CONSIDÉRATIONS
Sur le mesarage des bois carrés, selon le système
décimal.
Par 11. ROUSSEAU» arehitecte àPwii.
A MM. Uê membrti eomfiomi la iàambr$ de comnurcedu d^NHitmant de la Sntie.
Messieuis,
L'appHcatioii définitive pour l'aimée tShO de la loi du k juiHet t837, relatfre au système déciAtid des poids et mesures, nous a bit un detoir de vous soumettre quelques considérations au sujet èe la fabrication en général et spécialement du débit et du mode dé KVftRSon des bois de charpente, ^ts bois caorrés.
Noos placerons en première ligne les conséquences inévitables ae radoption complète liu système légal qui doiverit obliger dès à l^t^ésent le producteur el le consommateur à faire abstraction d*une foule d'usages en pratique jusqu'à ce jour.
La loi n'a autorisé la tabrication dés mesures que dans les proportions de l'unité, du double, de la moitié, du cinquième, du éiliètne, et en cela elle est comidètemefit d'accord avec le principe fondamentd du système décimal dont les diviseurs simples el natoels sont B, 8, 1 , tous autres modes de ^umértttton te vepréftenMt qixe des fracttoas complexes dtii womkire 10, baie fti* VariiMe du système.
Olr dotac, là condition de la Hgouieuse exécution de la loi ne Wase 9àtm èchÉe sur la manière de l'appliquer.
AjoOtotts encore que le système monétaire s'oppose essetatielle- «nent à l'ettitdoi de tottt autre mode que celui que nous venons d'indiquer.
Le franc est fractionné par demi-franc, décime, demi-décime et tenHme; ses mdtiples sont : â, 5, 20. Il serait contraire à la
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loi, en même temps qu'au principe du système, de firapperct d'émettre des pièces de 2 centimes 1/2 (0,025), ainsi que des pièces de 2 fr. 50 cent. , ou des pièces de 25 fr. ; la pièce de 25 cent, dont l'existence est en opposition avec le principe de la loi, et qui est de création impériale , doit évidemment être remplacée par celle de 0 fr. 20 cent. , double du décime, et les pièces de 10 fr. et de IQOfr.j et celles de 1 et 2 centimes, devant, selon nous, combler la lacune laissée jusqu'à ce jour dans notre système monétaire.
Il suit delà qu'il Caïut renoncer complètement à toutes combinaisons qui auraient pour but de se rapprocher des anciennes di>isîons binaires ou duodécimales, à moins que cela ne soit possible sans attaquer la base du principe ; ainsi il faut donc éviter de prendre 0,03 comme représentant du pouce ; 0,25 ou 0,30 comme se rapprochant du pied; 0,08; 0,11; 0,14, etc., comme exprimant plus positivement 3, &, 5 pouces, etc. , les nombres à préférer, par analogie avec le système, devant toujours être 1, 2, 5, 10, 20, etc. , et les gradations devant avoir lieu ou de centimètre en centimètre, ou de deux centimètres en deux centimètres^ de 0,05 en 0,05; de 0,10 en 0,10; de 0,20 en 0,20; de 0.50 en 0,50; d'unité métrique en unité métrique, et en suivant enfin la même règle pour les multiples.
Nous allons nous occuper de l'exploitation et de la livraison des bois de charpente (dits bois carrés).
Suivant l'ancien mode, ces bois sont vendus et livrés dans les forêts et sur les ports aux marchands et aux entrepreneurs par toise ou demi-toise de longueur, et par pouce d'équarrissage; la longueur se comptant ainsi , toute fraction de pied comprime entre le nombre correspondant à chaque toise ou demi^oise et le deuxième pied suivant est abandonné à l'acquéreur, conmie s'il n'existait pas, et lorsque le deuxième pied de la demi-toise est atteint ou couvert, toutes les fractions manquantes, pour compléter le troisième pied, sont considérées comme existantes et comptées pour trois pieds, ensorte que 4 p. 11°, 7p. 11% 10 p. 11% 13 p. 11% 16 p. 11% etc-, ne sont comptés que 3, 6, 9, 12, 15 p., etc. ; tondis que 5 p. O'', 8 p. 0°, 11 p. 0% 14 p. 0% 17 p. 0** sont, au contraire, comptés
APPLIQUIÊ AU VBSURAGB BBS B0I9. $h9
eoinine s'il y ayait 6, 9, 12, 15, 18. Cet usage est ce que l'on nomme le toisé pied avant, pied arrière. Dans certaines localités, la livraison s'effectue par pieds de longueur, toutes fractions inférieures abandonnées à l'acheteur; c'est le mesurage au pied plein.
Pour ce qui est de l'équarnssage, il est d'usage aussi de ne compter, que les pouces de la mesure qui sont couverts par le bois, et d*abandonner à l'acquéreur toutes les fractions inférieures ; ceci est le mesurage au pouce plein. Ce mode de livraison est évidemment àl'avantage de l'acheteur, pour ce qui regarde l'équarrissage, et le serait encore pour les longueurs , si, au lieu de laisser aux bois leur dimension primitive , le marchand exploitant dans les forêts ne faisait souvent deux morceaux d'un seul pour augmenter le produit : ainsi une pièce de bois de 16' pit^ de longueur, qui, par le mode en usage, ne rapporterait que 15 pieds en un seul morceau, peut être comptée 18 pieds, étant cou fée avec industriCf
c'est-à-dire en deux morceaux dont l'un porterait 5 pieds et l'autre 11 pieds, et qui , toisés isolément, produiraient 3 toises ou 18 pieds ; ou bien encore en coupant ce morceau de 16 p. en deux morceaux de 8 p. chaque, qui produiraient encore 3 toises,ou 18 pieds*
Cet usage dans le mesurage des bois carrés, tout bizarre qu'il peut paraître dès l'abord , est loin néanmoins d'être absurde ; car il est, sans contredit, le résultat de besoins réels, qui, quoique mal comi^ris peut-être, se trouvaient en partie satisCûts par le mode que nous venons d'indiquer.
En fffet, ces bois sont mesurés dans les forêts pour le bûcheron, pour le travail d'équarrissage, le voiturage et pour les premières opérations de vente aux marchands des ports; ils sont encore mesura sur les ports et chantiers pour la vente au consommateur, disons mieux , à l'entrepreneur de bâtiments pour ses opérations. Les toiseurs dans les forêts , ceux des ports et chantiers, le marchand, les entrepreneurs, sont obligés d'y procéder malgré les intempéries et toutes les difficultés qui en sont la conséquence, indépendamment encore de celles nées de la situation des lieux , et il est évident, dans ce cas, qu'un mesurage rigoureux rendrait
(MO OPnnOMS AJR LB STSTEMfe KtRIQCm
oes opérModfl t)hB longues et plus pénibleB à la fofa ; ajoatoDS (fae, pour le MTHâlIeur dans tes foréte, ainsi que pour le toitmier, Il serait fastidieux de mesurer ainsi , à cause du peu d'intérêt â*uti Hgorfskkie semb)sl>le pour de simples fii(ons.
Une autre raison, non moins puissante peut-être, est celle ré» «ultant de la nécessilé q[)parente de peniiettre à Tentrepreneur, qui achète en définitive du marchand sur les ports et diantiec8,-de réaliser un bénéfice convenable dans les tnnraux qu'il entreprend » ces b(^ étant mesurés, pour le prix à en payer par le oonsomraa^ teur prôpriâaipe faisant trava&ler, pour ce qu'Us ont en oeuvre au Mttment, c'est-à-dire, par centimètre de longueur etd'équarrissage, suivant le nouveau système, et, suivant le système duodécimal par pieds et pouces de longueur et demi-pouces de grosseur.
L'àpplicâUon de laloi du h juillet 1837 tend donc à détruire ceê prétendus avantages que , jusqu'à ce jour y l'usage a UdssA à Vehtrepreneur^ et en même temps la fBK^iUté et la rapidité dans les opérations; car on est porté tout d'abord à conclure qu'il faudrait mesurer par centimètre, puisque c'est la dimension fractionnaire qui, dans le système légal , remplace réellement le pouce de l'ancien , encore bien qu'elle soit d'une étendue inférieure au demipouce.
C'est k le lieu d'exantfner s'il y a oUigatloki êe faire r^vivte» autant analogiquement que possftle, un usage quijMursAt ètie ap» puyé sur des mûtfs sérieux.
Bt d'abord on ne peut nier l'avantage qu^il y n pour la fiicOifeé et la rapidité des opératii>RS dans l'usage établi; mais t>uAa la quesHoB n'est pas là c tl s'agit a/^esi , st, trfon Hous , e W ee f «'•( y «(le flusgroKoe^ dé saivoiJr êiles entrepreneurs ftofiUni him rMèmnmt éss fr^êndus bénéfices ^'ih devraient résàieer am m&geek de cetue^ge: nous WhésiUrons pas«t répondre ^«sHOii, et que c'est précisément le contraire qui arrive; nous le pioavovs.
l^remièrement , tous nos soos^étails sont ^établis à raî»» de l'^xcéAmt de cubatuTe produit par ce mesuragè;èecondeitietit, nos sous^étails né iaieraienttid pas établis aitiâi , les ^»lreprene«rift comptent tellement Sur les éverituaifités de bet excédant de euba-
turô, qu'il arrive souvent que leurs soumissions pour les travaux ordinaires ne sotit guère plus élevés en prit que la valeur des bois sur tes chantiers, encore bien que la différence existante dans ce caS) entbe le pri^d'acqiiisîtion sur les pottâ et celui de soumission, doive comprendre la totalité des déboutsés résultant du transport au ôhantier dé rentrepretieur, des sciages, des façons, des déchets conséquences de ces séiages.et façons, du transport du chantier de Tentrepreneut* sur le lieu des travaux , du levage et enfin de tous tes faut frais.
D'où il suit évideomient que les entrepreneurs comptent trop souvent sur un bénéfice bien plus grand que celui produit ridle^ m$ni par la différence des mesuragesy et qu'il s'aventurent alors dans les entreprises désastreuses; les faits sont trop patents sous ce rapport, pour que nous insistions davantage sur ce point.
Il D'y a donc ]tos nécessité rigoureuse que rentre)[)reiieur ait un bénéfice quelconque sUr lé naebuMge, puisque les sous-délatlB d'eslimatloti sont établie eu ôbnséquenée, et ^ub lui^ikème réduit ses prix proportionnellement et lé pim souveiit àu^âessous.
Mais Cdmtne les bois su)r les chantiers sont toujours inévitablelâentd'ttneloUguetnr etd'un éqMktisBagei^luscoiisIâéf&blëqu'âYMlt dNètns refendus où Cnçonhés, ^e^ par cette cause, 04O en loU"gueur et 0,01 d'équarri^dage sont peu de chose poUr la vente faite ^ rentbapr^eUr^ qUi doit confeêtiôtatlér les tittvault ; ^U^T tMl utile ^^ buWh^ut, «inâ luiaeee^der un bénéfice auséi largt que ceM résu^fU dé Vûnoien inode , il en fdt H^tfMmoiiM Un ^i puiSÈe tùffifmer Us férhs qH*il pe^t épimf^vet sut les ^o^éiirt, sùîï par la ¥^fehtet ou ilnéiM le nettoyage déè bots, scfit êndoré par la m^èiaion 6^ pat les ert^Urs qui peut^bt àrriVéfr dans To^rMieli ra^ë d'U^ ftkiâ^uitage «ur le chàUtier ; <(Uè cé qui èM ttt)|)U!^â {xmr là desâiccation el le nettoyage dés bois^ aux entrepreneur^. Test à plus forte raison aux marchands des chantiM, aukquiéts led efifels de to deSBÏecation poumienl produite uh bien piM g^ând préjudice» puisque ce n'est que cbec eux qu'elle a réelleifiëttt liéU , qu'il est indiq^ensâkle, selon nouîi, que lei»esûragesur le chèHlier et les portssoit rendu aussi facile que potôible.
65S OPINIONS SUE LE STSTÂKE M^TIIQOE
Nous pensons qu'il pourrait y avoir lieu, pour les opérations d'équarrissage et de vente dans les forêts, sur les ports et chantiers, de sortir des conditions d'un mesurage rigoureux, pour en adopter un qui, sans être complètonent ce qui était pratiqué, s'en rapprocherait néanmoins.
Beaucoup de personnes, en pensant que cela pourrait être utile, mente nécessaire, ont paru embarrassées sur le choix des moyens, et nous avons appris avec quelque surprise que, dans le commerce des bois, on avait, à ce sujet, longtemps hésité entre 0,02 et 0,03, pour l'équarrissage, et 1,00; 0,50; 0,30; 0,25; 0,20, et 0,10, pour la longueur; qu'enfin pourtant on avait en quelque sorte adopté 0,25, pour fraction de longueur, et 2 c. pour l'équarrissage.
Nous sommes en vérité peines de ce résultat du concours d'hommes spéciaux, non pas pour l'adoption des 0,02 de l'équarrissage, .car c'est ce que nous avons proposé dans l'exposé qui a été mis sous les yeux de MM. les ministres du commerce et des travaux publics et de MM. les préfets de la Seine et de police, mais pour celle de la loi^eur fractionnée par 0,25.
Dans l'exposé dont nous parlions plus haut, nous proposions pour longueur le mètre remplaçant la demi-toise, et qui présente l'avantage de simplifier singulièrement les calculs, par Tabsenôe des fractions. Pour l'application, nous proposions d'abandonner à l'acheteur tout ce qui serait au-dessous de 0,70, et de compter audessus l'unité complète du mètre. Ce mode, ind^ndamment de ses rapports avec l'ancien, serait probablement, pour ces mesorages, préférable en pratique; mais, si on l'abandonne pour les fractions du mètre, il faut nécessairement alors adopter, au lieu de 0,25, la longueur fractionnaire 0,20, qui a l'avantage d'être une division naturelle du système décimal , et serait en analogie directe avec l'unité d'équarrissage proposée, dont elleest le produit, étant multipliée par 10.
Ce mode offrirait sans contredit un avantage réel à l'entrepr^ieur qui, ainsi que le marchand des chantiers, est souvent la dupe de l'industrie pratiquée dans les forêts aii sujet du toisé pied avant, pied arrière, au moyen duquel 2 pieds sont comptés comme 3^ sans
knUQVi ÀU MEâlJllAGE DES BOIS. 653
que loûvent 3 y ait compensation par Tabandon des longueurs inférieures à 3 pieds : il ne paierait , en aucun cas, pour une longueur plus considérable que celle qui lui serait véritablement livrée, et aurait de plus la chance de bénéficier de toutes les fractions inférieures à chaque double décimètre qui devrait n'être compté qu'au» tant qu'il serait atteint.
Hâtons-nous d'ajouter encore que, pour la marine, les bois soBt DDiesurés par double -décimètre (0,30), et qu'il serait précieux qu'un mode raisonné quelconque se généralisât.
Pour ce qui est bu bjîsik MAjfïFEsri par les entrb-
rREiOCURS DE PARIS, D'ACHETBR AUX MARCHAKDS EN MESU- RANT L'iQUARRISSAGE DE 0,03. EN 0,03, IL EST PRESQUE SUPERFLU BE DIRE QU'UNE PAREILLE DEMANDE, DONT LES EFFETS REMONTERAIENT IUÎCESSAIREMENT JUSQU'AUX TRA- VAILLEURS A FAÇON DANS LES FORÊTS ET AUX TOITURIERS,
EST ENTIÈREMENT HORS DE SENS, uon-seulement en ce qu'elle est contraire aux principes fondamentaux du système légal, mais encore à ceux de la rigoureuse équité, et que probablement la masse des travailleurs dont nous venons de parler, ferait certainement et violenunent un jour justice d'une telle prétention dont les conséquences ne se reproduisent d'ailleurs dans aucune autre industrie.
Signé J.-B.-P. Rousseau, architecte à Paris.
(Elirait de l' Almanach des bâtiments, 1840.)