NULS
ne particularité remarquable qui distingue le Codex Perestanus des trois autres manuscrits katouniques connus jusqu'à ce jour, est la présence, sur plusieurs feuillets, d’annotations anciennes en caractères européens. Ces annotations sont en grande partie effacées, et ce qui en reste est si peu visible que Brasseur de Bourbourg et les autres américanistes qui ont étudié le précieux document de la Bibliothèque Nationale de Paris ne se sont pas même aperçu de leur présence. J'ai été le premier à les reconnaître, et j'ai publié l’une d’entre elles, la plus importante jusqu’à présent, dans un travail édité en 1876 (1).
L'inscription en lettres européennes que j'ai mise ainsi en lumière a attiré l'attention de
(x) Essai sur le déchiffrement de l'écriture hiératique de l'Amérique Centrale, édition in-folio, planche var.
30 CODEX PERESTANUS.
M. Pousse et lui a donné l'occasion d2 croire que le Codex Perestanus n’était pas composé en langue maya, comme les deux manuscrits katouniques de Madrid, mais en langue tzendale, qui est un dialecte du chiapanèque (1). Voici en quels termes s'exprime à ce sujet le très regretté
américaniste :
« Sur la page 10 verso (2), les annotations se présentent en deux endroits : premièrement entre 9 ben et 13 ben, et secondement entre 13 ex et 4 ben. La première de ces annotations se lit : Agual aud.....; la seconde, Conomaviadt...c.…. (3).
« Constatons que ces annotations ne sont pas rédigées en espagnol, comme on aurait pu s'y attendre, et que les mots qui les composent appartiennent à un idiome parlé par un des peuples in-
(1) A. Pousse, dans la Revue orientale et américaine, 2° série, t. V,p, 31. (Voy. cependant les objections de M: Perrin, dans les Archives de la Société Américaine de France, 2e série, 1887, t. V,p. 90). — Dès 1876, j'avais fait observer que le style graphique du Codex Peresianus présentait quelques différences avec celui du Codex Troano et du Codex Cortesianus. Je considère surtout le Codex Dresdensis comme un document étranger aux autres manuscrits katouniques qui nous sont connus (Voy. mon Essai sur le déchiffrement, etc., et dans les Archives de la Société Américaine de France, 2° sèrie, t. Il, p. 237)
(2) Suivant la pagination défectueuse de lédition photographique publiée par le ministre de l’instruction publique, ou sur la page 19 de la présente édition (PI. vi de mon Essai sur le déchiffrement, etc., in-fol., et de la traduction espagnole de D. Juan d: Dios de la Rada y Delgado).
(3) Tels étaient, du moins, les mots que j'avais cru pouvoirlire en 1876,etque M. Pousse a pensé devoir reproduireidentiquement.
digènes de l'Amérique Centrale. En effet, le premier mot, agwal est le nombre du 29° jour de la semaine dans le calendrier des peuples du Chiapa.
« Remarquons que, dans le calendrier chiapanèque, Aghual où Agual correspond au jour Ahau du calendrier Maya. Or ce jour ahau servait de signe de notation pour la période de 20 ans, et nous avons vu que le Codex Peresianus traite tout au long de cette période et du grand cycle qu’elle sert à former. Par suite, comme il est assez naturel de supposer que les annotations qui figurent sur un manuscrit se rapportent à son contenu, on peut admettre avec vraisemblance que le mot agual commençait une phrase contenant une remarque sur le cycle de 260 ans ou sur les périodes qui le composent. D'autre part, dès l'instant que l’annotateur ne s’est pas servi de la langue espagnole, mais d’un idiome américain, ilest non moins vraisemblable d'admettre qu'il a employé la langue même dans laquelle est rédigé le manuscrit original. Nous sommes donc conduits à considérer le Codex Peresianus comme renfermant une partie du calendrier des peuples du Chapas, et les textes Mératiques qui y figurent comme rédigés dans la langue de ce peuple, c'est-à-dire en tzendal.
« Une autre considération vient à l’appui de cette manière de voir. J'ai déjà fait remarquer que les.
pages n° 10 verso et n° 11 recto (1) présentent un mode de notation des années au moyen de quatre signes de jours différents de ceux employés au Yucatan. Si nous consultons Humboldt (Sz£es des Cordillières, Monuments des peuples indigènes de l'Amérique, note du chap. vi), il nous apprend que les quatre signes de jours, au moyen desquels les habitants du Chiapas établissaient la computation de leurs‘années, étaient Vofan, — Lamat, — Been, — :Chinax. Or ces quatre signes correspondent précisément, dans la série des vingt jours de la semaine, aux signes de jours A#ba/, Lambat, Ben et Æzanab des Mayas que j'ai reconnus comme étant employés à la notation des années. Dès lors, les deux caractères qui figurent sur ces mêmes pages du manuscrit de Paris ne devront pas se lire Bez et Akbal, mais Been-et Votan. — Des -remarques qui précèdent, je crois pouvoir conclure que le Codex Peresianus est un fragment du calendrier des peuples du Chiapas et qu’2/ doit ‘étre interprété au moyen de la langue Tzendales (2).
Il ya, je crois, plusieurs objections à faire au raisonnement de M. Pousse : on jugera dans quelle mesure elles peuvent ébranler les bases de son ‘ingénieuse hypothèse. Je me permettrai
(1) Pages 19 et 20 de la présente édition.
(2) Revue orientale el américaine, 2° série, -t. V, p. 31-32.
donc quelques courtes remarques qui me semblent d'autant plus opportunes que M. Pousse, au lieu de recourir à l'original, n’a accompli son travail que sur ma première copie chromolithographique qui ne pouvait avoir la rigoureuse exactitude de la reproduction héliographique que je publie aujourd'hui (1). J'ai employé en outre, comme on le verra plus loin, des procédés qui m'ont permis. de reconnaître CINQ LIGNES. distinctes de lettres européennes, là où je n’en avais vu que deux tout d'abord, et j'ai pu mettre en lumière les lettres qu’elles renferment d’une façon qu'on jugera
(1) Dans la copie chromolithographique que j'ai publiée en 1876 (Essai sur le déchiffrement de l'écriture hiératique de l'Amérique Centrale, planche vu), j'avais indiqué d’une façon à peine visible, et telle qu’elle m’apparaissait, l'inscription en lettres latines qui a préoccupé M. Pousse, à peu près comme je l'avais fait en 1872 (Archives paléographiques de l'Orient et de l'Amérique, t. [, Atlas, pl. 126) où l’on voit quelques légères traces d’une des notes européennes en quastion. Le lithographe, chargé du tirage de la planche, et trouvant cette inscription trop peu apparente, fit acte de zéle mal placé en rétouchant à la plume les lettres qu’elle renfermait, sans tenir compte de mon bon à tirer. J'aurais bien voulu faire recommencer le tirage, mais je dus y renoncer pour éviter une augmentation de frais que mon éditeur ne consentait pas à supporter. Je regrette vivement que cette circonstance ait motivé la théorie inacceptable de M. Pousse, tout en faisant observer que son erreur est peu pardonnable ; car, du moment où il habitait Paris, il était de son devoir de recourir à l'original conservé à la Bibliothèque de la rue Richelieu, et de ne pas demander à une copie à Ka main l'exactitude presque toujours impossible en pareil cas, et qu'on ne peut être sûr de rencontrer que dans un fac-similé héliographique.
je l'espère , aussi satisfaisante que possible (1}
Avant de revenir sur ces inscriptions en caractères latins, il ne me paraît pas cependant inutile de discuter les idées que le savant américaniste a énoncées à leur égard.
M. Pousse croit trouver dans le Codex Peresianus un fragment de calendrier. Je pense, moi, qu'on y rencontre un calendrier tout entier, à la condition cependant de tenir compte des deux pages qui ont été égarées. Les feuillets 19 et 20, qui nous fournissent la computation basée sur deux des quatre signes fondamentaux du calendrier, pourraient seuls donner une certaine vraisemblance à la manière de voir du savant américaniste ; mais il est hors de doute que ces deux feuillets n’ont jamais été accompagnés de deux autres feuillets analogues pour les signes Lamat et Chinax. Il reste donc là encore une énigme à expliquer. | . J'ajouterai qu’il ne suffirait pas d’avoir reconnu un mot chiapanèque dans les annotations en lettres européennes du Codex Peresianus pour en conclure que « ces annotations ne sont pas rédigées en espagnol, comme on aurait pu s’y attendre». Un philologue qui mettrait sur un document katounique des notes explicatives en français, par exemple, pourrait fort bien y introduire çà et là des mots américains,
(1) Voy. la PLANCHE A.
Hého.et Imp.Lemersier etC'$ Paris.
INSCRIPTIONS "EN LETTRES EUROPÉENNES du feuillet 19
(Grandissement héliographique)
sans que pour cela il ait écrit ses observations dans une langue indienne. Les autres mots en lettres européennes, dont on aperçoit des vestiges sur le manuscrit de Paris, rappellent plutôt des mots cas-. tillans que des mots étrangers ; et le mot lui-même que M. Pousse considère comme chiapanèque n me paraît incontestablement espagnol (1).
Les traces d’ écriture latine que j'ai pu. constater sur le Codex Peresianus figurent sur trois: feuillets de ce manuscrit.
La première nous donne des fragments de deux lignes de caractères cursifs, tracés en encre de couleur brune dans la partie supérieure du feuillet. c7
entre odeur signes CCR ahau pl ont été
bien conservés. Dans la première dé: cés Hits seulement, quelques lettres sont faciles à reconnaître ;: mais il demeure douteux à quel mot elles peuvent: appartenir. Il semble qu'on y lit Miguel (PP).
La seconde tracé d’é criture se distingue à peine
(1) Pour ne laisser subsister aucun doute à cet “Eaid, j'ai donné, sur ma planche A, le grandissement de là partie du: feuillet 19 où apparaissent des lettres européennes. Il me parait. impossible d'y lire le mot agual, etje crois y reconnaitre les mots espagnols el qual...….… “MM. Léopold Delisle, Anatole de : Montaiglon et Morel Fatio, que j'ai consultés à cet égard, ont bien voulu me confirmer dans cette pensée. Suivant ce dernier savant, l'écriture des annotations européennes du Codex Pere-: sianus semble se rapporter plutôt à la deuxième moitié du. XVE siècle qu’à la première.
dans la partie inférieure du feuillet 15, au point qu'on demeure dans le doute si l’on peut être sûr d'en bien déchiffrer une seule lettre,
La troisième enfin, celle qui a préoccupé M.
Pousse, apparaît en ocre rouge pâle sur le feuillet 19 du manuscrit. Lorsque j'ai publié pour la première fois un fac-similé en couleurs de ce curieux feuillet, je n'avais aperçu, comme je l'ai dit, des indices de caractères latins que dans deux endroits de cette page où l’on voit répété successivement le
même signe Be (been des Mayas), avec des
notations numériques différentes. Depuis lors j'ai constaté que d’autres signes européens existaient encore sur la partie peinte en ocre rouge foncé : mais que ces signes, tracés en encre noire-brune, n'étaient visibles qu’à la condition de faire miroiterle manuscrit d’une certaine façon du côté de la lumière. Je n’espérais pas pouvoir reproduire cette particularité dans le fac-similé nitrochromique que je publie aujourd'hui. Grâce au concours de M. Théophile Fillon, qui a bien voulu photographier cette page sur une plaque de verre préparée d’une façon spéciale, ma copie rend absolument le phénomène d'optique que je viens de signaler, et l'inscription sur la partie rouge d’ocre peut être retrouvée absolument comme sur l'original. Je souhaite que ce résultat photographique serve au progrès des
études de paléographie américaine, La lecture, en cet endroit, d’un mot de plus en écriture européenne pourrait peut-être nous apporter une révélation, bien que je ne conserve que de faibles espérances à cet égard.
J'ajouterai cependant quelques mots au sujet de l'emploi proposé de Ja langue TZENDALE pour la lecture et l'interprétation du Codex Peresianus.
Nous ne possédons que de très rares documents relatifs à la langue tzendale; mais s'il avait été établi qu’elle doive servir au déchiffrement du manuscrit katounique de Paris, je ne doute pas que des recherches assidues dans les collections publiques et particulières n'aient mis au jour plusieurs des livres qui ont èté composés sur sa grammaire et même sur son vocabulaire, par d’anciens auteurs espagnols dont les ouvrages n’ont pas été retrouvés jusqu’à présent,
Dans l'Æssez publié en 1876 sur l'écriture Katounique, j'ai établi, je crois, que les manuscrits hiératiques de l’Amérique étaient écrits dans un système graphique spécial comprenant tout à la fois des signes figuratifs et idéographiques et des signes phonétiques. J'ai également admis en principe la polyphonie comme moyen de lecture des signes de la première espèce : « On désigne sous le nom de « caractères polyphones » des signes figuratifs ou
idéographiques qui peuvent être lus ou prononcés de plusieurs manières différentes. La polyphonie se rencontre non-seulement en maya, mais dans divers systèmes d’écritures connus de l’ancien monde, notamment dans l’ancienne écriture cunéiforme et dans l'écriture actuellement employée chez les Japonais (1) ». À en juger par ce que nous savons des divers systèmesgraphiques usités dans l’antiquité et dans les temps modernes, elle n'existe que chez des peuples qui ont emprunté à une nation voisine un système d'écriture qui leur manquait et qu'ils avaient besoin d’approprier au génie particulier deleur langue nationale. L'écriture chinoise, par exemple, a été adoptée par les Japonais, par les Caréens et par les Annamites, mais non point sans subir certaines modifications, parmi lesquelles la polyphonie était la plus nécessaire, la plus indispensable.
Supposons, par exemple, que nous ayons fait usage pour écrire le mot « cheval », de l'image de
cet animal / M. Quand nous verrons cette
image dans un texte, nous la lirons le plus souvent CHEVAL, .mais parfois aussi « coursier, cavale,
(1) Essai sur le déchiffrement de l'écriture hiératique de l.Amérique Centrale, dans les Archives de la Société Américaine de France, 2° série, t. I, P, 276.
poulain, étalon », etc. Voici un premier cas de polyphonie.
Si cette image vient à être adoptée comme moyen graphique par des peuples parlant des idiomes étrangers, le même signe sera naturellement lu d'une manière différente suivant les contrées où il aura été mis en usage. Les Anglais le liront horse, les Allemands Pferd, les Espagnols caballo, les Latins eguus, les Grecs mn, les Chinois ma, les Japonais #wma, les Mayas #simin (tapir), etes
Il en est ainsi de nos chiffres qui ont une forme identique chez tous les peuples européens, mais qui ne se lisent pas de la même façon chez les uns et chez les autres. Voilà un second cas de polyphonie.
On voit, par ce qui précède, que la polyphonie existe dans des contrées voisines les unes des autres, qui ont toutes également subi l'influence d’un foyer civilisateur et qui lui ont emprunté l’art de fixer la pensée au moyen des signes de l'écriture.
Or, il est très probable que tel était le cas dans les diverses régions de l'Amérique Centrale où nous retrouvons d’ailleurs de nombreuses traces d’une civilisation unique à bien des égards. S'il en a été ainsi, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que l'écriture dite « Katounique » ait servi à des peuples différents et que ceux-ci aient fait usage de la polyphonie pour rendre plus facile l'adaptation du système graphique
général à l’idiome ou dialecte particulier de chacun d'entre eux.
Examinons maintenant dans quelle mesure le Codex Peresianus, auquel M. Pousse attribue une origine tzendale, nous présente un exemple, — le premier connu, — de l'adaptation des caractères katouniques à un idiome étranger au maya.
Si les textes katouniques ne renfermaient que des signes figuratifs ou idéographiques, il n’y aurait rien de grave à objecter à la thèse du zélé américaniste; mais nous savons que ces textes comprennent également des caractères phonétiques. Or, ces signes phonétiques nous fournissent, dans le Codex Peresianus, des mots absolument identiques à ceux que nous rencontrons dans le Codex Troano et dans le Codex Cortesianus. 1] semble donc difficile, pour ne pas dire impossible, d'admettre que de tels mots, écrits en lettres phonétiques, aient servi simultanément chez des peuples qui parlaient des idiomes différents. Le Tzendal, par exemple, ou du moins le Chiapanèque,— autant qu'on en peut juger par le peu de renseignements que nous possédons, — n'a d'affinités avec aucune langue de l'Amérique Centrale, si ce n’est avec celle des Dririas du Nicaragua. Comment expliquer qu'ils aient fait usage dans leurs livres d’un grand nombre de signes qui né leur fournissaient rien autre chose que des mots
mayas ? — Je regrette, ici encore, d'apporter un résultat négatif dans le champ de nos études où nous avons tant de peine à réunir quelques données positives ; mais je ne saurais trop répéter cette parole d’Abel-Rémusat : « Diminuer le champ de l'erreur, c’est agrandir celui de la vérité ».
J'ai dit que le style graphique du Codex Perestanus présentait quelques dissemblances avec celui du Codex Troano et du Codex Cortesianus. Ces dissemblances sont d’ailleurs peu importantes. Les lettres du document conservé à Paris sont plus petites et moins grasses que celles des deux manuscrits de Madrid; mais elles offrent cette particularité remarquable qu’elles sont tracées de façon à être lues tantôt de gauche à droite, tantôt de droite à gauche, ce dont nous ne connaissions pas d'autre exemple jusqu’à présent. J'ai signalé également ce fait que le Codex Perestanus nous montrait les pages disposées dans le même sens au recto et au verso, tandis que le contraire caractérisait les deux autres textes hiératiques que j'ai cités tout à l'heure. Un examen plus minutieux de ces divers manuscrits nous révèle, cependant, d’autres différences qui doivent fixer l'attention des paléographes.
(1) Orozco y Berra, Geografia de las lenguas de Mexico, p. Go; Brasseur de Bourbourg, ‘ubliothèque Mexico-Guatémalienne, p. 5; Fray Juan de Albornoz, Arte de la lengua Chiapaneca, P: 5:
La majorité des caractères katouniques usités dans les uns et dans les autres est identique; les signes du calendrier sont notamment les mêmes. Néanmoins, si l’on procède à l'inventaire des groupes employés dans le Codex Peresianus et qui ne se rencontrent pas dans les manuscrits conservés en Espagne, on s'aperçoit que leur nombre est assez considérable. Dans une liste que j'ai dressée pour faciliter mes recherches, je n’en ai pas compté moins de 71. J'ai constaté, en outre, que des groupes d'un emploi continuel dans le manuscrit de Paris étaient au contraire fort rares dans les deux manuscrits de Madrid.
Rues F Le groupe & 4, figure par exemple, plu-
sieurs fois à la même place sur toutes les pages du recto du Codex Peresianus (1) tandis que je ne l'ai reconnu que quatre fois dans le Codex Troano et dans le Codex Cortesianus. Ce groupe et un
autre SL) qui n’en diffère que par la partie
SEL EEE inférieure, n’ont malheureusement pas encore été déchiffrés ; et l'interprétation du premier est compliquée par ce fait que le mot qui le précède est partout effacé dans le Codex Peresianus. Je le
(1) Dans 37 endroits différents.
regrette d'autant plus que, si sa valeur était établie, nous pourrions aussitôt déchiffrer plusieurs phrases entières qui jetteraient certainement un grand jour sur le problème qui nous occupe.
Le mode de composition des groupes de signes est d’ailleurs le même dans les quatre manuscrits découverts jusqu’à ce jour ; et, dans les uns et les autres, nous constatons la présence de signes
renversés, tels que 6) et Gr) . Nous y voyons
également usités des signes additionnels, qui jouent, je crois, près des groupes katouniques, le rôle d’adjectifs possessifs et peut-être aussi quelque
fois celui de pronoms, tels que É C, Ê É LP © to)
EtC:
Le Codex Peresianus renferme, en outre, un certain nombre de caractères évidemment figuratifs qui n'apparaissent pas, sous la même forme du moins, dans les autres manuscrits katouniques. On y rencontre, enfin, quelques exemples de déterminatifs spécifiques combinés avec des signes complémentaires que je n'avais pas eu l'occasion d’enregistrer en faisant le catalogue des signes contenus dans les deux manuscrits du Musée de Madrid. Le
déterminatif | « hache», aujourd’hui bien connu,
y apparaît notamment dans un groupe nouveau
(p. 2) qui reste encore à interpréter.
L* conquêtes de l’érudition sur le terrain de la paléographie katounique sont évidemment d’une fâcheuse lenteur; mais il était impossible qu'il en fut autrement dans les conditions où s'accomplit le travail des américanistes. Nous devons nous trouver satisfaits de voir que, par la méthode prudente dont nous avons soutenu la nécessité, le déchiffrement de l'écriture hiératique du Yucatan ne cesse point de faire des pas en avant, et nous aurions tort de perdre courage parce que le nombre de ces pas est encore peu sensible.
Les procédés des savants qui prétendaient arriver tout d’un coup à lire des textes étendus, à interprêter des scènes de personnages, à lire des noms propres, sont définitivement condamnés. La meilleure preuve que ces procédés étaient mauvais, c’est qu'avec leur emploi, on n'a pas été à même de
proposer une interprétation nouvelle pendant une période de plusieurs années.
Par la méthode rigoureuse, mais peu rapide, que j'ai préconisée, la situation des paléographes n’a pas cessé de s'améliorer. Nous possédions les données premières relatives au système graphique de numération des Mayas, mais nous ne pouvions lire sûrement aucun nombre supérieur à 19. Le signe
©). qui représente le chiffre 20, est aujourd’hui
connu d’une façon indiscutable (1) et ce signe n’est pas celui qu'avait indiqué Brasseur de Bourbourg ou qu'ont cru découvrir les adeptes de sa manière de procéder (2).
Un autre résultat, minime en apparence, mais d'une utilité réelle, c’est la connaissance de tout le matériel des signes qui se rencontrent dans les manuscrits katouniques. Les américanistes sérieux ont tous rédigé cet inventaire pour leur usage, et il eût été impossible de l’entreprendre il y a quelques années, alors qu'on ne savait pas à quoi s’en tenir sur les éléments constitutifs de l’écriture hiératique
S La valeur de ce signe a été établie par M. Pousse.
2) Je crois être sur la trace de deux nouvelles interprétations de signes de numération katounique; mais, avant de les publier, il faudrait accomplir un assez long travail de vérification. Dans le cas où je ne pourrais me livrer moi-même à ce travail, j'en laisserai le soin à l’un des élèves du cours d'archéologie print qui m'a été confié récemment à l’École des Hautes-
tudes.
de l'Amérique Centrale et sur les variantes des mêmes signes dont on a fait usage dans les manuscrits.
Grâce aux progrès réalisés dans cette direction, on pourrait aujourd'hui publier en types mobiles les quatre documents katouniques dont les facsimilés sont désormais entre les mains de tous les travailleurs ; et, de la sorte, on nous fournirait des textes beaucoup plus complets et d’une lecture plus facile que les copies exactes des originaux dont, seules, nous pouvons nous servir quant à présent. Les mayaïstes savent désormais dans quelle large proportion il serait possible d'opérer sûrement des restitutions de signes et parfois même de formules entières dont il reste à peine de traces sur les manuscrits qui sont parvenus jusqu’à nous. Ce travail de restitution est peut-être celui dont il y aurait le plus d'avantages à s'occuper, dans la période actuelle du déchiffrement des caractères yucatèques.
Parmi ces restitutions, il en est quelques-unes qu'on pourrait opérer avec sûreté sans avoir pour cela à accomplir une somme bien considérable de recherches préparatoires; d’autres, au contraire, devraient être soigneusement discutées. Je comprendrais, par exemple, des éditions des quatre manuscrits katouniques dans lesquelles on reproduirait le texte indigène avec des encres de trois couleurs : le noir nous donnerait l’état actuel de
conservation de chaque document; le bleu indiquerait les additions jugées incontestables ; le rouge, signalerait les restitutions douteuses ou dé nature à provoquer la critique des savants autorisés.
Les auteurs de ces nouvelles éditions devraient en outre adopter pour chaque signe la forme la plus correcte, et remplacer par des caractères réguliers ceux qui ont été tracés d’une manière incomplète ou fautive par les hiérogrammates de l'Amérique Centrale.
On trouvera peut-être exorbitante la pensée que j'exprime de poursuivre de la sorte l’œuvre du déchiffrement de l'écriture hiératique de l'antiquité américaine. Il ne faut cependant pas oublier que des travaux analogues ont été entrepris pour d’autres branches de la paléographie, où les éléments d'étude étaient cependant plus nombreux et où les découvertes des savants étaient secondées par la possession de textes bilingues ou trilingues.
Ceux qui savent exactement à quoi s’en tenir au sujet des ressources mises actuellement à la dispo” sition des américanistes pour résoudre le grand problème de l'écriture sacrée de la région interocéanique du Nouveau-Monde, ne trouveront certainement pas d’exagération dans la multiplicité des études préparatoires auxquelles je fais allusion. Il y a seulement une dizaine d'années, on eut pu dire que detelles recherches étaient inutiles, que l'énigme
paléographique qui nous préoccupe ne pourrait jamais être expliquée avec les ressources insuffisantes dont nous devons faire usage. Je ne crois pas que ce soit aujourdhui l'opinion des archéologues et des linguistes qui ont acquis une juste réputation dans ces études. Ce qui manque bien plus que les instruments de travail, ce sont les travailleurs. Il suffirait au besoin, pour le prouver, de dire que jusqu’à présent l'écriture lératique de l'Amérique Centrale a seule été étudiée avec zèle, et que l'écriture Ltéroglyphique, dont il existe de si précieux monuments inédits ou mal publiés, n’a pas encore été l’objet d’une seule tentative laborieuse d'examen et d’interprétation.
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