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remit en disant. Vous l’enverrez à Anne-Marie; c’est ma plus précieuse relique, jamais je ne m’en suis séparé. Qu'il soit le dernier gage de mon éternelle reconnaissance et le dernier lien de notre frawrnelle affection.”
“Rassemblant ce qui lui restait de force, il se eouleva et appelant sa jeune femme, il la serra une fois encore contre son coeur qui allait bientôt cesser de battre.
“Ma petite Odile—lui ditil—faisons généreusement notre sacrifice. Courbons nous chrétiennement sous la main qui nous flagelle. Dieu qui venait de nous unir et qui déjà brise nos liens, nous réunira bientôt dans sa sainte demeure. Ne nous révoltons point contre Sa volonté; elle est toujours subordonnée à son immense amour. Il ne nous éprouve aussi cruellement aujourd'hui que pour nous récompenser plus magnifiquement demain... Je ne te dis donc pas adieu, ma bienaimée; mais: au revoir... Cependant je m'en irai plus tranquille, si tu voulais me promettre d’aller trouver Anne-Marie dès que je ne serai plus. Tes parents sont, eux aussi, au terme de leur route, tu seras seule en œ monde; auprès de ma soeur la solitude te sera moins amère. En elle tu auras l’amie la plus sûre et la plus fidèle; en toute confiance tu pourras te reposer sur ce coeur si bon et si généreux.” Comme la pauvre jeune femme lui répondait, d’une voix pleine de sanglots : “Je partirai”” “Oh! merci—ajouta-t-il en l’étreignant une dernière fois—merci ma petite Odile; à présent je puis mourir !”
C'était une scène poignante, dont longtemps je me souviendrai, que ces tristes épanchements entre ces deux époux, nouvellement unis et dont l’un s’en allait vers
l'éternité, tandis que l’autre, essayant en vain de retenir l’être aimé, se sentait rivée encore au terrestre rivage.
Notre cher malade me dit signe d’approcher.—“ Aimé, me dit-il alors—à nous deux maintenant ; le froid de la mort me glace déjà: aide-moi à franchir le passage redoutable. . .”
Maîtrisant mon émotion, je prodiguai à mon pauvre ami les consolations suprêmes. Qui m’aurait dit que la première absolution qui devait tomber de mes mains, humides encore de l’onction sainte, était réservée à une âme aussi chère, etique le plus beau jour de ma vie s’achèverait pour moi par le plus inattendu des malheurs....
La mort approchait... ses yeux se voilèrent... ché sur lui je lui suggérais de pieuses aspirations qu’il redisait de sa voix mourante. Soudain il murmura : Anne-Marie.... mon... enfant... adieu... Fiat !” Ce dernier mot qui résumait l’acceptation pleine et entière de son sacrifice escorta sa belle âme au tribunal de Dieu!
Voici, Mademoiselle, le récit, à la fois douloureux et consolant, de la fin de notre regretté Rodrigue. Ja nouvelle, je ne le prévois que trop, va porter un terrible Coup à vos excellents parents: ils aimaiïent tant ce fils de leur adoption! Mieux que moi vous trouverez dans votre filiale tendresse des paroles pour atténuer un peu leur chagrin. Présentez leur mes sympathiques et respectueuses condoléances,
Pour vous, je prie Dieu qu’Il vous soutienne et vous console. Je vous plains et vous bénie.
Lorsque Anne-Marie eut achevé la triste lecture—et elle fut longue, car, à chaque ligne, des larmes embrumaient ses ÿeux—son premier mouvement fut de se jeter à genoux pour recommander à Dieu l’âme de celui qu’elle avait tant aimé. Elle demeura longtemps dans cette attitude suppliante... Quand elle « releva, elle ne pleurait plus. Son sacrifice, à elle aussi, était accompli et elle venait de l’édifier sur les ruines mêmes de son propre bonheur .
Quand, le coeur tout rempli d’un joyeux espoir, Michel Girard arriva le soir chez ses amis. il fut bien surpris de les trouver en pleurs.
Anne-Marie vint au-devant de lui et, l’entraînant dans une pièce voisine, après lui avoir appris la cause de cette brusque désolation, elle lui dit, d’une voix grave et douce : —“ Mon ami, nous avions fait un iéiu rave, hélas ! nous devons y renoncer. Si J'écouisis mon voeur je mettrais à l’instant ma main dans la vôtre : il rr'aurait été si doux d'accomplir avec vous mon terrestm pèlerinage ; mais il est des êtres en ce monde Gui semblent n’avoir point d’autre mission que celle de se sacr:fier sans cesse pour le bonheur de leurs semble! les, Telle est ma destinée! je ne cherche point à m’y soustraire, puisqu'elle est marquée par Dien Il me faut
Fiat té: k
le coeur libre pour mieux accomplir ma tâche, Néanmoins nous demeurerons toujours fraternellement unis.” Fixant sur lui son pur regard, elle ajouta plus ibas: “Je ne vous oublierai jamais, la plus douce consolation de ma vie sera de me souvenir que vous m'avez aimée ; pour moi, nul autre, hors Dieu, ne vou. remplacera désormais dans mon coeur...”
Le jeune homme n’essaya même pas de l’ébranler dans son héroïque sacrifice, il la connaissait trop pour savoir que les résolutions chez cette grande âme n’étaient point la conséquence d’un enthousiasme ou d’une générosité d’un momerit, qu'alles étaient, au contraire, sérieusement pesées et müries et qu’une fois formulées elle ny faillissait jamais.
Il comprit que pour lui tout était fini
“Je suis bien malheureux—lui dit-il—cependant il m'est dux d’être associé à votre sacrifice puisque ce sera encore un lien entre nous.”
Il se leva. L’indicible souffrance. qui étreignait son coeur, se trahissait sur son visage. Il parut à la jeune fille soudainement vieilli Elle laccompagna jusqu’au seuil de ce foyer où il avait vécu les heures les plus heureuses de sa jeunesse et où désormais il ne viendrait plus s’asseoir.
Il lui tendit la main. Ce fut elle, cette fois, qui Ja retint dans la sienne. Elle ne comprit jamais autant qu’à cet instant de définitif adieu combien il lui était cher ; elle sentit tout ! oids de son héroïque sacrifice ; mais elle ne le regretta point...
Ils se regardèrent longuement.
‘Anne-Marie—dit le jeune homme—(c’était la première fois qu’il usait de «:ite appellation familière), vous m’aimerez toujours 02 peu, n'est-ce pas ?
CŒUR MAGNANIME Sy
—* Plus qu'un peu, beaucoup”—répondit-elle, Et, mue par un sentiment de profonde tendresse et d’immense pitié, elle éleva Jusqu'à ses lèvres virginales la main loyale qui s'était si généreusement offerte à elle et dans laquelle, sans hésiter, elle aurait placé son avenir et son bonheur, si, obéissant à la plus sublime abnégation, elle n'avait résolu de marcher seule en ce monde, afin de s donner toute entière à la tâche que Rodrigue en mourant venait de lui confier.
Au contact de cette chaste caresse le jeune homme tressaillit. Alors attirant à lui l’idéale et angélique créature, il la pressa contre son Coeur et sur ce front, où se reflétait encore l'esquise candeur de l'enfance, il déposa son premier et dernier baiser...
Dominé par l’âpre douleur, qui envahissait tout son être, sentant faiblir son courage, brusquement il s’enfuit...
Le bruit d’un sanglot vint frapper l'oreille d’Anne- Marie ; il se répercuta douloureusement j usque dans l’intime de son âme. “ Noble ami,” murmura-t-elle, et elle RE Re M en le Cie
Cette amère déception fit au coeur de Michel Girard une profonde blessure. Elle ne fut complètement ruérie que le jour où un amour plus fort et plus pur allait soudainement, en pleine jeunesse et en plein succès. Île transformer en un serviteur de Dieu.
Au lendemain d’une brillante joute oratoire. où, comme toujours, il avait triomphé, le jeune avocat, vaincu à jamais par l’irrésistible beauté divine, échan-
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