‹ Code des gens honnêtesChapitre 5 sur 26 · ESCROQUERIES · texte numérisé non relu

ESCROQUERIES

Lescroquerie emporte avec elle l'idée d'une certaine finesse , d'un esprit subtil , d'un caractère adroit. Là , il faut inventer un plan, des ressorts. Elle intéresse presque.

Les escrocs sont les gens comme iljaut de la petite f^olerie; ils ne sont pas repoussons à voir; ils revêtent le costume de l'honnête homme , ont des mœurs-, un langage épuré ; ils s'introduisent dans les maisons sous toutes les formes , hantent les cafés , ont un appartement et se servent rarement de leurs dix doigts, autrement que pour signer. Il y en a qui se re^ tirent et deviennent, honnêtes gens quand ils sont riches.

Un homme de bon sens frémira des dangers qu'il court à Paris. On a calculé qu'il existait sur le pavé du roi vingt mille indi-

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Vidus environ qui , le matin , en se levant, ignorent où et comment ils dîneront. Cela n est rien : il faut songer qu'ils dînent , et dkient bien.

La classe d#s escrocs est nombreuse comme on voit, et présente des singularités curieuses. , .

A proprement parler, ceX homme comme il faut de la petite volerie naît et meurt toutes les vingt-quatre heures. Il ressemble à ces insectes du fleuve Hypanis dont parle Aristote. Le problème est résolu pour lui s'il a mangé quand le soleil se couche.

La garnison de Paris est ordinairement de vingt mille hommes : c'est un rappro« chement original , que ces vingt mille \xir dustriels dressant tous les matins vingt mille pièges contre leurs compatriotes qui n'ont que vingt mille soldats pour s'en garantir.

' On a prétendu qu'il y avait , par le fait du suicide , une espèce de caisse d'amor* tissement. de ces vingt mille industriels, et que la Seine absorbait annuellement , selon

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son cours plus ou moins favorable, une certaine quantité de ces vingt mille hom« mes comme il faut , formant la masse ylot-* tante d'une véritable dette sociale.

Il- est vrai que le nom||re des suicides s'élève à deux cent soixante ou trois cents , bon an , mal an ; mais il est de notre devoir de prévenir les honnêtes gens et les administrateurs qui dormiraient sur un pareil calcul , de la fausseté de cette assertion.

Il est de principe qu'un industriel ne meurt jamais dans l'eau ; et quand cela serait , le nombre des surnuméraires qui attendent est plus considérable que celui ^ des industriels qui prennent ainsi leur retraite : d'ailleurs on a reconnu à quelles classes appartenaient les suicides ^ et la statistique -de leur malheur a été dressée :

ainsi les vingt milles pièges n'en subsistent pas moins tous les matins.

Un homme comme il faut de la petite volerie a toujours une quarantaine d'années , parce que ce Figaro des voleurs a dû nécessairement passer par bien des fi*

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Hères avant d'arriver à cette profession dangereuse.

Il a une certaine connaissance des usages du monde, doit bien parler, avoir de bonnes manières et de la conscience.

La chaussure est de sa toilette ce qui se fatigue le plus ; et un homme observateur remarquera toujours l'état de la chaussure de ceux avec lesquels il se trouve. Cet indice est sûr. Un fripon n'est jamais hieT{ chaussé , il court trop. Il y en a qui , semblables à Charles XII, restent cinquante jours bottés. ,

Pour bien examiner ce Gilblas , saisis* sons -le dans son jour le plus brillant.

Voyez-vous, dans ce salon, un homme à 'moustaches , à fa vorisépais , bien habillé ? On conjecture qu'il pourrait donner, àao fr.

le cachet ^ des leçons de mise de cravate , tant la sienne est lisse et blanche et bien nouée. Il porte des éperons: n'est -il pas chevalier ?

Il^reste à poste fixe à la table d'écarté:

il parie , en attendant son tour 9'entrée.;

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Rien sur sa physionomie n'indique ramoui^ de Tor et ia pénurie de sa bourse. Il parle avec aisance, plaisante, sourit à ces dcuîies; ' mais s'il vient un coup à décidier, \homtne de paix , comme dit sir W. Scott , est in * Iraitable ; il applique la règle de X académie avec rigueur. Saisissez-le bien sous toutes ses faces? il a un œil perçant , les mains lourdes en apparence , il est bien tournt» , prend des attitudes, se penche, et parie même de Rosslni , de la tragédie nou* velle, etc.

11 a pendant quinze jours son cabriolet; il le quitte , le reprend , selon les caprices de la fortune. Il est le protecteur de l'honneur des dames : il n'y a plus que ces descendans des anciens preux qui pren- * nent la défense des belles, et soient prêts «i tirer l'épée si quelqu'un ne rend pas justice à leurs attraits.

S'il joue, il relève ses manches et bal les cartes avec un fini, une prescience qui séduisent; il regarde son associé qui , perdu dans la foule de^ adversaires, parie contre

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lui , et d*ua srgne lui dévoile le jeu de rennemi.

Il existe à Paris un modèle de ces Philibert cadets. Tl est trop connu pour que nous le dépeignions. C'est le grand homme, le Catilina du geni*e.

On sait qu'il dépense cent mille francs par an , et n'a pas un sou de rente. Il a maintenant cinquante ans ; il reste vigoureux et frais comme, un jeune homme. Il donne le ton encore pour les modes. Personne ne mène plus lestement un cabriolet, ne monte aussi bien à cheval, ne sait mieux prendre le ton crapuleux d'une orgie pleine d'esprit, ou les grâces françaises de l'ancienne cour.

Soutenu par un fameux diplomate, soutenu par lé jeu , soutenu par l'amour , et reçu incognito dans le monde , on pense que cet Alcibiade des fripons doit son illustration aux services tacites de tous les genres qu'il a rendus à un homme d'état célèbre.

Aussi les coquins de la capitale le citent-ils avec orgueil! C'est un de leurs grands

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