‹ Code gourmandChapitre 32 sur 47 · CO DI · texte numérisé non relu

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Partout nous avons été édifiés du vaste progrès des lumières et des conquêtes de la civilisation. Il n’est pas de village , de misérable bourg où le voyageur ne puisse faire un repas sortable, et dans les villes il est sûr de dîner bien , très-bien.

Nous avons reconnu par expérience que la riche Bourgogne , le Beaujolais , le Lyonnais , sont de véritables pays de cocagne. Dans le Midi, Valence, Avignon, Marseille, Toulouse, Perpignan, Bordeaux, Angoulême , etc. , sont peuplées de gourmands; la Touraine, que l’on nomme le jardin de la France, devrait en être appelée le marché des Innocens. La Bretagne est une terre classique de gastronomie , et la Normandie est la patrie des indigestions.

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Et qu’on se garde de croire que la province , parce quelle dîne plus , dîne moins bien que la capitale ! Il sera long-temps cher à notre mémoire et à notre estomac le souvenir des repas excellens de tout point que nous avons savourés avec la brillante et gastronome jeunesse de Lyon. Il est impossible de faire honneur à un festin avec plus de gaîté , d’appétit et d’esprit, que M. Guesdon, et jamais convives plus aimables ni plus dignes appréciateurs que les frères Mottard, MM. Arnauld , Théodore Brouzet , Sevène , etc. , ne se sont assis autour d’une table recommandable.

Ce sont les convives qui font les cuisiniers , comme c’est le parterre qui fait les acteurs 5 aussi croyons-

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nous faire un bel éloge de la société marseillaise de Sans-Façon (i), en disant que nous y avons admirablement

(i) Sans-Façon est une charmante maison de campagne située aux portes de Marseille: les jeunes gens les plus distingués de la ville en ont fait l’acquisition. Ils s’y réunissent le samedi soir, et y passent joyeusement la journée du dimanche. Les réglemensde la société àe Sans-Façon sont fort piquans et fort sages. Nous regrettons de n’en pouvoir donner un extrait qui servirait de modèle à toutes les sociétés du même genre. Nous profitons de l’occasion pour relever la légèreté avec laquelle quelques journaux ont attaqué, dans un sens politique, cette société qu’ils ne connaissaient pas ;un mot suffira pour la défendre : ses membres ont concouru de leur bourse à toutes les souscriptions nationales ou philantropiques , et les chansons que l’on y chante de préférence sont celles de Béranger.

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dîné. Nous nous sommes rarement trouvés dans une réunion où une gaîté plus franche et une hospitalité plus cordiale fussent unies à une cuisine plus appétissante, pour mettre l’étranger à son aise; et nous nous estimons heureux de témoigner ici notre reconnaissance à M. Roussin, sous les auspices de qui nous fûmes si bien accueillis du président Flotte, dont nous n’avons oublié ni les excellentes chansons , ni le délicat punch aux œufs.

Nous pourrions étendre de beaucoup les citations de ce genre, car il n’est pas de ville où le culte gastronomique ne soit desservi par ce qu’il y a de plus honorable et de plus éclairé, îhaujeu mémo, cette montueuse ca-

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pitale d’un pays à bon droit, cher à tous les gourmets , Beaujeu peut citer avec orgueil quelques gastronomes distingués j et nous avons vu M. Georgerat faire à des pai'tners dignes de lui les honneurs d’un dîner apprêté avec une grande distinction par une certaine Pierrette qui ne le cède en rien à nos cordons-bleus parisiens.

Une dernière et concluante pi’euve constatera mieux que tous les raisonnemens du monde, que le culte gastronomique n’est pas desservi dans nos riches départernens avec moins de ferveur qu’au sein de la capitale : des gourmands du premier ordre se retirent chaque jour en province, et Grimod, l’illustre Grimod delà Reynière habite la province.

Ne soyons pas exclusifs ; la France, ce véritable Eden du gourmand, cette terre de joie, où cent vignobles renommés fleurissent à chaqueautomne pour varier les jouissances de leurs heureux propriétaires , a cependant encore quelques trésors à envier aux pays voisins. La Révolution , en méconnaissant les limites géographiques, avait mieuxcompris peut-être que nos douaniers actuels la véritable étendue du territoire français. Franchissant

d’un seul pas les Alpes, elle avait reculé jusqu’à l’Adriatique la carte du.grand Empire, et notre topographie gastronomique s’y était enrichie des excellens vins blancs de la Suisse, des poissons savoureux des lacs de la Haute- Italie, de la savante charcuterie bolo-

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naise et du muscat velouté des Apennins. lia génération qui s’élève ignore encore toute la grandeur de la perte quelle a faite ; nous lui devons quelques détails sur ce sujet, et nos conseils peut-être encourageront quelques voyageurs à compléter une éducation que rétablissement de Chevet, cette bibliothèque royale du gourmand, ne peut, hélas! rendre parfaite.

Ces amis de la science n’auront pas pénétré jusqu’à Genève, sans que déjà leur palais curieux n’ait recueilli d’utiles et de précieuses notions. Accoutumés à la truite saumonée du Léman, ce n’est point aux roses de son teint qu’ils rendront leui’s premiers hommages : \Oinbre-Cheoalier ^ poisson éphémère, occupera toute leur atten-

tion jusqu’à Lausanne, où le vin de la Côte et celui de Lavaux viendront , par leur limpidité et la franchise de leur saveur , exciter de tristes méditations sur l’âpreté de notre Chablis et la roideur de notre Tonnerre. Dans le Valais , nous voyons l’art du cuisinier s’efforcer en tous lieux de réparer les erreurs de la nature, et tandis que le philosophe jette un regard de pitié sur les goitres, le gourmand s’arrête à Martigny pour y sabler avec modération le fougueux Coquempin pour y fêter l’excellente table du Lion (V Or elle vin rouge de 1819, qui fait rêver, à la Haute-Bourgogne; à Briggs enfin pour y tomber en extase sur le fumet d’un gigot de chamois. En général, toutes les auberges de la Suisse

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