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c’est ce que je demanderai à Dieu dans mes quotidiennes prières. Puisse-t-elle être Je prix de mon intime souffrance ! Votre joie sera la mienne et peut-être trouverai-je en elle la plus douce compensation à mon abandon.
Et maintenant, si j'ai encore quelque influence sur toi, laisse moi t’adresser une prière : dès que ton stage à Paris sera accompli et si ta jeune femme ne s’y refuse pas, reviens auprès de nous! Je te le demande au nom de nos vieux parents: ils approchent à grands pas de la tombe, ils y descendraient avec moins de regrets s’ils pouvaient achever leurs derniers jours environnés de leurs enfants. Après tu pourrais t'en retourner en France; je ne te retiendrai pas, mais, de loin comme de près, ma tendresse pour toi ne faiblira pas.
Adieu, A Dieu! à Lui je confie votre commune destinée et je vous presse sur mon coeur qui ne cessera jamais de vous aimer.
Anne-Marie.
Lorsque Rodrigue lut cette lettre il comprit qu'Arne- Marie avait pleuré en l’écrivant, car chaque ligne portait l'empreinte de ses larmes. Alors il sentit se réveiller en lui tout le feu de son Premier amour. Dans un élan de respectueuse tendresse il porta la chère missive à ses lèvres et murmura dans un accent de douloureux regret: “Ah! coeur magnanime, quel trésor je perds en toi !”?
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On attendait le jeune couple. 11 devait arriver au Canada à la fin du printemps: on n’en était guère éloigné. La terre avait déjà secoué son blanc linceul et s’apprêtait à se parer de sa parure d’émeraude. Le fleuve géant sortait de son sommeil hivernal; son impétuosité, trop longtemps contenue, venait de briser, aidée de la lumière du soleil qui se faisait plus ardente, l’épaisse cuirasse de glace qui le recouvrait et dans leur Course vagabonde les flots emportaient les derniers glaçons qui, semblables à des cygnes, flottaient encore à la surface,
Dans l’opulente demeure du Docteur Solier les coeurs étaient à l’unisson de œ joyeux réveil de la nature. L'enfant prodigue revenait sous le toit familial: tout était oublié.
Rodrigue, l’heure de troublante ivresse passée, avait éprouvé le besoin de se retourner vers les pures et saintes tendresses du foyer où il avait grandi. Ses lettres devenaient plus fréquentes et chacune était remplie de la filiale et fraternelle affection de jadis. Odile ne s’était nullement opposée au retour de Rodrigue puisqu'elle devait l’accompagner. Ta perspective d’un long voyage ne lui déplaisait pas et puis ce retour faisait plaisir à son mari, cela suffisait À la jeune fcinme pour réprimer en elle la moindre objection: d’ailleurs il lui
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avait promis qu’il æ ferait un devoir de la ramener en France si l'ennui venait à semperer d'elle. Elle lui répliquait gentiment qu’avec lui elle irait au bout du monde, car son amour lui tenait lieu de tout.
Ils étaient très unis. Rodrigue ne pouvait se défendre d’un amer regret au souvenir de son premier rêve; mais jamais Odile ne comprit qu’une autre, avant elle, avait possédé le coeur de son mari. Lui l’entourait de cette tendresse protectrice dont son extrême jeunesse et son caractère enfantin avaient tant besoin. Il comprenait que la jeune femme ne lui serait jamais un soutien à l'heure de l'épreuve. Nullement familiarisée avec le côté sérieux de la vie, ignorante encore de la douleur, le premier chagrin briserait sans doute ce prtit être fragile: le bonheur seul la ferait vivre. Il résolut de se réserver la part des soucis et des peines et de rendre à Odile l'existence aussi heureuse que possible.
Il comptait sur l’appui d’Anne-Marie pour lui en faciliter la tâche. Il savait qu’auprès d’elle il trouverait toujours ce conseil et œ réconfort qu’il ne pouvait attendre de l'enfant gâtée dont il avait fait sa femme. :
Anne-Marie se réjouissait, elle aussi, de l’arrivée du jeune ménage. Dans ce coeur sans fiel, la rancune n’avait point d’accès.
Comme le disait l’abbé de Montaigu “elle avait pardonné en aimant.” A cette heure elle zoûtait cette joie intime, qui suit toujours ! ‘complissement d’un grand sacrifice.
La vieille Léocadie, elle-même, participait à l’unanime contentement. A présent elle était pleinement réconciliée avec “lenfer de Paris”. puisqu’il leur rendait
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“le petit”. 11 n’y avait qu’envers “ l’étrangère” qu’elle ressentait encore quelque aigreur. Elle ne pouvait se résoudre à lui pardonner de leur avoir volé le coeur de Rodrigue; cependant elle avait promis à Anne-Marie de ne lui point faire mauvais visage. La jeune fille comptait sur le coeur de sa vieille servante pour achever le reste,
Grande Amie, elle, revendiquait déjà la faveur d’élever les enfants de Rodrigue.
Oui, on renaissait à la joie. Le vieux docteur Solier retrouvait presque son ancienne vigueur usée dans l’exercice de sa noble carrière. 11 l'avait complètement abandonnée à l'égard des clients de la classe riche ou aisée, qui pouvaient, disait-il, recourir à d’autres aussi aptes que lui à soulager leurs maux; mais il n’avait pu se résigner à abandonner ses pauvres. “Ce sont les amis préférés de Jésus-Christ, je ne puis, disait-il encore, que partager les prédilections de mon Maître. Et puis, n’aurons- nous pas l'éternité entière pour nous reposer ? Laissez-moi travailler encore un peu sur la terre’ Le saint vieillard consacrait sans compter je peu de forces qui lui restaient à soigner les malheureux qui recouraïient à lui: ils étaient nombreux! Aussi à toute heure du jour, et souvent dans la nuit, était-on sûr d’apercevoir dans les quartiers populeux de la cité, la silhouette voutée de l’infatigable ami des déshérités de ce monde.
Sa pieuse épouse le cotoyait dans ce domaine de la char‘:é. Bien plus jeune que son mari, elle était déjà brisée par une précoce vieillesse; cependant, elle aussi, trouvait toujours de nouvelles forces pour accourir à l'appel de ses protégés.
Un seul nuage obscuncissait le ciel limpide de leur
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coeur: l'avenir d’Anne-Marie, Ils souhaitaient #rdemment de la voir établie avant que n’arrivât pour eux le moment de franchir le seuil de l'autre vie, Ils sentaient que le terme de leur pèlerinage terrestre touchait à sa fin, il leur en coûtait de laisser leur fille chérie sans appui : elle était encore si jeune! Tous deux avaient fait le même rêve. Celui sur lequel ils fondaient le bonheur de l'enfant aimée était: Michel] Girard. Depuis quelques temps le jeune homme venait plus souvent chez ses vieux amis. L'accueil cordial d’Anne- Marie l’enhardissait à multiplier ses visites. Elle était l’'aimant puissant qui l'attirait en cette demeure. La joie de la voir, ne fñt-ce qu'un moment, et de rsuser avec elle le délasait subitement de ses longues journées d’un travail, qu sa naturelle compassion accroissait sans cesse, Aune-Maric l’interrogeait avec un affectueux intérêt sur ses occupations, sur le résultat de ses causes, et le grondait gentiment de ce qu'elk: :npelait “ses
excès de charité”. Ii l'écoutait + son:i::: chaque mot de la jeune fille tombait dél:;: …:.:: sur son coeur et avivait cet amour qu’il : 1 1 er.
Elle-même l’appréciait chaque 11: : 2,0: elle s'était si bien accoutumée à ses fréinrt 12: que. lorsque l’intervalle se prolongeait un x <prou-
vait une vive inquiétude ; malgré elle son cocur le réclamait. Lorsqu'elle entendait le coup de timbre familier, qui lui annonçait sa présence, elle ne pouvait se dé. fendre d’un tressaillement joyeux. Elle l’aimait presque. Que de fois s’était-elle dit, depuis le jour où Rodrigue avait trahi sa promesse : “ Ah! il lui avait ressemblé, il n’aurait pas été infidèle. . .”
Un soir, cependant, que la jeune fille lui parut plus
expansive que d'ordinaire, Michel faisant violence à son excessive timidité qui paralysait si souvent les élans de son coeur, lui dévoila enfin son amour et lui confia le rêve qu’il avait fait depuis longtemps de confondre leur destinée. 1] ajouta : “Je ne vous demande pas “de me dire à cette heure ce mot qui doit ou faire mon “bonhe:.r ou briser ma vie. Dans une question aussi “grave où votre avenir et votre Coeur sont en jeu, je “comprends que vous ayez besoin de vous consulter “vous-même, Dans huit jours seulement vous me répon- “rez. J’emporte, néanmoins l’espérance : il fait si bon “espérer quand on aime.” lui dit-il plus bas en fixan: sur eile son clair et franc regard.
Ce soir-là, en prenant congé d'elle, il garda plus longtemps et étreignit plus fort la petite main que ja jeune fille lui tendait ; et les deux prunelles d’azur, qui le regardaient, exprimaient tant de confiance, qu’il quitta son angélique amie le coeur tout ensoleillé. Celui
d’Anne-Marie était tout remué par l
aveu inattendu.
Jamais elle n'aurait soupçonné que le jeune avocat pouvait l’aimer ; d’ai
illeurs, encore sous l’impression douloureuse de son amour déçu, elle s’'tait faite à l’idée de poursuivre seule sa route en ce monde. Les paroles de Michel, comme une clarté bienfaisante, venaient d’illuminer soudain son âme si hâtivement marquée de l’empreinte de la douleur. Elle éprouvait une joie secrète à se les redire. Tout le reste de la soirée, la douce fi-
gure de Michel Girard passa devant ses yeux, et, lorsque
le sommeil vint clore ses paupières, la chère image la poursuivit encore dans son rêve.
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On était au matin du huitième jour: dans quelques heures l’avenir des deux jeunes gens allait se décider. Anne-Marie avait déjà prononcé le “oui” en son Coeur, elle avait hâte de le dire à son fidèle ami. Elle l’attendait, débordante de reconnaissance et de tendresse, toute rassérénée par son nouveau ‘bonheur.
Elle était aimée, plus encore peut-être qu’elle l’avait été naguère! Ce Coeur, qui s’inclinait si tendrement vers le sien, était, elle le savait, le coeur le plus aimant, le plus loyal, le plus fidèle : comme il ferait bon de s’ap- Puyer sur lui... Et elle bénissait Dieu, qui, ayant prévu son délaissement, lui réservait un si nobk ami pour achever avec lui, dans un paisible bonheur, son exil icibas.
Pauvre petite Anne-Marie, la félicité ne devait pas être son partage; du moins elle ne devait pas l’atten-
dre de la terre, car elle allait de nouveau se trouver en face du sacrifice !
La matinée touchait presque à sa fin. C’était l’heure où, selon son habitude, Anne-Marie dépouillait le courrier de son père. La vue du vieux docteur, affaiblie par l’âge, ne lui permettait plus d'accomplir ce travail. La jeune fille s’était constituée son secrétaire : i! ne pouvait, certes, en avoir de plus dévoué et de plus discret. Soudain elle pâlit! parmi les nombreuses lettres reçues ce jour-là elle en TéMarqua une qui la fit tressaillir! elle venait de reconnaître l'écriture de l’abbé de Mon-
taigu.
La lettre était de nouveau à son nom. Pressentant un second malheur elle se raidit contre l’émotion qui lenvahissait; adroitement, elle dissimula la missive, qu’elle voulait d’abord lire seule, afin d’être mieux à même de préparer les siens à recevoir le coup douloureux. Calme, comme si rien d’anormal n’était survenu. elle acheva sa tâche. Quand elle eut fini, après avoir embrassé son père, plus tendrement encore que de coutume, elle monta à sa chamhre, ce sanctuaire où elle aimait à se réfugier et à se recueillir aux heures de désespérance. Là, elle pouvait, sans témoin, donner un libre cours à ses larmes et se retremper au contact de la prière. Tournant et retournant entre ses doigts trerablants l’étroite enveloppe qui contenait la ruine de son dernier bonheur elle passait par toutes les ançoisses qu’elle avait éprouvées, lors de la première lettre que lui écrivit le jeune prêtre. Enfin, raffermie ar un regard vers le ciel, elle brisa le cachet et lut.
“Je serai donc toujours pour ous, Mademoiselle, le triste messager du malheur? Cette fois, selon le langage humain, c’est l’irrémédiable... Vous m'avez déjà compris, j’en suis sûr, et j'ai pitié de votre douleur. Hélas, oui, Rodrigue, notre cher Rodrigue est depuis hier dans son éternité! Je n'entreprendrai pas de vous consoler, mes pauvres paroles seraient trop audessous de votre affliction. Je ne puis que pleurer avec vous. Oui pleurons, les larmes ne sont pas défendues quand elles sont l’expression de notre douleur résignée : Jésus a sanctifié ces pleurs que nous versons sur n0s chers disparus: m’a-t-Il pas pleuré Lui-même sur la tombe de Son ami Lazare? Pleurons, mais non pas
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comme ceux qui n'ont point d'espérance; c’est pourquoi je viens évoquer en votre coeur endolori la pensée si consolante du dogme de la communion des saints. À l’aide de cette céleste lumière, qui. semblable à un phare lumineux, éclaire les régions ténébreuses du tombeau, vous pourrez voir l'âme qui vous était si chère, et qu’aujourd’hui vous pleurez, débordante d’une vie nouvelle, de cette vraie vie qui ne commence qu'à la mort. Rodrigue est aussi près de vous, davantage même, qu’il l'était naguère. Il vous voit et il vous entend Il n’a fait que nous devancer vers ce but suprême où nous cheminons tous. A cette heure. j'en ai la pieuse cer titude, il goûte auprès de Dieu cette ji inénarrable qu’Il réserve à ceux qui lui auront été fidèles. Fidèle à son Dieu, Rodrigue l’a été, je puis vous l’assurer. Si son Coeur à pu sentir les atteintes de l'orage, si sa bouillante jeunesse a eu, comme tant d’autres, ses moments de faiblesse et d’égarement, je puis vous affirmer encore que le doute et l'erreur n’ont jamais effleuré son âme si profondément croyante, et qu’il a conservé intacte cette foi si robuste et si vivace, qui caractérise le peuple canadien-français.
Mais ce qui, sans doute, sera votre plus douce consolation c’est la pensée que Rodrigue a trouvé la mort dans l’ex-reice de la plus sublime charité. La fièvre typhoïde, qui règne en ce momert à l’état d’épidémie dans la capitale, exerce particulièrement ses ravages au quartier de Ménilmontant. Rodrigue comptait dans ce quartier de nombreux protégés qui lui avaient été confiés par la Société de Saint-Vincent de Paul, dont il était un des membres les plus dévoués. Parmi ses protégés il avait remarqué une famille, composée, outre
le père et la mère, de deux enfante encore adolescents. Cette famille était classée dans l'intéressante catégorie des “pauvres honteux”. (Cette misère voilée était bien faite pour attirer la compassion de mon pauvre ami. Le chef de ce foyer infortuné, qui jadis avait connu le bien-être, avait été autrefois professeur dans un des plus grands collèges de Paris; une cabale montée contre lui par la jalousie fut la cause de sa démission. Une épreuve ne vient jamais seule ; la maladie fit sa sombre apparition ; elle épuisa les économies du ménage. Enfin, lorsque par un providentiel hasard on découvrit cette infortune, qui persistait à vouloir demeurer ignorée, le désespoir allait commencer son oeuvre. Rodrigue, par des prodiges de bontés et de délicatesses, parvint à obtenir la confiance des malheureux: il devint leur ange consolateur. Aidé des largesses de notre ami Martinenq il était parvenu à leur rendre, sinon l’aisance des premières années de leur union, du moins un bien-être relatif qui les mettaient désormais à l’abri des privations. On avait en outre procuré au mari de nombreux élèves et des travaux d'écriture, lesquels lui permettaient de gagner honorablement son existence et celle des siens. Le bonheur renaissait dans ces coeurs éprouvés quand soudain la fièvre épidémique, après avoir atteint successivement les deux enfants, heureusement guéris par les soins dévoués de leur bienfaiteur. s’abattit sur le père. Rodrigue alors s'installa dans ce foyer contaminé où il dépensa, sans compter, toutes les ressources de son coeur et de sa science déjà éminente. Cette fois encore le mal allait céder devant ses généreux efforts: son malade était sauvé.
La dernière fois que je vis mon ami. plein de jeu-
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nesse et plein de vie, c'était quelques jours avant mon ordination sacerdotale: le soir j'entrais en retraite. Il venait m'apporter des nouvelles de sa “double conquête”. Il désignait ainsi son protégé, car ce dernier, aigri par le malheur, avait abandonné depuis longtemps ses pratiques religieuses. Rodrigue, lui, avait réussi à le ramener dans Je chemin du salut. En soignant le corps, il
avait préparé l’âme à ce bienheureux retour: son malade avait retrouvé à la fois la vie de l’âme et la vie matérielle. Dans les desseins de Dieu celle de Rodrigrie n’était-elle pas la rançon de cette double résurrection ? mystère !
En lui serrant la main je fus surpris de la sentir si brûlante et je ne pus m’empêcher de lui en faire la remarque. “Ce n’est rien, me répondit-il, une bonne marche au grand air me fera du bien. . .” Hélas! je ne devais le revoir que sur s4 couche d’agonie....
C’est au soir de mon ordination que Martinenq vint m'apprendre la foudroyante nouvelle. Je m’expliquai alors l’absence de Rodrigue à cette incomparable cérémonie ainsi que celle de mon ancien professeur, le docteur Décugnier, lequel a lutté désespérément pour arracher Rodrigue à la mort : il l’aimait tant déjà ! J’accourus aussitôt au chevet de notre cher malade: il avait toute sa connaissance. J'étais plus ému que lui. Il était calme et résigné: pas une plainte, pas un murmure! J’avais devant les yeux le touchant et consolant spectacle de la foi canadienne en face de la mort.
—“T1 m'aurait été bien doux de vivre—me dit-il — surtout à cause de cette pauvre enfant—et il désigmait sa jeune femme qui, anéantie par cette subite épreuve, pleurait silencieusement près de Ini.—T’aurais voulu
vivre aussi pour jouir du cher petit être que nous attendions; mais Dieu Y pourvoira! ce qu’Il fait est toujours juste et saint.
“Je voudrais—continua-t-il que vous écriviez à ma famille adoptive. Dites à mes chers parents que je leur demande pardon de tous les torts dont je me suis rendu Coupabie à leur égard. Qu'ils sachent cependant que je les ai toujours beaucoup aimés et que j’'emporte en mourant Je souvenir de leurs bienfaits; ma gratitude les poursuivra même lorsque j'aurai franchi les limites de cette vie. Je me faisais un bien grand bonheur de retourner auprès d'eux... Cher et au Canada, douce patrie de mon enfance—murmura-t-il—je ne te reverrai plus! puisque Dieu le veut ainsi: je me soumets !”?
Il s'arrêta un instant, comme pour reprendre le souf- Île qui s’éteignait de plus en plus. I] reprit: “Vous direz aussi à mon angélique soeur d'adoption que son doux et chaste souvenir m’a accompagné jusqu’au œuil de l'éternité. Je prierai pour son bonheur, hélas ! je lai peut-être brisé Pour toujours.” De nouveau il s’arrêta, sa voix faiblissait : luttant contre la fatale défaillance, il fit un effort et poursuivit : “Vous lui direz encore que je Ini confie ce que j'ai de plus cher ici-bas : ma femme et mon... enfant !” En prononçant ces dernières paroles, des larmes sillonnèrent ses joues déjà blémies par les approches du trépas.— Cher petit enfant—continua-t-il plus bas, afin que sa jeune épouse ne lentendit pas—je pressens qu’il sera bientôt doublement orphelin. Je conjure ma soeur de ne point l’abandonner.. . .”
“De ses mains défaillantes, détachant le médaillon suspendu à son cou, il le baisa pieusement et il me le
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