CHANSON DE CARNAVAL
Air : Oui , je suis soldat , moi.
Oui, je suis gourmand, moi,
Et je m’en fais gloire ;
Du temps le plus doux emploi,
C'est de manger, de boire.
Quand Bacchus vient l’animer,
Ma muse peu bégueule Préfère à l’art de rimer Le grand art de la gueule *.
Oui, je suis gourmand , moi , etc.
‘Rabelais.
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Plein de verve et d’appétit , Piron, convive aimable,
Me surpassait en esprit ;
Je le surpasse à table.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
Quatre somptueux repas Remplissent la journée;
Et pour moi le mardi gras Dure toute l’année.
Oui , je suis gourmand , moi, etc.
Le sort devait ordonner Que dans Rome je vinsse ,
Quand Lucullus à dîner Mangeait une province.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
L’auteur qui cherche un succès S’agite , s’inquiète ;
Mais l’heureux gourmand jamais Ne sort de son assiette.
Oui, je suis gourmand , moi , etc.
Que je plains l’aveuglement De ce convive blême,
Qui converse sobrement Et qui mange de même !
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
Gais bavards et fins gourmets , Montrons-nous moins novices ;
De bons mots et de bons mets Parons tous les services.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
Par mille et mille argumens Je prouverais à table Que le corps des vrais gourmands Est le plus respectable.
Oui, je suis gourmaud, moi, etc.
De la terre jusqu’aux cieux,
Et de l’homme à l’insecte ,
Ne voit-on pas en tous lieux Des gens de notre secte.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
A dîner, en tapinois,
Souvent elle se prête;
Et l’Amour prend en sournois Cornus pour interprête.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
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Celle dont Antoine un jour Satisfit les demandes ,
Peut bien , je crois, passer pour La perle des gourmandes.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
Jamais au* méchans discours Un gourmand ne s’adonne :
Et celui qui mord toujours Ne déchire personne.
Oui, je suis gourmand, moi, etc.
Par un réglement nouveau De cette confrérie,
Que tout membre du caveau En arrivant s’écrie :
Oui, je suis gourmand , moi ,
Et je m’en fais gloire ;
Du temps le plus doux emploi ,
C’est de manger , de boire.
Moreau *.
* Le spirituel auteur de cette chanson n’est pas moins connu par la délicatesse de ses goftts culinaires que par ses piquans vaudevilles. Il a été à Paris l’un des premiers propagateurs de la cuisine anglaise et de la Th eorie des Mélanges , à laquelle il a fait faire d’immenses progrès. Jamais il n’a souffert qu on mangeât à sa table une omelette sans salade, ni un lievre farci, sans gelee de groseille.
Stances à ®t)ûliarque*
Laisse là les chagrins d’une vaine prudence, Thaliarque , et n’en crois qu’à ton joyeux désir; Le présent est pour le plaisir,
Et l’avenir pour l’espérance.
Le présent est à toi , l’avenir est aux dieux ;
Ne les outrage pas en t’affligeant d’avance ,
Jouis de leurs bienfaits, crois-en leur indulgence, Et contente-toi d’être heureux.
Celui-là seul, mortels, comprend sa destinée, Qui, tout le long du jour assis en un festin,
Jouit gaîment de sa journée Sans nul souci du lendemain.
Vois Ce stoïcien , malheureux qu’on admire,
Il nous regarde, armé d’un œil indifférent;
Il nous insulte d’un sourire,
Et se détourne en soupirant.
Te verrons-nous toujours, avec un soin frivole, Épargner ces trésors par ton père amassés ;
Lycus , quoi ! crains-tu donc qu’il ne t’en reste assez Pour payer ta dernière obole.
Buvons, rions, chantons, soyons des fous heureux! N’attendons pas , amis , que la pâle vieillesse Vienne, ridant nos fronts joyeux,
Nous condamner à la sagesse.
Pour moi , toujours fidèle au doux dieu des chansons, Je veux de la mort même égayer l’arrivée ,
Et parer en riant de mes derniers festons Sa faux sur ma tête levée.
Eugène Hugo * .
* Cette pièce remarquable, qui est une espèce de complément de notre Méditation sur la Vie animale , est d’un jeune homme enlevé avant sa dix-huitième année à ses nombreux amis , que son beau talent flattait des plus nobles espérances, et aux Muses, que les beaux succès de M. Victor Hugo , son frère , peuvent à peine consoler.