‹ Cœurs et homme de cœurChapitre 4 sur 53 · SANG CHEZ L'HOMME · texte numérisé non relu

SANG CHEZ L'HOMME

Cette partie des sciences médicales — comme toutes, d' ailleurs—beaucoup étendue, est très aride. Nous la verrons dans ses lignes générales. Je serai le plus clair que je pourrai, m' efforçant de donner une idée du phénomène suffisante pour sa compréhension.

Le génie de l'homme a inventé une multitude

de choses — entr' autres, des machines puissantes

et très perfectionnées parfois. Aussi, nous voyons ces grandes forces mécaniques et leurs agents

secondaires en vertu desquels marchent les locomotives, etc.

Dieu, lui, a bâti une machine dans laquelle il s'est prouvé : la machine humaine qui l'emporte, au plus haut point, sur les inventions des êtres créés. Car, une machine est d'autant plus parfaite qu'elle rend plus de travail avec moins de dépense de force : c'est le cas chez l'homme, c'est le cas dans la circulation.

Ici, je ferai un rapprochement, un peu familier peut-être, mais qui vous sera utile, je crois, pour bien me comprendre.

Les deux termes de la comparaison sont un aqueduc et l'appareil circulatoire.

D'abord, nous avons l'ingénieur : dans l'homme, c'est l'âme ; ensuite, le moteur, dans l'homme, c'est le coeur ; après cela, les tuyaux principaux, qui correspondent, chez l'homme, aux artères ; de plus, les différents tuyaux, plus petits que les précédents et qui distribuent l'eau en divers endroits : chez l'homme, ce sont les capillaires qui transportent le sang dans l'organisme.

Une partie de cette eau, après avoir servi, pourrait être purifiée et retournée au moteur qui lui ferait parcourir le trajet déjà décrit : chez

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l'homme, les veines ramènent le sang au coeur,

afin qu'il recommence son parcours.

Mesdames et Messieurs, entrevoyez- vous une action ?

Je vais l'exposer davantage en parlant, en

particulier, de chacun des points de cette comparaison.

Le sang, dans l'intérieur des vaisseaux, est un

liquide un peu épais, alcalin, rouge vif ou foncé,

dans lequel se trouvent une infinité de globules visibles au microscope et formant un volume égal

à celui du liquide, ou plasma, qui leur sert de véhicule.

Il y a deux sortes de globules : les blancs ou leucocytes, les rouges ou hématies — à la proportion d'un globule blanc pour trois cents rouges. Ils ont la forme de disques circulaires biconcaves

et la propriété de fondre dans l'eau qu'ils rougissent par la matière colorante — l'hémoglobine — qu'ils contiennent.

Ces globules sont doués de vie, indépendants dans leur existence individuelle ; ils s' entr' aident pour constituer la force de l'homme contre les attaques des microbes, et pour réparer ses affaiblissements de chaque jour.

Ils sont vivants : la preuve est en ce qu'ils se meuvent, digèrent, respirent, sentent.

On sait, à la suite d'expériences, que leur mouvement est de l'amiboïsme, c'est-à-dire qu'ils se meuvent comme des amides. Les amides, vous le savez, sont les plus petits êtres capables de se mouvoir. Leur mouvement consiste dans le prolongement d'une partie d'eux-mêmes vers le but désiré : ainsi marchent les sangsues.

Le .sang, à l'extérieur des vaisseaux, se coagule en une masse de fibrine qui laisse égoutter un liquide : le sérum.

Par la circulation, le sang joue le rôle de porteur des matières nourrissantes dans l'organisme, et celui de collecteur qui rejette au dehors les résidus de la nutrition — résidus qu'il prend, en chemin, aux foyers principaux d'élimination.

Autrement, l'organisme s'empoisonnerait par surabondance de détritus.

Le travail que nous produisons est celui des muscles, et le travail de l'esprit.

On ne produit rien sans dépense de force.

Par un heureux arrangement du Créateur, les forces perdues se réparent.

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Dans les machines mécaniques, le bois, le charbon, ou tels combustibles qui alimentent le foyer, interviennent pour créer de nouvelles puissances.

L'homme a aussi ses combustibles. Ces éléments le soutiennent. La nutrition et l'absorption de matières étrangères et assimilables assurent ce phénomène.

La perte de force, che:; l' homme, est due — nous venons de l'admettre — au travail musculaire et au travail intellectuel.

Or, comme les organes différents — à cause de leurs opérations multiples — dépensent des éléments nourriciers différents, il faudra leur fournir des combustibles différents aussi, pour que chaque appareil se répare comme il le peut et doit, avec ce qui lui convient.

Ainsi, l'homme d'étude, la jeune fille au couvent, l'homme de bureau, ceux qui travaillent de la tête, auront besoin de substances albuminoïdes et faciles à digérer : le poulet, les oeufs, le lait, les viandes blanches ; le laboureur, l'ouvrier, celui qui travaille fort des muscles,

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auront besoin de grasses viandes, de beaucoup de pain, de légumes azotés.

Le sang transporte ces matières dans l' organisme par deux routes.

Il part de la partie inférieure du coeur gauche, va dans l'artère aorte, continue son trajet dans des vaisseaux indéfiniment nombreux, qui se distribuent aux coins les plus reculés, aux surfaces les plus étroites, aux tissus les plus minces du corps. Ensuite, il revient par les veines, suivant sa marche circulaire, s'approche petit à petit du coeur et, là, tombe, ' 'impur' ' , dans la partie supérieure du coeur droit.

C'est la grande circulation.

De la partie supérieure du coeur droit, le sang coule dans la partie inférieure, et, de là, est lancé dans l'artère pulmonaire par la contraction du ventricule, suit les capillaires, se purifie aux poumons et revient, ' 'pur' ' , se jeter, par une veine, dans la partie supérieure du coeur gauche, pour se rendre dans la partie inférieure du coeur gauche et recommencer la grande circulation.

Cette petite circulation, moins étendue que la grande, purifie le sang aux poumons, rejetant

de l'acide carbonique, absorbant un peu de l'oxygène atmosphérique.

On l'appelle "pulmonaire." Mesdames et messieurs, nous avons suivi ensemble les deux circulations — et j'ai nommé le coeur droit et le coeur gauche : j'explique ces dénominations en décrivant plus au long le coeur.

Le coeur est formé de deux parties identiques, indépendantes dans leurs fonctions. Vous voyez ce qui m'a fait dire : le coeur gauche et le coeur droit.

Les deux coeurs sont séparés par une forte membrane qu'on nomme interauriculaire et interventriculaire. Elle les réunit en une masse désignée sous le nom connu de : "Coeur."

Le coeur gauche se divise en deux compartiments : le droit, de même.

La partie supérieure du coeur gauche s'appelle oreillette gauche. La partie supérieure du coeur droit se nomme oreillette droite. La partie inférieure du coeur gauche se nomme ventricule gauche. La partie inférieure du coeur droit s'appelle ventricule droit.

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Donc, pour constituer le coeur, deux oreillettes à sa partie supérieure et deux ventricules à sa partie inférieure ; en tout, quatre cavités ou compartiments : c'est une maison à quatre chambres.

Nous avons vu la séparation verticale ; maintenant, une autre.

L'oreillette et le ventricule, c'est-à-dire la partie supérieure et la partie inférieure, sont séparés par une membrane. Cette membrane a un orifice ouvert ou fermé par une soupape qui prend le nom de valvule auriculo-ventriculaire — parce qu'elle est entre l'oreillette et le ventricule.

Nous venons de voir, mesdames et messieurs, les circulations, la conformation interne du coeur ; cherchons, si bien vous le permettez, pourquoi le sang marche.

Le sang part du ventricule gauche, c'est-à-dire de la partie inférieure gauche du coeur. Il part parce qu'il est poussé par les parois du ventricule qui se contractent. Il accomplit la grande circulation et vient se jeter dans l'oreillette droite, c'est-à-dire dans la partie supérieure du coeur droit. De là, la pression de l'oreillette et

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sa propre pesanteur le poussent dans le ventricule droit : il fait alors la circulation pulmonaire et retombe dans l'oreillette gauche ; ensuite, dans le ventricule gauche. Ce phénomène de pression se continue et, pour cette raison, la marche du sang continue.

Le ventricule se contracte ainsi parce que, dilaté par la surabondance du sang venu de l'oreillette, et de plus, étant musculeux, il est ramené vers son axe.

Objection.

Vous me direz :

Quand le ventricule presse le sang, comment expliquez- vous qu'une partie de ce liquide ne remonte pas dans l'oreillette, puisqu'il y a ouverture ?

Il ne remonte pas parce que l'ouverture est bouchée par la valvule auriculo-ventriculaire. Vous irez plus loin :

Si le sang force beaucoup cette valvule, il l'enfoncera dans l'oreillette et régurgitera ?

Non : la valvule, retenue par les fibres musculaires qui ont racine dans le ventricule, bouche davantage l'ouverture plus la pression s'accentue.

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Cette réponse peut être bonne si vous demandez pour quelle raison le sang ne revient pas dans les ventricules après avoir été lancé dans les artères pour les circulations.

En effet, il y a des valvules qui s'ouvrent pour laisser entrer le sang dans les artères et se ferment pour l'en empêcher de sortir.

Ceci est ' ' très essentiel ' ' , puisque si le sang retournait en partie sur ses pas le travail des ventricules serait diminué, et le coeur, avec la même force, produirait moins et deviendrait une machine inférieure, un organe malade.

Le sang, dans l'organisme, suit une marche à peu de chose près régulière. Cela dépend de ce que les artères, tubes élastiques et contractiles, se dilatent et se contractent en faisant progresser le liquide de l'économie, qui s'avance par ondes paisiblement décroissantes. Ainsi, jetons une pierre dans l'eau, une grosse onde s'élève, suivie d'une foule d'autres qui s'éloignent du centre en diminuant peu à peu.

A la suite des artères, les capillaires à parois perméables. Dans, et à travers ces tubes, trois cents fois plus petits qu'un cheveu, passent des

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liquides, de l'oxygène, de l'acide carbonique et certaines matières nutritives distribuables à l'organisme.

Je termine, mesdames et messieurs, en vous parlant avec brièveté du pouls, des chocs et des mouvements du coeur.

Le coeur bat à l'état normal de soixante-dix à quatre-vingts fois par minute. Chez les vieillards et dans certaines maladies, il est plus lent ; dans d'autres états morbides, il marque même cent cinquante pulsations.

Vous percevez ces pulsations aux endroits du corps humain où il est facile d'appuyer une artère sur une surface osseuse : à l'artère radiale, à la temporale.

Si vous placez votre oreille sur une poitrine, ou encore bien, si vous vous servez d'un petit instrument pour ausculter et qu'on nomme stéthoscope, vous entendrez des bruits — au moins deux, normalement — l'un accompagne la contraction ou systol du coeur, l'autre la fermeture des valvules artérielles.

Touchez la pointe du cœur avec votre main, à la région du mamelon gauche, vous ressentirez un

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choc : le coeur presse la paroi thoracique. Ordinairement, ce choc n'est pas très dur. Certaines circonstances l'aggravent d'une ostensible façon. Ainsi la crainte, la course, le désir, l'anxiété, le doute, donnent d'étranges battements au coeur. Dans ce cas, les sentiments ont donc une réelle influence.

Et quelle mère n'a pas senti les chocs de son coeur l'étouffer en entendant, dans le silence des soirs ou dans l'éveil des matins, le doux gazouilli de son cher mignon ?

Et qui d'entre vous n'a pas éprouvé ces grands ébranlements du coeur auprès d'un être que vous chérissiez de toute votre âme ?

Mesdames et messieurs, je m'excuse sincèrement de vous avoir retenus plus qu'il ne fallait, peut-être. Je vous remercie de la preuve d'encouragement que vous avez donnée aux jeunes en venant m' écouter.

L,e vieillard, s'il regarde en arrière, voit un point noir : c'est le passé lointain qui ne revient plus — passé de joies ou passé de peines ; s'il regarde devant lui, il aperçoit l'avenir trop proche qui le tuera bientôt.

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Le jeune homme regarde aussi. Dans le passé, il n'a que des souvenirs d'affection. Son point noir, à lui, est dans l'incertitude des demains. Il redoute l'avenir ; plutôt, il s'élance plein d'espoir, quand il est encouragé à marcher de l'avant par ceux qui s'intéressent à son travail, quand il est encouragé par vous, mesdames et messieurs. Car, chacun le sait, et ne l'oublions pas, il faut de l'encouragement sincère dans la vie ; et que serait-elle, la vie, sans une main pour une autre main, sans un cœur pour un autre coeur ?

Novembre, 1900.

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SILHOUETTE

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