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LE CŒUR MORAL

M. le Président,

Mesdames, Messieurs,

L'an dernier, en présence de l'auditoire de l'Union Catholique, j'eus l'honneur de décrire la circulation chez l'homme. J'ai parlé du cœur et de ses auxiliaires — les vaisseaux et le sang.

CCEURS ET HOMME DE CCEUR.

Après cette lecture, le R. P. Lalande m'a suggéré une étude comparative des cœurs physiologique et moral.

Avant de suivre cette belle idée du fameux prédicateur du Gésù, j'ai cru devoir vous entretenir du cœur moral. De la sorte, dans mon premier travail et dans ce deuxième, nous aurons les prémisses, la base d'un syllogisme dont la conclusion naturelle, dans un autre entretien, s'intitulerait :

" Rapports entre le cœur physiologique et le cœur moral."

Nous étudierons donc aujourd'hui le cœur, siège du sentiment.

Mon intention n'est pas de disséquer l'amour ni d'en faire l'anatonie descriptive complète : il faudrait pour cela l'expérience d'une longue vie ; non plus que je veuille dire tous les amours : il en est dont le nom souillerait l'air de cette salle.

J'abandonne aux pornographes la boueuse tâche qu'ils s'imposent de salir pages et âmes blanches, ces auteurs qui croient être utiles ou agréables quand ils donnent l'insalubre, auteurs à littérature de mauvais goût qui, selon Henri de

Parville, "ne peuvent qu'égarer l'esprit sans le remplir, qui ne s'occupent de rien de ce qui est beau et grand."

De fait, la peinture du vice affaiblit, tandis que le tableau d'une vertu consolide les courages.

J'essayerai de vous faire voir l'existence de l'amour, de vous le montrer dans les cœurs à des âges divers : de l'amour en puissance dans tout être raisonnable, et s'il n'est pas en réalité toujours tel, du moins, ainsi qu'il est souvent, qu'il pourrait, et, surtout, devrait être ; de l'amour digne d'un cœur sorti d'une puissance surhumaine, avec des aspirations immenses et bonnes, et des capacités incalculables.

Vous verrez peut-être que l'amour évolue, que sa forme se modèle beaucoup sur l'âge. L'amour a bien des nuances, en effet : il est comme la voix chantée.

L'amour n'est-il pas un chant — et le plus beau ?

On peut lui en appliquer la division : il y a le soprano, le mezzo-soprane, le contralto, le ténor, le baryton, la basse.

CCEURS ET HOMME DE CCËUR.

Entre ces grandes lignes, avant et au delà, les variantes sont légions.

Mon sujet est gigantesque, immense. Je regrette ne pouvoir le rendre dans un style de prophète qui, au flambeau de l'inspiration, scruterait les ultimes replis de l'âme ; ou dans un style doucement harmonisé au souffle d'Ossian, ou à celui de l'auteur sublime du "Génie du Christianisme", des "Martyrs", d' "Atala" ; ou encore, dans le style d'une des plus belles personnifications de la poésie lyrique au XIXe siècle : ' ' Lamartine ' ' .

N'importe, tout effort a son mérite et l'indulgence est une vertu.

Quand l'envolée poétique se ralentira dans mon œuvre, vous voudrez, j'espère, vous souvenir que j'ai écrit ces notes, pour vous, durant les heures destinées au délassement de mes rudes travaux d'universitaire ; dans la tristesse des soirs mélancoliques, ayant dans la tête des incertitudes d'avenir, et autour de moi, suspendus aux murs de ma chambre d'étude, les osépars et blanchis d'un squelette froid, et devant moi, sur mon écritoire, me fixant de ses orbites profondes, le crâne vide et nu d'une jeune fille à dix-huit ans : ce qui,

ANTONIO PELLETIER

n'est-ce pas, suffit pour dépoétiser un discours

d'étudiant, même en médecine ; car l'étudiant en

médecine n'est pas aussi insensible qu'on le croit,

en présence d'un cadavre, en face d'une tombe

silencieuse. Chez lui, comme chez vous, il y a

le mortel devant la mort, et cette pensée n'est

riante pour personne.

Pardon, je fais erreur : les véritables chrétiens

sourient à la mort !

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