CHAPITRE III
Des sujets du souverain par la naissance.
Les sociélés politiques furent à peine forme'es , qu’on dût connoître l6 principe : La naissance fait le citoyen. Néanmoins cette première époque de la vie , soit qu’on la considère par rapport au lieu dans lequel un individu a reçu le jour, ou par rapport aux personnes qui le lui ont donné, ou par rapport encore à l’une et à l’autre de ces circonstances réudies , n’est dans la réalité qu’un titre préliminaire, et en quelque sorte préparatoire, pour être membre de la cité. C’est elle en effet qui'rend l’homme habile dans le corps social, à voir une existence, à occuper un rang , à jouir de diflerens droits ; mais cette existence n’est assurée , ce rang n’est reconnu, ces droits ne sont acquis, qu’après l’accomplissement de la plus importante des formalités , après une inscription régulière sur les tables du conservateur de l’état civil.
A Athènes , la première condition 'pour être citoyen , étoit d’avoir père et mère citoyens. Celui qui étoit né d’un père citoyen et d’une mère étrangère, suivoit la condition de sa mère, et étoit étranger (').
(0 Les auteurs grecs se servent du mot Nothos , qui correspond a ce que les Romains appeloient Hybrida, et que plusieursticrivoins rendent dansuotre langue par le mot métis. Mais cette expression m'a paru trop insignifiante pour que je pusse eu faire usage. D'ait-
l4 DISCOURS PRéLIMIsr AIRE. ,
Ce principe posé par Solon^ ne fut pas néanmoins constamment observé. Thémistocles ^ dont le père étoit athénien et la mère d’IIalicarnasse, sans l’enfreindre directement, contribua beaucoup à le faire oublier ('). Péridhs le rétâblit ensuite dans toute sa vigueur. Mais Périclès à la fleur de l’âge, Périclès entouré d’une assez nombreuse famille, Périclès au sommet des grandeurs et au centre de la prospérité, pouvoit-il prévoir alors que le même principe ou la même loi , dont il se déclaroit avec tant d’empressement le restaurateur, feroit un jour son tourment et son désespoir, parce qu’il seroit en opposition avec ses propres intérêts ? Parvenu cependant à un âge avancé, âccablé de chagrins domestiques, ayant perdu jusqu’au dernier de ses enfans légitimes, et ne loi restant , ppur toute consolation, qu’un fils naturel qu’il avoit eu de la célèbre Aspasie de Milet , il étoit assez mallieiireux encore, à cause de cette loi, pour ne pouvoir en faire son héritier , et pour penser que faute de successeur, l’extinction de sa race auroit lieu en même temps que la fin de sa propre existence; Mais ayant été replacé à la tête des affaires publiques, U n’eut rien de plus qmpressé que de profiter de la circonstance pour en proposer la révocation , et après d’assez grandes difficultés, le peuple se décida à la rapporter (a). Enfin le principe de Solon fut réta-
lenrs , comme à Athènes, les individus qualiCés de Nothoi ne jouis* soient pas des droits de cité, leur condition , sons ce rapport, étoit la même que celle des étrangers. Enfin Nothot, dans une acception un peu èfendue, vent dire aussi étranger.
(’) Plut. Vie de Thémistocles.
W Vd. Vie de Périclès.