble, dans Un petit pot de terre neuf, une once de moelle de boeuf fraîche, et Une once de graisse retirée du pot au feu, avant que celui-ci ait été salé. Oh

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passe ensuite ce mélange, et on le jette sur une once d’huile de noisette.

Eau pour les jeux.

La véritable cosmétique ne connaît ni baumes, ni pommades propres à donner de l’éclat, de la vivacité aux yeux ; la médecine les rejette tous comme dangereux. L’eau fraîche suffit pour les baigner soir et matin, et réparer la fatigue des muscles. Parfois cependant les yeux sont affectés d’un gonflement causé par la chaleur, la poussière, ouïes veilles. On peut dans ce cas remplacer avantageusement l’eau pure par une infusion de feuilles d’hys-

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sope dans un verre d’eau bouillante, ou de fleurs de mauve dans du vin blanc. Ces deux remèdes si simples sont fortifiants. On les emploie en lotions, froides en été, tièdes en biver.

Le célèbre médecin anglais Willich récommande, lorsque la vue est momentanément affaiblie, de baigner de temps en temps la lèvre supérieure dans une eau tiède, à cause de son étroite liaison avec le nerf optique. Il conseille également de fumiger les yeux après dîner, à la vapeur du café en ébullition.

Soins de T oreille.

Il est important, en se nettoyant

chaque matin l’oreille au moyen du petit instrument destiné a cet usage, de ne pas rendre l’opération trop complète; il serait dangereux d’enlever trop exactement l’enduit destiné à lubrifier le conduit de l’oreille : la nature s’est proposé un but dans cette sécrétion ; le cerumen (c’est le nom que la médecine lui donne), oppose un rempart aux insectes , aux sons trop éclatants, aux vapeurs impures répandues dans l’atmosphère. Contrarier ces résultats , en voulant entretenir une propreté exagérée dans les conduits de l’oreille, pourrait être nuisible à la santé, et affecter l’organe de l’ouïe.

Il faut toutefois se garder également de l’excès opposé, en laissant accu-

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muler et durcir une quantité du cerumen au fond du conduit auditif; elle nuirait alors à la finesse de l’audition. Au reste, la sensibilité des parois de l’oreille suffit pour avertir du point où il est convenable de s’arrêter, afin de concilier les exigences de la toiletté et le soin de la santé.

Pommade pour les lèvres.

La pommade la plus simple et. la plus usitée pour rendre aux lèvres la souplesse que le liâle ou le froid leur font si souvent perdre, est un cérat composé d’buile d’amandes douces et de cire vierge ; on le co -

lore avec l’orcanette, et on l’aromatise d’essence de roses.

Dentifrices.

« Les cosmétiques destinés à l’entretien de la bouche, dit le Dictionnaire des sciences médicales , sont l’esprit de cochléaria et la teinture de gaïac : les élixirs dans lesquels on fait entrer la menthe, la pyrèlhre, le girofle, la muscade, n’ont rien que de salutaire^ mais on doit rejeter les acides, tels que l’eau anti-scorbutique de Désirabode, qui n’est, que de l’acide sulfurique coloré, et dont l’action sur les dents ne peut être que funeste. Il faut

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aussi se défier de tous les prétendus trésors de la bouche dont la composition est cachée. »

Tous les acides, en effet, tels que le sel d’oseille, le citron, la crème de tartre, et plus spécialement encore les acides minéraux, blanchissent les dents; mais, sous quelque forme qu’on les emploie, sous quelque nom qu’on les déguise, leur inévitable résultat est, en peu de temps, de corroder, de calciner les dents, de les jaunir, d’enlever leur poli , et de finir par les rendre noires, s’ils ne déterminent pas leur chute anticipée.

Les poudres sont tout aussi dangereuses ; leur base ne peut être que le corail pulvérisé , la semence

de perles, les pierres d’écrevisses, la pierre ponce, l’os de sèche, les coquilles d’œufs calcinées, l’alun, la porcelaine en poudre ; leur emploi est d’autant plus désastreux, que le frottement immédiat qu’elles opèrent enlève l’émail, déchausse les dents et altère les gencives.

Les opiats sont composés avec ces mêmes acides ou poudres rongeantes, et alors ils sont également dangereux; si, au contraire, ils ne se composent que de miel et de parfums , ils sont sans effet.

On doit donc rejeter toutes ces préparations empiriques : le meilleur dentifrice, et le plus simple en même temps, est la poudre impalpable de charbon.' Comme le char-

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bon cependant ne possède qu'une vertu anti-putride, et qu’il est utile qu’un dentifrice fortifie les gencives en blanchissant les dents , on peut le mélanger ainsi : une once de charbon tamisé ; une demi-once de sucre candi pulvérisé ; trois gros de kinakina Pérou, et une once de crème de tartre.

Les propriétés de chacune de ces substances, qui s’accroissent et se développent par le mélange, doivent faire préférer ce dentifrice à tout autre. En effet, le kina raffermit les gencives, le sucre nettoie les dents, l’acide du tartre en augmente l’éclat, le charbon les renforcit. Employées séparément, ces

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substances cependant auraient chacune leurs inconvénients :

Le kina seul jaunirait l’émail , le tartre pourrait l’altérer, le sucre serait impuissant, le charbon laisserait une teinte désagréable autour des gencives. Le mélange neutralise les mauvais effets et développe les bons.

Une coutume très-salutaire pour se conserver les dents saines et la bouche fraîche , est de les brosser légèrement chaque soir, avant de se mettre au lit, et de se rincer la bouche avec de l’eau aromatisée d’eau-de-vie de cerises ou d’eau-devie de gaïac.

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Savon pour la barbe.

Il n est pas indifférent d’employer pour la barbe tous lés savons que vantent les parfumeurs. La plupart contiennent des principes acides ou salins qui nuisent essentiellement à la peau. Le savon d’amandes de Demarson, ou le savon dit de lady Derby, doivent être préférés à tous les autres, non-seulement pour la barbe, mais pour tous les autres usages de toilette.

La composition du savon de lady Derby est fort simple , en voici la recette :

Deux onces d’amandes amères blanchies, une once un quart de

teinture de benjoin, une livre du meilleur savon blanc uni, un morceau de camphre de la grosseur d’une noisette : on pile les amandes et le camphre dans un mortier séparé, lorsqu’ils sont bien joints, on ajoute le benjoin, puis le savon.

Quand le mélange est parfaitement opéré à chaud, on le prépare en boules ou en tablettes.

Il serait superflu de noter ici la nécessité de ne jamais se servir des rasoirs, éponge, brosse à barbe, ou linge appartenant à des personnes étrangères. Les plus graves inconvénients peuvent être le résultat de cette simple négligence.

Cosmétiques pour les mains.

Pour préserver les mains de rides et de gerçures, il faut les laver dans une eau tiède et se garder de les exposer à l’air immédiatement après.

La peau des bras et des mains, quoique d’un tissu plus serré que celle des autres parties du corps, est sujette à une grande dilatation : le froid \ui est contraire, le vent la dessèche, le soleil la brunit très-vite , tandis qu’une douce chaleur la gonfle et l’assouplit; aussi la meilleure précaution pour conserver la beauté de la main, est-elle de porter constamment des gants de peau. Ceux de peau de cbien ont, plus que tous

autres , l’avantage d’adoucir et de conserver l’épiderme.Quelquespersonnes se servent encore de gants gras. La meilleure manière de les préparer consiste à Lattre deux jaunes d’oeufs très-frais, dans deux cuillerées d’huile d’amandes douces : on arrose ce mélange d’une demi-once d’eau de roses, et on y ajoute deux gros de teinture de benjoin. On trempe les gants retournés dans ce cosmétique, et on les met la nuit.

Là pâte d’amandes ne convient pas à toutes les peaux ; il en estmême qu’elle jaunit et brunit; dans ce cas, il faut la remplacer par le fruit de Yœsculus ou marronier d’Inde, qui n’a pas le même inconvénient.

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« Le fréquent usage de cette farine, « dit Y Encyclopédie de La beauté, k est très-salutaire : la peau en con- « tracte un lustre admirable ; elle « nettoie parfaitement et n’est su- « jette k aucun des inconvénients « des substances savonneuses.»

Parmi les soins dont les mains doivent être l’objet, il en est un qu’il ne faut pas négliger, c’est de se servir toujours d’une brosse très-fournie, large, et molle. Si les so ies en étaient séparées ou dures, elles érailleraient la peau et lui enlèveraient son brillant.

Quant aux ongles, l’babîtude de soins journaliers leur procure lé poli, la transparence, la forme même en quoi consistent leur beau-

té. Souvent la légère membrane qui enveloppe, leur contour, s’étend outre mesure et cacbe ce petit cintre blanchâtre qui fait si bien ressembler un bel ongle à un pétale de rose. Cette pellicule s’enlève facilement avec la pointe d’un cureongles. Pour donner une belle couleur aux ongles, il faut chaque jour, en terminant sa toilette, les polir Avec une petite éponge trempée dans un mélange de cinabre et d’émeri; puis, après les avoir bien essuyés, les humecter avec un peu d’huile d’amandes amères.

Les ongles sont sujets à deux maladies ; la sécheresse, qui les courbe ou les fait casser, et la faiblesse qui les amollit au point de plier au

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moindre contact. Dans le premier cas', on applique, la nuit, sur leur surface un corps gras quelconque ; dans le second, il faut faire emploi de la pommade fortifiante suivante :

une demi-once d’huile delentisque, un demi-gros de sel, une parcelle de colophane, autant d’alun, un peu de cire vierge. On forme du tout un cérat.

Quant aux taches blanchâtres qui paraissent quelquefois sur les ongles, etqu’Horace appelle les parjures de Barine, on les dissipe en appliquant dessus de la poix et de la myrrhe fondues ensemble.

Moyens de pallier les effets de la transpiration.

La transpiration cutanée est tantôt visible, quand, fortement excitée , elle sort des pores en gouttelettes aqueuses ; tantôt invisible, mais apercevable lorsque l’on pose la main sur une surface plane quelle ternit à l’instant. On nomme cette action transpiration insensible :

c’est par elle que se dégagent continuellement du corps, sous forme liquide ou. gazeuse, les matières dont il lui importe de se débarrasser. A. leur sortie, ces matières excrétées sont dissoutes par l’air, ou absorbées par les vêtements. Les

accidents les plus graves se déclarent aussitôt que cette transpiration se trouve arrêtée.

Pour que l’économie retire de la transpiration tous ses avantages , il faut que celle-ci soit favorisée par des soins continuels de toilette , par des bains réguliers et le fréquent changement de linge.

La transpiration contenant des principes acides, il en résulte, lorsqu’elle est ordinairement abondante , quelques inconvénients.

Elle détruit complètement les couleurs , celles de la soie surtout, et parfois elle exhale une odeur désagréable.

Une extrême propreté est le seul remède a l’aide duquel on puisse

combattre cet inconvénient. Il faut, soir et matin , s’essuyer le dessous des bras avec un linge très-sec ou une flanelle fine. Les bains, en facilitant la transpiration générale, diminuent celle des parties où elle se porte de préférence et lui enlèvent toutes ses qualités âcres; on peut encore saupoudrer le soir , avec de la poudre sècbe d’iris de Florence, les parties qu’affectionne la transpiration. La poudre d’alun brûlé convient au même usage, mais son odeur est loin d’être aussi agréable.

En terminant cette nomenclature , trop succincte sans doute, de quelques-uns des cosmétiques qui conviennent le plus généralement,

nous répéterons encore cet aphorisme dont tout notre livre ne sera que le développement : l’ame de la toilette est une exquise propreté.

La meilleure odeur est de n’en pas avoir ; et l’on ne doit faire usage des cosmétiques, même les plus simples, que lorsque quelque nécessité y oblige.

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