‹ Code des officiers de santé de l'armée de terre; ou, Traité de droit administratif, d'hygiene et de médecine légale militaires, complété des institutions qui régissent le service de santé des arméesChapitre 24 sur 86 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Du yètement du soldat et des soins corporels et de propreté.

Chaque état doit avoir le genre d'habillement le plas coavenable à ses fonctions journalières. {Jourdan Lecointe.)

Jusqu'à l'invention de la poudre à canon, qui apporta des modifications complètes dans l'armement des troupes et dans la manière de combattre, il n'y eut pas d'uniformité dans leur vêtement. Les armures de fer (cuirasse, casque, jaque, cotte de mailles, hauberi, bouclier, etc.), qui constituaient pour elles de véritables armes défensives, couvraient le corps entièrement ou presque entièrement, elles guerriers n'étaient distingués que par la couleur des écharpes et celle des aiguillettes; les chefe des régiments portaient des signes de reconnaissance aux couleurs qu'ils avaient choisies et les faisaient adopter par les troupes placées sous leur commandement. Mais avec Tintroduction des armes à feu (arquebuse, mousquet, fusil à baïonnette) dans les manœuvres de guerre, le lourd vêtement de fer disparut, el il ne resta insensiblement des armes des anciens que le casque et la cuirasse.

C'est Louis XIV qui, le premier, ordonna l'uniformité de l'habillement des troupes ; mais cette uniformité resta encore abandonnée aux caprices des chefs, et il faut arriver aux ordonnances du 28 mai 1733 et de 1747 pour voir déterminer d'une manière précise toules les parties de l'habillement ; les officiers portèrent pour marques àistinctives un hausse-col et furent armés de l'épée et de l'esponton ; les grades furent reconnus à des signes certains. Toutefois, les épaulettes ne furent adoptées qu'en 1759, et leur forme pour tous les grades ne fut fixée que par lès ordonnances du 25 avril 1767 et 21 février 1779. Des modifications importantes furent encore apportées à l'uniforme

sous Louis XVI par les ministres maréchal de Ségur et lieutenant général Saint-Germain. Ce dernier particulièrement, cherchant à établir pour l'armée une organisation simple et régulière, lui donna entr'autres un habillement économique et commode. Lors de la réorganisation de l'armée, en 1793, l'habit bleu seulement a remplacé l'habit blanc.

Mais c'est depuis soixante ans que le vêtement des troupes a subi les plus nombreuses et les plus importantes transformations. Ce n'est point que, s'il fallait faire ici l'appréciation des vêtements adoptés aujourd'hui pour certains corps spéciaux de larmée, nous n'ayons à reprocher que l'on a sacrifié encore trop les règles de l'hygiène à l'élégance de la forme et à l'effet d'ensemble pour les parades , mais l'on doit avouer que la partie de l'armée qui supporte le plus de fatigues en campagne, l'infanterie, a vu dans ces dernières années, après des essais et des réformes sagement exécutés, son habillement et son équipement subir des modifications aussi avantageuses à l'agilité des hommes que favorables à la conservation de leur santé.

Toutes les parties de l'uniforme des corps de toutes armes ont été définitivement réglées par les ordonnances ministérielles insérées au journal officiel depuis une série d'années. Nous y renvoyons pour les détails d'ordre, et nous ne ferons, dans le cours de l'article suivant, que l'extrait de toutes les indications utiles à connsdtre pour bien apprécier les préceptes de l'hygiène relatifs à l'habillement et à l'équipement mihtaires.

ARTICLE PREMIER

De l^hablllement.

Il ne faut jamais perdre de vue que toutes les parties qui composent le vêtement du soldat doivent avoir avant tout la santé pour objet, mais aussi que toutes les fois qu'il sera possible de les modifier et de les convertir, sans inconvénient pour celle-ci, en armes défen* sives, on ne devra pas hésiter à le faire.

L'homme de guerre est destiné par état à faire campagne ; et dans son habillement comme dans son équipement^ il ne doit rien avoir qui ne favorise cette destination. C'est pourquoi la tenue de parade, qui ne ferait que les surcharger d'un poids inutile pendant les mai'^ ches, doit être supprimée tant pour les ofiiciers que pour les soldats : « La tenue dans laquelle, dit Vaidy, le militaire est prêt à marcher à « l'ennemi, lorsqu'elle est propre, est toujours belle, et le seul luxe <( qui lui convienne, c'est le luxe des armes. »

Après de nombreuses modifications successivement mises à l'essai dans l'habillement des troupes, les décisions ministérielles du 20 novembre 1858 et des 30 mars et 27 avril 1860, ont définitivement déterminé la forme des effets d'un usage commun à tous les corps de ligne de la cavalerie et de l'infanterie.

g 4 er D0S différents objets d'habillement.

L*hygiène n'ayant point à s'occuper des particularités qui se rattachent aux uniformes spéciaux des corps de l'armée, nos considérations ne porteront que sur les effets d'un usage commun dont se compose rha,billement. H comprend :

Dans l'inCanterie: un habit ou une tunique (services administratifs), une capote, une veste d'ordonnance ou de travail, un pantalon d'ordonnance ou de travail, un shako, un bonnet de police, une calotte

de travail.

Dans la cavalerie : un habit ou une tunique, un pantalon d'ordonnance, de cheval ou d'écurie, une veste, un manteau ou un burnous, un shako, talpack, czapska, casque ou chéchia et turban, un bonnet de police, et une calotte d'écurie.

I. Coiffure. — Les conditions de toute coiffure, pour être bonne et commode, sont d'être légère, de ne pas comprimer la tête et de préserver les yeux, aussi bien de la pluie que de l'action des rayons solaires. Or, de toutes les coiffures mises en usage dans l'armée, seul le bonnet de police à visière ou képy les réunit toutes, et on l'a si bien reconnu,, que jusqu'à ce jour c'est encore Tunique coiffure adoptée pour les troupes de l'armée d'Afrique. C'est la véritable coiffare de campagne, et s'il était possible d'y ajouter une garniture de même étoffe appropriée pour se rabattre sur la nuque et les oreilles, elle garantirait ces parties dans les temps froids, de la pluie, du vent et de la neige. On a bien cherché à réaliser cet avantage par l'adoption d'un nouveau bonnet dé police. {Décision impériak du 13 avril 1860.) Il est de là forme dite en soufflet^ et ses deux rabats latéraux sont disposés pour recouvrir les oreilles ou servir de visière et de couvrenuque. Mais les troupes ne doivent en étr^ pourvues qu'au fur et à mesure des remplacements et après épuisement complet des bonnets de police ancien modèle-. [Décision ministérielle du 15 mai 1860.)

Pour les corps de cavalerie et d'artillerie, il doit y être ajouté une mentonnière de 20 millimètres de large. {Décision ministérielle du 6 avril 1861.)

Le shako actuel de l'infanterie est, par suite de la suppression des plaques de métal et des autres garnitures, beaucoup plus léger que l'ancien, et par conséquent plus supportable. Il est tout en cuir on à carcasse de carton comme celui des chasseurs à pied.

Le cercle de la base de cette coiffure ne doit pas exercer de compression douloureuse à la tête, et doit en embrasser la circonférence assez exactement pour rester en équilibre pendant l'action des différents mouvements. Des ventouses opposées doivent être ménagées à la partie supérieure, sur les côtés, près du calot ; une garniture en toile de coton ordinaire ou imperméable peut y être adaptée comme couvrenuque, de manière à garantir le cou des intempéries de l'atmosphère.

Par dérogation aux dispositions de la ciiculaire du 18 octobre 1860, qui prescrit l'adoption du shako nouveau modèle , les troupes de Tarmée d'Afrique continuent provisoirement à faire usage de bonnets de police dits à visière, dans les circonstances où elles porteraient le shaiio en cuir, si elles en étaient pourvues. {Décision ministérielle du 8 «m/ 1861.)

Depuis longtemps on a proposé de remplacer les shaicos par des casques à la romaine, en cuir verni, garnis d'une visière en avant et d'un couvre-nuquè par derrière ; une ventouse ouverte sous le cimier permettrait à la transpiration de s'évaporer, a Au lieu de cbapeaux, (( disait le maréchal de Saxe, je voudxais des casques à la romaine ; ils u ne pèsent pas plus, ne so&t point du tout incommodes, garantissent « des coups de sabre, et sont un très-bel ornement. » C'est la coiffure adoptée pour l'infanterie prussienne, et dans ces dernières années on a proposé d'en faire l'application à toute notre infanterie. Le casque est en effet la coiffure de guerre la plus convenable ; fait en cuir verni, il n'aurait pas les inconvénients du casque de métal qui est pesant et acquiert en été une chaleur insupportable. Ce dernier est cependant d'une grande utilité aux troupes à cheval (dragons, cuirassiers, carabiniers) qui combattent le plus ordinairement avec le sabre et sont exposés aux effets des armes blanches.

Quant aux bonnets à poil et aux colbacks usités pour certains corps spéciaux, et pour les sapeurs de l'infanterie, ce sont des coiffures incommodes et dont le plus grand inconvénient est d'entretenir une abondante transpiration du cuir chevelu.

En Algérie, la coiffure des zouaves, des tirailleurs indigènes et des spaliis, est très-bien appropriée au climat* Elle se compose d'une calotte rouge ou chéchia , et d'un turban en tissu de laine ou de coton.

En Chine et en Cochincbine, les troupes du corps expéditionnaire ont fait avantageusement usage, à l'imitation des Anglais dans l'Inde, de coiffures légères en moelle de bambou^ et de la forme d'mi cas* que. Le peu de conductibilité de cette substance , sa légèreté» et le mode de confection intérieure^ qui permet à la fois d'adapter solidement le chapeau au contour de la téta et à l'air de circuler facilement, et de se renouveler entre le vertex et son fond où e^t ménagée une ouveriuie, sont autant de conditions hygiéniques qui recommandent cette coiffure pour les troupes appelées h expéditionner dans des la-* titudes chaudes comme dans le sud de l'Algérie.

n. Col et cravate, ***-Les cote d'ordonnance doivent être souples et QSi^ibaA; il est essentiel qu'ils protègent le cou mais sans l'ëtreindre^ et, pour remplir ces conditions^ ils ne doivent exercer aucune corn* pression qui puisse gêner la circulation des veines superficielles. Lorsqu'ils sont appliqués d'une manière trop serrée » ils peuvent devenir la cause d'épistaxis et d'opthalmie, sinon de congestions céré^ braies et même d'apoplexies. Lorsque la carcasse en baleine très-ffna

ou en poil de sanglier qui entre dans leur confection n'est pas souple, ils déterminent par leur dureté une irritation continuelle qui amène le développement des adénites cervicales. C'est surtout dans les marches d*été et pendant les manœuvres que le col peut devenir la cause d'accidents cérébraux graves, à cause de la gêne et de la chaleur locale qu'il entretient. On doit toutefois surveiller les soldats pour qu'ils ne s'en débarrassent point quand ils sont en transpiration, une angine ou un coryza pouvant en être la conséquence.

En Afrique le col est remplacé, depuis longtemps, par une cravate en tissu de coton qui est plus favorable à l'absorption de la sueur, et qui, en préservant suffisamment des intempéries, laisse aux vaisseaux du cou la liberté que réclame leur mode d'action. La décision ministérielle du 30 mars 1860 en a étendu l'usage dans l'intérieur à à tous les corps d"infanterie.

in. Tunique ^capote y habit, veste et pantalon, — Ces vêtements doivent être faits de telle sorte que l'encolure, le corps et les manches, soient suffisamment larges, pour ne pas comprimer la base du cou^ la poitrine et les articulations des membres supérieurs et inférieurs, de manière à laisser la plus grande liberté à toutes les régions du corps, condition indispensable à la santé, à la célérité des mouvements et à la promptitude de l'action.

U habit uniforme de certains corps de cavalerie, comme la veste adoptée pour le service journalier, sont des vêtements appropriés en général à leur destination. La veste de corvée est d'une grande utilité parce que non-seulement elle ne gêne point les mouvements, mais encore qu'elle constitue un vêtement de pardessous pendant la saison rigoureuse; quant à l'habit, il ne figure guère qu'aux revues et aux parades, et il doit, sans perdre de l'élégance de la forme, être cependant assez ample pour permettre la liberté de la circulation.

-La tunique^ telle qu'elle existe aujourd'hui pour les cuirassiers et les carabiniers (décision impériale du i4 décembre 1859), et qui est encore partie constituante de l'uniforme du personnel des services administratifs, est moins gracieuse que l'habit frac ou à courtes basques ; mais elle a sur lui l'avantage de couvrir entièrement l'abdomen, les organes de la génération et le haut des cuisses , et de les préserver de l'humidité.

U habit-tunique de l'infanterie (nouveau modèle) , a des basques en forme de jupe courte qui présente, dans sa coupe sur le devant, une surface terminée par deux courbes plus ou moins développées suivant la grosseur de l'homme, et, vers le milieu des basques, une fente verticale pour dégager la hanche. Bien qu'ajusté au corps, l'habit doit cependant être assez ample du corsage et des manches pom* que l'homme soit parfaitement libre dans ses mouvements. Le collet doit être très-long pour que l'encolure soit basse et donne à l'homme toute facilité pour placer, sans avoir le cou serré, la cravate de tissu de coton.

La grande capote adoptée depuis 1805, est le vêtement d'hiver du fantassin : elle lui tient lieu de manteau aU bivouac ; elle ne se porte jamais seukj mais par-dessus la veste on par-dessus Fhabit. Croisant sur la poitrine, elle doit être assez ample pour ne gêner Tbomme dans aucun de ses mouvements, lorsqu'il la porte par-dessus Tun ou l'autre de^ces effets ; elle remplirait, selon nous, toutes les conditions hygiéniques désirables, si Ton y apportait les modifications importantes du coUet rabattu à la saxe, qui, relevé, préserve les oreilles, et des parenients larges et doubles que le soldat pourrait rabattre sur ses mains, comme il est dans l'usage de le pratiquer avec la capote criméenne. On pourrait aussi la Compléter d'un capuchon mobile qu'on y adapterait temporairement pour la nuit, ainsi qu'on l'a réglementairement admis pour le caban d'officier d'infanterie, nouveau modèle (16 octobre 1861).

Dans les bataillons de chasseurs à pied, les régiments de zouaves et de tirailleurs algériens , la grande capote est remplacée par un collet à capuchon, sorte de petit manteau qui offre précisément le dernier avantage que nous venons de signaler. Nous n'avons à lui reprocher que de gêner les mouvements des bras et d'empêcher le maniement du fusil ; aussi pour remplir toutes les conditions d'un bon vêtement, pourrait-il être remplacé par un petit manteau à manches, dont la forme se rapprocherait assez de celle du caban.

Le pantaioriy substitué aux culottes depuis 1820, ne devrait pas dépasser .la ligne de démarcation de la taille; il doit trouver un point d'appui au-dessus des hanches, sur lesquelles le retient une ceinture bouclée. Montant trop haut, et soutenu à l'aide de breteUes non extensibles, il comprime la base de la poitrine et l'épigastre, et peut déterminer une gêne désagréable.

Dans les marches à travers des chemins boueux et buissonneux, le pantalon embarrasse tellement, que le soldat en expédition avait pris Phabitude de le rentrer dans ses guêtres.

La décision du 30 mars 1860 en a réglementé l'usage pour toutes les troupes d'infanterie, en adoptant un pantalon plus ample, et assez large du bas pour se retrousser facilement en dedans, et des jambières en peau de mouton fauve, dessinant le mollet , et s'appuyant sur la cheville du pied ; elles ne doivent être adaptées que pour les marches, le pantalon devant être habituellement rabattu dans toute sa longueiu*. C'est une imitatton de la culotte à la turque que portent les zouaves et les tirailleurs indigènes. Celui des chasseurs à pied doit avoir nne longueur telle qu'après avoir été ajusté autour du jarret au moyen d'un poignet sur lequel il est froncé, il retombe à peu près à mi-jambes. {Décision du 27 avril 1860.)

Une décision impériale, du 24 mars 1860, a supprimé l'usage du pantalon blanc dans l'armée d'une manière absolue, aussi bien pour les officiers que pour la troupe; ce n'est qu'exceptionnellement aux troupes à cheval, pour le service d'écurie et durant les fortes cha-

leurs en Afrique, aux «zouaves et aux cavaliers que Ton fait porter le pantalon en treiÛls ëcru pour les soldats et en coutil écru pour les officiers et sous-ôfficiers. {Décision ministérieUe du 15 ywt//(p/1862.)

rv. Chemises^ ceintures et caleçons. -^ Le linge de corps du soldat se composé de la chemise et du caleçon. En campagne, il doit de plus faire usage d'une ceinture de flanelle.

" Là* chemise est en toile de lin ou de chanvre, ou en cretonne de coton écrue. Cette dernière étoffe a l'avantage d'être plus souple, plus chaude et aussi de conserver et d'évaporer plus lentement les produits de la transpiration que le tissu de lin ou de chanvre, et par conséquent d'exposer moins au refroidissement subit de la peau, Ces considérations hygiéniques l'avaient fait adopter d'abord pour les corps employés en Afrique, en Italie et en Corse. En 4854, l'usage en a été étendu aux troupes de l'armée d'Orient, et une décision ministérielle, du 10 avril 1858, ouvre à tous les corps, sans exception, la faculté de faire usage, à leur choix, de chemises en toile de lin ou de chanvre, ou de chemises en cretonne ou de coton écru.

La forme, les dimensions et la taille des chemises confectionnées ont été déterminées par la Note ministérielle du 13 juin 1860; celle du 13 août suivant est relative aux chemises sans -col à l'usage des zouaves, des tirailleurs indigènes et des spahis.

Les expéditions d'Afrique ont rendu d'un usage habituel dans l'armée la ceinture de laine rouge ou bleue, faisant plusieurs fois le tour du corps. C'est une addition qui a même été faite à l'uniforme des corps indigènes ou spéciaux de l'Algérie ; elle est d'une ressource hygiénique très-grande en abritant le ventre et les lombes contre les causes de refroidissement, et en prêtant aux muscles et aux viscères abdominaux un soutien large et uniforme lors de la production des efforts ; mais pour les troupes en campagne, en général, elle ne fait pas réglementairement partie de l'uniforme, et on y a suppléé par une petite ceinture de flanelle, que le soldat doit porter constamment appliquée sur le ventre, conàme moyen prophylactique contre les impressions du froid et de l'humidité. Mais nous ne saurions approuver la continuité de cette obligation, et, avec un médecin militaire distingué, M. Armand, nous dirons : « Que l'homme souffreteux, conva- « lescent, conserve sa ceinture de flanelle en permanence ; que le « soldat valide la lire de son sac pour se l'appliquer quand il passe « la nuit au bivouac ou en faction ; qu'il la prenne s'il vient de faire « une course fatigante; qu'il la prenne surtout s'il vient d'être « mouillé par la pluie, alors qu'il rentre sous la tente ou au quartier, c( voilà qui est excellent; mais qu'un homme dans toute la vigueur (f de l'âge, à riche sanguification, à puissance de calorification éner- « gique, soit vêtu, pendant les grandes chaleurs, de façon à avoir, u en plein midi, flanelle sur le ventre, caleçon, pantalon croisé, cac( pote croisée, c'est le soumettre à une asphyxie locale, le tenir au « supplice d'un bain de vapeur permanent, et lui faire perdre tous

« les bénéfices qu'il pourcait, retirer de Tapplication de sa ceinture « prise seulement en moment opportun. Mais, àira4-on, le moyen <( d'obtenir du soldat cette précaution en temps voulu? Ce moyen « est fort simple : on ordcmne en été de prendre la veste une partie « de la journée pour prendre le soir la capote; il suiBt de prescrire « le soir aussi la mise de la ceinture de flanelle qui sera gardée dans (( dans les camps jusqu'à la soupe du matin.

(( Bu reste, notre avis est qu'il serait bon de laisser ce soin à la « charge de l'homme; il sait fort bien lut*-méme faire usage, quand (( il le faut, de ce qui lui est utile. Eh voulant trop agk pour lui, on « manque parfois le but qu'on se propose, et trop souvent on l'ob^ « sède par la lettre des prescriptions ordonnéies dans son intérêt, n {V Algérie médicede, page 489.)

Des inconvénients pouvant résulter, pour Fhygièn© du soldat, de l'absence d'un effet qui puisse garantir son dos de l'action du froid, quand il a déposé son sac, M. Th. Josset, médecin sous-aide, a adressé, en 1853, un Mémoire au Conseil de santé des armées sur l'imperfection du vêtement militaire à ce point de vue, et a proposé d'admettre au nombre des effets de l'homme de troupes un gilet de flanelle sans manches; destiné à être porté par*des$us la chemise, les hommes le garderaient pendant les travaux de fburbîssage, de nettoyage, de pansage des chevaux, etc., auxquels ils se livrent ordinairemeat après avoir déposé la tunique, la capote et même souvent la veste, au risque des courants d'air. La proposition de M. Jbs^et paraît digne d'être prise en considération, et nous croyons comme lui qu'il serait à désirer qu'on délivrât à tous les soldats, en campagne, un gilet de flanelle ou une sorte de vareuse bleue analogue à celle des marins, qui a rendu des services si justement appréciés aux militaires du corps expéditionnaire en Chine et en Cochinchine en 1860-61 . La laine est on effet un excellent préservatif non-seulement en soustrayant Tenveloppe cutanée à l'impression immédiate des changements de température, mais encore c'est un vêtement indispensable contre l'humidité froide des nuits dans les climats chauds comme celui de l'Algérie, et l'adoption de ce simple moyen préviendrait beaucoup des maladies abdominales qui entrent pour une si grande part dans la pathologie africaine.

Le caleçon est en tissu de coton ; il ne doit pas être attaché à l'aide d'une ceinture trop étroite, et les liens de fixation aux jambes ne doivent pas étreindre trop fortement celles-ci. Sa destination est d'absorber le produit de Texhalation cutanée et d'empêcher que le pantalon, qu'on ne lave pas, n'en demeure imprégné.

Un seul caleçon ne suffisant pas, il devient nécessah*e qu'on en accorde un second pour permettre au soldat d'en avoir constamment un sur le corps pendant que l'autre est au blanchissage.

V. Chaussures et gants. — Les chaussures doivent réunir les conditions de solidité et de rigidité à un certain degré de souplesse qui leur

pennette de se ployer aux diverses courbures du pied^ sans toutefois le blesser. C'est surtout pour le fantassin que les chaussures doivent être bien établies, car, par leurs défectuosités, elles gênent beaucoup la marche, et les ampoules et les durillons en sont la conséquence. En campagne, on ne cire pas la chaussure, on doit seulement la graisser, de façon à Fassouplir et à lui assurer une plus longue durée.

Les souliers constituent la meilleure chaussure pour le fantassin; les guêtres en sont le complément. Celles en cuir ont l'inconvénient de se durcir très-vite, et quand elles ont perdu leur souplesse, elles blessent dans les marches fatigantes les malléoles et le coude-pied; aussi les a-t-on remplacées pour la route par des guêtres en toile. Mais les unes et les autres d'ailleurs n'embrassent pas tellement bien le soulier, qu'elles ne laissent passer entre elles et lui, avec la plus grande facilité, l'eau, la boue, le gravier, la poussière, de sorte que souvent les hommes sont obligés de se déchausser en s'arrêtant pour se débarrasser de ces corps étrangers qui leur blessent les pieds. Un autre inconvénient, c'est qu'à chaque instant, les sous-pieds, les lacets, les boutons se cassent ou se détachent, et ensuite, conmie il faut beaucoup de temps pour les lacer, surtout la nuit, cela peut être funeste en cas d'alerte, où le soldat doit être promptement chaussé. Toutes ces considérations réunies ont engagé plusieurs médecins militaires à proposer l'usage de la bottine, celle-ci étant préférable pour la simplicité, la rapidité avec laquelle on la chausse ou la déchausse et l'obstacle qu'elle apporte à l'introduction des corps étrangers. Son prix, du reste, ne dépasserait pas celui des souliers et des guêtres (5 fr. 50 c. et 3 fr. 50 c, au total, 9 f.).

La botte légère est la chaussure du cavalier : elle doit être assez large et assez souple pour lui permettre de faire une marche à pied, comme il y est forcé quand il lui arrive d'être démonté. — ^La grosse botte et la botte dite à l'écuyère ne sont en usage que dans quelques corps de cavalerie (cuirassiers et carabiniers) et certains corps spéciaux (gendarmerie et cavalerie impériale).

Les chaussettes et les bas ne sont pas en usage parmi les militaires; l'introduction de ces objets dans le vêtement du soldat serait utile, parce qu'ils ont l'avantage de se charger du produit de la transpiration cutanée abondante que la marche et l'exercice déterminent ; le soldat diminue bien cet inconvénient en se graissant les pieds avec du suif, ce qui les rend aussi moins impressionnables au froid et à l'humidité ; mais l'usage des chaussettes devient un besoin réel pendant l'hiver pour quelques cavaliers.

Quant aux gants, ils ont été adoptés pour toute l'armée ; ils sont en peau pour les cavaliers et en tissu de coton pour les fantassins; outre qu'ils ajoutent à l'élégance de l'uniforme, ils protègent les mains contre les froids rigoureux.

La cahtte de eoton^ qui sert de bonnet de nuit, les mouchoirs de

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poche, que la propreté rend indispensables^ sont encore des parties accessoires du vêtement.

Il est à souhaiter de voir donner en plus au soldat une setmetie ou essuïe-mams, pour lui faire perdre la fâcheuse habiti^de de s'essuyer avec ses draps, et un mspensoir pour les organes génitaux, dont l'utilité est si bien appréciée par les cavaliers comme ^r ceux qui font de la gymnastique.

g 2. — De rbabillement dans les eorps.

Autrefois les colonels recevaient une certaine somme pour subvenir aux besoins de Thabillement des soldats de leurs régiments. On a établi ensuite des magasins centraux pour les fournitures dliabillement à faire aux troupes. Le drap est acheté par l'État et envoyé comme les toiles, de ces magasins dans les corps, où les effets sont confectionnés d'après les modèles publiés par le Ministre. Il n'est fait d'allocation que pour les effets de petit équipement.

La confection des effets est confiée à un maître tailleur, qui a sous ses ordres des ouvriers tailleurs pris parmi les soldats de la compagnie hors rang.

I. Effets cf habillement et d'équipement réglementaires» — Les sous-officiers, caporaux ou brigadiers et soldats reçoivent aux frais de l'État les effets d'habillement et d'équipement ci-après, savoir :

Bans tinfanterie : un habitj dont la durée est fixée à 3 ans (18 mois pour la ^ande tenue, et 18 mois pour la petite tenue et les corvées) ; des épaukitesy dont la durée est la même : une capote (à taille pour les sous-offîciers), dont la durée est fixée à 3 ans; une veste, d'une durée de 3 ans, ou un second habit dit de corvée (1) ; un pantalon, dont la durée est fixée à 1 an; un bonnet de police, d'une durée de 3 ans ; un schako, d'une durée de 4 ans.

Ils reçoivent, en outre, comme effets de gi*and équipement qui sont confectionnés dans les magasins de l'État :

Une giberne, un ceinturon, un sabre, un fourreau de bayonnette, une bretelle de fusil et un sac à distribution.

Dans la cavalerie : un habit, dont la durée est fixée à 18 mois pour les sous-ofiBciers, et à 3 ans pour les soldats ; un manteau, de la durée de 9 ans; aux hommes non montés, dans l'artillerie, une capote, dont la durée est fixée à 8 ans ; une veste d'écurie, dont la durée est de 18 mois ; un pantalon d'ordonnance et un pantalon de cheval, devant parcourir chactm une durée de 18 mois; un bonnet de police, d'une durée de 3 ans; un porte-manteau, d'une durée de 8 ans.

Dans les carabiniers et cuirassiers : un casque, de 12 ans de durée, et une matelassure, de 4 ans de durée. Dans les autres corps, un

(4} Par décision impériale da 3 novembre 4860, la veste dite de corvée est supprimée dans les régiments d'infanterie et les bataillons de chasseurs à pied ; elle est remplacée par un second habit. {Déeition minittérieUe du 9 novembre 4860.)

schako^ de 4 ans de durée ; une gtbeme^ un porie^ibeme et un portemousqueton^ un ceinturon de sabre. Dans les hussards, i^e sabreiachy une ceinture et un cordon de pelisse.

Les effe^ de petit équipement^ qui comprennent les effets de linge et chaussure, et les effets de petite monture^ sont au compte des masses individuelles. — Les effets de linge et chaussure sont : les souliers, du prix de 5 francs 30 centimes la paire (le soldat en a deux paires); les bottes, la paire 16 francs : les bottines 12 francs; les guêtres en cuir 3 francs 60 centimes ; en toile 1 franc 27 centimes ; les jambières en peau de mouton, la pake 4 francs; le caleçon 1 franc 65 centimes; les chemises en toile 4 francs 10 centimes; en cretonne blanche 3 francs 10 centimes, et écrue 2 francs 60 centimes (le soldat doit en avoir trois) ; le couvre-nuque en cretonne de coton dégrisonnëe, 35 centimes ; la cravate en tissu de coton bleu foncé, 60 centimes ; les cols en satin turc 1 franc (le soldat en a deux) ; la calotte de coton, qui sert de bonnet de nuit, 30 centimes; les gants, la paire 70 centimes pour rinfanterie, et 1 franc 60 centimes pour la cavalerie ; les bretelles 45 centimes ; un couvre-schako, un pompon, un étui d'habit, un couvre-giberne, un havresac et sa courroie et le livret sur lequel sont inscrits tous ces objets.

Les effets de petite monture sont : un tampon de fusil, une boucle de pantalon, une épingle tte, trois éche veaux de fil blanc et noir, trois aiguilles, un dé à coudre, une paire de ciseaux^ une alêne, un peigne, deux mouchoirs, une patience et une brosse à reluire , une brosse à habit, une double brosse à cirage, une boîte à cirage.

On voit que le règlement répond assez complètement aux besoins du soldat. Tous les trois mois, le capitaine de la compagnie fait une revue pour constater et renouveler les etFets qui lui sont nécessaires.

Si nous avons ajouté ces détails de rhabillement des troupes, c'est parce qu'ils nous paraissent se rattacher plus ou moins directement à l'hygiène du soldat.

Quand les troupes entrent en campagne, on doit spécialement porter l'attention sur l'habillement et la chaussure. II est recommandé d'empêcher les hommes de se charger d'autres vêtements qne ceux prescrits par l'ordonnance : la grande capote et la tunique ou l'habit. Le soldat emporte avec lui : un petit bidon de 3/4 de litre, et destiné à recevoir le mélange d'eau et d'eau-de-vie, une enveloppe dt paillasse^ dans laquelle est mise la paille de distribution , et sur laquelle le soldat se couche ; une couverture et un sac de campement dit tente-abri, {Voir chapitre F.)

Le soldat en campagne est aussi porteur soit d'une pioche, soit d'une pelle, d'une hache ou d'une serpe. Il y a par escouade ou réunion de huit hommes, une marmite, une gamelle et un bidon de 10 litres pour une réunion de seize hommes. Le caporal est chargé de porter le sel.

II. Du fardeau militaire, — Le poids du fardeau militaire ne doii

pas moins fixer notre attention. Les troupes devant être légères avant tout, antant ponr supporter les fatigues pendant lef» routes ou les ex* pëditions, que pour combattre avec une grande mobilité, le fardeau doit être sagement déterminé de manière à ne pas paralyser les forces du soldat, du fantassin surtout, qu'une trop lourde charge mettrait bientôt hors de service.

Le soldat ne doit donc porter que ce qui lui est strictement nécessaire, pour les changements de garnison à Tîntérieur comme pour les marches en campagne. Outre Thabillement, l'équipement et Tarmement, nous avons vu que le havresac renfermait les effets indispensables, des souliers, du linge, etc. ; que le poids total de ces objets pouvait s'augmenter de sa réserve de cartouches, d'une petite quantité de vivres, de son bidon, de sa couverture de campement, de son sac de couchage et d'autres ustensiles. Dans les marches à l'intérieur, le fusilier d'infanterie porte 4 8 kilogrammes 438 grammes; le grenadier, 21 kilogrammes 312 grammes, tandis que le soldat du génie porte 24 kilogrammes 700 grammes. Ce fardeau est réglé en raison du choix des hommes et du développement des forces physiques. Or il a été reconnu que la fatigue qu'il fait éprouver est telle, que pendant rétape, môme sur une bonne route et par un temps favorable, beaucoup d'hommes sont forcés de mettre leur sac à la voiture, lorsqu'ils n'y montent pas eux-mêmes, et si l'on réfléchit à la dépense de force qu'exige ce poids pendant toute une expédition, on concevra aisément qu'un grand nombre de militaires, particulièrement les nouveaux venus, ne puissent la fournir. Aussi est-il dans l'usage, à moins d'empêchemenk absolu, d'employer des animaux de charge pour transporter les approvisionnements et pour alléger le fardeau de l'homme. Et quoiqu'il soit indispensable que le soldat reçoive des vivres pour plusieurs jours, on ne doit jamais perdre de vue .qu'il ne faut surcharger son fardeau que dans le cas de nécessité absolue; car, disait le maréchal de Saxe, « c'est dans les jambes qu'est tout le secret des manœuvres et des combats, « C'est dire qu'il est aussi dans le fardeau. Le général Rogniat {Considérations sur l'art de la guerre) déclare avoir trouvé que le soldat romain portait 90 livres. Tout ce que nous savons, c'est que le soldat romain portait, dans certaines circonstances, jusqu'à 15 jours de vivres (Cicéron).

Le fardeau du fantassin français se compose ainsi qu'il suit (1) :

Habillement 7kil.025gr.

Grand équipement 4 690

Annemen^ 7 206

Munitions 4 450

Linge et chaussure 6 808

Total 24 479

(4) Voir Hygiène militaire comparée et ttaiiiiiquê médicale de» arméet de terre et de mer^ par M. Boudin, tome 64 du Recueil de» mémoire» de médecine militaire.

IViir peu qne l'on ajoale i ce brde»B les vivres et les qaetquef \x\^pif dont le soldat est poitew ea mapagiie, on airive k phis de »> kilf^ranunes m 60 thres.

Vws »-"we âiïi: ia-T«B ^vuit que les armares diverses, mises en eswr mmrffts m ^^ J-"^ ^ plapart abandonnées aussitôt qall te TNianm: ot. pi*^ h n-vs^rvaient pas les parties dn corps des efteS- À« TiTOW."^"- «o;«!f ?*f 1* poudre à canon. Aajonrdliiii, le jmjgg,.^À. W ç-oMt^AK^ le casqne, la cnirasse et les baffleteries ^»nn- iPi--»«ï*'v j.-M»ïrî- -ffe"**^"fis qui aient été conservées.

/*: -fntatr"^ ' -■'■■'' "*" '■''*'*'ï"^ ^' ^^ lu cuirasse, la tête et la poit~.™ î^„ -Je. t^i-^ms-'jiùt^tt'o'nieat les organes les plus indispen- -,■ r», li ■^- a -.i^esoù les blessures sont le plus dangereuses et ^ww-m'' (■M't'w*'^ *^»»>il***. Le casqne, qui sert en même temps de •^ -- ^^ .-,itij,«t .J> -"fW Ju soldat des coups de sabre auxquels elle * .' „'r*-i^- "• -"■****' malgré son poids et l'incommodité qu'elle "~ " ^ ...v ■» >utrio« et les épaules contre les effets non-senle- '''"^' ,^ ^ s ,;o tutùn, mais aussides armes à feu (4). Aussi ces "'"' __. ^^^. vU^sd'une utilité inconlestableauxtroupes qui com- """ , .V .i.uiv-ut avec le sabre (cuirassiers et carabiniers), et

*" ^ . ;, ^v'utt,- durant les travaux de siège. Nous n'en devons

placé par un ceinturon en cuir agrafie sur le devant. Ce ceinturon soutient en même temps la cartouchière ou la giberne, Tarme blanche et le fourreau de baïonnette.

La giberne portée derrière est moins gênante pour la marche, mais c'est défavorable dans le combat. Aussi le mode d'attache et de suspension de la giberne au ceinturon permet-il de la ramener sur le devant pour la charge pendant l'action.

La giberne portée sur le devant donne il est vrai au soldat plus de rapidité dans la charge, mais elle fatigue beaucoup et, en comprimant les viscères abdominaux, elle peut déterminer des hernies.

Le havresac a aussi un mode de suspension préférable, il se fait à l'aide de passants qui rattachent la bretelle du sac au ceinturon.

Pour ne pas blesser les parties du corps sur lesquelles elles portent, les bnffleteries doivent être larges et en cuir assez fort pour servir en même temps d'armures protectrices.

§ 2i —Des armes proprement dites.

Les armes mises en usage dans l'armée française sont de deux ordres : les armes blanches, les armes et les bouches à feu. (1)

I. Los armes blanches sont les sabres de diverses formes, selon les armes, les sabres-baïonnettes de chasseurs à pied, les épées et les baïonnettes pour les corps d'infanterie, les lances hampées pour les lanciers, les haches d'infanterie et les haches de campement.

n. Les armes à feu sont à percussion ou à piston, et comprennent les fusils simples (modèle 1840), les fusils dits à tige, etles fusils rayés pour les corps d'infanterie, les carabines rayées dites de munition (modèle 1846 transformé et modèle 1853) pour les chasseurs à pied et les zouaves, les mousquetons d'artillerie, de gendarmerie et de cavalerie en général, et les pistolets pour la cavîderie et la gendarmerie. S

C'est en 1700 que le fusil de munition fut généralement adopté, peu différent de ce qu'il est aujourd'hui en apparence, mais en réalité très inférieur, plus long, plus lourd, d'une moindre portée. Depuis 1842, il ne pèse que 4 kilog. et demi, autrefois il pesait 7 kilogrammes.

C'est en 1703, sur l'avis de Vauban, qu'on a ajouté la baïonnette au fusil de munition.

Aujourd'hui, les armes à percussion sont généralement adoptées, et c'est sans contredit la modification la plus avantageuse qui ait été apportée à la batterie du fusil, dès 1828. La capsule est formée d'une

(4) Il y a en France quatre manufactures d'armes du Gouvernement, dont trois pour les armes à feu seulement: Saint-Etienne. Tulle et MuUig, et une à la fois pour les armes blanches et les armes è feu : Châtcllerault. La direction et la surveillance en sont confiées k des officiers d'artillerie.

eoTdoppe de feuille mince de ciÛTre qui renferme quelques centi: grammes de fulminate de mercure.

La cartouche est faite d'une enveloppe cylindrique de carton mince ou de papier» dans laquelle on tasse la poudre, environ 8 à 9 grammes, sur laquelle on met une balle. Le poids des lialles est de 18 an demi kilogramme; c'est-à-dire que cette quantité de plomb doit fournir 18 balles de 24. grammes chacune.

Les feux de ilnfanierie produisent de très-grands effets quand ils sont effectués avec précision et à bonne distance. Us sont peu redoutables quand le tir a lieu sans précision et de trop loin. D'après le relevé des longues guerres, sur 10,000 coups de fusil un seul atteindrait Vennemi. En 1830, pendant l'expédition d'Alger qui a duré 13 jours, on a consommé 3 millions de cartouches. Avec la balle de 16 milL 3 et une charge de poudre de 9 grammes 5, les effets de justesse du fusil d'infanterie sont à 200 mètres de 73 pour 100, à 300 mètres de 49 pour 100, et à 400 mètres de 25 pour 100. Les balles des fusils de rempart et des carabines forcées commencent à devenir moins meurtrières à 500 mètres, et les balles de munition à 300 mètres ; bien que ces derniers blessent à des distances beaucoup plus grandes, ce n'est qu'à 200 mètres que Ton regarde le feu de l'iniLanterîe comme devenant réellement efficace.

Des expériences faites à Vincennes ayant démontré qu'une pointe de Paris de 30 mill. de longueur enfoncée dans la partie postérieure d'une balle donnait quatre fois plus de justesse qu'avec la balle simple. MM. Thouvenin et Minié ont modifié le fusil et la carabine en adaptant une tige métallique au fond du canon, à la pièce de culasse qui permet à la poudre d'en garnir le pourtour jusqu'à son extrémité. La balle de forme cylindro-conique, du poids de 47 grammes, s'appuie sur la tige et se force au moyen d'une forte baguette qui l'aplatit légèrement ; le fusil a le canon lisse, la carabine ei^ rayée. Les effets de justesse et de pénétration sont bien supérieurs à ceux obtenus avec les fusils et les carabines en usage; ainsi, avec une charge de poudre moindre que celle du fusil ordinaire, la balle est lancée à 1 kilomètre et avec précision; une échelle de graduation dite hausse mobile, permettant d'ajuster sous des angles et à des distances variées.

Toutefois, l'adoption des armes à tige n'a point prévalu et n'a jamais été généralisée dans l'armée ; de nombreuses expériences ayant bientôt démontré que les simples rayures faites à l'intérieur du canon suffisaient poiu^ donner au tir à la fois plus de justesse et plus de portée. C'est pourquoi depuis la mise en service des armes rayées daib toute l'armée et la suppression de la tige dans les carabines et les mousquetons d'artillerie, on a réduit à deux le nombre des modèle^ de cartouches en usage, savoir; la cartouche de chasseurs, modèlf 1859, et la cartouche d'infanterie, modèle 1857. La première doi; être employée avec les carabines modèle 1853 terminées, et 18&C transformées ; la seconde est employée avec toutes les autres anne^

rayées, telles qae foedls d'infanterie et de dragons, mousquets de g-endarmerie, d'artillerie transformée, et pistolets de cayalerie.

La note ministérielle du 13 juillet 1860 prescrit de continuer provisoirement l'usage de la cartouche à balle oblongue dans les corps ayant encore des armes à tige, et de la cartouche à balle sphérique dans ceux dont les armes ne sont pas encore rayées.

m. ^ Les bouches à feu comprennent les canons, les obusiers et les TQortiers. Les canons et les obusiers sont dits de siège, de place ou de campagne : leur longueur est réglée d'après les conditions de leur service. Pour la dénomination des bouches à feu de chaque espèce, on a conservé à celles dont les projectiles sont pleins, les anciennes désignations qui se rapportaient alors au poids de ces projectiles (de 24, 16 et 12), mais qui ne sont plus considérés que comme des noms propres; les bouches à feu à projectiles creux sont désignées par les diamètres de leurs projectiles exprimés en nombres ronds de centimètres (obusiers de 22 c, de 16 c. et 15 c. ; mortiers de 32 c, 27 c, 22 c. etl5 c. ). Les pièces de siège sont de 24, 36 et 48; les plus fortes sont celles de 24 ; quant aux pièces de campagne, il n'y en a que de 12 et de 8: pour la guerre de montagnes» en Algérie par exemple, nous avons une artillerie qui se démonte et se transporte à dos de mulet. Le diamètre de la pièce de 12, calibre le plus ordinaire est de 121 centimètres, celui du boulet de 2 millimètres de moins, la charge de la pièce pour tirer à boulet est de 1 kilogramme 959 grammes.

Toutes les pièces sont en bronze (100 parties de cuivre et 11 d'étaîn), excepté celles de la marine, qui sont en fer. Les divers calibres portent à 2,800 mètres, tirés sous un angle de 15 degrés.

Tous les projectiles, à Texception des balles pour boites de campagne et de montagne sont en fer coulé ; celles-ci sont en fer battu, pour leur donner plus de poids. On distingue les projectiles pleins (boulets, grenades, balles en fer coulé ou en fer battu), et les projectiles creux.

Dans ces dernières années, une savante innovation a été apportée dans le système d'artillerie de campagne ; elle est due à l'Empereur Napoléon ni. Sans nuire ni à la solidité, ni à la puissance, ni à la justesse du tir^ la nouvelle et unique bouche à feu réalise toutes les conditions de service : légèreté, mobilité et simplicité de matériel; il nous suffira d'indiquer qu'elle est du cahbre de 12, qu'elle est en môme temps canon et obusier et qu'elle pèse 300 kilogrammes environ de moins que le canon de 12 ancien. Toutes ces modifications ont été jugées nécessaires pour permettre d'utiliser le canon-obusier dans toutes les circonstances que la guerre peut présenter, et l'unité de calibre offre aussi sur les autres systèmes, le précieux avantage de perasettre de se servir de son dernier canon et de brûler sa dernière cartouche.

Mais le tir de la carabine de munition ayant reçu une portée de mille mètres au lieu de deux cent cinquante, il a fallu que la portée

des booclies à fini denit en lapywt avec ce progrès. De là, Tapplication des lajvres an canon, dont 1 Idée icmonte à ^os de deu!^ cents ans, mais qm ne bA adoplée avec tons ses peifectioimemeDl^i que depoîs 1857. Ce sTstcme pemet de lancer arec one très-grande jostesBC à 5,000 mètres des ptojedflesbeanconp pins meurtriers qne les boulets Tolgaires. Ces mêmes prajectOes atteignent ayee l'obusier de cançagne près de 3 kilomètres de pottée.

Le matiàid est d'une â grande légèreté que le caisscm et la pièce ne pèsent guère que 1,200 kîlogTammes, H que quatre chevaux suffisent pour Fattelage.

La disd{£ne militaire a fiait un deroir des smns de j^opretë, tant pour les firanûtures du coucher et le logement que pour le bêtement. Des règles ont été paiement étaUies pour les soins non moins importants de propreté corpcNrefle; nous Tonlons parler de la nécessité de changer le Ihige de corps, des lotions et des ablutions, des bains et des onctions.

Réglementairement, le linge de corps doit être renouvelé exacte ment une fins la semaine, et l'autorité ne saurait se montrer trop vigilante à s'assurer qne les chemises ont le degré de blancheur qu'on doit avoir d'une bonne lessive, et que la sîccité est complète. Celle dernière précaution est surtout nécessaire à l'égard du caleçon que le 84^dat est dans l'habitude de laver fan-méme , surtout en expédition, parce qu'il n'en possède qu'un seul, car on doit craindre pins leflTet du linge mouiOé sur le corps qne l'action irritante d'une laine grossière sur la peau.

L'usage des chaussettes serait assurément très-avantageux poiu l'absorption de la transjnration des pieds, mais fl est fiacile de comprendre qne leur entretien serait difficQe et coûteux et que ce serait encore angmenterlebagagedu soldat fiintasan, qui saityremédierpai desouctions.Onnepeut assurément le blâmer de cette habitude, dont l'utilité est reconnue dans les maicbes; mais comme la transpiration des j^eds peut, en s'accumulant dans les chaussures, y former un dépôt concret qui exhale souvent une odeur insupportable, il est de règle de prescrire de firéqnents lavages pour les pieds, et de ùire gratter l'intérieur des souliers. Cette mesure, qui est simple et d'une exécution Catcile, peut contribuer beaucoup à dhninuer le nombre des écloppés pendant les expéditions, en éloignant les causes de maladies auxquelles ils sont le plus souvent exposés, connue les écorcbares, les ampoules, les contusions, etc.

C'est pour maintenir plus fiacflement la propreté de la tète et iiavo-

riser la transpiration du cair chevelu, en évitant Taccumulation des produits de Texhalation qui se fait à sa surface, que le soldat est astreint à une règle invariable pour la chevelure et pour la barbe.

Les cheveux doivent être coupés à deux centimètres du cuir chevelu : Tofficier de santé est consulté pour désigner les militaires que leur état de santé oblige de soustraire momentanément à cette opération; ainsi les convalescents et les hommes atteints de bronchite, d'otite, de carie dentaire, d'adénite cervicale, d'angine et d'ophthalmie.

Les moustaches et la barbe, en général, doivent, comme les cheveux, être soumis à des soins particuliers; il est d'usage de les peigner, de les laver et de les brosser pour les conserver dans un état constant de propreté, empêcher qu'elles retiennent après elles la poussière, la sueur, et les insectes parasites dont l'infection est toujours accompagnée d'inconvénients graves.

Le visage, la bouche, les mains du soldat doivent être lavés chaque jour, et c'est une sage mesure que d'avoir exigé des militaires qu'ils se frottent les dents avec une brosse douce exactement chaque matin, afin d'enlever la couche hmoneuse résultant de la sécrétion des gencives pendant la nuit. On doit assurément à cette pratique la disparition d'un grand nombre de caries dentaires, de gengivites et de stomatites ulcéreuses, qui étaient autrefois si communes dans l'armée.

Les organes génitaux demandent aussi des soins ordinaires de propreté. Les visites sanitaires permettent souvent de reconnaître des balanites qui sont plutôt les résultats de la malpropreté que de la contagion syphilitique : aussi les officiers de santé doivent-ils exiger du soldat qu'il apporte une attention particulière de ce côté.

Le nettoyage du linge est le complément de la propreté personnelle. Et aujourd'hui, que les procédés de blanchissage reposent sur des données positives, l'hygiène ne peut manquer de s'intéresser aussi à toutes les améhorations à apporter dans le mode de blanchissage du linge de l'armée. C'est le système des buanderies à la vapeur qui paraît offrir le plus d'avantages , non-seulement pour l'économie de main-d'œuvre , de combustible et de savon, mais aussi par l'améhoration notable dans la propreté du linge et la prolongation de sa durée ; il a reçu un commencement d'application pour le blanchissage du linge de la troupe et des hôpitaux à partir du 1" janvier 1854, par suite du décret du 10 décembre 1853 , rendu sur les conclusions des rapports favorables d'une commission spéciale et du Ministre de la guerre. « Il est incontestable, dit le Ministre, que l'usage habituel de hnge de corps plus fréquemment et mieux blanchi apportera dans Tétat sanitaire de l'armée une amélioration qui indemnisera un jour le Gouvernement de ses avances (pour l'installation des buanderies militaires) par la diminution du.nombre des journées d'hôpital, et compensera le temps consacré au blanchissage en

laissant un plus grand nombre d'hommes disponibles pour le service. ))

L'article 1" du décret précité dispose que la masse individuelle supportera toutes les dépenses de blanchissage au moyen d'un abonnement trimestriel. Le taux de cet abonnement a été fixé par le règlement ministériel à 65 centimes par trimestre et par homme^ pour les troupes à pied, et à 1 franc 5 centimes pour les troupes à cheval.

Les résultats économiques de ce nouveau mode de blanchissage ont été constatés depuis que l'installation des buanderies mihtaires a été étendu à plusieiu^s garnisons. Un grand nombre d'hôpilaux militaires l'ont déjà mis en pratique. Toutes ces considérations nous amènent à entrer dans quelques détails sur le lessivage du linge, que nous extrairons d'ailleurs du savant rapport de M. Humbert à la Commission d'hygiène du VP arrondissement (1).

L'opération du lessivage se compose de cinq manipulations distinctes : d° l'échangeage ; 2° le lessivage ; 3° le savonnage; 4® le rinçage; 5'' enfin le séchage.

L'échangeage, c'est remuer grossièrement le linge dans de l'eau froide ; on y ajoute quelquefois du savon. Quand le blanchissage se fait à la vapeur, on supprime assez souvent cette opération ; c'est ainsi que l'on en use à l'École militaire. C'est une mauvaise économie de temps : l'échangeage est toujours utile ; beaucoup de matières sont aussi solubles dans l'eau que dans la dissolution alcahne.

2^ Le lessivage est l'opération la plus importante ; a elle consiste à mettre en contact dans des conditions favorables le hnge avec des dissolutions alcalines qui, en saponifiant les graisses, rendent solubles dans l'eau les matières dont l'étoffe est souillée et permettent ensuite de les enlever par le lavage. » Il est utile de rappeler les premières conditions à remplir pour que le lessivage soit bon : 1° une température de 100 à 110'' est nécessaire pour que la saponification puisse se faire complètement. Aune température de 300 à 400 degrés, les alcalis les plus faibles détruisent les fibres des tissus; à une température même de 100 degrés, les dissolutions trop concentrées ( 6 ou 7» du pèse-lessive), surtout celles de soude ou de potasse caustiques, attaquent les tissus; <( 2° l'on a reconnu que tout changement trop brusque de température du linge peut crisper les fibres textiles et que, de plus, l'action d'un hquide bouillant ou d'un jet de vapew sur le linge froid, fixe et réunit en quelque sorteles matières animales et albumineuses qui ne peuvent être ensuite enlevées que par l'emploi du savon et un frottement prolongé. »

En Angleterre, en Belgique, en Hofiande et dans une partie de l'Allemagne, l'on fait bouillir longtemps le hnge dans de l'eau de

(4) Voyeï Diciionnaire d'kygiéne publique ^ par A. Tardieu, article Lavoirs.

39 von. C'est ua procédé long et dispendieux, qui exige i^psi^ite que l'on frotte longtemps le linge. On a inventé beaucoup de paécaniques pour éviter le frottage par les înains ; mais ces inventions offrent cet inconvénient, que le linge est frotté, usé partout ; à la main, cie n'est que l'endroit sali qui est particulièrement frotté.

« l. 'emploi direct des alcalis est éviden^ment plus économique quie le savon, puisque, dans les dissolutions alcalines qui coûtent n}oin3 cher, les alcalis se trouvent immédiatement en contact avec les impuretés de l'étoffe pour se combiner avec elles ; à la vérité, à la température ordinaire, les carbonates de soude et de potasse dissolyent bien moins les impuretés, le dégagement de l'acide carbonique s'opérant moins facilement que la composition de l'oléate neutre ; mais si l'on emploie le carbonate potassique à une température de 100°, l'acide carbonique est chassé par l'ébuUition, et il produit le même effet que l'eau de savon. »

En France, en Italie, en Espagne, l'on emploie généralement pour les lessives les dissolutions alcalines, soit qu'on les obtienne par le lavage des cendres, ou, ce qui est préférable, que l'on se serve de3 sous-carbonates de soude ou de potasse. Pour opérer avec les cendres, on entasse dans un grand cuvier percé au fond, le linge plus fin, au bas; on couvre d'une grosse toile, on place les cendi*es de bois sur cette toile, on recouvre d'une seconde grosse toile et l'on jette l'eau chaude. L'eau pénètre dans le linge, on la reçoit dans un vase à sa sortie du cuvier, et on la rejette. Il faut de 12 à i8 heures pour que cette opération soit faite dans des conditions satisfaisantes. Ce mode de procéder ne permet pas le dégagement de toutes les saletés, il les tient seulement en dissolution ; il faut ensuite reprendre le linge, le laver, le savonner.

Pour remédier aux vices de ces procédés primitifs, grossiers, l'on a inventé divers systèmes, qui tous laissent plus ou moins à désirer.

Les conditions à remplir sont celles-ci : s'assurer que la température de 100 degrés soit unifornjie, et ne s'élève jamais au-dessus de 110; que tout le linge reçoive également la dissolution; qii'il n'y ait jamais de brusque changement de température ; que l'opération dure aussi peu de temps que possible.

Le blanchissage à la vapeur est le procédé qui paraît le mieux répondre à toutes ces exigences. Dès 1807, Chaptal établissait que le blanchissage à la vapeur était le plus satisfaisant : c'est le seul mode, disait-il, qui permette d'imprégner de lessive à peu près également tout le linge. Berthollet, Cadet-Devaux, Curaudau, ont exprimé la même opinion. Ce qui a empêché ce mode de blanchir le linge d'être plus tôt adopté, c'est que les premières machines créées étaient incomplètes et onéreuses. En 1837, le baron Bourgnon publia une brochure en faveur du blanchissage ^ la vapeur; il éclaira Topinion, il effaça bien des préjugés. Vers 1844, un industriel, M. Charles, hvra des appareils à vapeur d'un assez bon usage. En 1853, le Ministre de la guerre

nomma mie commission pour étudier la question du blanchissage de Tannée. Cette commission se prononça pour le blanchissage à la vapeur, qui, dit-elle, « nettoie parfaitement le linge, ne le brûle aucunement et assure sa conservation, en ce sens que l'emploi de la brosse et du battoir devient complètement inutile pour le lavage ; la lessive est faite en beaucoup moins de temps que par le coulage ordinaire » (6 heures au lieu de 24).

M. Humbert préfère également le blanchissage à la vapeur à tout autre.

Voici quelles sont les conditions qu'il indique comme les plas sûres, pour obtenir les meilleurs résultats : « Le linge doit être immergé à sec dans une dissolution de sous-carbonate de soude à 2 1/2 ou 3 degrés au plus du pèse-lessive. On peut d'ailleurs proportionner la force de la dissolution alcaline à la nature et à l'état de la saleté du linge, avantage que Ton n'a pas avec l'ancien procédé.

« Lorsque le linge est très-sale, on doit commencer par Tessanger en ayant soin de le tordre pour enlever l'eau en excès ; et il faut alors le plonger dans une dissolution un peu plus concentrée de so^s-ca^ bonate, afin qu'après son inunersion, le liquide accuse encore 2 1/2 ou 3 degrés au pèse-lessive.

(( On doit avoir soin de tremper le linge le moins sale et le plus fin le premier; on entasse le linge dans le envier en ménageant des vides pour la circulation de la vapeur. Dans les appareils Charles, les vides sont conservés par des bâtons verticaux espacés de 0"25 à 0*35 ; dans ces appareils^ la chaleur est au-dessous du cuveau. » La chaleur doit être poussée insensiblement, et ne jamais dépasser de 100 à iiO degrés. Dès que toute la masse du linge a atteint 100 degrés, la condensation de la vapeur n'a plus lieu, et elle s'échappe autour du couvercle du cuvier, couvercle qui ne doit pas fermer hermétiquement, pour laisser un passage à la vapeur. L'opération est terminée quand la vapeur s'échappe ainsi; on éteint le feu, on laisse la vapeur pendant quelques heures bien imprégner le linge, établir la saponification; puis on retire et on rince, en savonnant les parties que la vapeur n'a pas entièrement nettoyées.

Pour abréger cette dernière opération, abusivement on se sert de brosses, de battoirs, ou de planches cannelées ; on a même inventé depuis peu diverses machines ; mais toutes ces machines ont le grave inconvénient de trop user le linge. L'appareil de M. Jearrard est un des plus complets. Il serait bien préférable de ne rincer qu'à la muin.

Mais il convient de parler plus longuement des agents du blanchissage : de l'eau et du savon. L'eau de pluie, la plus pure que l'on trouve dans la nature, est la plus propre au blanchissage. Si l'on doit 80 servir d'eau de puits pour le lessivage, il conviendra d'ajouter de 30 à 35 grammes de carbonate de soude (cristaux de soude) par lieclc»lilro d'oau ; co sol décomposera les sels de chaux, qui la plupart

8e précipiteront. Autant que possible, il est désirable que Ton puisse rincer le linge dans une eau courante. Quant au savon, on peut se servir pour les torchons, pour les linges grossiers et très-sales, de savon noir; mais il importe de rappeler qu'il laisse au linge une odeur désagréable. L'expérience peut seule indiquer à la ménagère quel est le meilleur savon.

Quant au séchage, on a inventé des roues fermées par un grillage. On y place le linge ; on tourne à la main ces petites machines, de façon à donner une vitesse à la circonférence extérieure d'environ 20 mètres par seconde ; en dix minutes on peut ainsi enlever à 40 ou 45 kilogrammes de linge tout l'excès d'eau qu'il renferme. On étend ensuite le linge encore un peu humide pour compléter le séchage, ou on le place dans des étuves. Les machines à sécher employées au lavoir Napoléon, ou celles dont on se sert à l'École miilitaire, peuvent servir de modèles ; elles sont bien conçues.

g 2. — Des bains.

Les bains devraient être d'un usage réglementaire. Aujourd'hui encore, les troupes ne peuvent prendre des bains de propreté que dans les lieux voisins d'un cours d'eau, et seulement pendant la saison chaude. C'est ce qui a fait souvent exprimer aux administrateurs comme aux médecins le désir de voir instituer des baignoires publiques où les soldats seraient admis facilement à prendre des bains en toute saison.

Outre que les bains sont un des moyens de propreté les plus efficaces, ils exercent des modifications avantageuses sur l'organisme.

Ds délassent les organes, tempèrent l'action nerveuse, modèrent l'exercice des fonctions pour les stimuler ensuite. L'action du bain dépend, du reste, de la constitution individuelle, et il appartient aux officiers de santé de régler la bonne administration des bains pour la troupe. Les moments les plus convenables pour prendre des bains frais sont le matin, après le lever du soleil, ou le soir, avant le repas ; il est important que les militaires aient l'estomac libre, et qu'on les empêche de se jeter àl'eau lorsqu'ils sont en sueur. L'usage des bains froids doit être de plus interdit aux hommes chez lesquels. les fonctions respiratoire et circulatoire sont un peu embarrassées, chez ceux qui sont faibles, qui ont la diarrhée, et dans d'autres états de l'économie dans lesquels on a à redouter leur fâcheuse influence. Ainsi on a reconnu qu'ils étaient funestes dans les localités de l'Algérie où la fièvre paludéenne règne endémiquement.

Les bains tièdes ne sont connus dans l'armée que par l'usage qu'on en fait -dans les hôpitaux et les infirmeries régimentaires , et cependant leur introduction dans l'hygiène du soldat aurait les meilleurs résultats. Tout homme à son arrivée au corps devrait prendre un bain

— 3fi6 — flp jropreté aTant d'fitre habille et d'être mis en contact ateè ses camandes; dans les Tilles, comme dans les saisons où l'on ne pent profiler des bains de rivière on de mer, les soldats pourraient être conduits dans des moiaons de bains après les fatig:ues obligées par les changements de garnison, et pendant la période de l'année consacrée anx exercices et aux manœuvres. La dépuration cutanée qu'opère le bain humide, la sédation générale qu'il produit, la souplesse et la force qu'il rend aux membres le recommandent particulièrement dans ces circonstances.

Quelques otBciers de santé, et entre autres M. le docteur Lecard, ont proposé d'utiliser le surcroit de calorique des fourneaux de cuisine pour alimenter une sorte de piscine dans laquelle seraient reçus tous les jeunes soldats, et où chaque homme du régiment, à tour de rôle, pourrait passer tous les mois. Une telle mesure, dit M, Grellois (1), serait assurément excellente, et on ne saurait trop engager les médecins miUtaires à en faire ressortir les avantages dans toutes les garnisons où l'assiette du Casernement permettrait cette installation, n suffirait de disposer, dans une chambre voisine de la cuisine et en communication facile avec elle, un bassin susceptible de contenir un nombre déterminé d'individus et où l'eau chaude serait directement amenée des fourneaux par un tuyau garni d'un robinet.

L'organisation récente des dépôts, de recrutement, ajoute l'honorable secrétaire du Conseil de santé , en rassemblant sur un même point un grand nombre de jeunes soldats, exigerait surtout, dans ces centres de mouvement militaire, l'installation de bains pour la troupe, et les résultats qu'on doit en attendre seraient assez importants pour qu'une piscine, dépendant ou non du feu des cuisines, fût immédia-

' ' •'tablie auprès de chacun d'eux. Ce serait une bien faible dé-

mparée aux avantages qu'elle procurerait, liant, dans les saisons qui ne permettent pas l'usage des bains :s, dans les localités où il ne peut ëlre établi de piscines, le pourra presque toujours suppléer en partie, par son zèle, eus efBcaces que l'autorité militaire ne saurait mettre à sa )n. A défaut de bains proprement dits, il sera toujours facile ■ la propreté des arrivants, avant qu'on les habille, à l'aide de vapeur qu'on peut obtenir sans dépense. Rien n'est iple que le procédé à mettre en usage. L'homme, plac^ ! chambre voisine de la cuisine ou dans celle-ci même, assis chaise ou un tabouret, s'enveloppe d'une couverture ; un B de forme et de matière quelconques, contenant une faihle d'eau, est placé entre les jambes sous la couverture, et, dans on projette de temps à autre un caillou rougi au feu. Des se dégagent en abondance, et emprisonnées sous la çouver-

XI ito MiMîrei dé midteint milUMru, 3* sétit, OAt S, pige <87.

ture, elles se condensent à la surface du corps. D'autre part, la température élevée de ces vapeurs provoque une transpiration active, et, sous cette double influence, Teau ruisselle bientôt sur toute l'étendue des téguments. Quelques frictions énergiques, faites par Thomâie lui-ménie, suffisent à le débarrasser de toutes les impuretés dont il est couvert, et impriment à la peau une souplesse qui assure le libre exercice de ses fonctions.

§ 3. — Des onctions et frictions hygiéniques.

La coutume des onctions n'a été conservée dans Tarmée que pour les pieds ; c'est à la fois pour les rendre moins sensibles au froid et à l'humidité que le soldat en graisse la surface avec le suif pur ou mélangé à l'eau-de-vie, et, pour les marches, il se garde d'oublier ce genre de précaution. C'est aussi dans l'espoir de rendre la peau plus dure et d'éviter les ampoules que le fantassin fait usage de frictions avec le vinaigre ou avec un mélange de sous-acétate de plomb, une couche de blanc d'œufs, de suif, de colle.

Les frictions hygiéniques ou médicamenteuses sont employées comme agents curatifs pour combattre les insectes parasites. Le pou du pubis ou morpion, et le pou de corps sont détruits à l'instant à l'aide de frictions avec la pommade mercurielle simple ; le sarcopte de la gale ne résiste pas aux frictions des pommades sulfureuses et alcalines. Nous rapporterons plus loin (chapitre V, section I, art. 2, § 5), les dispositions réglementaires qui sont relatives à la prophylaxie et au traitement de cette affection cutanée, et nous terminerons nos considérations sur les soins de propreté, en rappelant qu'aux termes d'une instruction ministérielle du 12 mars 1861, la poudre dite pyrèthre du Caucase doit être employée pour la destruction des punaises, des puces et autres insectes incommodant la troupe dans les casernes et les différents locaux occupés par elle. Cette poudre fait partie de la nomenclature des substances à tirer des hôpitaux militaires. [Décision ministérielk du 3 octobre 1861.)

H convient, pour faire pénétrer cette poudre partout où se réfugient les punaises, puces, etc., de l'insuffler à l'aide d'un soufflet à entonnoir, absolument semblable à celui dont on se sert pour sou frer la vigne malade.

Cette opération, qui doit être faite assez vite, ne demande d'autres précautions que celle indispensable de tenir les portes et fenêtres exactement fermées pendant tout le temps qu'eUe dure, et pendant cinq à six heures après, afin d'éviter des courants d'air pouvant entraîner la poudre loin de l'insecte que Ton \^eut détruire. Il est bon aussi de ne pas balayer les locaux le jour de l'opération.

L'insufflation doit se faire dans tous les locaux du casernement, y compris les cantines, salles de police, prisons, corps dô garde, etc., parles soins des corps de troupes occupants, deux fois par an : la

première fois, vers la fiD de mars ou le commencement d'avril, époque de la ponte des œufs de punaise ; la seconde fois, au mois de juillet.

La quantité de poudre nécessaire pour chaque insufflation doit être de 6 grammes par homme présent, sur lesquels 4 à 5 grammes seront employés dans les chambrées : le reste est réservé pour les accessoires du casernement.

La destruction des insectes rentrant essentiellement dans la catégorie des soins de propreté^ a lieu d'après les ordres du chef de corps et sous sa surveillance.

Nous ajouterons, à titre de renseignements, que pour détruire les insectes tels que puces, punaises, on a aussi conseillé d'employer un mélange de 2 parties d'essence de térébenthine, de 4 d'alcool, ou mieux une solution très-concentrée de bichlorure de mercure, pour laver les tenons, les mortaises des lits, les rainures des boiseries, et en général tous les endroits où ces insectes peuvent se réfugier. Ce dernier moyen nous a parfaitement réussi à plusieurs reprises dans les infirmeries des divers corps de troupes auxquels nous avons appartenu.

Dans tous les cas, on peut toujours parvenir, dans les casernes, à empêcher la reproduction des insectes, non-seulement par une trèsgrande propreté, mais encore en ayant soin, vers la fin de l'autonme ou au commencement du printemps, d'exposer à une très-forte chaleur les eSeis que l'on supposerait en être infectés.

Quant aux antres insectes, connue les mouches, les moustiques, qui deviennent si importuns dans certaines saisons, et les derniers surtout pendant la nuit, nous pensons, tout en proscrivant les poudres et les papiers tue-mouches^ dans la composition desquels entrent quelques préparations arsenicales, que l'on pourrait efficacement faire usage des papiers agglutùmtifsj tels que ceux qui sont employés en Angleterre. Les moustiquaires devraient même être généralisés dans les corps de troupes qui expéditionnent dans certaines contrées tropicales, comme dans notre nouvelle colonie de la basse Gochinchinc.

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