CHAPITRE I
Dq Notaire et de T Avoué, ou traité du danger que l'argent court dans les études.
Il y a certaines classes de la société ^e le hasard a dévolues aux rieurs : on y a rangé les médecins , les notaires ^ les procureurs , les huissiers , les Normands, les Gascons 9 etc. Ces classes ne t'en offensent jamais 9 et ne répliquent pas; car on ne peut guère parler quand on a la lK)uche pleine. Les Gascons y qui passent pour les moins riches , sont néanmoins les seuls qui , depuis xent ans y aient eu part an gouvernement en France. Et sans aller chercher les d'Épemon, les Laozun, de
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grâce à cette perfectibilité indéfinie verslaquelle nous tendons sans cesse.
Autrefois, qu'est-ce que c'était qu'unprocureur et qu'un conseiller notaire ?
deux êtres les plus mau^ades du numde et les plus désagréables ^ voir : le procureur était on homme toujours habillé de voir, coiffé d'une ample perruque classique , ne parlant que des affaires d'autrui , et en termes barbares qui blessaient l'oreille ; toujours enfouis sous un bâtiment de paperasses en décombres, les pro- , cweurs fouillaient les titres ,, se couvraient d'une poussière ridicule, prenaient à cœur l'intérêt d'un client jusqu'à se faire échiner pour lui ; ils n'allaient jamais dans le monde , ne se voyaient qu'entre eux ; enfin un procureur prodigue passait pour un monstre, et cdui qui aurait été assez hardi pour aller au Châtelei en voiture, eût été taxé de folie. Au bout de quelques cinquante ans , passés dans la gène et la pratique, ils se reliraient à quelque campagne , oii ils n'avaient plus d'autre joie que de voir
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passer de grandes bandes de corbeaux qui leur rappelaient l'honorable corps des pro-' cureurs aux grands jours d'assemblée. On avait fini par les respecter comme des feos peu dangereux.
Tout au contraire , un avoué d'aujourd'hui est un jeune homme aimable , gai^ ^irituel, mis comme le veut l'arrêt suprême rendu «chez Tortoni; il court les balf , les fétes^ les concerts ; sa femme ^ par sa toilette, écrase les dames de la Gour; notre avoué dédaigne tout ce qui n'est pas élégant, son cabinet est un boudoir y sa bibliothèque est dans sa tête ; il plaisante des choses les plus graves , et notre heureuse France a cela de beau, qu'on y prend tout en riant; « nous allons l'exproprier , nous allons le poursuivre , »
tout cela est dit &vec le sérieux de Polichinelle. Les^a voués courent en cabriolet, jouent à Técafté, les clercs font des vaudevilles , et tout, dîsent^ils, n'en va pas plus
mal.
Les notairesavaient long-temps résisté à U
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perfectibilité; les idées de ce corps luttaient avec courage contre les idées nouvelles ; mais enfin il commence à se mettre au niveau du siècle , et rien de plus ordinaire que de voir dans un salon danser un notaire , un médecin , un avoué y un huisier et un juge. Si Dieu voulait qu'il y eût aussi un ministre y on pourrait mourir en plein bal , sûr d'avoir les quatre facultés à ses côtés, et de pouvoir faire son testament dans les formet.
Il y a encore des niais qui s'imaginent bonnement qu'un avoué, un notaire sont des gens tenus de s'occuper, les uns d'al* 1er au Palais défendre , assister leurs cliens , et de trouver dans les codes des armes solides ; les autres de i^édiger et de bien comprendre les intentions des contractans; tout cela était bon dans le siècle passe, où tout prenait une forme idéale, où qhaque état était représenté par une somme d'obligationn^ remplir ; aujourd'hui l'on a tout monétisé : ainsi Ton ne dit pas , monsieur un tel a été nommé procureur-général , il va soutenir les intérêts
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de sa province comiûe Lachalotais. Non,, erreur; monsieur un tel vient d'avoir une
belle place, procureur-général cela
vaut vingt mille ,fr. de traitement : il a dépensé cent mille francs pour être nommé:
ainsi son argent est placé à vingt pour cent.
De même on ne se fait plus avoué ou notaire dans le but primitif de sa profession ; onentrevoit bien qu'on ira au Palais par*ci, par-là , ou qu'on fera des actes et des inventaires ; mais la première pensée est celle-ci : « En achetant une charge..»., deux cent mille francs , prenant qu'elle rapporte vingt mille francs , l'argent est placé à dix. Ainsi on place mieux en notaire qu'en terres , en avoué qu'en maisons. Il faut convenir que Ton a créé en France de nouvelles richesses à la place d'idées creuses. Tout s'est ainsi réduit à une seule expression , et dans tout ' on voit une forme plus ou moins productive; mais où sont les revenus ? sur quelles* terres sont-ils assis? Âh ! voilà le chapitre des dangers.
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Une fois que Ton dit à un homme ^aVoiià du galon d'argent pour broder Totre habil, n'en mettez que sur les paremens ou au collet y prenez la bobine^ le bobinet est à discrétion, » les passions, les «ivies à»
femmes grosses , tout arri've en foule , et alors on met du galon sur toutes les coutures ; puis un beau matin la bobkie est sèche comme un clou.
Cest votre bourse qui est la bobine ! Le législateur a dit aux notaires et aux avoues: n Tous prendrez du galon. » Le proverbe est venu; et depuis ce temps nos rois, à compter de Charles IX, et dès l'ordonnance de Moulins , ont toujours combattu vainement ce proverbe*
Ce que les rois de France et les tarifs n'ont pas pu faire, nous l'essaierons^ et nous allons tâcher <le dévoiler les ruses de certains officiers ministériels. Hélas!
ils lèvent leurs contributions si légale'^' mentj et avec une telle.adresse, qu'il a falla bien des .années pour faire ce traité. Heu-
teusetxsent nom aurions pu lui donner pour
épigraphe:
Nourri dans le sérail, j'en connais les détoui'i*
leédahgers que votre bourse court chez k notaire ne sont pas grands en apparence , ils sont presque toujours inaperçus, et les effets de Tigtiorànce de cet officierne se dé voilait ^Uékjuefois qu'à la seconde génération : un contrai de venté mal rédigé , un con«* tnrt de mmage ou une transaction écla* test alor^ confine un« bombe et mettent le feu à votre fortune; mais vous êtes mort, et ce sont vos héritiers qui se battent.
IxM^squHl se commet des fautes def rédac* tioû cheï uti notaire, c'est toujours au Pa* i^k qifê 6f^ passe la bataille ; dt une loti'* gue connaissance de rart nous à convaincu que la plupart dès procès viennent de l'ignorance des notaires. Ils sont de grands fleirves^ q«i alimentent la mer des assignations. Ces vieilles rives neigeuses reàécm-
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blent aux glaciers des Alpes , d'où coulent imperceptiblement les grosses rivières d'Europe.
Cette faute capitale d'une mauvaise rédaction doit être mise en première ligne ^ surtout aujourd'hui qu'un notaire minute en dansant , inventorie en fredonnant un air de Rossini , ou achète une terre en disant : « J'ai le roi , et la vole. »
A ceci il n'y a d'autre remède que celui-ci : l'homme assez malheureux pour avoir une grande fortune doit se soumettre à une étude très-profonde des lois, ' des actes , etc. ; il doit connaître la procédure y faire son droit , être en état de re- ] diger un acte, de dresser un bordereau, d^ | régler une succession , un partage : tels sont les charges et les ennuis de la fortune: aussi n'est-il pas étonnant quêtant de gens préfèrent la pauvreté.
Lorsqu'un homme riche saura ainsi se mêler de ses affaires , il se garantira de ce vice capital qui eptache beaucoup d'actes notariés.
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Il y a bien un autre remède, qui est d'appeler près de soi un boa airocat et de lui donner Tacte à examiner avant ia signature ; mais il &ut avoir soin de ne pa& le mettre en contact avec le notaire.
C'est ainsi qu'en usent plusieurs grandes maisons, où il serait peu séant que rhéritier présomptif fît son droit et allât chez un avoué : ces maisons-là ont ce qu'on appelle un conseil. C'est une assemblée de quelques bons casuistes judiciaires qui veillent aux intérêts du propriétaire.
Un autre danger auquel on est en butte, et qui n'est pas moindre , c'est une foule de petits actes dont les notaires farcissent une grande affaire.
Supposez une succession bien hérissée de difiScultés , on fera vingt procurations, iine nuée de quittances , qtc. ; on enverra un pouvoir à cinquante lieues , à quelque stgent , et l'agent répondra que la pièce n'est pas suffisante.
Votre grand - père meurt ; que Dieu veuille avoir son âme ! En son vivant , le
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âigne homme était possédé de la rage Aes meoblo», des tablemx, des tabatières , etc.
Vou> êtes plùàeurs enfaDs; il faut un ioveotaire. £h fciien ! voyee tout d'un coup ce que les manies de ce bon vieillard vont vow cpûter.
Od cotnmencb l'inventaire; le notaire dresse chez 'htiVintitulé, Vons croyez qu'il n'y a qu'à mettre : Inventaire de monsie, un tel,.. Pauvre sot!...
L'intitulé contiendra toutes vos quai tés, vos pouvoirs, vos droits à suce der, e^c. , et l'on y annexe les procnr lions de vos sœurs ou frères qui sont cent lieues.
Le clerc fait cela en une matinée : il a quelquefois sept ou huit pages de n:
DUte : on vous mettra trois vacatioi Une vacation' est une période donnée i tempâ péodant laquelle on travaille cb TOUS. Cette vacation se paie cher. "Sui* bien ces mouvemens-là :
On arrivé chez vous, et depuis la ca jusqu'au grenier, vous présent, on fiirett
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on chercha pour découvrir tout ce que hisse ou ne lata$e pas votre grand-père*
Vous voyez deux clercs &u nez pointu f[ui pondent le^ boiseries , sçcou^nt leS/tablesy i^muei^ les chaises, H cherchent eomfne Ciôiiiwell : « Vespricdii. Se^neur.»
Pendant tout ce temps le notaire ou son clerc écrit j et le eommisaaire-priaeur apprécie les objets.
Voyez- vous la dépense que vous causenl C9S tabatières, ces tableaux!
-— Oh! voilà un bien heaii morceau!
s'écrie un clerc.
Le notaire t'interroinp;t , le ceflQitiii;$^!iûrer priaeur arrive ; on examine , an .admire ; vaus , vous ê te& Satté ^ Vous raconta im el comment votre grand-père se procura ce dief-d'<)euvre9Combienilyétaitaltaché,etc.^ et l'on vous écoute : l'heure se pas^«
Cependant , de temps en temps , le prèr mier clerc ou le second disekit d^un àxc fiché : « Ne perdons pas notre temps:
allons^ Messieurs, il est précieux, p
Mais telle est la curiosité humaine ^
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que chaque vacation s'écoule rapidement en scènes pareilles. Vous vous émerveiller de la promptitude àe ces messieurs , de leur esprit à trouver les cachettes où les avares mettent -leur argent ou leur testament, et il vous serait impossible de faire moins de vacations.
Or, Pinyentaire après la mort de madame de Pompadour dura une année entière.
Nous ne faisons pas mention de l'expédition de l'inventaire que Ton vous donne en grosse et qui coûte immensément cher; songez bien que , principe général , ilJmU toujours déclarer avec fermeté que vous ne ' coûtez pas étexpédUion de Pinventaire.
t Cette minute , qui vous paraît définiti* vement écrite , qui ne tie^it que dit ou vingt pages , vous arriverait en un volume in-quarto de quatre cents rôles. Ce serait comme un changement de costume de Perlet : vous l'avez vu sec comme un hareng sauret dans le Gastronome sans ar^
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genty il reviendrait gras comme Bernard Léon dans la Loge Ai portier, . Ainsi , nous le répétons , ne demandez jamais d'expédition chez les notaires , les actes de vente exceptés; contentez-vous de prendre la date de \dL passation de l'acte et le nom du notaire. Cet axiome est des plus importans, quand cous wiis mariez f par exemple, et qu'on vous apporte une expédition sur parchemin de votre contrat de mariage : que de jolis rubans roses le nouent de toutes parts , et sont comme les drapeaux de votre victoire I Croyez-vous que cette galanterie notariée ne vaille pas une gratification excessive ? Faveur, pour faveur, rien pour rien.
Un autre chapitre bien plus important, ^ sur lequel nous ne pouvons guère nous expliqiier, c'est l'article des dépôts' entre les mains des notaires. Dans cette affaire , tout est de confiance; c'est comme le choix d'un médecin. Il y en a qui se fondent sur U science de Lavater, examinent les traits
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de leur notaire f s'enfuient s'il est rouge ati si ses yeux sont verrons , s'il louche ou s*il cloche. Pour nous , nous ne pouvons que montrer par un exnnple toute rinflueneé d'un Notaire sur un dëpàt et d'un dépôt sur un notaire.
En je ne sais cpielle année , un jeune homme sans fortune acheta une belle étude de notaire à Paris. En ce temps -là une grande et forte maison de banque fit une faillite considérable. Cependant , lorsque messieurs teh^ tels et compagnie furent arrivés en un pays étranger, ils furent ëtrangement surpris de recevoir une lettre du ^n^Cvde leurs créanciers qui les avertis* sait sous main qu'il se trouvait à l'actif une somme deux fois plus forte qu'au passif; les banquiers de revenir, et de décideif^ sur l'avis du syndic , qu'ils laisseront les créant ciers s'arranger entre eux , moyennant une scpnme d'un million 4léposée che2 un notaire.
Le hasard voulut que te miUîen tombât eAt% les mains du jeune notaire dont iï
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vient d'être fait mention. On lui apporta dix fois cent mille, francs dans sa caisse.
Yous avouerez que la position était perplexe; et tel qui se croit le plus lionnête homme du monde, pour peu qu'il eut d'imagination , ne dormirait guère si son oreiller était rembourré de dix fois cent mille .billets de banque.
Notre jeune notaire fit tant et tant de réflexions, qu'il résolut de posséder légalement le million. Il s'enq^uit des causes qui avaient fait déposer la bienheureuse somme, et il apprit que des procès dur diable, survenus entre les créanciers, procès interminables, parce que deux ou trois Normands , cinq avoués , trois hommes d'affaires s'en mêlaient, retardaient indéfiniment le paiement des créances. « Bah! lui dit le créancier désolé auquel il s'éts^it adressé, il y en aura pour des années!... Et le malheur, c'est que nos fonds ne nous rapportent rien. »
Ces dernières paroles germèrent dans le cœur <Je notre jeune notaire : alors le gouvernement venait de créer un emprunt
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viager. Le jeune homme alla sur-le-champ donner son million au gouvernement, et reçut en échange une inscription de cent mille livres de rente vi^igère.
II espère que les contestations dure* ront au moins cinq à six ans , que les intérêts des cent mille francs, qu'il touchera tous les ans, cumulés avec les cent mille francs même, rétabliront le million, et que, le paiement fait, il se trouvera ainsi possesseur de cent mille livres de rente.
Tout sembla d'abord aller au gré de ses vœux. Pendant un an et demi le feu se ; mit aux créances, et le diable avec ses -.
cornes n'aurait pu rien démêler dans cette I fusée processive ; mais , au bout de deux i ans on remarqua que chaque année la niasse perdait cinquante mille francs d'intérêt , et que , pour peu que l'on plaidât quelques années de plus, on se ruineitut en frais et en perte d'intérêts ; si bien qu'un beau jour le calme naquit , l'on ne s'occupa plus que de régler les créances, et
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d'envoyer xhez le notaire créanciers sur créanciers, tous munis de leurs bordereaux*
Le jeune homme fut tout stupéfait lorsque le premier créancier, que les syn**; dics lui détachèrent, se présenta, muni d'un bordereau de sa créance, etc.: il apprit la fatale nouvelle d'une pacification générale.
Alors il n'eut d'autre ressource que de traîner en longueur. 11 fit observer qu'il ne pouvait payer que lorsque tous les bordereaux et les créanciers seraient réunis, afin de ne pas avoir à payer plus que If million qu'il avait en dépôt.
Ceci parut juste : on s'empressa de tout régler; et un beau jour il fut salué de la demande du million. Il prétexta encore quelques affaires, trouva moyen de faire intervenir deux ou trois oppositions; mais «lubout de six mois tout était en règle; et enfin il se vit forcé de convoquer tous les créanciers un beau matin, dans son cabinet.
Ce ne fut pas sans un mouvement d'ef-
froi qu'il se vit entouré d'une cinquantaine de créanciers dont les mains brâlai^nt de palper ce précieux argent. Il les fit assemr tous, et 9 se.mettant vis^à-vis de son bureau, dans son fauteuil notarial, il les regarda avec inquiétude : un silence solennel régnait.
« Messieurs, leur dit-il, voici bien tous vos bordereaux , ils sont en règle ; il ne nie reste plus qu'à vous payer. »
A ce début on s'entre-regarda avec satisfaction.
(c Je ne le puis pas en ce moment , car je n'ai plus le million que l'on a déposé... »
A peine cette parole fut-elle lâchée, que les cinquante créanciers se lèvent, se courroucent, la colère étincelle, les yeux s'animent; comme dans un chœur d'opéra , les créanciers s'élancent vers le notaire , et ces paroles furieuses sont mille fois répétées : « Vous êtes un fripon ! Ou est notre argent? 11 faut le poursuivre, etc. »
Mais cette fureur soudaine tomba , comme la voûte blanche d'une casserole
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pleine de lait qu'une cuisinière retire du feu, lorsque les créanciers virent l'air impassible du notaire.
a Messieurs, leur dit-il , je. .vois avec peine que vous n'êtes pas sages; vous compix>inettez vos créances. Songez bien à ne pas me causer la moindre peine; je suis délicat , d'une complexion faible , et le chagrin me rend malade. Si vous détruisez ma santé ou ma réputation, vous perdez tout; si , au contraire , vous avez pour moi des attentions particulières , si vous prenez garde à ce que rien n« me choque, et quevous me fassiez vivre tranquillement, avant trois ou quatre ans, cinq ans au plus, vous aurez tout reçu , intérêt et principal : vous voyez que c'est avoir de laconscience.
Aussi j'imagine que vous consulterez mes goûts, mes fantaisies, mes plaisirs; que vous, monsieur un tel^ ^vous m'enverrez des bourriches du Mans ; vous , monsieur X. , vous m'inviterez à vos fêtes. Oui , Monsieur; car une jaunisse, un choléra-mor-
bus, un champignon mal choisi vous feraient perdre tout. »
Le silence le plus profond régnait , et quelques créanciers croyaient que le jeune notaire estravaguait. a Messieurs, ajouta-t-il , voici une inscription de cent mille livres de rente viagère constituée sur ma tête, et voici où est votre millioii (il leur montrait son estomac); je l'ai placé entre les mains du gouvernement qui me le rend en détail ; on .lurait pu vous le voler chez moi; je l'ai mis à couvert. Vous voy«z que vos créances sont sûres, et dépendent de ma santç. Pour preuve de ma bonne foi , voici deux cent cinquante mille francs pour payer ceux d'entre vous qui sont les plus pressés; les autres n'attendront pas long-temps. » Il dit. A la colère sucède la plus profonde admiration pour une lanoeuvre si habile: les avoués présens, urtout, rendaient un pur hommage à cette a van te combinaison.
» Ce n'est pas tout , Messieurs , j'exige e plus grand secret, car j'ai mon lion-
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neur à cœur; et si mes affaires se ressentaient de votre indiscrétion , j'en mourrais de chagrin. »
On lui garda long-temps le secret, et ie jedne notaire amassa par ce moyen une des fortunes les plus remarquables dont le notariat ait gardé le souvenir.
On n'est pas toujours aussi heureux.
Cet exemple doit suffire pour cet article.
Parmi les services que {^institution des notaires rend à la société, il faut compter celui de servir d'intermédiaire entre les prêteurs et les emprunteurs : ils sont les pères conscrits de la république des hypothèques. Toute cette affaire-là roule sur eux et leurs actes. En cette matière il y a nombre de dangers. ^
Il y a des gens qui prétendent que certains notaires, surtout eh province , ont l'art de placer pour le prêteur les fonds à cinq, et d'en tirer sept , huit et même neuf de l'emprunteur. Ils ajoutent , ces calomniateurs , que ces surplus d'intérêt se règlent et se
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paient par des billets, dont l'échéance coïncide avpc celle des intérêts légaun:
ceci n'est qu'un jeu d'enfant. Qu'un notaire place par an cent mille francs, un ou (Ieii\ pour cent produisent mille ou deux mille francs. On ne se compromet pas pour cent louis; et ce serait l'histoire du Normand pendu pour des clous.
D'autres prétendent qu'il est facile auï notaires de vous faire prêter votre .argent h des gens en déconBlure, de vous faire perdre ainsi des sommes queTon ne .peut pas rembourser, parce qu'elles sont "les dernières inscrites. Pourquoi un notaire ferait-il' cela? Et quelle somme pourrait payer le discrédit que des opérations semblables répandent sur une étude?... Ceci, d'ailleurs, est l'affaire du client, et c'est un piège que l'intelligence la plus épaisse peut éviter en vérifiant les hypothèques.
Sur cette matière, une affaire récente a ielé de grandes lumières, et a prouvé que,
ns l'emploi de ses fonds, un homme doit
?e minutieux jusqu'au ridicule.
En général un homme du monde, et qui a reçu une certaine éducation , ne renonce à la probité que pour de fortes sommes capables de Tenricbir pour toujours ; alors on ne doit se défier que lorsque l'argent prêté peut être , par un moyen quelconque, soustrait habilement.
Ainsi un notaire, dont la fortune apparente excluait tous les soupçons , avait imaginé de s'approprier les sommes que ses cliens étaient censés prêter à des individus chimériques.
Il avait soin de faire reposer la somme prêtée -sur une belle propriété , et de ne jamais mettre le soi-disant emprunteur en rapport avec son client.
Il donnait au préteur une obligation dressée par lui notaire , et qui était fausse ; puis il lui fournissait une fausse hypothèque.
C'était une chose réellement plaisante , que ce notaire examinant les maisons de Paris , et choisissant les plus belles pour
les hypothéquer imaginairement de cent « deux cent mille francs.
Entre autres aventures arriva celleci , peu de temps avant la catastrophe. Monsieur B.... avait imaginé tfempninter^ selon sa méthode, quarante mille francs à l'un de ses amis, et il les avait soidisant emprontés pour sa belle-mère qui, dans l'acte , affecta comme gage de sa.
créance une maison de campagne sise à
Saint-M y près Paris.
Au bout de quelques jours, le préteur, allant se promener au bois de..., s'ingéra par curiosité d'aller voir cette maison de campagne, sur laquelle il avait hypothèque : il trouve les dehors charmans , et il entre.
, Ne supposant pas que des gens auxquels il a prêté quarante mille francs lui refusent l'hospitalité, il se fait annoncer, et il se voit reçu par la belle-mère du notaire avec tous les signes de la froideur.
Il loue avec emphase la charmant» retraite, et désire voir l'intérieur j il parle
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comme s'il était chez lui, etc: La dame, le prenant pour un de ces intrigans dont Paris abonde, mais plus étonnée de son air de bonne foi , lui dit enfin :
(( Monsieur I je n'ai pas Tbonneur de vous connaître, et je ne sais à quel motif attribuer.... )> II l'interrompt en disant avec un air de triomphe : « Je suis monsieur
•tt»
La dame iejregarda avec un air surpris, et lui de répéter : <c Monsieur ***..,. »
Enfin il prend la parole et explique le prêt de quarante mille francs et l'hypo^ thèque qu'il a sur la maison.
La dame nie le fait, et une dispute vive
s'élève. En disputant, la belle-mère du no-
, taire s'emporta , et monsieur *** fut forcé
de se retirer. Madame...... l'avait mis en
déroute complète.
Dès le matin , le lendemain, il accourt chez le notaire, lui raconte son aventure, et lui en demai^e l'explication d'une manière assez vive.
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— ((A qui avez-vous parlé ? » demanda le notaire.
—«A une dame. »
— ft Une dame d'un certain âge, mise de telle manière Pd
— « C'est bien cela ! »
— « Hé bien 1 mon cher , ce n'est pas étonnant: ma belle-mère est folle, elle a la tête timbrée. Par égard pour la famille, on ne veut pas la faire interdire ; mais on ta tient là sans lui parler d'affaire. Avez-vous des craintes, je vais vous remboursc^r.... » Et il le remboursa, craignant les suites de cette affaire.
Une aventure, plus originale encore que celle-là fît découvrir le mystère des opérations de M. B. ^ qui prit la fuite.
La chambre des notaires a déclaré que tout serait payé par elle; et par cette noble conduite les notaires' de Paris ont prouvé que leur honorable solidarité était la meilleure de toutes les garanties.
Néanmoins , riche ou pauvre , suivez avec attention les différentes opérations
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que vous faites : c'est uu conseil qui vaut plus que le petit écu avec lequel vous aurez acheté ce livre.