DE MOÏSE A LA MISCHNA
Après la mort de Moïse, l'enseignement fut continué par Josué et par les anciens qui lui survécurent, par ceux-là même sur lesquels l'esprit de Dieu reposa, et qui
1 Traité Bathra, f° \ 1 1 .
prophétisèrent j : « Et Israël servit Dieu pendant la vie de » Josué, et tout le temps des anciens qui existaient après » lui 2. » Le Talniud ajoute qu'un des anciens, Athniel ben Knaz, qui en ironie temps était juge, restitua, c'està-dire rappela et remit ainsi en vigueur des décisions en grand nombre qui avaient été oubliées depuis le deuil de Moïse 3,
Les prophètes succédèrent aux anciens; ils maintinrent, pendant une période de cinq cents ans environ, l'enseignement traditionnel, en y apportant toutefois, quelques améliorations que les circonstances et les temps rendaient nécessaires \
La tradition, suspendue pendant les dernières Mimées de la captivité, fut reprise par Èsdras, cet homme qui, au dire de l'Ecriture, était si versé dans la législation de Moïse5. On alla à lui pour l'intelligence des textes bibliques 6 et lui, qui avait dirigé son cœur vers l'étude de la loi pour enseigner à Israël le droit et la justice 7, recueillit avec soin les copies éparses de la Thora, et les interprétations dont les vieillards avaient conservé le souvenir; il rendit à la loi son ancien empire, l'enseigna aux générations nouvelles, et la fit pénétrer de nouveau dans ies mœurs publiques8. Il institua pour le seconder la grande assemblée ou grande synagogue, et une école de Scribes.
La grande assemblée fut chargée spécialement de conserver la tradition. Elle eut une existence de deux cents ans environ, et fut remplacée du temps d'Alexandre par les Hachamims.
Quant aux Scribes, occupés d'abord à foire des copies de la loi , ils ne tardèrent pas à. en devenir les interprètes ; guidés par les paroles du maître : « Soyez lents à juger,
1 Nombres, ch.vp. xi, v. 2i et 25.
2 Josué, CHAP. XXIV, V. 3 i .
3 Trait é Thernoura, chap. I .
■'<■ Voi notamment Ezéchiel, chap. xliv, v. 22 et Malachie, chap. il
•> EsdTras, chap. vu, v. 6.
« Neliémias, chap. vin, v. 13.
i Ésdras, chap. vu, v. 10.
» Cantu, histoire universelle, tom. 111, p. 168.
multipliez le nombre des disciples, entourez la loi d'une haie * ; » ils parcoururent la terre, firent des prosélytes, fondèrent de nombreuses écoles, donnèrent chaque jour de sabbat l'enseignement dans les synagogues, et acquirent bientôt une influence considérable. On les appela comme assesseurs dans les cours de justice, on les consulta sur les difficultés nombreuses que présentait l'application de la Thora au retour de la captivité, et lorsque la grande assemblée disparut, c'est parmi eux que furent choisis les Hachamims.
Ces nouveaux chefs eurent des attributions limitées à létude de la loi, à la conservation et au développement de la tradition, à l'exercice de la justice et au service du temple. Il leur fut défendu d'exercer aucune fonction publique en même temps que le pouvoir religieux ; c'est en vertu de cette défense, dit le Talmud, qu'un des collègues de Hillei l'Ancien, nommé Ménachem, ayant accepté un emploi dans la maison dTIérocle, fut rayé du nombre des Hachamims et remplacé par le célèbre Chammaï.
Les Hachamims désignaient un chef appelé Nassi qui siégeait à Jérusalem, ou plutôt au Temple. Il présidait le sanhédrin, il avait avec lui un vice-présidenl, et exerçait, seul ou avec le concours de ce vice-président, une autorité considérable sur l'universalité des israélites, ainsi que l'atteste le fait suivant 2 :
« Raban Gamliel 3 occupait le siège du sanhédrin sur
1 Mischna, tom. iy.
2 Talmud, traité Sanhédrin, f° \ ! .
3 Raban Gamliel était fils de Siméon et petit-fils de Hillei l'Ancien. Il existait avant la destruction du temple ; c'est lui qui a posé le principe qu'une femme peut convoler à un second mariage sur la déclaration d'un seul témoin que le mari est décédé . — (Voir chap. xvii, — Jebamoth, chap. xv — Mischna, chap. vu) .
Il y avait donc du temps de Gamliel des assemblées israélites en dehors de la Judée. Ce serait commettre une grande erreur de croire que les communautés israélites ne datent que de la prise de Jérusalem par Titus. En effet l'histoire nous apprend que la grande synagogue d'Alexandrie, et les écoles de Babylone étaient contemporaines du premier exil, et que de nombreuses colonies juives existaient a Rome et en Afrique. Phiion a même évalué à un million le nombre des israélites répandus de son temps sur les côtes africaines et dans l'intérieur du pays. —Salvador, Domination romaine, tom. I, p. 482.
» la Montagne sainte ; son scribe Jochanan était placé de- » vant lui, tenant à la main trois feuilles de parchemin » roulées; Gamliel lui dii: Prends une feuille et écris » à nos frères de la haute et à ceux de la basse Galilée : » Paix et prospérité, sachez que le moment est venu de » donner la dîme de vos provisions d'olives. — Prends » une seconde feuille et écris à nos frères du Sud : Que » votre prospérité augmente, sachez qu'il est temps de » distribuer la dime des céréales. — Prends le 3e rouleau, » et écris à nos frères, les fils des exilés de Babylone, à » nos frères de la Médie, et à toutes les assemblées dïs- » raël dispersées dans le monde : Paix et prospérité, le » printemps ne se montre pas ; j'ai décidé mon collègue à » retarder de trente jours les fêtes sacrées. »
Le chef des Hachamims, avons-nous dit, présidait le sanhédrin. Ce tribunal suprême, dont l'institution remontait à Moïse \ se recrutait parmi les membres des tribunaux inférieurs ; il était spécialement chargé de maintenir la tradition, et avait même le pouvoir de la fixer quand elle ne s'était pas prononcée : « Lorsque, dit le Talmud, » une question de droit était soulevée, le tribunal donnait » la solution s'il la connaissait, sinon il s'adressait à un » tribunal voisin ; si ce dernier ne la connaissait pas non » plus, on portait la question devant un tribunal compo- » se de vingt-trois membres siégeant à la porte d'entrée » de la Montagne sainte ; si ce tribunal ne connaissait pas l'interprétation traditionnelle, on saisissait un autre tribunal de vingt-trois membres qui siégeait à la porte du temple ; enfin si ce dernier tribunal ne pouvait pas donner la solution, on en référait au grand Sanhédrin composé de 71 membres. Il tenait ses séances dans la salle de Pierres, il communiquait la solution traditionnelle si elle existait; sinon, il la fixait à la majorité des » voix 2.
Le sanhédrin subsista après la prise de Jérusalem,
1 Nombres, chap. xi, v. 1 6.
2 Sanhédrin, f° \ \ .
mais il fut obligé de se réfugier d'abord cà Jabna l puis à Oucha, à Chouproum, à Beth Schéarim, àSephoriah 2 et enfin àTibériade3. Ses chefs ou nassis, désignés pendant cette période sous la dénomination de Tânâïms, ont été : Jochanan ben Zakaï, qui a assisté cà la destruction de Jérusalem ; R. Gamliél II, cité dans l'Evangile; R. Akiba, célèbre par sa participation au soulèvement de Barco-ziba, Siméon II et enfin son fils Rabbi Jéhuda surnommé le Saint, l'auteur de la Mischna.