DES APHONES, DES MYOPES, UES SOURDS
Un petit monsieur, laid , pâle , eni-
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perruque, s’adresse à vous du bout de la table ; à la contraction de ses muscles faciaux, à la multiplicité de ses gestes, vous devinez bien qu’il parle 5 il vous demande probablement quelque chose; mais comment pourriez-vous le comprendre? aucun son ne parvient à votre oreille. Pour couper court vous envoyez une cuillerée d’entremets à cet aphone qui voulait une tranche de rôti. L’auteur du Manteau^ M. Andrieux, est le type de l’aphone. Quand on a le malheur d’être affecté d’aphonie, il faut, comme lui , avoir une réputation faite d’homme d’esprit, pour se permettre de s’asseoir à une table, sous peine d’être honni.
Les myopes sont aussi gens d’un in-
supportable commerce. On leur passe un hors-d’œuvre : pour le voir, ils se barbouillent le nez dans le bateau qui le contient : ils mettent, en se levant de table , leur serviette dans leur poche, se versent du vin dans la salière, boivent dans le verre de leur voisine, se briMent les cheveux en portant un toast, frappent sur l’épaule des dames , baisent la main aux messieurs, commettent enfin une foule de balourdises dont la muse de la comédie fera tôt ou tard justice.
Soyez assez bon , je vous prie , pour me passer ces hachards — Le gros monsieur à qui vous vous adressez vous met dans la main une énorme salière. — Vous lui présentez votre verre en demandant du Mâcon : il
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saisit la carafe et vous verse à pleins bords. Vous avez reconnu le côté faible de votre voisin; vous en serez quitte pour ne plus lui adresser la parole ; erreur : il engage la conversation ; pendant une demi-heure vous jouez au propos interrompu. Foin des sourds !