V. L'AMOUR DANS LA NATURE
Ce qui précède suffirait, il me semble, à Ja preuve de l'existence de l'amour, arbre dont la racine est en Dieu et les multiples branches et feuilles et fleurs sont sur les points de notre planète où des êtres respirent, sentent, se meuvent
et se reproduisent.
ANTONIO PEÉLLETI ER.
J'irai plus loin.
Les végétaux subissent en quelque sorte cette influence. Et les étamines des fleurs, transportées par les vents, recherchent les pistils pour s'unir à eux, croître, vivre ensemble, et mourir dans le même tombeau.
Les arbres des forêts, en leurs balancements mélancoliques, S'abaissent au front des arbres leurs voisins : ils mêlent réciproquement leurs chevelures et semblent se souffler des baisers languissamment amoureux : Où, par des mouvements Saccadés, ils nous font réfléchir aux amours qui voudraient se révéler mais ne l'osent, pour des raisons indéterminées, et repoussent ainsi le bonheur auquel ils aspirent, Et quand la tempête fait soupirer les chênes où gémissent des feuilles tremblantes, ne dirait-on pas des sanglots d'amours malheureux ?
Voyez-vous, à l'entrée de cette caverne sombre, un animal aux formes souples ?
C'est la lionne, si féroce d'ordinaire, qui s'abandonne en des ébats et jeux innocents, au milieu de Jionceaux qu'elle lèche lentement de sa
rude langue sanglante. La molesse, l'oubli des
CŒURS ET HOMME DE CŒUR
mm
fureurs de naguère, Ja passion tendre d’un œil
qui se promène sur la proguiture, indiquent bien
que cette reine de la férocité se courbe sous
une loi qui enchaîne pour un temps sa rage de
fauve : la loi du cœur.
Si le spectacle est grandiose de l'amour dans
l’antre du lion ; s’il est touchant parmi nos ani-
maux familiers : dans les câlineries du chat, dans
les caresses du chien, dans les épanchements des
tourterelles at: hois : s’il est beau dans les plantes :
il est sublime ‘‘iez l’homme.
Qu'il fait bon rafraîchir sa lèvre à la coupe des
amours humains—amours sanctifiés au ressouve-
nir de cette parole de Dieu :
‘‘Aïme ton prochain !”’
L'amour est donc un devoir, mais combien
doux au cœur qui sait battre et suivre le cours
naturel de son essence !