‹ Cœurs et homme de cœurChapitre 3 sur 53 · LE ('(EUR PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LE ('(EUR PHYSIOLOGIQUE

à MM. les Professeurs, de V Université Laval, et à mes confrères en médecine.

M. le Président,

Mesdames,

Messieurs,

Je viens vous parler du cœur.

Le cœur ! coeur de femme : labyrinthe charmant ! coeur d'homme : je ne puis dire — on ne se connaît pas soi-même ! Le coeur, chez l'un et

CCEURS ET HOMME DE CCEUR.

l'autre, source des maux les plus grands, des plus infimes joies, des bonheurs immenses, des moindres peines.

Le coeur ! instrument de vie ou de mort — organe sensible — lyre facile à toutes vibrations : vibrations aiguës, rudes ou fausses, ou vibrations mélancoliques, douces, caressantes.

Le coeur ! le coeur qui hait, le coeur qui aime !

Jetez les regards autour de vous, mesdames et messieurs, et derrière ces figures de marbre qui, ce semble, ne disent rien de tendre, vous verrez presque toujours la présence d'un coeur qui se trahit par l'action. Qui a le coeur plus vaste et plus franc qu'un militaire, et qui, en même temps, l'indique moins par son dehors de glace ?

Au fond de ces prunelles limpides, calmes ou rêveuses, ou agitées, chaudes d'ardeur printannière, au delà de ces regards bleus ou noirs ou bruns de jeunes filles, ne voyez-vous pas son coeur, à elle : son beau, son bon petit grand coeur qui bat — léger ainsi qu'une aile de papillon ?

Ce coeur se dévoile de mille manières.

Ne l'avez-vous pas vu dans un sourire qui se

ANTONIO PELLETIER

moque ou dans un sourire qui caresse, dans une physionomie ardente et tout eu éveil, ou dans un profil fier et imposant, dans une stature majestueuse ou dans une attitude calme et suavement douce, ou dans un geste gracieux qui vous attire, vous captive, dans un geste qui prie, dans un geste qui donne au mendiant ?

Ne Pavez-vous pas vu dans ces infinis petits riens étonnamment pleins de grandeur, qui vous laissent surpris et comme sous le charme d'une harmonie qu'une grande âme seule peut rendre ? Car, il faut être grand pour bien faire les petites choses ; il faut avoir une âme d'élite pour faire vibrer les fibres les plus obscures, les plus reculées : il faut avoir un raffinement d'exquise délicatesse et de noble sensibilité.

Et c'est là le propre d'un coeur bien placé de

jeune fille, celui par qui la femme est réellement

femme.

Ce cœur, ou plutôt cefte parcelle de l'Infini

que le Créateur a mis là pour répandre le bonheur

clans des atmosphères brûlantes d'amour ou

d'amitié, ce cœur de jrune fille, qui l'a connu ne

peut l'oublier, qui te méconnaît perd le nom

CCBURS ET HOMME DE CCEUR.

d'homme, qui en doute n'a jamais eu vingt ans !

Dites-moi, mesdames et messieurs, vous souvient-il de ces temps heureux — loin pour plusieurs, hélas ! assez rapprochés pour d'autres — de ces temps où votre bonne mère, en murmurant des chants — des chants de mère — vous berçait et vous étreignait sur sa poitrine — de ces temps où votre père laissait courir dans ses moustaches vos menottes blanches ou roses, ou pâlies, ou sucrées de bonbons à la crème ou de miel parfumé ?

Cœurs de mères, cœurs de pères, cœurs de jeunes filles : je vous aime !

Cœurs de riches, cœurs de malheureux, cœurs larges, coeurs de pauvres, coeurs vertueux, coeurs aimants, Dieu vous a inspiré vos élans, vous êtes preuves de sa bonté, de sa grandeur : je

vous aime aussi !

Vous venez d'entendre, mesdames et messieurs, dans cet exorde, deux mots d'un sujet qu'un homme aurait beaucoup de difficulté à suivre, mais qu'une femme étudierait facilement parce qu'elle a des intuitions plus intimes, un coup-d'oeil plus subtil, des pénétrations plus

lointaines — quand il s' agit d' amour. Elle marche, dirait-on, la femme, avec un air de chez soi, dans ce dédale clair-obscur où nous perdons, nous, hommes, le fil assez souvent.

La femme a plus de délicatesse, c'est pourquoi le sujet lui sied à merveille — et je le lui laisse.

Mon but est autre. Déjà, mon titre d'étudiant eu médecine a dû vous annoncer que je vous entretiendrais du coeur, organe sensible, instrument de vie, agent de la circulation.

En autres termes, mesdames et messieurs, cette causerie sera sur : "La circulation dit

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