CHAPITRE SIXIÈME
Exercices militaires. — Mouvements.
Rien n'est pins salutaire à la santé que l'action, le mouTement; et, toutes choses égales, d'ailleurs, la santé du soldat se maintient mieux dans les camps qu'en garnison.
Sous ce titre nous comprenons tout ce qui a rapport aux exercices proprement dits, au service de garnison, aux gardes, aux manœuvres, aux marches et aux promenades, aux jeux militaires, aux travaux en campagne, etc. C'est dans ces conditions spéciales de la vie militaire quand les règles de l'hygiène sont méconnues, que la santé du soldat court le plus de dangers ; c'est alors, quand elle n'intervient pas d'une manière active, qu'il esj; atteint le plus par les maladies , et leur influence sur la santé des troupes, sur les jeunes soldats particulièrement, est si grande, que les considérations qui s'y rattachent ne doivent pas être ignorées des médecins militaires.
ARTICLE PREMIER
Esercieesi des troapes en temps de pais.
§ ^•'. — Exercices et marches des troupes.
I. Service intérieur. — Il est notoire que l'état sanitaire des garnisons est en rapport avec la mesure des fatigues qu'impose le service. Ce dernier, dans les places de l'intérieur comme pour les troupes en campagne, devrait donc toujours être réglé d'après la validité et le nombre des hommes, et selon les saisons et la nature du climat.
Chaque espèce de troupes a son genre de service. Celui du fantassin diffère à plusieurs égards de celui du cavalier; il varie aussi selon les positions et selon les circonstances, en temps de paix ou de guerre, dans les villes ouvertes ou fermées.
Le service comprend d'abord les occupations journalières du soldat, celles qui sont réglées relativement à l'entretien de la propreté dans les chambres, à l'ordinaire, aux soins qu'il doit prendre de son vêtement et de son équipement, et pour le cavalier au soin qu'il doit apporter aussi à son cheval.
II. Garde, — La garde est un service fourni par chaque régiment à son tour, dans une place de guerre, de sorte qu'il revient plus ou moins fréquemment, selon la quantité d'hommes rassemblés dans la même garnison et le nombre de -postes à garder. La loi du 10 juillet i79i statue bien que la force des garnisons sera réglée de manière que, dans le cas de service ordinaire, chaque soldat d'infainterie
ait huit nuits de repos et jamais moins de six, et chaque homme de troupe à cheval douze nuits de repos, et jamais moins de six ; mais il arme souvent que le soldat monte la garde tous les trois jours , et ce n'est pas sans de graves inconvénients qu'il excède cette proportion.
Sans doute Texercice, l'activité et la fatigue sont une nécessité pour le soldat que Ton verut endurcir au métier, mais le besoin du repos se fait toujours sentir après le mouvement, et le premier soin doit consister à maintenir l'équilibre, de façon à empêcher que l'exercice exagéré des organes n'entraîne forcément l'organisme à des prédispositions aux maladies ou ne le détériore prématurément.
La garde peut devenir nuisible à la santé "par la position du poste dans le voisinage d'un endroit malsain, par les dispositions insalubres du corps de garde et par la durée des factions, selon la saison et les intempéries de l'air. Aussi convient-il de relever souvent de son poste le soldat qui est obligé de faire faction au voisinage d'un égout, d'un marais, dans un hôpital où il règne une épidémie, et surtout pendant la saison des grandes chaleurs.
m. Exercice militaire proprement dit; manœuvres. — Colombier a dit : (( Tout exercice continuel qui met les gens de guerre en haleine est le seul propre à leur donner toutes les qualités qu'on doit en attendre, la force, la souplesse et l'agilité, n
L'exercice journalier endurcit en effet le corps et le rend plus apte à soutenir les travaux et les fatigues de la guerre. Les peuples guerriers de l'antiquité le regardaient comme le moyen le plus propre à former de bonnes troupes, et l'on sait que les Grecs et les Romains lui durent une supériorité marquée sur les autres nations. Selon Végèce, l'empereur Léon recommandait expressément d'employer tous les moments de loisir à des exercices, pour tenir les troupes en haleine et les empêcher de se corrompre par l'oisiveté, « car la fainéantise et la paresse, ajoute-t-il, énervent après un certain temps les plus robustes qui ne peuvent plus soutenir le travail, et ne s'y livrent qu'à regret : leur courage s'affaiblit de même, ils craignent les périls etlestuient comme la fatigue. »
Les troupes doivent être exercées durant la paix au maniement des armes, aux manœuvres et à tous les genres de fatigues qu'elles doivent éprouver pendant la guerre, évolutions, marches forcées, passages de rivières, escalades de murailles, attaques de retranchement, défense de redoutes, travaux pénibles, courses réitérées. D faut rompre les corps par degrés à toutes les attitudes pour les en- :lurcir insensiblement. L'organisation de camps de manœuvres dits ?amps de paix, permet, jusqu'à un certain, de familiariser les troupes i ces différents genres d'exercices, et on parait en avoir compris l'importance, surtout depuis ces dernières années.
C'est pendant l'été que les troupes sont généralement le plus îxercées ; le moment le plus favorable est le matin, avant que le soeil ait acquis un certain degré de chaleur, et pour que le soldat n'en
soit pas incommodé, il serait avangeux de réitérer souvent cet exercice dans toutes les saisons et dans tous les temps au lieu de le prolonger, souvent sans but absolument utile.
L'officier de santé qui doit assister à toutes ces prises d'armes, est à même d'observer les recrues et d'enregistrer avec soin les renseignements qu'ils fournissent à ce sujet.
L'utilité des exercices de la cavalerie n'est pas moins démontrée que la nécessité de ceux de l'infanterie . Plus favorisés peut-être que les fantassins, les cavaliers trouvent dans l'exercice du cheval une dispense de fatigues et de corvées, mais ils sont, par contre, plus exposés aux lésions accidentelles et à certaines maladies telles que les hémorrhoïdes, les abcès et les fistules à l'anus, les orchites et les hernies. Il faut de plus considérer que l'inaction des pieds les expose au refroidissement qui peut amener la congélation. L'usage du suspensoir chez le cavalier prévient certains accidents graves, comme l'orchite, qui peuvent être causés par les mouvements naturels du cheval; il n'est pas moins indispensable au fantassin dans les pays chauds.
rv. Marches; promenades. — Les promenades militaires sont ud des moyens de préparer peu à peu les jeunes soldats aux fatigues de la guerre. L'exercice de la marche est favorable à la santé quand il estjmodéré, comnîe il peut nuire quand il est porté trop loin ; aossi réclame-t-il toute la surveillance de l'hygiène. Les marches doivent être mesurées sur la constitution des troupes, les influences de température et la nécessité des circonstances ; elles doivent être coupées par des repos fréquents. On doit avec vigilance surveiller que la vitesse des têtes de colonnes soit modérée et surtout extrêmement uniforme, c'est le moyen d'éviter beaucoup de fatigue à la troupe. L'infanterie, en prenant un pas bien réglé, peut facilement parcourir mi kilomètre en il ou 12 minutes.
On doit faire en sorte que le soldat arrive au gîte en été avant l'ardeur du soleil, et lorsqu'il a à marcher toute la journée, malgn* la fréquence des haltes, on doit en ordonner au moins deux grandes. Pour faire halte, il faut choisir en hiver un endroit découvert, 5a% exposé au soleil et le plus à l'abri du vent, en été les lieux voisin^ des bois, des ruisseaux ou des rivières. Le soldat ne doit pas se laisser refroidir trop promptement, et il faut l'empêcher de quitter ses habits lorsqu'il est en sueur, de boire de l'eau froide, surtout dans cet état de transpiration, et de se coucher à l'ombre ou sur un terrain humide. En hiver, par le froid le plus rigoureux, on doit veiller aux retardaires qui paraissent engourdis, les empêcher d'être pris de sommeil, et à leur arrivée au gîte les obhger à ?e coucher et à n'approcher le feu qu'avec précaution, après avoir déjà recouvré la chaleur et le mouvement dans les parties engourdies, au moyen de frictions faites soit avec de la neige, de Tean glacée, ou avec un morceau de flanelle ou de drap. A la fin def marches à travers la poussière, et par une journée très-chaude, or
doit recommander au soldat de se laver le visage et surtout les yeux> de se nettoyer les pieds, et d'apporter la plus scrupuleuse attention à la moindre ëcorchure.
En Algérie, à plusieurs reprises, les commandants de colonne ont voulu éviter les accidents auxquels sont exposés les militaires qui voyagent par les fortes chaleurs de l'été, en faisant marcher leurs troupes pendant la nuit. Maïs Texpérience leur a bientôt démontré tout ce qu'avait de fâcheux cette manière d'agir, qui causait un plus grand nombre de maladies et d'entrées aux hôpitaux. En effet, dans les contrées humides et marécageuses, les miasmes que la forte chaleur a répandus dans l'atmosphère pendant le jour, se rapprochent et se condensent vers la terre, à mesure que celle-ci se refroidit par le rayonnement et que le dégagement paludéen a cessé; on comprend tous les dangers de la marche à travers cette couche miasmaiiqiie. Pendant la nuit la marche est en outre très-pénible, parce que l'on a constamment à lutter contre les obstacles d'un terrain que l'on le voit pas, et contre le sommeil dont est on privé.
L'ordonnance du 2 novembre 1833, sur le service intérieur, a réglé linsi qu'il suit tout ce qui est relatif aux marches militaires dans l'inérieur, que ces mouvements soient opérés comme exercices pour les roupes^ ou qu'ils soient relatifs à des changements de garnison.
1* Marches militaires. — Les marches militaires commencent dès [ue le régiment a exécuté Técole de bataillon, elles ont lieu d'abord me fois par semaine ; il en est fait deux depuis le 1" août ; elles ces* enta la reprise générale de l'instruction.
Elles se font habituellement après la soupe du matin, pendant les randes chaleurs, elles ont lieu après le réveil ; toutefois on ne les ommence pas avant quatre heures.
Elles s'exécutent d'abord par bataillon et ensuite par régiment. Iles sont de 4 heures dans les commencements ; elles sont portées accessivement jusqu'à 6 heures.
La colonne marche habituellement au pas de route, par peloton ou ar section ; quelquefois, elle marche à rangs serrés et l'arme sur épaule droite.
Dans les premières marches, l'allure est de 100 pas par minute, mesure que les troupes contractent l'habitude de la marche, vitesse du pas est accélérée progressivement jusqu'à 110, 120 et éme 130 pas par minute ; mais la cadence de 100 pas est toujours prise dans la dernière demi-heure de marche. On s'attache particuîrement à ce que les distances soient exactement observées, et que s mouvements de rompre les pelotons et les sections n'occasionnent 18 d'allongement dans la colonne. Dans les premières marches, les iltes sont fréquentes ; on arrive par degrés à n'en faire que toutes 3 deux heures.
Les marches militaires ne s'exécutent pas toujours sur la grande ute ; les bataillons sont conduits dans les chemins de traverse, dans
les terrains montueux et di£Qciles, dans les bois et même à travers champs, lorsqu'il ne peut en résulter aucun dégât.
Les colonnes s'éclairent et couvrent leurs flancs toutes les fois que le terrain le permet ; elles prennent en s'avançant comme en se retirant, dans les pays ouverts comme dans les pays coupés, et dans les défilés, les précautions qui sont nécessaires près de l'ennemi, Les compagnies envoyées eu éclaireurs sont relevées souvent.
S'il se présente un terrain où il soit possible de manœuvrer, le colonel ou le chef de bataillon en profite pour faire exécuter les mouvements les plus usités à la guerre, en se couvrant, selon les circonstances, par des tirailleurs.
S'il rencontre une position favorable pour bivouaquer, il s'y établit militairement, place des grand'gardes, des petits postes et une chaîne de sentinelles ; fait occuper les points voisins dont la possession importerait à la sûreté de la troupe, envoie des patrouilles et des reconnaissances, en un mot, exécute tout ce qui est prescrit dans le çervice de campagne.
Le colonel prend les plus grandes précautions pour que ces exercices ne donnent lieu à aucun dégât dans les campagnes, et à aucune fausse interprétation de la part des habitants.
A la première halte, les capitaines passent une inspection du paquetage ; ils s'assurent que le sac contienne tous les effets d'ordonnance, que le soldat ne soit pas gêné dans la marche ni blessé par la chaussure. Les mauvais marcheurs sont l'objet d'une surveillance spéciale ; ils les signalent au médecin-major qui cherche à reconnaître les causes de la difficulté qu'ils éprouvent^ et propose au colonel les mesures qu'il juge nécessaires pour les amener successivement à pouvoir suivre leurs compagnies.
Lorsque les marches ont lieu le matin, les capitaines veillent à ce que chaque homme porte avec lui du pain, et qu'il soit fait an compte de l'ordinaire une distribution d'eau-de-vie, ou, s'il est possible, d : vin à la première halte.
Pour habituer les soldats à s'équiper et à se rassembler prompt»*ment, le colonel fait quelquefois battre à l'improviste la marche do régiment ; dès que la majeure partie du corps est réunie, il la m^i en route, et ne fait l'appel qu'après être sorti de la garnison ou î?ui le lieu du rassemblement qu'il a indiqué. {Ordonnance citée ^ aj' 229.)
2** Changements de garnison. — C'est dans l'ordonnance du 45 juill**. 1727 que l'on trouve le principe des changements de garnison, l ' système des garnisons permanentes à l'instar de celles de Prusse n. jamais prévalu depuis en France; la question fut bien agitée dai* les comités de la guerre en 4782; mais, avec raison, le maréchal '■' Gontades se prononça contre. En eflfet, les places de garnison n »"'• frent pas toutes les mêmes avantages sous le rapport du climat * *i' la nourriture, du prix des denrées, du casernement, etc., et les r»*-
dences fixes auraient des inconvénients de plus d'un genre , au point de vue des mœurs et de la discipline surtout. Aussi a-t-on admis en France le système des changements de garnisons alternatifs et périodiques, toutes les fois que les déplacements ne s'opèrent pas d'urgence. Aux termes d'une décision ministérielle prise en mars 1852 (i), ils ne doivent avoir lieu qu'au printemps. Les troupes qui doivent être envoyées en Afrique sont dirigées d'abord sur les places du Midi où elles commencent leur acclimatement avant l'époque de rembarquement, qui est ordinairement fixé à la fin de l'autonme ou au commencement du printemps.
Un arrêté du 1*^ fructidor an vin porte, en principe, que les gîtes d'étape seront, autant que possible, choisis de manière à ce que la journée de marche soit de 30 kilomètres au moins, et de 40 kilomètres au plus, six à huit lieues de 2,556 toises.
Dans les divers changements qui ont été faits depuis à la carte et au livret des gîtes d'étapes, le même principe a servi de base. Aujourd'hui, les divers gîtes d'étape sont désignés dans le livret arrêté le 23 mai 1842 par le Ministre de la guerre.
C'est toujours par décision ou arrêté ministériel qu'a lieu la désignation des gîtes ; les intendants doivent s'y conformer, mais les communes qui ne sont pas portées sur le livret, n'en doivent pas moins le logement aux troupes.
L'ordonnance du 2 novembre 1833 a réglé le départ^ l'ordre pendant la marche, les haltes, l'arrivée au gîte, les séjours, tout ce qui concerne le service des équipages, et le service relatif aux malades et aux écloppés.
Une heure et demie avant le départ, il est battu aux champs dans les quartiers occupés par la troupe ; c'est pour le départ de l'officier, des sous-officiers et soldats qui forment le logement et la garde montante, et des écloppés et malades qui ne sont point admis à monter sur les voitures. Une heure après on bat le rappel pour le départ de la troupe. ( Art, 344. )
On commence toujours la route d'un pas modéré ; on en augmente progressivement la vitesse, lorsque l'ordre de marche est bien établi et que le soldat est en haleine. Il y a toujours à la queue de la colonne un officier de santé chargé de visiter les hommes qui ne peuvent pas suivre. {Art, 348.)
Un bataillon d'infanterie parcourt quatre kilomètres en 45 ou 48 minutes eu prenant un pas qui est réglé par les soldats eux mêmes et qui paraît d'autant plus être naturel, qu'ils marchent avec aisance et [|ue la vitesse signalée ne varie pas quoique les grenadiers et les voltigeurs occupent alternativement la tête de la colonne.
Les premiers jours de marche sont toujours très-pénibles, surtout
M) Moniteur de V armée ^ 485^.
pour les jeunes soldats qui n'ont pas encore fàh de route. Pour diminuer la latigue et faciliter la marche, on a recours aux haltes et à la musique.
Dans les premiers jours de route les haltes sont plus fréquentes que lorsque le soldat est habitué à la marche, elles se font toujours à quelque distance des villages ou des habitations. La première halte a heu trois quarts d'heure après le départ. La grande halte se fait au moins à moitié chemin, elle peut durer une heure et avoir liea dam un village. La dernière halte se fait à proximité du nouveau gite. Le rapport doit se faire à la première halte ou à la grande halte.
Lorsqu'un soldat est indisposé, le capitaine charge un caporal de le conduire doucement jusqu'à Tétape ou de le remettre aux équipages. (Art. 350^/351.)
La musique est un auxiMaire puissant dans les longues marches ; elle anime le soldat, l'égaie et lui donne de la vigueur. Le tambciur el le chant rendent, par leur rhythme,la marche plus facile, plosréguhère et moins monotone ; il est bon par conséquent d'y avoir recours de temps en temps.
A l'arrivée au gîte, il est battu à l'ordre et l'officier de santé doit se rendre au cercle.
L'ordre indique les distributions, la visite des malades édoppés, la tenue, l'inspection et la visite de corps ; s'il y a séjour, le Ueu de rassemblement, l'heure de rappel et du départ. L'adjudant fait connaître le logement du colonel, des officiers supérieurs et du médecin major. {Art. 354.)
A l'heure fixée, les malades et les écloppés sont visités et panse? au corps de garde de police.
L'officier de santé désigne ceux qm doivent être admis sur les voitures le lendemain, ceux à qui il est permis de placer le sac, et ceai qui doivent partir en même temps que le logement.
L'autorisation de monter sur les voitures ou d'y placer le sac es donnée par écrit Les sei^ents de semaine se trouvent à cette visite pour prendre connaissance des décisions de l'officier de santé et eo informer le capitaine. Le chef de bataillon y assiste autant que possible ; le médecin-major en rend compte au lieutenant-colonel.
Les caporaux font connaître le logement des honmies de \i^ escouade qui ne peuvent venir au corps de garde ; un des médecin? va les visiter. Dans un bataillon voyageant séparément, le chef de bataillon peut être remplacé à la visite des malades par l'adjodantmajor.
Le colonel prend toutes les mesures nécessaires pour empêcher lef soldats d'entrer pendant la route dans les hôpitaux nûlitaîres ou civii-à moins qu'ils n'y soient envoyés par les médecins du régiment. Uî mêmes précautions sont expressément recommandées aux conunan' dants de détachements ; s'ils n'ont pas de médecins avec eux, lis tW-
visiter par un officier de santé civil et en leur présence, les militaires qui demandent leur admission à rtiôpital. [Art, 343.)
Quand il y a séjour, il est fait appel, le matin ; tous les officiers s'y trouvent. L'inspection du séjour se passe le soir et habituellement en tenue de route ; les visites de corps ont lieu seulement pendant les séjours ; elles sont bornées à Tofficier général le plus élevé en grade, et à défaut d'officier général au commandant de la place. [Art, 365.) Le même jour après Tappel du matin, le médecin-major passe au corps de garde la revue des malades et des écloppés, en présence des officiers et sergents de semaine, il en fait connaître le résultat au rapport; le soir il voit de nouveau les malades qui réclameraient des soins. Il visite dans leurs logements ou fait visiter par ses aides, ceux qui n'ont pu se rendre à la revue. [Art. 366.)
Des moyens de transport sont mis à la disposition des corps et des détachements en route ; si la force de ces détachements est au moins de 25 hommes les convois se composent de chevaux de bât pour les pays de montagnes et de colliers ou de voitures de convoi pour les pays de plaines.
Une des voitures porte la caisse du régiment, celle du trésorier, les registres et pièces de comptabilité courante, et la caisse de chirurgie : cette voiture marche toujours la première.
Les autres voitures sont destinées au transport des sous-officiers, caporaux et soldats malades ou écloppés, à celui des sacs des hommes autorisés à les déposer aux voitures, de la caisse contenant la comptabilité des sergents-majors de chaque bataillon, et des porte-manteaux des officiers, dont le poids, pour chaque officier, ne doit pas excéder 30 kilogrammes.
Les armes ne sont placées sur les voitures que lorsqu'il y a impossibilité de les faire porter par les hommes ; elles sont alors enfermées dans des caisses d'armes réservées pour cet usage.
Le nom des officiers est écrit sur leurs porte-manteaux ; les autres effets ne sont reçus que sur une note signée du capitaine delà compagnie ; ils doivent être étiquetés , solidement fermés et enregistrés. [Art. 370.)
Aucun sous-officier, caporal ou soldat n'est admis sur les voitures nns un certificat d'un des médecins.
Les enfants de troupes peuvent être autorisés à marcher avec les équipages ; ils montent sur les voitures lorsqu'ils ne sont pas en âge le faire la route à pied.
Un médecin marche toujours avec les équipages lorsque le réginent voyage réuni. Dans un bataillon voyageant séparément, il n'y Darche que lorsque le chef de bataillon le croit nécessaire. [Art. 371.) Les équipages sont, autant que possible, chargés dès la veille ; ils «rient au plus tard une demi-heure après le régiment. Ils marchent le manière à s'en rapprocher, mais ne le dépassent jamais. Le vaguemestre maintient le plus grand ordre pendant la marche.
D ne permet à aucun homme de leur garde de s^en éloigner. U recueille les hommes qui ne peuvent pas suivre, fait placer leurs sacs sur les voitures, et les y fait monter lorsqu'ils sont hors d'état de marcher ; le médecin les visite lorsqu'il est présent.
A l'arrivée au gîte, la garde des équipages dépose les bagages dans le local reconnu par l'officier de garde.
n y est placé une sentineUe tirée de la garde de police.
Les porte-manteaux des officiers leur sont remis chaque jour à l'heure fixée ; les officiers les renvoient à la retraite.
Les bagages de la troupe ne sont remis que dans les séjours. {Art. 372.)
g 2. — Exercices spéciaux.
L Escrime. — Il est important avant tout que le soldat sache manier son arme ; et, comme l'escrime, qui lui donne cet enseignement, a aussi l'avantage de l'habituer à mettre autant de précision que d'énergie dans ses divers mouvements, ou doit l'encourager à s'y livier autant que le service le permet. L'escrime est, en effet, l'un des moyens les plus avantageux pour développer les forces et pour exercer à l'attaque ou à la défense corps à corps ; c'est aussi l'exercice qui donne le plus de souplesse et assure le plus de grâce dans le déploiement des mouvements sous les armes.
Dans chaque corps il existe une école d'escrime ; le maître et les prévôts qui le secondent fonctionnent sous la direction d'un officier; chargé de surveiller leur conduite, celui-ci les rend attentifs à prévenir les querelles, et responsables des duels qu'ils auraient pu empêcher. Les hommes de recrue sont admis à l'école d'escrime dè!^ qu'ils passent à l'école de bataillon ou d'escadron ; les leçons d'escrime sont facultatives et il nous paraît qu'elles devraient être obligatoires. L'escrime à la baïonnette est le seul exercice connn détour: la pointe, la contre-pointe, l'espadon, l'escrime à cheval ou l'art de combattre avec un sabre droit ou courbe, avec la lance contre toute espèce d'armes blanches, sont les différents genres d'escrime mis en pratique dans les corps ; mais le chef qui tient à mettre les armes en honneur dans son régiment, doit encourager les assauts publics et engager les officiers à y assister, à y participer même pour leur donner plus de solennité.
IL Equitation, — L'équitation est le prmcipal exercice des soldat> de la cavalerie ; elle exerce une action bien prononcée sur tous le^ organes ; c'est un excellent stimulant des voies digestives, et on peui la regarder comme favorisant l'hématose qu'elle rend plus complète. Les ébranlements que l'on supporte dans l'équitation dépendent du terrain sur lequel marche le cheval et de ses différentes allures, et ce n'est pas toujours sans inconvénients que l'on résiste aux secousst*? violentes que ces allures font éprouver lorsqu'elles sont poussées û
Texcès. Nous nous bornerons à indiquer que les hernies, la varicocèle, les hémorrhoïdes, les varices des membres inférieurs sont les affections auxquelles sont plus particulièrement exposés les cavaliers. Les courbatures, les furoncles et autres légers accidents qui se déclarent après les premières leçons disparaissent promptement avec l'exercice habituel du cheval.
m. Gymnastique, — Les jeux et les combats gymniques ont toujours été en grand honneur chez les anciens guerriers. C'est par les exercices nombreux et variés de la gymnastique que les soldats romains perfectionnaient leur éducation militaire : c'est ainsi qu'ils acquéraient à la fois plus de vigueur corporelle, plus d'agileté et d'adresse, et aussi de courage, qui n'est presque toujours que la confiance dans la force. Notre tactique moderne, surtout depuis l'invention des armes à feu, a permis d'accorder moins d'importance à ce genre d'exercices; mais comme en définitive, avant de se mettre à portée de Tennemi, il faut marcher à lui, franchir des barrières, des fossés et autres obstacles, traverser des rivières, etc., on comprend combien il doit être avantageux pour le soldat d'être déjà habitué à des exercices violents et prolongés. Nous ne pouvons donc que nous montrer favorables à l'introduction de la gymnastique dans les corps de troupes; renseignement en a, du reste, été régularisé en 1847 par une instruction ministérielle dont nous faisons une analyse ci-après.
L'instruction de la gymnastique dans les corps de troupes est dirigée dans son ensemble par le lieutenant-colonel. Un capitaine spécialement chargé de l'instruction gymnastique dirige l'instruction pratique des ofBciers et forme des instructeurs parmi les sous-officiers et soldats qui montrent le plus de dispositions.
Jusqu'à l'âge de 30 ans, les lieutenants et sous-lieutenants sont tenus de savoir exécuter eux-mêmes les exercices gymnastiques.
En raison de l'importance de la course cadencée et de l'emploi fréquent qu'on peut en faire, tous les capitaines, lieutenants et sousheutenants doivent en connaître les principes et y avoir été exercés eux-mêmes.
Des théories sur le règlement de gymnastique sont quelquefois faites aux officiers par les chefs de bataillon.
La dispense permanente de la pratique des exercices gymnastiques est accordée aux officiers parle colonel après qu'il a pris, s'il y a lieu, l'avis des officiers de santé.
Elle peut être accordée aux sous-officiers, caporaux et soldats par le colonel sur la proposition du médecin-major.
Les exercices ont lieu plusieurs fois par semaine. Lorsque l'intensité du froid ou de la chaleur l'exige, le lieutenant-colonel prend les ordres du colonel pour faire rompre ces exercices. [Instruction sur la gymnastique, 1847.)
Les instructeurs ne font exécuter que les exercices décrits dans le règlement; ils ne tolèrent dans aucun cas que les hommes se laissent
enlraîner à des actes exagérés de fbrce ou d'adresse qui pourraient occasionner des accidents et compromettre leur responsabilité personnelle.
Tls doivent s'attacher à développer la force, l'agilité et l'adresse du soldat par un travail sagement mesuré, à faire naître en lui la confiance et l'énergie que peuvent réclamer les circonstances.
« L'instructeur doit s'attacher à donner de la hardiesse et de l'érau- « latîon aux hommes, en leur rendant cet exercice aussi agréable que « possible , et en prenant toutes les précautions nécessaires pour t( éviter qu'ils ne se blessent ou ne se découragent. On ne devra jamais « perdre de vue que la sécurité, l'attrait, la bonne volonté, et le plaia sir même, sont les premiers et les plus sûrs éléments du succès dans « cet exercice. On évitera avec soin de brusquer les hommes et de « tourner leurs efforts en ridicule, quand ils ne réussiront pas, et de « punir pour des maladresses involontaires. H ne faut pas non plus « exiger d'eux dans ce travail une attitude strictement militaire qui « les fatigue sans utilité pour l'objet qu'on se propose, et ne pas ré- (( primer avec trop de sévérité les éclats de gaieté et les élans de (( plaisir auxquels il est heureux qu'ils se livrent pendant cet exercice î( qui les y porte naturellement quand il est bien dirigé. Enfin, il ne (( faut demander dans tout ce travail, qui n'a été militarisé en quelque « sorte que dans le but de faciliter son étude et son application au (( grand nombre, qu'une régularité, une exactitude, une perfection « relatives. » {Instructionpour la voltige militaire, 2Q juin iSA2,)
Ces prescriptions présentent avec autant de clarté que de précision, l'esprit dans lequel doivent être dirigés les exercices gymnastiques.
Les exercices gymnàstiques se divisent en exercices élémentaires et en exercices d'application.
Les exercices élémentaires comprennent :
1** Ceux qui sont plus particulièrement propres à l'assouplissement, tels que les mouvements variés de la tête et du corps, des bras et des jambes, la course et les exercices pyrrhiques;
^ Les différents équilibres )
3° Le développement élémentaire de la force des muscles par le mouvement des bras avec ou sans boulets ou massues (exercices des mils persans), le mouvement des jambes en diverses positions, et les différentes espèces de luttes.
Les hommes sont de plus exercés à lancer à tour de bras des pierres, des cailloux ou des projectiles de petite dimension vers un but dont on augmente l'éloignement en raison de l'adresse et de la vigueur des élèves.
Les exercices d'application sont les sauts, l'escalade, les courses et la voltige.
Le soldat est exercé progressivement à tous les sauts avec ai'mes et bagages, sans instruments ou avec la perche. Il passe ensuite aux
exercices par suspension des barres et des cordes horizontales ou inclinées, aux exercices des poutres horizontale's, inclinées, oscillantes, à la marclie sur des pierres ou des piquets, à l*exercice des échasses. Tous ces exercices ont pour objet d'apprendre à franchir des fossés, des ravins et à traverser des terrains parsemés d'obstacles. Les hommes passent ensuite aux exercices du portique après avoir appris à monter et à descendre par les échelles , les perches , les cordages, etc., à ceux du mât, de Toctogone, des planches à rainures; ils parviennent enfin à Tescalade d*unmur îtvec et sans instruments.
Après avoir été exercés à la course sans armes, ils le sont avec armes,, et ensuite avec armes et bagages ; ils exécutent ensuite la course cadencée en portant des objets utiles à la guerre, tels que fascines, sacs à terre, gabions, projectiles, etc., etc. Ils sont aussi exercés à porter et à traîner des fardeaux dont le transport exige le concours de plusieurs hommes, tels qu'échelles, poutres, saucissons, caissons, affûts, etc., etc., à transporter rapidement et avec adresse des blessés, en plaçant des hommes sur des brancards ou sur des sièges improvisés.
On complète les exercices de la course par la course en montant et en descendant, la course en arrière, la course entre des pierres, et enfin la course de vélocité, dans laquelle la longueur du pas est déterminée, sans armes et avec armes et bagages.
Les derniers exercices d'application sont ceux de voltige sur la poutre, sur les barres parallèles fixes et mobiles, sur le trapèze et sur les chevaux de bois.
Les exercices d'application doivent être dirigés avec une extrême prudence. L'imprévoyance et l'inobservation peuvent seules occasionner des accidents.
L'instructeur doit avoir le soin de ne pas laisser dégénérer l'émulation qni doit animer les hommes en un esprit de rivalité qui les exciterait à de dangereux essais. Dans les temps froids, il doit s'abstenir de faire exécuter les sauts qui exigent de violents efforts : en tout temps il doit en dispenser les hommes qui ne seraient pas parfaitement disposés.
rV. Natation, — La natation appliquée à l'art de la guerre est un des exercices auxquels les anciens donnèrent le plus de soin; ils l'avaient érigée en art et lui avaient consacré de nombreuses écoles. Tombée en désuétude dans nos exercices militaires modernes, elle a été remise en honneur il y a quelques années, et nous pouvons dès lors regarder cette institution comme prise au sérieux.
Parmi les nombreuses applications de l'art de la natation, les trois qui sont les plus utijes pour un militaire sont les suivants ;
i* Se tirer soi-même d'un danger résultant d'une submersion accidentelle ;
2° Porter secours à son semblable en péril ;
3** Être à même de pouvoir traverser des cours d'eau profonds et rapides instantanément, sans accessoires et même sans être forcé de se dessaisir de ses armes et de ses munitions, avantage précieux qui a maintes fois rendu à la guerre les plus importants services.
En 1849 et en 1850 nous avons été témoin des premiers essais d'école de natation qui ont été ordonnés par Te général de Courtigis sur la Marne, entre Nogent et Saint-Maur, près Vincennes, pour les militaires de sa brigade, et c'est sur le rapport de concluantes expériences que le Ministre a décidé la création d'écoles de natation dans les localités les plus favorables à ces sortes d'établissements.
La création d'écoles de natation remplit assurément une lacune dans l'éducation des troupes : c'est une amélioration qui promet les plus heureux résultats ; elle ne peut manquer d'avoir les sympathies de tous les militaires intéressés au progrès de leur noble profession.
Cette utile institution, dont nous pouvons à juste titre attribuer l'initiative au général de Courtigis promet d'être féconde en bons résultats et de faire disparaître le seul côté par lequel nous présentons une infériorité comparative avec les armées étrangères, qui comptent presque autant de nageurs que de soldats.
(( Il importe beaucoup, dit le Ministre {Instruction pour l'enseignement de la natation du 27 mai 1851), que dans chaque régiment l'école prenne le rang que doit lui assigner son utilité, et comme elle s'étend sur tout le corps à titre élémentaire ou de perfectionnement, elle doit être placée sous la haute surveillance d'un officier supérieur ayant un capitaine pour adjoint. »
Avant l'ouverture de la saison, les moniteurs et les auxiliaires devront être préalablement réunis pour passer par tous les détails théoriques et pratiques de l'instruction.
Chaque école est pourvue de sangles avec des cordes de suspension pour donner la leçon dans l'eau, des perches pour accompagner l'élève qui a quitté la sangle , et de bouées de sauvetage en liège garnis de bouts de cordes flottants pour servir aux nageurs timides et peu habiles qui viennent s'y reposer.
Un bateau, toujours monté par des nageurs habiles, est constamment en observation pendant les exercices d'application dans l'eau, et quelques grands cordages sont aussi des accessoires indispensables à une école.
Chaque fois qu'il sera possible de le faire, il sera convenable et même utile que les hommes puissent se déshabiller à l'ombre, sous des tentes ou autres abris temporaires en planches.
Les détachements de baigneurs sont conduits à l'eau aux heures indiquées par le tableau du travail journalier, et ramenés au quartier par les officiers et sous-officiers de semaine, qui veillent à ce que les militaires s'échauff'ent le moins possible. Les heures les plus convenables pour le bain sont de six à neuf heures du matin, de onze à cinq heures du jour et de six à huit dans la soirée.
Les hommes en transpiration ne doivent entrer dans Teau que quand ils sont tout à fait refroidis. Le bain doit surtout être interdit à celui qui se trouverait dans un état d'intempérance. Il faut, autant que possible^ qu'il se soit écoulé trois heures au moins d'intervalle entre le dernier repas et le bain froid ; ou que ce repas suive immédiatement l'exercice de la natation.
Un des officiers de santé du corps est présent à tous les exercices de natation; il est porteur de sa trousse. L'école doit donc être pourvue de couvertures de laine, de brosses à frictions et des principaux appareils pour rendre la vie aux SLSi^liyxiés, {Instruction du 18 mai 1852.)
Cette instruction, qui forme le complément de celle du 27 mai 1851, prescrit de se conformer exclusivement à la théorie du commandant d'Argy (1).
Les hommes qui ne savent pas nager doivent d'abord être exercés aux monvements élémentaires de la natation sur un chevalet à sangles; après quelques leçons sur le chevalet ils sont exercés dans l'eau, et ils sont soutenus au moyen d'une corde et d'une ceinture jusqu'à ce qu'ils commencent à nager.
Jusqu'à ce jour, dit M. d'Argy {Instruction citée), on s'est borné à enseigner la natation dans l'eau sans s'occuper préalablement de faire apprendre à terre les mouvements de la locomotion dans l'eau : de là deux difficultés à surmonter à la fois : la crainte de Teau, avec laquelle on n'est pas encore familiarisé, et l'action des membres, qu'il faut diriger dans de certaines conditions toutes différentes de celles de la locomotion à terre.
En procédant du simple au composé, on eût facilement évité les difficultés que présentent tout d'abord l'exécution des mouvements et la crainte si naturelle d'un élément qui offi'ë tant de dangers.
Les mouvements de la natation sont de deux sortes : ceux des bras et ceux des jambes : de leur harmonie sagement combinée dépend tout l'art de nager.
Notre organisation est telle que, dans le ipouvement simultané des bras et des jambes, les muscles des membres supérieurs et inférieurs ont une propension naturelle à imiter leurs congénères, et que ce n'est que par l'étude et l'observation que nous parvenons à écarter sinaultanément les jambes et à joindre les bras. Les quadrupèdes, se servant de leurs membres à la manière de ramer, n'ont besoin au contraire, pour se soutenir dans l'eau, que d'imiter les mouvements de leur marche ordinaire, et peuvent nager naturellement peu de jours après leur naissance. C'est pourquoi l'accomplissement de cette action est si naturelle aux animaux quadrupèdes : aussi le singe, qui se rapproche de l'homme par son organisation physique, se noie-t-il quand on le jette à l'eau.
(4) Inttruction pratique pour renseignement élémentaire de la natation dant l'armée.
Pour nager il faut que les bras agisseat ûmultanément dans tm sens, les jambes agissant aussi simultanément dans un autre sens, là est toute la difficulté ; autrement dit, il faut ouvrir les kras^ joindre le$ ïambes ; joindre les brasy ouvrir les jambes^ et réciproquement*
Les mouvements de la natation peuvent se répéter à seo sur le chevalet, et l'avantage de ce mode de procéder est de pouvoir se préparer en tout temps, en tous lieux, à l'exercice de la natation avant la saison des bains : un autre avantage est de pouvoir en £aire Tapplication à un grand nombre d'hommes à la fuis.
Nous avons sans doute donné beaucoup trop d'étendue aux considérations qui se rattachent à cet exercice militaire ; mais c'est qu'il nous a paru qu'il appartenait aussi à l'hygiène de faire ressortir l'influence avantageuse que la natation exerce .sur la constitution, en développant les forces physiques, nous* voulons dire le système musculaire, et en lui donnant du ton et de Ténergie, indépendamnoent des résultats importants auxquels elle peut conduire dans les diverses circonstances de la guerre, et nous ne pouvons assez nous montrer favorable à une institution si utile qui a été généralement trop négligée. Nous ajouterons en terminant que les ofOiciers de santé, étant en définitive les juges les plus compétents des effets puissants de la natation, ne doivent point perdre de vue que cet exercice ne doit être employé qu'avec une grande modération, et qu'en outre des exemptions accordées aux hommes auxquels le bain froid peut être nuisible, ils doivent également dispenser des exercices de natation ceux prédisposés aux maladies organiques du cœur ou des*poumons.
Ce serait le lieu de rappeler aussi l'action des bains froids sur l'homme et leur influence sur la santé ; mais dans la crainte d'être entraîné à des développements que ne comporte pas la nature de cet ouvrage, nous nous bornerons^ en renvoyant aux traités d'hygiène générale, à indiquer d'une manière succincte les dispositions réglementaires concernant les mesures de précaution à prendre au sujet des mihtaires qui se baignent,
Le médecin-major propose les bains, quand il les juge convenables ; il y accompagne la troupe avec ses aides. (Ordonnance du 2 novembre 1833, art 60.)
Les circulaires du 4 juin 1835 et du 25 mai 1839 ont reproduit cette disposition importante, qui établit, comme otx le voit, l'officier de santé seul appréciateur de l'usage des bains.
L'indication des bains froids n'existe généralement dans nos climats que pendant l'été et les jours les plus chauds de Tautomne, de la fin de mai jusqu'en septembre, et depuis deux heures jusqu'à six ou huit heures du soir.
Les bains mihtaires doivent toujours avoir lieu en corps, et sous la conduite de l'officier supérieur ou du capitaine de semaine; les bains isolés sont défendus par la voie de l'ordre du jour, et c'est surtout pour éviter le retour des fâcheux accidents qui résultent de l'impru-
dence gui porte les soldats à se baigner isolément que le Mimsir€i a rappelé ces mesures de précaution dans sa circulaire du 35 mai
Lorsqu'on est arrivé dans le lieu désigné pour prendre les bains, on doit laisser la troupe se reposer un quart d'heure avant de lui permettre de se jeter à l'eau. Pendant ce temps l'officier de santé reçoit les réclamations des hommes qui lui présentent des motîfe d'exemption de bains, et il fait les recommandations quil juge convenables à ceux qu'il n'exempte pas. Ainsi les bains froids doivent en général être défendus aux convalescents, leur état de faiblesse les rendant plus susceptibles au froid ; ou bien ils doivent être courts, accompagnés de l'exercice de la natation et ne jamais être assea prolongés pour déterminer la sensation de frisson ; à d'autres on devra conseiller de se tenir à l'abri du contact direct des rayons solaires.
Enfin ott ne devra jamais perdre de vue qu'il est essentiel que le travail de la digestion soit terminé avant l'immersion dans Teau, qu'il faut au moins trois heures d'intervalle entre le bain et la fin d'un repas, et qu'il est prudent d'exempter tous les hommes qui digèrent mal.
Les accidents qui surviennent le plus communément chez les baigneurs sont des indigestions, des syncope8> des congestions cérébrales et quelquefois l'asphyxie.
Pour administrer efficacement des. secours en cas d'accidents, l'officier de santé doit donc être muni non-seulement de sa trousse, mais aussi du sac d'ambulance et du rouleau de secours pour asphyxie dont tous les corps sont pourvus, et il doit à l'avance se bien pénétrer de l'instruction du Conseil de santé des armées, que la note ministérielle du 13 avril 1844 a rendue officielle par la voie du Journal militaù^ey et dont upi exemplaire doit être déposé dans chaque sac ou sacoche d'ambulance» iVous croyons devoir, en raison de son importance^ l'insérer ici tout entière :
Instruction générale et méthodique rédigée par le Conseil de santé des armées, sur les secours à donner aux a^phyxiès^ quelles que soient les causes de V asphyxie.
Préambule, ^Bms les rapport» adressée, en 1943, à MM, les générauKi inspecteurs d'arroôs, plusieurs médecins ont exprimé le désir que les régi-» ments fussent pourvus de boites de secours pour les asphyxiés et particulier rement pour les noy^s. Cette demande fait supposer que ces médecins ne se sont pas suffisamment pénétrés de l'esprit de l'instruction générale et méthodique qui a été publiée, sur ce sujet, le i4 février 1840, puisque toutes les indications énoncées dans cette instruction peuvent à la rigueur être remplies à t'aide des ressources dont ils sont actuellement en possession^ et que, d'un autre côté, on y a démontré les dangers de l'emploi de l'appareil à insufflation pulmonaire et de celui dont on fait usage pour les fumigations intestinales, qui constituent les pièces principales des bottes dont il s'agit. Le Ministre a^ en Gonsé<|uenco, chargé le Conseil de santé de raviser l'instruction précitée et d'entrer dans quislques détails plus explicites, pour faire comprendre comment)
avec les instraments contenus dans la trousse d'ordonnance et dans les sacs et sacoches d'ambulance, ainsi qu'avec les médicaments qui se trouvent dans ces derniers, ou ceux dont les chirurgiens des corps sont autorisés à se pourvoir, il [est facile de remplir toutes les indications posées dans le travail qui va suivre.
Toutefois, le Conseil a jugé qu'on pourrait ajouter quelques autres objets à ceux qui sont indiqués ci-dessus, savoir :
1° Un peignoir en molleton, grand modèle ;
2" Un bonnet en molleton, monté et adhérent au peignoir, fermant à coulisse à sa base et à son sommet ;
3*» Un morceau de serge servant de frottoir ;
4° Deux gants en crin noir.
Tous ces objets seront renfermés dans une enveloppe en coutil rayé, et l'on aura soin d'y ajouter un nouet de soufre et de camphre, afin d'assurer la conservation des effets qui sont en laine.
De l'asphyxie en général. — L'asphyxie, qui peut être occasionnée par des causes fort diverses, ne constitue souvent qu'un état de mort apparente.
La putréfaction du cadavre peut seule démontrer que la mort est réelle. Ou doit donc s'empresser de porter secours avec persévérance aux personnes asphyxiées, puisque des faits nombreux ont prouvé qu'après un séjour de plusieurs heures sous l'eau ou après avoir été exposé longtemps à l'action des gaz méphitiques, on pouvait être rappelé à la vie.
L'absence de toute pulsation du cœur ou des artères, la couleur violette du visage, le refroidissement du corps et la roideur des membres n'étant pas toujours des signes de mort, il faudra, pendant longtemps, et sans se décourager, porter secours avec ordre et activité aux asphyxiés. On en a vu fréquemment qui ont été rappelés à la vie après neuf heures de tentatives.
La température du local dans lequel on porte secours aux asphyxiés ne doit pas s'élever au-dessus de 17° c, et l'air doit en être aussi pur qpie possible.
L Asphyxiés par submersion, — Intimement persuadé que tous les chirurgiens des corps connaissent parfaitement les phénomènes de l'asphyxie produite par la submersion, et ses résultats, le Conseil de santé se bornera à de très-courtes réflexions sur la nature des causes qui déterminent la mort des noyés, afin de faire mieux apprécier les moyens qui doivent être successivement mis en usage pour les rappeler à la vie.
Il faut bien se convaincre que l'eau n'entre pas en quantité (comme on Ta pensé fort longtemps) dans l'estomac et dans les bronches de l'individu qui se noie; quelquefois même elle n'y en entre pas du tout. L'élasticité et la conlractilité du pharynx et de l'œsophage, ainsi que l'abaissement de l'épiglotte sur l'ouverture du larynx, par suite de l'état de contraction dans lequel l'individu entre tout à coup, lorsqu'il se voit e)i danger, s'opposent au passage de ce liquide dans les cavités de ces organes. D'un autre ebté, pour opérer cette ingestion dans Testomac, il faut un mouvement complet de déglutition ou de contraction péristaltique de l'œsophage, mouvement qui ne peut être commencé que sous l'influence de la volonté du sujet, que le danger qui le menace repousse, et qu'un besoin instinctif écarte. Plus tard, le développement des gaz remplit les cavités splanchniques, en distend les parois et s'oppose encore à l'introduction du liquide dans lequel le sujet est submergé. Néanmoins, il peut arriver qu'avec la première inspiration qui succède aux dernières expirations du sujet qui est tout à fait plongé dans l'eau, une petite quantité de ce liquide pénètre dans les divisions bronchiques ; mais comme il se mêle immé*
diatement au fluide muqueux de ces canaux, et au peu d'air qu'il peut y rencontrer, il s'établit, dans leur intérieur, une égale résistance qui ne permet plus à une nouvelle collection d'eau d'y arriver. Les fonctions respiratoires sont suspendues, et le sang, privé de l'oxygène qui lui donne le principe de vie nécessaire à l'excitation et à la nutrition des organes, n'est plus propre à produire ni à entretenir l'activité de l'encéphale ; l'innervation vers tous les systèmes des fonctions de relation est aussitôt interrompue ; enfin, l'asphyxie se développe et amène promptement la mort totale du sujet. Cependant, comme le cœur et les vaisseaux capillaires reçoivent, en grande partie, leur stimulus du système nerveux ganglionnaire qui se trouve, moins que le cerveau, sous l'influence de la circulation générale du sang, ils peuvent receler, pendant un temps plus ou moins considérable, un principe vital suffisant pour servir à rallumer celui qui se trouve totalement comprimé ou éteint dans la plupart des autres organes de la vie intérieure.
Ces idées, basées sur la physiologie et confirmées par des expériences exactes, doivent d'avance tracer au médecin les moyens qu'il faut mettre en usage pour empêcher que cette étincelle de vie ne se dissipe entièrement.
Bien qu'on ait des exemples de personnes qui ont été rappelées à la vie après une ou plusieurs heures de submersion, particulièrement dans les saisons froides, on ne peut généralement pas compter sur ce succès au delà de vingtcinq à cinquante minutes. Dans tous les cas, au sortir de l'eau, le corps des submergés est froid et livide ; le pourtour des yeux et les ongles des pieds et des mains sont bleuâtres, les membres roides ; le ventre est plus ou moins distendu par des gaz qui se développent rapidement dans l'estomac et les intestins ; mais ces phénomènes, il est important de le répéter, ne caractérisent pas la mort du sujet ; le médecin ne doit donc pas perdre toute espérance, car, pour prononcer d'une manière positive sur cet état de mort, il faut des signes de putréfaction commençante ; tels sont le ballonnement excessif du basventre empreint d'une teinte verdàtro, l'exfoliation de l'épiderme; l'affaissement et la flétrissure du globe des yeux ; la teinte noire des extrémités i l'odeur cadavérique, enfin, qui s'exhale bientôt de ce corps.
Il faut d'abord s'assurer si ces signes de mort ne sont pas développés, ou s'il n'existe point sur le corps de l'individu des blessures qui aient été capables d'anéantir, à l'instant de la submersion, l'action contractile des muscles qui servent à la respiration, car, dans l'une ou l'autre de ces circonstances, toute espèce de secours serait inutile.
Dans le cas, au contraire, où l'on croirait encore reconnaître le moindre signe de vitalité dans le cœur, il faudrait s'empresser de remplir, avec toute l'activité possible, les indications que commande l'état de l'individu frappé d'une mort apparente.
Ces indications sont :
i® De l'éloigner de l'humidité ; de le poser dans un lieu sec, au grand air, et, autant que possible, sur un lit peu élevé, garni de matelas, et de lui enlever ses habits, s'il en est couvert, en les coupant avec des ciseaux pour ne pas perdre de temps ;
2° Il faut ensuite faire éponger et essuyer promptement le sujet avec des linges et ie la laine, lui mettre le peignoir et le bonnet de laine, préalablement chauffés, s'il est possible, et pratiquer, immédiatement après, des frictions sèches sur toute l'habitude du corps, qu'on tient allongé sur l'un des côtés, droit ou gauche, de préférence sur le droit ; sa tète étant un peu élevée, des compressions momentanées, légères et répétées, altemsint avec des remis-
sioos d'égale durée, doivent être faites^ par des mains habiles, sur les régions dorsales et les flancs» de manière à imiter les mouvements alteroatifs d'expiration et d'inspiration ; si l'on n'a point auprès de soi d'aide assez exercé^ on peut, pour eu faciliter la régularité, faire faire les compressions abdominales au moyen d'un bandage de corps dont on ferait alternativement serrer et relâcher les chefs, comme on le ferait avec la ceinture contenue dans les boites de secours. A ces frictions et manipulations, on fera succéder ou alterner des applications de ventouses sèches, sur toute la région abdominale et sur les régions dorsales ;
3° Comme les voies aériennes sont ordinairement encombrées de mucosités plus ou moins épaisses, il est utile, pour y favoriser le passage ou l'entrée de Tair pur, d'extraire cet enduit au moyen d'une aspiration qu'on exécute facilement à l'aide de la petite seringue, garnie d'une canule de gomme élastique, que la décision ministérielle du 8 mars 1840 a prescrit d'ajouter aux objets contenus dans les sacs et sacoches d'ambulance : on introduit la canule de cette seringue par l'une des narines, et, pendant l'aspiration, on ferme l'autre narine ainsi que la bouche. On aura eu le soin de débarrasser également cette dernière cavité avec un pinceau de linge trempé dans de l'eau savonneuse ;
^^ L'insufflation de l'air, même de l'oxygène, dans les poumons, a le double inconvénient :'i° àe refouler vers les vésicules bronchiques les matières muqueuses qu'on n'a pu extraire, auxquelles d'ailleurs cet air se mêle» ce qui le rend inutile à la respiration ; 2" de rompre ces vésicules, pour peu qu'elle soit exécutée avec force, et de produire, dans le parenchyme pulmonaire, un nouvel et définitif obstacle au rétablissement de la respiration. Ce moyen doit donc être rejeté. Il suffit à l'air libre, surtout après les compressions et l'aspiratioD dont il a été parlé dans les paragraphes précédents, de son élasticité propre et de sa pesanteur, pour pénétrer dans les voies aériennes et y provoquer une salutaire excitation ;
5^ D'après l'opinion du Conseil ^ la décoction de tabac administrée en lavements ou en fumigations dans les voies alvines, est constamment peirniGieuse. en ce que les principes acres et narcotiques de cette plante détruisent promptement les propriétés vitales qtii peuvent exister encore dans les membranes des intestins. La fumée, que sa combustion produit et qui tient en suspension une partie de son huile essentielle, en déterminant un effet toxique analogue à celui de la décoction de la plante sur la membrane interne des intestins, a le double inconvénient d'en distendre outre mesure les parois, et d'opposer, par le ballonnement qui en résulte, une résistance insurmontable à l'abaissement ou à la contraction du diaphragme, pour accomplir l'inspiration. La stimulation intérieure peut être, du reste, provoquée par des lavements d'ean de savon passée dans un linge, d'eau salée ou vinaigrée, à la température de la chaleur animale. Si, par hasard, les matières alvines endurcies encombraient l'intestin rectum, il faudrait d'abord les en extraire au moyen d'une curette de bois:
6<^ Il faut titiller les membranes sensibles des fosses nasales et du gosier avec les barbes d'une longue plume trempée dans l'alcali volatil affaibli, et Ij faire pénétrer dans le pharynx, pour porter l'irritation dans toute retendu»* de ce conduit et jusqu'à l'estomac. Aux frictions sèches, il faut «yoiiter de> frictions pratiquées avec des substances ou liqueurs éthérées, alcalines, alcooliques, camphrées, ainsi que des cataplasmes chauds de farine de moutanie, qu'on applique aux pieds et aux jambes. Dans les eas très-urgents» il seia plus expéditif d'employer des compresses imbibées d'ammoniaque, ifue l'on aura sein de retirer dès que la vie se manifestera ;
T On ne doit faire avaler aucune boissoa au si\jet ayant que )a respiration soit entièrement rétablie : en effet, les liquides, loin de descendre dans Tœsophage, dont les parois s'entre-touchent, entreraient dans le larynx, où ils trouveraient raoins de résistance, car l'épiglotte, dans l'état de relàchenaent qui, à ce degré de l'asphyxie, remplace la constriction dont il a été parlé plus haut, est constamment relevée par l'effet de la suspension de la contractilité des muscles qui doivent fixer cet opercule sur la glotte, et la présence du passage de ces liquides dans les bronches compléterait nécessairement l'asphyxie, n n'y a pas d'ailleurs urgence à introduire aucune substance dans l'estomac : il faut se borner aux stimulants extérieurs et à Tapplication graduée de la chaleur artificielle;
8® Lorsque, par suite de l'emploi rapide de tous ces moyens, la chaleur latente s'est développée ; lorsque les lèvres se colorent, que les yeux s' entr' ouvrent spontanément, et qu'on sent, par l'application de l'oreille sur la région du coBur, des battements à cet organe, il faut s'empresser de poser des ventouses mouchetées sur les régions dorsales, à l'épigastre et aux hypocondres. On fera prendre, lorsque les circonstances le permettront, un bain chaud. Oii pratiquera légèrement une embrocation d'huile camphrée, et, par l'ouverture du peignoir, on massera ou l'on pétrira toutes les parties du corps. On frictionnera légèrement, en même temps, le front et le visage avec quelques liqueurs spiritueuses aromatiques ;
9" Lorsqlie le retour de la circulation s'est manifesté par tous les signes qui lui sont propres et que le pouls est devenu plein, il faut ouvrir l'une des veilles sous-ctltanées les plus sensibles, afin de dégorger le cerveau et les poumons. On répétera, s'il est nécessaire, les saignées révulsives faites avec la ventouse posée à la nuque, entre les épaules et sur la région de l'estomac. Quelques moxas, appliqués à la base du crâne et sur les côtés de la colonne vertébrale, coUtribueraient beaucoup au rétablissement des fonctions nerveuses ;
iO<* Lorsque le malade pourra avaler, on lui fera prendre des boissons aromatiques tièdes, sucrées et acidulées avec le citron, et l'on pourra passer ensuite par degrés à l'usage du bouillon et du bon vin, pris en petite quantité, ou d'un peu de café pur. Enfin, après avoir enveloppé le bas-ventre avec une ceinture de laine, on couchera le malade dans un lit, où le sommeil rétablira entièrement le calme et l'équilibre dans toutes les fonctions.
Tel est, en général, le mode de traitement rationnel qu'il convient de mettre en pratique pour rappeler, lorsqu*il en est temps encore, les noyés à la vie. Dans tous les cas, le véritable homme de l'art n'est jamais au dépourvu ; il sait suppléer aux principes des meilleurs auteurs par les ressources de son propre esprit, et c'est surtout aux ofilciers de santé militaires que ce génie d'improvisation est nécessaire*
Maintenant, comme mesures prophylactiques, on doit recommande^ à MM. les chefs de corps et^ tous les surveillants, d'ordonner que les soldats se baignent par fractions» mais en commun, dans un lieu favorable du fieuve du de la rivière qu'on aura soin de faire cerner avec des barques ou des filets ; des marins intelligents et bons nageurs, seront sur ces barques, ou se tiendront disponibles sur le bord, pour être à même de porter secoHrs au premier indi- \ idu qui viendrait à disparaître sous l'eau. Il est indispensable aussi que, dans ces exercices hygiéniques, un officier de santé, muni des objets et médicaments indiqués dans l'instruction ci-dessus, se trouve à l'école de natation, pour pouvoir administrer promptement, et avea tout le succès désirabiei les
secours commandés par l'état du submergé, si, malgré toutes ces précautions, UQ tel accident survenait.
II. Asphyxiés par les gaz méphitiques, — Les asphyxies occasionnées par les gaz impropres à la respiration peuvent toutes être traitées par les moyens suivants:
!• Sortir promptement l'asphyxié du lieu méphitisé, et l'exposer à l'air libre;
2® Le débarrasser de ses vêtements avec autant de célérité qu'il sera possible ;
3* Le placer dans la position assise ; l'y maintenir en faisant soutenir sa tête ; asperger le corps, et principalement le visage, avec de l'eau froide ;
4*» Frictionner toute la surface du corps;
5° De temps à autre, faire un temps d'arrêt employé à provoquer la respiration, en comprimant alternativement la surface de la poitrine, en mêaie temps que le bas-ventre, de bas en haut, afin de faire exécuter, à ces parties, les mouvements qui ont lieu quand on respire ;
6° Ne pas cesser les affusions d'eau froide quand l'asphyxié commence à donner quelques signes de vie, mais avoir l'attention, dès qu'il fait quelques efforts pour respirer, de jeter l'eau de façon à ce qu'elle ne puisse entrer dans la bouche ;
7° Si quelques efforts de vomissements ont lieu, titiller l'arrière-bouche aveo la barbe d'une plume ;
%^ Aussitôt que l'asphyxié peut avaler, lui faire boire de l'eau acidulée ;
9® Enfin, lorsque la vie est rétablie, il faut bien essuyer le corps de l'asphyxié; le coucher dans un lit bassiné ; lai faire prendre un lavement composé d'eau dégourdie, dans laquelle on aura fait dissoudre environ quinze grammes de savon, ou à laquelle on aura ajouté deux cuillerées à bouche de vinaigre ; appliquer, aux régions désignées plus haut, des ventouses mouchetées.
Le médecin juge ensuite s'il doit administrer un vomitif, ou s'il y a indication de saigner le malade.